Imaginez que vous essayez d’envoyer de l’argent à un ami sur une application ultra-moderne, mais votre transaction reste bloquée pendant des heures, voire disparaît purement et simplement. C’est exactement ce que des milliers d’utilisateurs ont vécu fin janvier 2026 sur Base, le réseau Layer-2 développé par Coinbase. En quelques jours seulement, une modification technique anodine a transformé une blockchain réputée fluide en véritable autoroute saturée aux heures de pointe.
Pourtant, moins d’une semaine plus tard, tout était rentré dans l’ordre. Comment une telle panne a-t-elle pu survenir ? Quelles leçons en tirer pour l’avenir des Layer-2 ? Et surtout, Base saura-t-il vraiment empêcher que l’histoire se répète ? Plongeons dans les coulisses de cet incident qui a secoué la communauté crypto début 2026.
Quand une petite modification provoque un effet domino
Le 31 janvier 2026, alors que l’activité sur Ethereum et ses Layer-2 connaissait une hausse saisonnière classique, Base a commencé à montrer des signes inquiétants. Les utilisateurs signalaient des délais anormalement longs, certains voyaient même leurs transactions disparaître sans explication. Les explorateurs de blocs continuaient pourtant de produire des blocs à un rythme normal. Le contraste était saisissant.
Après une analyse rapide, l’équipe a identifié la source du problème : une récente modification dans la façon dont les transactions étaient propagées entre les nœuds. Ce changement, censé améliorer l’efficacité, s’est retourné contre le réseau dès que les frais de base ont commencé à grimper rapidement.
Le piège des frais qui montent en flèche
Sur Ethereum et ses Layer-2, les frais de base (base fee) évoluent dynamiquement selon la congestion. Quand beaucoup de personnes veulent effectuer des transactions en même temps, cette base fee augmente pour réguler la demande. Jusque-là, rien d’anormal.
Mais la nouvelle configuration faisait que le block builder récupérait sans cesse des transactions déjà obsolètes parce que leurs frais n’étaient plus suffisants face à la hausse express de la base fee. Ces transactions étaient alors re-soumises, rejetées à nouveau, puis re-récupérées… créant une boucle infinie qui saturait le pipeline de traitement.
Le résultat ? Un nombre inhabituellement élevé de transactions rejetées et des délais qui s’allongeaient dramatiquement pour celles qui finissaient par passer. Un cercle vicieux classique dans les systèmes distribués quand une optimisation devient contre-productive sous stress.
« Une toute petite modification de configuration a suffi à transformer une hausse d’activité normale en véritable chaos transactionnel. »
Observation tirée des retours d’utilisateurs
Retour en arrière express et stabilisation
Face à l’ampleur du dysfonctionnement, l’équipe technique a pris une décision radicale mais efficace : revenir à la configuration précédente. Ce rollback a immédiatement permis de casser la boucle infernale et de ramener le taux de transactions acceptées à des niveaux normaux.
En moins de 24 heures, la majorité des utilisateurs constataient une nette amélioration. Les blocs continuaient d’être produits normalement, les délais diminuaient sensiblement et les rejets massifs ont cessé. Soulagement général dans la communauté.
Malgré ce retour rapide à la normale, l’équipe a tenu à rester transparente : des épisodes de congestion ponctuelle peuvent encore provoquer des délais temporaires tant que des améliorations structurelles ne sont pas déployées.
Un plan d’action ambitieux sur 30 jours
Plutôt que de simplement restaurer l’ancien état et passer à autre chose, Base a annoncé un chantier conséquent sur le mois suivant. L’objectif ? Transformer cette crise en opportunité d’amélioration profonde de l’infrastructure.
- Refonte partielle du pipeline de traitement des transactions pour supprimer les surcoûts liés au peer-to-peer
- Optimisation fine des files d’attente du mempool afin de mieux gérer les pics de demande
- Amélioration significative des systèmes d’alerte pour détecter plus tôt les anomalies de propagation
- Mise en place de processus de revue plus stricts avant tout changement de configuration critique
Ces chantiers, s’ils sont menés à bien, devraient permettre à Base de supporter des charges bien plus importantes sans retomber dans les travers observés fin janvier.
Pourquoi cet incident est révélateur pour tout l’écosystème Layer-2
Base n’est pas le seul réseau à avoir connu des soucis de congestion ces dernières années. Arbitrum, Optimism, Polygon zkEVM… tous ont déjà fait face à des épisodes similaires, parfois bien plus longs et coûteux pour les utilisateurs.
