La structure en trois couches qui redéfinit le marché crypto
Imaginez le monde des cryptomonnaies non plus comme un bloc uniforme, mais comme un bâtiment à trois étages bien distincts. C’est précisément la grille de lecture proposée par cette recherche majeure. Au rez-de-chaussée, on trouve les réseaux fondateurs, ces blockchains de couche 1 qui constituent le socle incontournable : Bitcoin en tête, suivi de près par Ethereum et quelques autres plateformes intelligentes. Ces entités captent l’essentiel de la capitalisation totale.
À l’étage intermédiaire se situent les projets d’infrastructure, ceux qui facilitent le fonctionnement des applications décentralisées : oracles, solutions de scaling, ponts inter-chaînes, etc. Enfin, tout en haut, les produits utilisateurs : DeFi, NFT, jeux blockchain, stablecoins et autres protocoles que le grand public touche au quotidien. Cette division en trois niveaux n’est pas anodine ; elle montre clairement où la valeur s’accumule vraiment.
Une concentration impressionnante sur les réseaux de base
Fin décembre 2025, la capitalisation globale du marché des cryptomonnaies avoisinait les 3,17 trillions de dollars. Parmi cette somme colossale, près de 78 % provenaient exclusivement des actifs natifs des plus grandes blockchains de couche 1. Bitcoin, en tant que réserve de valeur numérique, et Ethereum, comme plateforme de contrats intelligents, se taillent la part du lion.
Cette domination n’est pas nouvelle, mais elle s’est renforcée au fil des cycles. Les investisseurs institutionnels, les ETF spot et l’adoption progressive ont amplifié ce phénomène. Les autres couches, malgré leur innovation souvent spectaculaire, ne captent qu’une fraction marginale de cette richesse totale.
Les réseaux fondateurs ne sont pas seulement les plus capitalisés ; ils sont aussi ceux qui présentent le plus grand nombre de projets dépassant les 100 millions de dollars de valorisation.
En comparant les trois secteurs sur plus de 300 cryptomonnaies actives (avec des utilisateurs mensuels et une capitalisation supérieure à un million), les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les protocoles produits sont environ deux fois plus nombreux que les infrastructures à franchir ce seuil symbolique, mais cela reste loin derrière la solidité des bases.
Pourquoi Bitcoin reste le pilier incontesté
Bitcoin n’est plus seulement une expérience technologique ; il est devenu un actif macroéconomique à part entière. Sa proposition de valeur repose sur une rareté programmée (21 millions d’unités maximum), une décentralisation extrême et une reconnaissance grandissante comme or numérique. Les flux institutionnels massifs, via des produits réglementés, ont stabilisé en partie sa volatilité tout en augmentant sa légitimité.
Malgré les critiques récurrentes sur sa consommation énergétique ou sa lenteur transactionnelle, Bitcoin conserve un avantage compétitif unique : personne n’a réussi à le détrôner en tant que réserve de valeur décentralisée. Les altcoins qui ont tenté de le copier ont presque tous échoué à reproduire cette confiance mondiale.
En 2026, avec des perspectives de politiques monétaires plus souples et une possible intégration accrue dans les portefeuilles diversifiés, Bitcoin pourrait continuer à attirer les capitaux les plus prudents. Sa position dominante dans la couche fondatrice le protège des modes passagères qui balayent régulièrement les secteurs supérieurs.
Ethereum : le géant des contrats intelligents face à ses défis
Ethereum représente le cœur battant de l’écosystème programmable. Depuis son lancement en 2015, il a posé les bases de la finance décentralisée, des NFT, des DAO et bien plus. Sa part de marché dans les smart-contracts reste écrasante : plus de dix fois supérieure à celle de son concurrent le plus proche en termes de valeur totale verrouillée (TVL).
Cette suprématie s’explique par plusieurs facteurs puissants : un effet réseau considérable (les développeurs préfèrent construire là où les utilisateurs se trouvent déjà), une communauté mature, et des améliorations constantes comme le passage à la preuve d’enjeu ou l’optimisation des layer 2. Pourtant, Ethereum n’est pas exempt de faiblesses.
La concentration de la propriété des tokens pose question : une poignée d’adresses détient une part significative de l’offre circulante. De plus, les layer 2 captent désormais la majorité des transactions, ce qui réduit les frais collectés directement sur la couche de base et interroge la capture de valeur à long terme pour ETH.
- Avantage principal : standard de facto pour les applications décentralisées
- Défi majeur : scalabilité et frais toujours élevés sur la chaîne principale
- Atout caché : mécanisme de brûlage qui rend l’offre déflationniste par périodes
Malgré ces obstacles, Ethereum conserve une avance technologique et culturelle difficile à rattraper. Les observateurs s’accordent à dire que son rôle central dans l’écosystème en fait un pilier durable, même si sa performance relative peut parfois décevoir face à des chaînes plus rapides.
