Tarique Rahman : un héritier politique face à des défis colossaux
Le nouveau Premier ministre, âgé de 60 ans, incarne une dynastie politique bien connue au Bangladesh. Fils de l’ancien président Ziaur Rahman et de l’ex-Première ministre Khaleda Zia, il porte sur ses épaules l’héritage d’une famille qui a profondément influencé l’histoire contemporaine du pays. Son ascension au pouvoir n’est pas seulement une victoire électorale ; elle symbolise le retour en force du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) après des années d’opposition et d’exil pour son dirigeant.
Investi officiellement le mardi 17 février 2026, Tarique Rahman a rapidement tenu sa première prestation télévisée. Devant les caméras, il a livré un message clair et déterminé, soulignant la gravité de la situation héritée. Le pays sort d’une phase de transition ouverte par un soulèvement populaire massif en 2024, mené par la jeunesse, qui a mis fin à un régime perçu comme autoritaire. Cette insurrection a laissé des traces profondes, tant sur le plan économique que sécuritaire.
Dans son allocution, le Premier ministre a décrit sans détour l’état des lieux. Il a parlé d’une économie affaiblie par des années de mauvaise gestion et de pratiques contestables. La corruption, la détérioration de l’ordre public et la fragilité des institutions ont été mises en avant comme les principaux fardeaux à porter. Pourtant, son ton restait optimiste, porteur d’espoir pour un renouveau national.
Un discours axé sur la reconstruction et l’unité nationale
Tarique Rahman a insisté sur la nécessité de remettre l’économie sur des rails solides. Il a promis des mesures concrètes pour relancer la croissance, attirer les investissements et stabiliser les finances publiques. La tâche s’annonce ardue dans un contexte où les réserves de devises ont été mises à rude épreuve et où l’inflation pèse sur le quotidien des citoyens.
La sécurité publique figure également au cœur de ses priorités. Le Premier ministre s’est engagé à faire du Bangladesh un pays sûr pour tous ses habitants, sans distinction. Il a reconnu que l’ordre public s’était dégradé, avec des incidents violents et une perte de confiance envers les forces de l’ordre. Restaurer cette confiance passe par des réformes profondes et une impartialité stricte des institutions.
« Toutes les institutions respecteront les règles et les lois. Il n’y aura pas de prédominance partisane ou politique, l’État de droit aura le dernier mot. »
Cette déclaration forte résonne comme une rupture avec les pratiques du passé. Le dirigeant a tenu à rassurer l’ensemble de la population : qu’ils aient voté pour son parti, contre lui ou qu’ils se soient abstenus, tous les Bangladais bénéficieront des mêmes droits. « Le pays appartient à tous », a-t-il martelé, cherchant à apaiser les tensions post-électorales et à promouvoir une réconciliation nationale.
La composition du gouvernement : un mélange d’expérience et de fidélité
Dans l’après-midi suivant son investiture, Tarique Rahman a réuni pour la première fois son cabinet. Composé de 50 membres, ce gouvernement voit le Premier ministre se réserver le portefeuille stratégique de la Défense, signe de l’importance accordée à la stabilité sécuritaire. Ce choix reflète aussi sa volonté de garder un contrôle direct sur les questions sensibles.
Pour le ministère des Finances, poste crucial dans un pays en quête de redressement économique, le choix s’est porté sur Amir Khasru Mahmud Chowdhury. Âgé de 76 ans, cet homme d’affaires expérimenté a déjà occupé le ministère du Commerce par le passé. Député à plusieurs reprises, il connaît bien les rouages de la politique bangladaise. Son parcours inclut des épisodes marquants, comme une démission forcée en 2004 suite à une décision controversée sur une représentation commerciale étrangère. Malgré cela, il est perçu comme un gestionnaire aguerri, capable de naviguer dans des eaux troubles.
Les Affaires étrangères ont été confiées à Khalilur Rahman, un ancien diplomate qui a servi dans le gouvernement de transition. Il a notamment géré des dossiers sensibles liés aux réfugiés et aux négociations internationales. Proche des États-Unis selon certains observateurs, il apporte une expertise en commerce extérieur et en diplomatie multilatérale. Sa nomination vise sans doute à renforcer les relations avec les partenaires occidentaux et à attirer des aides et investissements nécessaires à la relance.
Contexte historique : d’une insurrection à une victoire électorale
Pour bien comprendre l’ampleur de ce changement, il faut remonter à l’été 2024. Une insurrection menée par les jeunes de la génération Z a renversé le pouvoir en place après des mois de contestation. Ce mouvement, souvent qualifié de révolution des étudiants, a mis fin à une longue période de gouvernance dominée par une figure emblématique. Les violences qui ont accompagné ces événements ont laissé des cicatrices, avec des pertes humaines et une économie en berne.
