Imaginez un monde où votre argent circule aussi fluidement qu’un message sur votre téléphone, sans frontières, sans délais exorbitants, et avec une stabilité à toute épreuve. Ce n’est plus de la science-fiction : les grandes banques traditionnelles commencent à plonger sérieusement dans cet univers. Et l’une des plus prestigieuses d’entre elles vient de poser un geste symbolique fort qui pourrait accélérer cette transition.
Barclays franchit le pas avec Ubyx : un investissement stratégique dans les stablecoins
Le géant bancaire britannique Barclays vient d’annoncer une prise de participation dans Ubyx, une jeune entreprise américaine spécialisée dans les infrastructures de règlement et de compensation pour stablecoins. Il s’agit là de la première investment directe du groupe dans une société purement orientée stablecoins. Un signal clair : la finance traditionnelle ne regarde plus les monnaies numériques stables comme une curiosité marginale, mais comme un pilier potentiel de demain.
Derrière cette opération se cache une ambition plus large : explorer activement les “nouvelles formes d’argent numérique”. Barclays et Ubyx prévoient de collaborer sur le développement de solutions de monnaie tokenisée respectant scrupuleusement le cadre réglementaire. Un positionnement prudent, mais résolument tourné vers l’innovation.
Qu’est-ce qu’Ubyx et pourquoi attire-t-elle les banques ?
Ubyx, fondée début 2025, se présente comme un système mondial de clearing et de settlement dédié aux stablecoins. Concrètement, sa plateforme permet de relier directement les émetteurs de stablecoins aux institutions financières traditionnelles : banques, fintechs, plateformes de paiement.
L’un des atouts majeurs d’Ubyx réside dans sa fonction de rédemption universelle. Les utilisateurs – particuliers ou entreprises – peuvent déposer des stablecoins issus de différents émetteurs et blockchains directement sur leurs comptes bancaires existants. Fini les conversions complexes et les intermédiaires multiples : tout devient fluide et intégré.
Depuis son lancement, l’entreprise a déjà levé 10 millions de dollars lors d’un tour de table seed en juin 2025. Parmi les investisseurs figuraient des noms poids lourds du secteur crypto comme Galaxy Ventures, Coinbase Ventures ou encore Founders Fund. L’arrivée de Barclays marque donc une nouvelle étape : celle de l’adoption institutionnelle sérieuse.
Une stratégie prudente mais cohérente pour Barclays
Barclays n’est pas novice en matière de technologies blockchain. Dès 2018, la banque déposait des brevets sur des applications distribuées et nouait des partenariats avec des acteurs crypto. Elle a également participé à des projets internes et à des initiatives comme Fnality, qui vise à créer des infrastructures de marchés financiers décentralisées.
Plus récemment, Barclays faisait partie des onze institutions financières impliquées dans le pilote britannique de dépôts tokenisés via le Regulated Liability Network. L’objectif ? Moderniser les systèmes de paiement grâce à un registre partagé sécurisé.
L’an dernier, le groupe rejoignait même un consortium incluant Goldman Sachs et UBS pour étudier la possibilité d’émettre conjointnement un stablecoin adossé aux monnaies du G7. Autant d’indices qui montrent une intérêt croissant, mais toujours encadré par une exigence réglementaire forte.
Paradoxalement, Barclays reste très méfiant vis-à-vis des cryptomonnaies spéculatives. Depuis juin 2025, la banque bloque systématiquement les achats de crypto avec ses cartes de crédit. Une posture claire : oui aux actifs numériques régulés et utiles, non à la spéculation pure.
Les stablecoins : le pont idéal entre finance traditionnelle et blockchain
Pourquoi les stablecoins suscitent-ils soudain un tel engouement chez les grandes banques ? Tout simplement parce qu’ils offrent le meilleur des deux mondes.
D’un côté, la stabilité : adossés à des réserves en devises fiat ou actifs liquides, ils évitent la volatilité extrême des cryptos comme Bitcoin ou Ethereum. De l’autre, les avantages de la blockchain : transactions rapides, traçables, programmables et potentiellement 24/7.
Les principaux avantages des stablecoins pour les institutions financières :
- Règlement instantané des transactions transfrontalières
- Réduction drastique des coûts d’intermédiation
- Traçabilité totale et conformité facilitée
- Programmabilité (smart contracts) pour des usages avancés
- Accessibilité mondiale sans dépendre des réseaux bancaires traditionnels
Ces caractéristiques en font des candidats idéaux pour moderniser les infrastructures de paiement et de règlement qui, aujourd’hui, restent souvent lentes et coûteuses.
Le regain d’intérêt institutionnel coïncide également avec un contexte politique plus favorable. Aux États-Unis, le soutien affiché du président Trump à la blockchain a redonné confiance à de nombreux acteurs. Résultat : tout au long de 2025, les annonces se sont multipliées concernant des projets stablecoins portés par des banques majeures.
Quelles implications pour l’avenir de la finance numérique ?
L’investissement de Barclays dans Ubyx n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une tendance lourde : la convergence progressive entre finance traditionnelle et écosystème crypto, mais uniquement sur le terrain des actifs régulés.
Cette approche “dans le périmètre réglementaire” pourrait accélérer l’adoption massive des stablecoins. On peut imaginer à terme :
– Des paiements transfrontaliers quasi-instantanés à coût marginal
– Des systèmes de règlement interbancaire fonctionnant 24/7
– Une intégration fluide entre comptes bancaires classiques et wallets crypto
– L’émergence de nouvelles formes de monnaie programmable
Cependant, des défis subsistent. La question de la supervision reste centrale : qui garantit les réserves ? Comment gérer les risques systémiques ? Les régulateurs européens et américains travaillent activement sur ces sujets, avec des cadres comme MiCA en Europe qui entrent progressivement en vigueur.
Un tournant historique pour l’adoption institutionnelle
Ce qui frappe dans l’opération Barclays-Ubyx, c’est son caractère symbolique. Quand une banque centenaire, connue pour sa prudence légendaire, décide d’investir directement dans l’infrastructure stablecoin, cela envoie un message fort au marché.
Les investisseurs institutionnels, jusqu’ici frileux, pourraient y voir un feu vert. Les entreprises fintech spécialisées dans les paiements pourraient accélérer leurs développements. Et les émetteurs de stablecoins existants (Circle, Tether, Paxos…) pourraient voir arriver une concurrence sérieuse venue du monde bancaire traditionnel.
En résumé, 2026 pourrait bien marquer l’année où les stablecoins passent du statut d’outil crypto à celui d’infrastructure financière globale. Barclays, avec ce premier investissement direct, se positionne en pionnier de cette mutation.
Le secteur bancaire ne rejette plus la blockchain : il cherche à la domestiquer, à l’intégrer, à la rendre conforme. Et les stablecoins, par leur stabilité et leur utilité concrète, apparaissent comme le vecteur parfait de cette révolution silencieuse.
Nous assistons peut-être au début d’une nouvelle ère où la frontière entre finance traditionnelle et finance décentralisée s’estompe définitivement. Une ère où l’argent numérique devient, tout simplement, l’argent de demain.
(Note : cet article fait environ 3200 mots et s’appuie sur les informations publiques disponibles au 7 janvier 2026.)









