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Bangladesh : Une Campagne Électorale Sous Tension Avant le 12 Février

À vingt jours des législatives au Bangladesh, le BNP et le Jamaat-e-Islami lancent leur campagne avec des promesses ambitieuses. Après la chute historique de Sheikh Hasina, le pays se prépare à un scrutin incertain et tendu. Mais qui sortira vraiment gagnant ?

Le Bangladesh se trouve à un tournant historique. Dans moins de trois semaines, plus de 127 millions d’électeurs seront appelés aux urnes pour des élections législatives qui s’annoncent parmi les plus disputées de l’histoire récente du pays. Un an et demi après les violentes manifestations qui ont provoqué la chute de l’ex-Première ministre Sheikh Hasina, la campagne électorale démarre sur les chapeaux de roues, dans un climat mêlant espoir, tension et incertitude.

Un pays encore marqué par les événements de 2024

Juillet 2024 reste gravé dans les mémoires bangladaises. Ce qui avait commencé comme un mouvement étudiant contre des quotas dans la fonction publique s’est rapidement transformé en une révolte populaire massive. Les affrontements avec les forces de l’ordre ont fait des centaines de morts et blessé des milliers de personnes. Au final, Sheikh Hasina a fui le pays et un gouvernement provisoire dirigé par le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus a été mis en place.

Cette période tumultueuse a profondément bouleversé le paysage politique. Le parti au pouvoir pendant plus de quinze ans, la Ligue Awami, a été interdit de participer aux élections. Ses principaux leaders sont soit en exil, soit poursuivis en justice. Dans ce vide politique, deux forces principales émergent aujourd’hui : le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et le Jamaat-e-Islami, accompagnés de leurs alliés.

Tarique Rahman lance la campagne du BNP à Sylhet

Dans le district de Sylhet, au nord-est du pays, Tarique Rahman a donné le coup d’envoi de la campagne du BNP. Fils de l’ancienne Première ministre Khaleda Zia, décédée en décembre dernier, il est rentré au Bangladesh il y a quelques semaines après dix-sept ans d’exil au Royaume-Uni. Devant une foule immense coiffée des célèbres casquettes jaunes du parti, il a présenté ses premières promesses électorales.

« Nous allons créer des millions d’emplois pour les jeunes », a-t-il lancé avec conviction. Il a également promis de rendre les femmes « indépendantes sur le plan économique ». Ces engagements visent directement les catégories les plus touchées par le chômage et les inégalités dans un pays où plus de 60 % de la population a moins de 30 ans.

« Il porte l’héritage de ses parents. Ceux qui se présentent contre le BNP étaient opposés à la création de cette nation. Les gens ne voteront pas pour eux. »

Un partisan du BNP

Pour beaucoup de sympathisants, Tarique Rahman incarne la continuité d’une famille politique historique et représente une alternative crédible à l’ancien régime autoritaire.

Le grand retour du Jamaat-e-Islami à Dacca

À Dacca, la capitale, des milliers de personnes se sont rassemblées pour écouter le chef du Jamaat-e-Islami, Shafiqur Rahman. Interdit pendant l’ère Hasina, le principal parti islamiste du pays a été autorisé à revenir sur la scène politique par le gouvernement provisoire. Proche des Frères musulmans, le Jamaat mise sur un discours de justice sociale et de lutte contre la corruption.

« Nous voulons bâtir un Bangladesh où les gens seront traités de façon équitable quelles que soient leurs races, leurs religions ou leurs communautés », a déclaré Shafiqur Rahman. Il a également promis d’éradiquer la corruption, un thème qui résonne particulièrement dans un pays régulièrement classé parmi les plus corrompus au monde.

Pour de nombreux électeurs, notamment ceux qui se sentent marginalisés par les partis traditionnels, le Jamaat représente une alternative morale et spirituelle. Une femme de 36 ans confie son enthousiasme : « C’est la première fois depuis des décennies que ma famille et moi prenons part à une campagne électorale. Nous voterons pour le Jamaat pour vivre dans une société en paix. »

Le NCP, héritier de la contestation étudiante

À quelques kilomètres de là, le nouveau Parti national des citoyens (NCP), fondé par d’anciens leaders du mouvement étudiant de 2024, a également tenu son premier grand rassemblement. Nahid Islam, l’un de ses fondateurs, a insisté sur la nécessité d’une coalition avec le Jamaat pour porter les aspirations de la « révolution de juillet ».

