Une victoire historique pour le BNP après des années d’exil et de turbulence
Les élections législatives de février 2026 au Bangladesh ont clos un chapitre tumultueux ouvert en 2024. Après l’insurrection menée par la Génération Z qui a mis fin à quinze années de pouvoir autoritaire, le pays organisait son premier scrutin libre depuis cette révolution. Le résultat est sans appel : le BNP, dirigé par Tarique Rahman, remporte une majorité absolue écrasante.
Avec 212 sièges sur les 300 à pourvoir, le parti nationaliste consolide sa position dominante. Cette performance reflète un désir profond de changement chez les électeurs, fatigués des années de répression et d’instabilité économique. Tarique Rahman, revenu d’exil après dix-sept ans passés au Royaume-Uni, incarne désormais l’espoir d’une reconstruction nationale.
Le revirement spectaculaire du Jamaat-e-Islami
Shafiqur Rahman, leader du Jamaat-e-Islami et médecin de formation âgé de 67 ans, avait initialement contesté vigoureusement les résultats. Vendredi, il dénonçait des manipulations et irrégularités massives, promettant de saisir la commission électorale pour corriger les anomalies dans de nombreuses circonscriptions.
Mais samedi, dans un message publié sur les réseaux sociaux, le dirigeant islamiste a opéré un virage à 180 degrés. Il reconnaît officiellement la victoire du BNP, affirmant respecter l’État de droit. Ce revirement rapide évite une prolongation de la contestation et ouvre la voie à une transition apaisée.
Le Jamaat-e-Islami, qui ambitionnait de placer pour la première fois un dirigeant islamiste à la tête du pays – majoritairement musulman à 90 % –, tire malgré tout un bilan positif. Avec 77 sièges, le parti quadruple quasiment sa représentation parlementaire par rapport aux scrutins précédents. Il devient ainsi l’une des oppositions les plus puissantes de l’histoire bangladaise.
« Nous serons une opposition vigilante, respectueuse des principes et pacifique et tiendrons le gouvernement responsable de ses actes, tout en contribuant de façon constructive au progrès national. »
Shafiqur Rahman, leader du Jamaat-e-Islami
Cette déclaration conciliatrice souligne une maturité politique inattendue. Le chef islamiste remercie ses électeurs, soulignant que leurs efforts n’ont pas été vains. Cette performance marque un retour en force pour un parti qui avait subi une répression sévère sous le régime précédent.
La commission électorale défend la régularité du scrutin
Face aux accusations initiales de fraude, la commission électorale a fermement rejeté toute idée d’irrégularités massives. Un porte-parole officiel qualifie ce vote de « loin le meilleur scrutin » des dernières années. Il invite quiconque ayant des réserves à saisir la justice pour faire valoir ses droits.
Cette position officielle contribue à légitimer les résultats. Le scrutin s’est déroulé dans un climat globalement calme, malgré les enjeux énormes. Les observateurs internationaux et locaux notent une participation significative, signe d’un engagement citoyen renouvelé après les événements de 2024.
Muhammad Yunus scelle la reconnaissance de la victoire
Le chef du gouvernement provisoire, le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, a rapidement félicité le BNP et Tarique Rahman pour leur « écrasante victoire ». Cette intervention met fin au débat sur les résultats et pave la voie à une passation de pouvoir fluide.
Muhammad Yunus, figure respectée internationalement, avait été nommé pour superviser la transition après la chute du pouvoir précédent. Sa réaction positive renforce la crédibilité du processus électoral et rassure sur la stabilité future du pays.
Tarique Rahman, héritier d’une dynastie politique face à des défis colossaux
Âgé de 60 ans, Tarique Rahman est issu d’une lignée politique influente. Fils de l’ancien président Ziaur Rahman et de Khaleda Zia – trois fois Première ministre et décédée peu avant le scrutin –, il prend la tête du BNP dans un moment critique.
Avant le vote, il confiait la difficulté de la tâche : reconstruire un pays qu’il décrit comme « détruit » par les années précédentes. Le chômage touche massivement les jeunes, l’économie souffre des perturbations récentes, et les secteurs clés comme le textile nécessitent une relance urgente.
« La tâche est énorme », reconnaissait-il. « Il faut créer des entreprises pour que les jeunes puissent accéder à l’emploi. » Ces priorités seront au cœur de son action future en tant que probable Premier ministre.
Réactions dans les rues de Dacca et sur la scène internationale
À Dacca, la victoire du BNP a été accueillie avec calme et sérénité. Les habitants expriment un mélange d’espoir et de prudence. Un commerçant de 39 ans déclarait espérer que Tarique Rahman tienne ses promesses et réponde aux aspirations populaires.
Sur le plan diplomatique, les grandes capitales ont salué le résultat. Washington, Pékin et New Delhi – dont les relations avec Dacca s’étaient tendues depuis 2024 – ont exprimé leur satisfaction. Cette reconnaissance internationale ouvre des perspectives de coopération accrue pour la reconstruction économique.
Un scrutin qui redessine le paysage politique bangladais
Ce vote marque la fin d’une ère et le début d’une autre. Le BNP revient au pouvoir après deux décennies d’absence, porté par un mandat clair pour réformer et stabiliser le pays. Le Jamaat-e-Islami, en acceptant son rôle d’opposition constructive, contribue à consolider les bases démocratiques.
Les défis restent immenses : relance économique, création d’emplois, lutte contre la corruption, renforcement des institutions. Tarique Rahman devra transformer ses promesses en actions concrètes pour répondre aux attentes d’une population jeune et dynamique.
Le revirement de Shafiqur Rahman illustre une maturité politique qui pourrait apaiser les tensions. Au lieu de prolonger les contestations, les acteurs choisissent le dialogue et la responsabilité. Cela augure potentiellement d’une période de stabilité relative, indispensable pour le développement du Bangladesh.
Dans un pays où la politique a souvent été marquée par la confrontation, cette transition pacifique représente un signe encourageant. Les électeurs ont exprimé leur volonté de changement, et les dirigeants semblent prêts à respecter ce verdict.
Les mois à venir seront décisifs. Le nouveau gouvernement devra démontrer sa capacité à gouverner efficacement, à unir les forces vives de la nation et à répondre aux aspirations nées de l’insurrection de 2024. Le Bangladesh entre dans une nouvelle phase de son histoire contemporaine.
Avec cette victoire large et acceptée, le pays tourne une page douloureuse. Reste à écrire les suivantes avec sagesse et détermination, pour que les espoirs placés dans ce scrutin ne soient pas déçus.









