Une procédure judiciaire inédite qui secoue les débats
Fin juillet 2025, des juges d’instruction parisiens ont pris une mesure forte : des mandats d’amener visant deux militantes franco-israéliennes. Ces documents judiciaires obligent les personnes concernées à se présenter rapidement devant un magistrat, sans pour autant entraîner une détention automatique. L’objectif est clair : entendre les mises en cause dans le cadre d’une information judiciaire ouverte au printemps 2025.
Les faits reprochés remontent à une période précise, entre janvier et novembre 2024, puis en mai 2025. Durant ces mois, plusieurs convois d’aide humanitaire destinés aux habitants de Gaza ont été stoppés aux points de passage frontaliers. Les principaux sites mentionnés incluent Nitzana et Kerem Shalom, des lieux stratégiques pour l’entrée de marchandises dans l’enclave. Ces blocages ont concerné des camions chargés de denrées alimentaires, de médicaments et d’autres biens essentiels.
Les accusations portées contre les deux militantes
Les deux femmes sont poursuivies pour complicité de génocide. Cette qualification pénale très lourde implique une participation, même indirecte, à des actes visant à détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Dans ce dossier, les juges estiment que les actions de blocage auraient pu contribuer à priver la population gazaouie de ressources vitales, dans un contexte déjà marqué par des restrictions d’accès humanitaire.
Elles font également face à des soupçons de provocation publique et directe au génocide. Les enquêteurs pointent des déclarations ou appels publics qui auraient encouragé à empêcher le ravitaillement des Gazaouis, tout en employant un langage déshumanisant envers cette population. Ces éléments proviennent d’analyses de discours tenus lors de manifestations ou sur les réseaux sociaux.
Une source proche du dossier précise qu’une dizaine d’autres individus pourraient être visés par des mesures similaires dans les prochains mois. Cela suggère que l’enquête pourrait s’élargir à d’autres participants ou soutiens aux actions de blocage.
Le profil des personnes visées
La première mise en cause est une avocate de 50 ans, active au sein d’une association dédiée à la mobilisation en faveur d’Israël. Elle est connue pour ses prises de position publiques fermes en soutien à l’État hébreu. La seconde, âgée de 34 ans, occupe un rôle de porte-parole au sein d’un collectif militant pour des actions directes liées à la situation sécuritaire israélienne.
Toutes deux résident depuis longtemps en Israël et possèdent la double nationalité. Leur engagement s’inscrit dans un mouvement plus large d’activistes opposés à l’acheminement d’aide vers Gaza tant que des otages restent détenus par des groupes armés palestiniens.
Si manifester pacifiquement avec un drapeau israélien contre le fait qu’une organisation terroriste s’empare de l’aide humanitaire, la détourne et la revend au prix fort aux Gazaouis est un crime – alors pas besoin de regarder les Mollahs de haut, la France c’est l’Iran !
Réaction publique de l’une des militantes sur les réseaux sociaux
Cette déclaration illustre la ligne de défense adoptée : les actions visaient à dénoncer des détournements présumés par le Hamas, et non à nuire à la population civile. Les militantes insistent sur le caractère pacifique de leurs manifestations.
Les arguments de la défense
L’avocat de l’une des deux femmes a réagi rapidement. Il qualifie les faits reprochés d’engagement pacifiste destiné à alerter sur les détournements d’aide par une organisation terroriste. Selon lui, les blocages intervenaient alors que des otages israéliens étaient encore retenus à Gaza, rendant immoral tout ravitaillement sans garanties.
La procédure judiciaire est présentée comme une tentative de criminaliser les soutiens franco-israéliens à l’État d’Israël. Pour des motifs de sécurité, l’une des concernées ne se rend plus en France, mais se dit prête à coopérer avec la justice depuis Israël.
Une plainte pour dénonciation calomnieuse a même été déposée contre les associations à l’origine des plaintes initiales. Dans des entretiens, l’une des militantes évoque un « délire antisémite » derrière cette information judiciaire.
Les réactions des parties civiles
Du côté des organisations plaignantes, issues de la société civile palestinienne et française, la satisfaction domine. Leurs avocates parlent d’une décision forte et d’une première mondiale : une juridiction nationale se prononce sur la complicité de génocide via le blocage d’aide humanitaire.
C’est la première fois qu’une juridiction nationale se prononce sur des faits de complicité de génocide, à travers le blocage de l’aide humanitaire.
Avocate représentant des organisations palestiniennes de défense des droits humains
Elles voient dans cette avancée un pas vers la fin de l’impunité pour des crimes internationaux commis par des personnes à double nationalité. Plusieurs groupes saluent l’indépendance de la justice française face à des faits graves.
Le contexte plus large des plaintes en France
Cette affaire s’inscrit dans une série de procédures ouvertes en France depuis le début du conflit actuel. Des plaintes visent des faits présumés commis à Gaza et en Cisjordanie, incluant des enquêtes pour crimes de guerre. Par exemple, le décès de deux enfants français dans un bombardement a conduit à une demande d’enquête du parquet antiterroriste.
D’autres dossiers concernent des militaires français-israéliens accusés d’exécutions sommaires, ou encore des entreprises françaises liées à l’armement. Parallèlement, une enquête miroir a été ouverte pour les événements du 7 octobre 2023 sur le territoire israélien.
Ces procédures illustrent la compétence universelle que la France peut exercer pour certains crimes graves, surtout quand des ressortissants sont impliqués. Elles reflètent aussi la polarisation autour du conflit israélo-palestinien, où chaque camp accuse l’autre de biais judiciaires.
Les implications juridiques et politiques
La qualification de complicité de génocide est rare et exige des preuves solides d’intention. Les juges doivent démontrer un lien causal entre les blocages et une intention génocidaire plus large. Cela pose des questions complexes sur la liberté d’expression, le droit de manifester et les limites de l’activisme dans un conflit armé.
Sur le plan international, cette décision pourrait inspirer d’autres pays à examiner des responsabilités similaires. Elle intervient alors que la Cour internationale de Justice et la Cour pénale internationale scrutent déjà le conflit à Gaza.
Pour les observateurs, ce cas met en lumière les tensions entre soutien à un État en guerre et respect du droit humanitaire international. Il interroge aussi le rôle des diasporas dans les conflits lointains.
Vers une suite incertaine
L’avenir de cette information judiciaire reste ouvert. Les mises en cause pourraient comparaître depuis Israël, ou faire l’objet de mandats internationaux si elles voyagent. L’enquête pourrait s’élargir ou, au contraire, être requalifiée.
Quoi qu’il en soit, cette affaire marque un précédent. Elle rappelle que les actes posés loin du territoire national peuvent avoir des conséquences judiciaires en France, surtout quand ils touchent à des crimes graves reconnus par le droit international.
Le débat public reste vif, entre ceux qui y voient une justice impartiale et ceux qui dénoncent une instrumentalisation politique. Dans un contexte géopolitique tendu, cette procédure pourrait influencer les perceptions sur l’équité des systèmes judiciaires face aux conflits contemporains.
À suivre, donc, avec attention, car les développements à venir pourraient redéfinir les contours de la responsabilité individuelle dans les crises humanitaires mondiales.