Une transition a suivi, gérée par un gouvernement provisoire. Les élections du 12 février 2026 ont clos ce chapitre intérimaire. Le BNP a remporté une victoire large, reflétant un rejet massif du passé récent et un désir de renouveau. Tarique Rahman, revenu d’exil après de longues années à l’étranger, a su capitaliser sur ce momentum populaire. Son retour a été perçu comme un symbole de résilience et de continuité dynastique.
Ce scrutin marque un tournant majeur. Pour la première fois depuis des décennies, le paysage politique s’ouvre à de nouvelles dynamiques. Les promesses de réforme institutionnelle, de lutte contre la corruption et de respect des libertés fondamentales sont au centre des attentes. La population observe avec attention si ces engagements se traduiront en actes concrets.
Les défis économiques et sociaux à relever
L’économie bangladaise fait face à de multiples pressions. La dépendance aux exportations textiles, les remises des travailleurs expatriés et l’agriculture vulnérable aux aléas climatiques constituent les piliers traditionnels. Mais les années récentes ont vu une accumulation de problèmes : inflation galopante, dette extérieure croissante et perte de compétitivité. Le nouveau gouvernement doit rapidement injecter de la confiance pour attirer capitaux étrangers et relancer la consommation interne.
Sur le plan social, la sécurité reste une préoccupation majeure. Les incidents de violence politique, les tensions communautaires et la criminalité ordinaire ont augmenté. Le Premier ministre a promis une action ferme mais juste, sans favoritisme partisan. Cela implique une réforme de la police et de la justice, pour qu’elles deviennent des garantes impartiales de l’ordre.
L’État de droit est présenté comme la pierre angulaire de cette nouvelle mandature. En insistant sur le respect des lois par tous, y compris les puissants, Tarique Rahman cherche à rompre avec une culture d’impunité perçue. Cela passe par l’indépendance accrue des tribunaux, la transparence administrative et la lutte anticorruption sans relâche.
Vers une réconciliation nationale inclusive
Un des points forts du discours inaugural réside dans l’appel à l’unité. En affirmant que le pays appartient à tous, sans exclusion, le Premier ministre tente de dépasser les clivages partisans profonds qui divisent la société bangladaise depuis longtemps. Cette approche inclusive pourrait aider à cicatriser les blessures laissées par les confrontations passées.
Les citoyens ordinaires, les entrepreneurs, les jeunes et les minorités attendent des gestes concrets. Des réformes éducatives pour former une jeunesse qualifiée, des investissements dans les infrastructures rurales et un soutien accru aux secteurs vulnérables pourraient consolider cette légitimité naissante. Le gouvernement dispose d’une majorité confortable, ce qui lui offre une marge de manœuvre importante pour agir rapidement.
Cependant, les attentes sont élevées. Après des années de promesses non tenues et de crises successives, la patience de la population est limitée. Chaque mois qui passe sera scruté : baisse du coût de la vie, création d’emplois, amélioration de la sécurité. Le Premier ministre le sait et a promis des résultats tangibles.
Un leadership sous surveillance internationale
Sur la scène internationale, le Bangladesh attire l’attention. Les partenaires traditionnels observent comment ce nouveau chapitre sera géré. Les relations avec les voisins, les grandes puissances et les organisations multilatérales seront déterminantes pour obtenir des soutiens financiers et techniques. Le choix d’un ministre des Affaires étrangères expérimenté et bien connecté suggère une volonté d’ouverture et de pragmatisme diplomatique.
Les questions régionales, comme la gestion des flux migratoires ou les accords commerciaux, figureront en bonne place. Le pays doit aussi naviguer entre influences diverses pour préserver sa souveraineté tout en bénéficiant d’aides extérieures. Le discours de Tarique Rahman, axé sur la stabilité et la légalité, devrait rassurer les investisseurs et les donateurs.
En conclusion, ce nouveau gouvernement s’engage sur un chemin semé d’embûches mais porteur d’espoirs. La promesse de redresser l’économie, de sécuriser le territoire et de faire triompher l’État de droit résonne comme un contrat avec la nation. Les prochains mois diront si cette vision ambitieuse se concrétisera ou si les défis s’avéreront insurmontables. Une chose est sûre : le Bangladesh observe un virage historique, et le monde entier suit ses pas.
Points clés du discours du Premier ministre :
- Redressement économique urgent face à la corruption et à la mauvaise gouvernance
- Restoration de la sécurité pour tous les citoyens
- Primauté absolue de l’État de droit sans favoritisme politique
- Égalité des droits pour tous, votants ou non
- Engagement pour un pays inclusif et sûr
Ce nouveau chapitre politique pourrait marquer le début d’une ère plus stable et prospère, à condition que les promesses se transforment en réalités quotidiennes pour les Bangladais.