Cet incident rappelle une réalité fondamentale : même avec des technologies de scaling comme les rollups, la gestion intelligente des transactions reste un défi technique majeur. La course à la scalabilité ne se limite pas à augmenter le nombre de transactions par seconde ; elle passe aussi par une résilience accrue face aux comportements inattendus du marché.
Les frais dynamiques d’EIP-1559 ont été une révolution, mais ils créent aussi des dynamiques complexes que les implémentations Layer-2 doivent apprivoiser. Base vient d’en faire l’expérience à ses dépens.
Impact réel sur les utilisateurs et les développeurs
Pour l’utilisateur lambda qui swap un memecoin ou transfère des USDC, ces quelques jours de perturbations ont surtout généré de la frustration et parfois des pertes financières (opportunités manquées, slippage aggravé). Mais pour les développeurs qui construisent des applications sur Base, l’incident a été plus préoccupant.
Une application DeFi ou un jeu on-chain qui repose sur des transactions rapides et prévisibles peut voir son expérience utilisateur dégradée de façon significative dès que le réseau tousse. La confiance des builders est donc directement liée à la stabilité perçue du Layer-2 qu’ils choisissent.
Base a beau être soutenu par Coinbase, cela ne suffit plus. Les utilisateurs et développeurs attendent désormais des preuves concrètes de robustesse, surtout quand le réseau gagne en popularité.
La transparence comme nouvelle norme
Un point positif à retenir : la communication rapide et technique de l’équipe. Plutôt que de minimiser l’incident, Base a publié un status update clair expliquant la cause racine, la solution temporaire et le plan à moyen terme.
Cette transparence contraste avec certaines pannes passées sur d’autres réseaux où les utilisateurs restaient parfois plusieurs jours sans explication claire. Dans un écosystème où la confiance est fragile, ce type de communication proactive devient un avantage compétitif.
Vers des Layer-2 plus matures en 2026 ?
2026 marque sans doute une étape importante dans la maturité des Layer-2. Après des années d’expérimentations et de croissance explosive, les équipes techniques doivent maintenant démontrer qu’elles savent gérer la complexité croissante sans sacrifier l’expérience utilisateur.
Base n’est pas seul dans cette quête. Arbitrum Orbit, zkSync Era, Scroll, Linea… chacun affine ses mécanismes internes pour éviter les pièges que ce soit au niveau du sequencer, du batcher, du mempool ou de la propagation P2P.
L’incident de janvier pourrait donc être vu rétrospectivement comme un rite de passage : celui qui transforme un « bon » Layer-2 en un Layer-2 industriel sur lequel on peut construire sereinement pendant des années.
Ce que les utilisateurs peuvent faire en attendant les correctifs
En attendant les améliorations promises, voici quelques réflexes à adopter quand le réseau montre des signes de stress :
- Augmentez légèrement le priority fee quand les délais s’allongent
- Utilisez des wallets qui affichent en temps réel le statut du mempool (MetaMask, Rainbow…)
- Évitez les heures de pointe si votre transaction n’est pas urgente
- Surveillez le status page officiel plutôt que de vous fier uniquement aux réseaux sociaux
Ces petites habitudes permettent souvent de contourner les périodes les plus difficiles sans trop de frustration.
Conclusion : la résilience, nouveau critère de choix
L’histoire de janvier 2026 sur Base est avant tout une histoire de résilience. Une panne qui aurait pu durer des semaines a été contenue en quelques heures grâce à une réaction rapide. Mais surtout, l’équipe n’a pas cherché à cacher les problèmes : elle les a assumés et transformés en feuille de route publique.
Dans les mois qui viennent, nous verrons si ces promesses de robustesse se concrétisent. Si c’est le cas, Base pourrait consolider sa place parmi les Layer-2 les plus fiables et les plus utilisés de l’écosystème Ethereum. Dans le cas contraire, la concurrence ne manquera pas de rappeler cet épisode.
Une chose est sûre : en 2026, la scalabilité sans stabilité n’est plus une option. Les utilisateurs, les développeurs et les capitaux iront là où l’expérience reste fluide même quand le marché s’emballe.
Et vous, avez-vous été impacté par cette congestion sur Base ? Qu’attendez-vous désormais des équipes Layer-2 ?