Les infrastructures : l’étage fragile du bâtiment crypto
Les projets d’infrastructure sont essentiels au fonctionnement quotidien du Web3. Ils fournissent les outils qui permettent aux applications de scaler, de se connecter entre chaînes ou de récupérer des données du monde réel. Pourtant, leur part dans la capitalisation globale reste modeste.
Pourquoi cette sous-représentation ? Parce que beaucoup de ces protocoles dépendent directement du succès des réseaux de base. Si Bitcoin ou Ethereum faiblissent durablement, les infrastructures perdent leur raison d’être. De plus, la concurrence y est féroce : de nouvelles solutions émergent constamment, rendant difficile l’émergence de monopoles durables.
Certaines infrastructures brillent néanmoins par leur utilité concrète : les oracles décentralisés qui alimentent les smart-contracts en données fiables, les bridges cross-chain, ou les solutions de stockage décentralisé. Mais leur valeur reste souvent corrélée aux cycles haussiers des applications finales.
Produits et applications : l’innovation visible mais risquée
C’est ici que naissent les expériences les plus concrètes pour l’utilisateur final : plateformes de prêt décentralisé, marketplaces NFT, jeux play-to-earn, stablecoins algorithmiques, etc. Ces protocoles attirent l’attention médiatique et les volumes spéculatifs.
Pourtant, les chiffres sont sans appel : malgré leur nombre élevé, ils captent une part relativement faible de la richesse totale. Beaucoup dépendent de l’engouement passager, des airdrops ou des narratifs viraux. Lorsque la hype s’essouffle, les valorisations chutent brutalement.
Les stablecoins font figure d’exception. En tant que pont entre fiat et crypto, ils bénéficient d’une adoption massive pour les paiements et les échanges. Leur utilité réelle les place parmi les rares produits à démontrer une résilience à long terme.
| Secteur | Part approximative de la capitalisation totale | Exemples phares |
| Réseaux fondateurs | ~78-80 % | Bitcoin, Ethereum |
| Infrastructures | Faible (moins de 10 %) | Oracles, bridges, scaling |
| Produits utilisateurs | Reste (incluant stablecoins) | DeFi, NFT, stablecoins |
Ce tableau simplifié illustre la pyramide actuelle du marché. Plus on monte dans les étages, plus le risque augmente et la durabilité diminue.
Les risques inhérents à chaque couche
Aucun secteur n’est à l’abri. Les réseaux fondateurs risquent l’obsolescence technologique ou une perte de confiance massive. Les infrastructures peuvent être remplacées par des concurrents plus efficaces. Les produits utilisateurs sont vulnérables aux hacks, aux rug pulls et aux changements de mode.
La recherche insiste sur la nécessité d’une analyse rigoureuse. Les cryptomonnaies restent hautement spéculatives et risquées. Identifier où se trouve la valeur fondamentale demande du temps, de la recherche et une compréhension profonde des dynamiques techniques et économiques.
Vers une maturité du marché en 2026 ?
Avec l’arrivée de nouveaux acteurs institutionnels, la multiplication des produits réglementés et une possible stabilisation macroéconomique, le paysage crypto pourrait évoluer. Les réseaux de base devraient conserver leur suprématie, mais les layer 2, les rollups et certaines infrastructures pourraient gagner en importance si elles démontrent une utilité durable.
Les investisseurs avisés commencent à adopter cette vue en trois dimensions. Au lieu de chasser les tokens à la mode, ils se concentrent sur les fondations solides et les protocoles qui captent une valeur réelle via des frais, des burns ou une adoption massive.
En conclusion, ce cadre analytique rappelle une vérité simple mais puissante : dans un écosystème aussi jeune et chaotique, la valeur tend à s’accumuler là où se trouvent la sécurité, la décentralisation et l’effet réseau le plus fort. Bitcoin et Ethereum, malgré leurs imperfections, incarnent encore aujourd’hui ces qualités essentielles. Reste à voir si les étages supérieurs sauront prouver leur propre légitimité à long terme.
Points clés à retenir
La majorité de la valeur crypto réside dans les blockchains de base.
Bitcoin et Ethereum dominent grâce à leur position de réseau et leurs effets de réseau.
Les infrastructures et produits restent plus spéculatifs et corrélés aux cycles.
Une approche par couches aide à mieux évaluer les risques et opportunités.
Ce regard structuré sur le marché pourrait bien devenir la nouvelle norme pour les investisseurs sérieux. À mesure que le secteur mûrit, distinguer les fondations solides des extensions fragiles deviendra crucial pour naviguer dans cet univers passionnant mais impitoyable. L’avenir dira si cette concentration perdure ou si de véritables challengers émergent enfin aux niveaux supérieurs.









