Imaginez un instant : une toute petite fille de 11 mois, confiante et innocente, dans les bras d’une personne censée la protéger. Et puis, en quelques secondes, une décision irréversible transforme cette confiance en horreur absolue. Ce drame s’est déroulé dans une microcrèche de Lyon, en plein cœur de la France, en 2022. Aujourd’hui encore, les parents, la justice et l’opinion publique cherchent à comprendre comment un tel acte a pu se produire.
Un acte d’une violence inouïe
Le 11 mai 2022, Lisa, âgée de seulement 11 mois, perd la vie après avoir ingéré une quantité massive de déboucheur de canalisations. Ce produit, extrêmement corrosif, a provoqué des brûlures internes dévastatrices. L’enfant a souffert pendant quatre longues heures avant de succomber. Ce n’est pas un accident domestique banal : c’est un geste délibéré commis par une employée de la crèche où Lisa était gardée.
L’accusée, Myriam Jaouen, alors âgée de 27 ans, a fini par reconnaître les faits après plusieurs versions contradictoires. Elle a admis avoir versé le liquide directement dans la bouche de la fillette. Pourtant, elle a toujours affirmé que son intention n’était pas de tuer, mais simplement de faire cesser les pleurs de l’enfant.
Le réquisitoire implacable de l’avocat général
Lors du procès en appel, l’avocat général n’a pas mâché ses mots. Il a décrit un geste conscient et prémédité : l’administration directe d’un produit toxique létal dans la bouche d’un nourrisson. Selon lui, les éléments ne laissent aucun doute sur l’intention homicide. Il a requis trente ans de réclusion criminelle, assortis d’une période de sûreté de vingt ans.
« Elle a consciemment tué avec un produit toxique létal », a-t-il déclaré devant la cour d’assises. Pour lui, qualifier les faits de meurtre est la seule réponse judiciaire appropriée face à un crime qu’il qualifie d’« innommable ».
« Il ne suffit pas qu’un accusé dise ‘je n’ai pas voulu tuer’ pour qu’on le croie. »
Avocate de la partie civile
Cette phrase résume parfaitement l’enjeu du procès en appel. Les parents de Lisa, profondément meurtris, refusent d’accepter la version de l’accusée. Ils ont fait appel de la première décision, estimant que la justice n’avait pas été assez sévère.
De 25 ans sans sûreté à 30 ans requis
En première instance, en 2025, Myriam Jaouen avait été condamnée à 25 ans de prison. Les jurés n’avaient pas retenu l’intention de donner la mort, ce qui avait permis d’éviter la période de sûreté. Cette décision avait suscité l’incompréhension et la colère des parents. Ils ont donc saisi la cour d’appel, espérant une requalification en meurtre.
Le parquet général a suivi leur demande. Lors des débats en appel, l’accent a été mis sur les contradictions de l’accusée, sur sa capacité à mentir de manière élaborée et sur les expertises qui contredisent sa version des faits.
Une version qui peine à convaincre
Myriam Jaouen a toujours maintenu qu’elle voulait juste calmer Lisa. Selon elle, elle ignorait totalement la dangerosité du produit. Pourtant, plusieurs éléments viennent contredire cette affirmation. Les enquêteurs, les médecins légistes et les psychiatres ont tous souligné que le geste était incompatible avec une simple méconnaissance.
Elle a également admis avoir maintenu fermement la tête et le corps du bébé pour lui faire ingérer le liquide. Des mots terribles ont été rapportés : « Prends ça, mange et tais-toi ! ». Ces détails, livrés par l’accusée elle-même, ont profondément choqué l’assistance.
Un mensonge construit dès les premières minutes
Quand les premiers parents sont arrivés à la crèche, Myriam Jaouen a immédiatement livré une explication : un tube de gouache aurait explosé, projetant de la peinture dans la bouche de Lisa. Elle est même allée jusqu’à badigeonner son pantalon de peinture pour rendre son récit plus crédible.
Ce mensonge, elle l’a répété pendant de longues minutes au téléphone avec un médecin du centre anti-poison. L’enregistrement de cette conversation a été diffusé à l’audience. On y entend une voix calme, déterminée, qui maintient la version de l’accident pendant que l’enfant agonise.
« Une femme capable de maintenir fermement la tête d’un bébé, de lui enfoncer le goulot d’une bouteille dans la bouche et de lui dire ‘prends ça, mange et tais-toi’ ne peut pas être excusée. »
Avocate de l’association l’Enfant Bleu
Cette capacité à élaborer un récit mensonger structuré alors que l’enfant luttait pour sa vie a été soulignée par plusieurs parties civiles. Elle contredit l’image d’une personne dépassée ou ignorante.