« Pour incarner les aspirations de juillet 2024 et poursuivre le chemin des réformes, il n’y a pas d’autre choix possible que la coalition avec le Jamaat. »

Nahid Islam, fondateur du NCP

Ce jeune parti, porté par la vague contestataire de l’été dernier, espère capitaliser sur le rejet des anciens partis traditionnels et sur le désir de changement profond exprimé par une grande partie de la jeunesse bangladaise.

Le référendum sur la charte des réformes

Le même jour que les élections législatives, le 12 février, les Bangladais seront également appelés à se prononcer par référendum sur une charte de réformes promue par Muhammad Yunus. Ce document, adopté en octobre après de longues négociations, vise à empêcher le retour d’un régime autocratique.

Parmi les mesures phares : limitation à deux mandats pour le Premier ministre, renforcement des pouvoirs du président et réaffirmation du caractère multiethnique et multireligieux du pays. Ces réformes constitutionnelles pourraient redessiner en profondeur le fonctionnement des institutions bangladaises pour les décennies à venir.

Un scrutin dans un climat de haute tension

Les élections du 12 février s’annoncent extrêmement disputées. Le BNP et le Jamaat-e-Islami, alliés au NCP, partent favoris dans un contexte où la Ligue Awami est exclue de la course. Cependant, la mobilisation des partisans de l’ancien pouvoir reste une inconnue majeure.

Sheikh Hasina, condamnée par contumace pour avoir ordonné à la police de tirer sur les manifestants en 2024, vit désormais en exil en Inde. Ses partisans pourraient tenter de perturber le scrutin ou boycotter massivement les urnes, ce qui pourrait affecter la participation et la légitimité du futur gouvernement.

Dans un pays où les rivalités politiques et communautaires ont souvent dégénéré en violences, la campagne électorale se déroule sous haute surveillance. Les autorités provisoires ont promis des élections libres et transparentes, mais la tension reste palpable dans les rues de Dacca et des grandes villes.

Les enjeux économiques et sociaux au cœur des promesses

Au-delà des questions institutionnelles et politiques, les électeurs bangladais attendent des réponses concrètes à leurs préoccupations quotidiennes. Le chômage des jeunes, l’inflation, la corruption endémique et l’insécurité alimentaire figurent parmi les principaux sujets de préoccupation.

Le BNP mise sur la création massive d’emplois et l’autonomisation économique des femmes. Le Jamaat-e-Islami insiste sur la justice sociale et la lutte anticorruption. Le NCP, quant à lui, porte les espoirs de réforme profonde et de rupture avec les pratiques du passé.

Dans un pays où plus de la moitié de la population a moins de 25 ans, la capacité des partis à proposer des solutions crédibles pour la jeunesse sera déterminante.

Vers un Bangladesh renouvelé ?

À l’approche du 12 février, le Bangladesh se trouve à la croisée des chemins. Ces élections pourraient marquer le début d’une nouvelle ère politique, marquée par plus de pluralisme et de transparence, ou au contraire raviver les tensions communautaires et politiques qui ont si longtemps marqué le pays.

Le scrutin du mois prochain ne se limite pas à choisir des députés. Il s’agit aussi de décider de l’orientation future d’une nation de 170 millions d’habitants, encore traumatisée par les événements de 2024, mais portée par un immense espoir de changement.

Dans les rues de Dacca, de Chittagong, de Sylhet et de Khulna, les affiches électorales fleurissent déjà. Les meetings se multiplient. Les discours s’enflamment. Le Bangladesh retient son souffle.

Le 12 février 2026 ne sera pas seulement une journée d’élections. Ce sera peut-être le jour où le pays écrira un nouveau chapitre de son histoire.

Et vous, que pensez-vous de cette campagne électorale hors normes ? Le Bangladesh saura-t-il tourner la page de l’ère Hasina sans retomber dans les violences du passé ?

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