Un profil psychologique complexe
Les expertises psychiatriques ont décrit Myriam Jaouen comme une personne immature, présentant une déficience intellectuelle modérée. Cependant, les experts ont écarté toute abolition ou altération du discernement. Aucune maladie mentale grave n’a été retenue.
Sa défense insiste sur cet aspect : une jeune femme « infantile », inapte à s’occuper d’enfants, qui n’aurait jamais dû être laissée seule avec eux. Plusieurs collègues de la crèche avaient d’ailleurs signalé son incompétence et son inaptitude avant le drame.
La responsabilité de la crèche en question
Ce point a été soulevé à plusieurs reprises lors des débats. Comment une personne manifestement inadaptée au contact des tout-petits a-t-elle pu être embauchée et laissée seule avec des enfants ? Les signalements internes n’ont pas été pris en compte, ou du moins pas suffisamment.
Cette question dépasse le seul cas de Myriam Jaouen. Elle interroge le recrutement, la formation et la supervision dans certaines structures d’accueil du jeune enfant. Malheureusement, ce n’est pas la première fois que des dysfonctionnements graves sont révélés après un drame.
La douleur indicible des parents
Sophie et Fabio, les parents de Lisa, étaient présents à chaque audience. Leur douleur est palpable. Quand l’accusée a tenté de s’excuser en les regardant, la maman a fermement fait non de la tête. Aucun mot ne peut réparer une telle perte.
Leur avocate a plaidé avec force pour une sanction plus lourde. Elle a rappelé que 25 ans sans période de sûreté revenait à accepter la version de l’accusée. Or, pour les parents et pour Lisa, cette version est insoutenable.
Qu’est-ce qui motive un tel geste ?
Derrière la question juridique se cache une interrogation plus profonde : comment en arrive-t-on à commettre un acte aussi extrême sur un nourrisson ? Stress, épuisement, colère passagère, immaturité affective… Les pistes sont multiples, mais aucune ne suffit à expliquer pleinement.
Certains experts évoquent une forme de passage à l’acte impulsif chez une personne fragile. D’autres insistent sur la préméditation minimale nécessaire pour aller chercher le produit, le déboucher et l’administrer de force. Le débat reste ouvert.
Les enjeux de la qualification pénale
En droit français, la différence entre homicide volontaire et meurtre réside dans l’intention de donner la mort. Sans cette intention, on reste sur les coups mortels ou violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. La cour d’assises doit trancher cette question essentielle.
Retenir le meurtre expose à une peine maximale de trente ans (ou perpétuité dans les cas les plus graves). Ne pas la retenir limite la sanction. C’est tout l’enjeu de ce procès en appel.
Un drame qui résonne au-delà de Lyon
Ce fait divers n’est pas isolé. Ces dernières années, plusieurs affaires impliquant des professionnels de la petite enfance ont choqué l’opinion publique. Elles soulèvent toutes la même question : comment mieux protéger les enfants dans les lieux qui leur sont dédiés ?
Contrôles renforcés, formations obligatoires, signalements systématiques, psychologues sur site… Les pistes d’amélioration sont nombreuses. Mais elles demandent des moyens et une vraie volonté politique.
Vers une décision attendue
Les débats sont clos. Les jurés délibèrent. La réponse tombera dans les prochains jours. Quelle que soit l’issue, elle ne ramènera pas Lisa. Mais elle dira quelque chose de la façon dont notre société juge l’acte le plus abject qui soit : ôter la vie à un nourrisson sans défense.
Trente ans de prison ? Plus ? Moins ? Avec ou sans période de sûreté ? Les parents attendent une justice à la hauteur de leur douleur. La société attend des réponses claires sur la protection de l’enfance. Et Lisa, elle, ne parlera jamais.
Ce drame nous rappelle cruellement que la frontière entre négligence, incompétence et crime peut parfois être ténue. Il nous oblige aussi à regarder en face la réalité de certaines souffrances infligées aux plus vulnérables. Et à ne jamais baisser la garde.
Quelques chiffres clés sur la maltraitance en crèche en France (données générales) :
- Plus de 3 millions d’enfants accueillis chaque année en structure collective
- Environ 1% des signalements pour maltraitance concernent des professionnels de la petite enfance
- Les cas extrêmes restent rares, mais leur retentissement médiatique est considérable
- La formation continue des professionnels est obligatoire… mais parfois insuffisante face aux profils à risque
Chaque affaire comme celle-ci relance le débat. Et chaque fois, la même question revient : comment éviter le pire ? La réponse n’est jamais simple. Mais l’inaction n’est pas une option.
En attendant le verdict, une chose est sûre : Lisa restera à jamais gravée dans les mémoires. Pas seulement comme une victime. Mais comme un symbole. Celui d’une innocence brisée. Et d’une vigilance qui ne doit jamais faiblir.









