Tarique Rahman : un héritier politique au pouvoir après une victoire écrasante
Le paysage politique bangladais a connu un tournant décisif avec les élections législatives récentes. Le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), dirigé par Tarique Rahman, a remporté une majorité impressionnante, marquant la fin d’une période de transition chaotique. À 60 ans, cet homme au parcours marqué par l’exil et les épreuves judiciaires accède enfin au poste suprême, succédant à une ère dominée par une figure rivale pendant plus de quinze ans.
Cette victoire n’est pas anodine. Elle clôt un chapitre ouvert par les événements de l’été 2024, lorsque la mobilisation massive des jeunes, souvent qualifiée de mouvement de la Génération Z, a conduit à la chute du pouvoir en place. Des manifestations intenses, parfois violentes, ont forcé un exil forcé et ouvert la voie à un gouvernement intérimaire, avant que le peuple ne s’exprime massivement aux urnes. Rahman incarne désormais l’espoir d’un renouveau pour de nombreux citoyens las des tensions passées.
Mais au-delà de la symbolique, c’est la composition du nouveau gouvernement qui attire l’attention. Avec 50 membres au total, dont le Premier ministre conserve les portefeuilles stratégiques de la Défense et des Armées, l’équipe reflète un mélange d’expérience et de loyauté partisane. Cette structure vise à consolider le pouvoir tout en répondant aux urgences du pays.
La composition du gouvernement : un équilibre entre expertise et fidélité
Le cabinet compte 25 ministres pleins, 25 secrétaires d’État et dix conseillers au rang ministériel. Une telle ampleur témoigne de la volonté de couvrir largement les domaines clés. Tarique Rahman, en gardant la Défense, affirme son contrôle sur les forces armées, un secteur sensible dans un pays où l’armée a souvent joué un rôle politique discret mais réel.
Pour le ministère des Finances, poste crucial face à la crise économique, le choix s’est porté sur Amir Khasru Mahmud Chowdhury. Âgé de 76 ans, cet homme d’affaires expérimenté a déjà occupé le ministère du Commerce par le passé. Fils d’un ancien ministre de l’époque pakistanaise, avant l’indépendance du Bangladesh en 1971, il connaît les arcanes du pouvoir depuis des décennies. Élu député à plusieurs reprises, il a traversé des périodes tumultueuses, incluant des arrestations sous le régime précédent.
Son parcours n’est pas exempt de controverses. En 2004, il avait dû démissionner de son poste ministériel sous la pression de l’époque, suite à une décision autorisant une représentation commerciale taïwanaise à Dhaka. Cet épisode, rarement évoqué publiquement par l’intéressé, illustre les complexités diplomatiques et internes auxquelles le Bangladesh fait face depuis longtemps.
Les Affaires étrangères confiées à un diplomate chevronné
Le ministère des Affaires étrangères revient à Khalilur Rahman, un ancien diplomate ayant servi dans le gouvernement de transition. Il y occupait des fonctions liées à la sécurité et aux réfugiés rohingyas, un dossier brûlant pour le pays. Sa proximité supposée avec les États-Unis suscite des débats au sein de la classe politique, certains y voyant un atout pour attirer des investissements, d’autres craignant une orientation trop marquée.
Diplômé en commerce et en droit, Khalilur Rahman a participé à des négociations commerciales internationales importantes. Son expérience dans les discussions avec Washington pourrait s’avérer précieuse pour renégocier des accords ou attirer des aides dans un contexte où l’économie a besoin d’un souffle nouveau.
La première réunion du cabinet, prévue peu après l’annonce officielle, marque le début concret de cette nouvelle administration. Les attentes sont immenses : stabiliser le pays, relancer la croissance et répondre aux aspirations d’une population jeune et dynamique.
Les défis économiques au cœur des priorités
Le Bangladesh traverse une période économique difficile. L’inflation galopante érode le pouvoir d’achat, le chômage touche particulièrement les jeunes diplômés, et les investissements étrangers hésitent face à l’instabilité récente. Le secteur textile, pilier de l’exportation nationale et deuxième mondial, souffre de ces vents contraires. Des usines ferment ou réduisent leurs effectifs, menaçant des millions d’emplois.
Redresser cette situation exige des réformes audacieuses : contrôle de l’inflation, attractivité pour les capitaux étrangers, modernisation des infrastructures. Le nouveau gouvernement mise sur une stabilisation rapide pour restaurer la confiance des marchés et des partenaires internationaux.
Les observateurs notent que le choix d’un ministre des Finances expérimenté comme Chowdhury vise précisément à inspirer cette crédibilité. Son passé dans le commerce pourrait faciliter des partenariats, même si son âge soulève des questions sur la vitalité de l’équipe économique.
Un contexte politique chargé d’histoire familiale
Tarique Rahman n’est pas un inconnu de la scène politique. Fils de l’ancien président Ziaur Rahman et de l’ex-Première ministre Khaleda Zia, il porte un héritage lourd. Sa famille a dominé la vie politique pendant des décennies, alternant pouvoir et opposition avec la dynastie rivale. Cette continuité dynastique suscite des critiques dans un pays aspirant à plus de renouvellement.
Pourtant, sa victoire récente montre que beaucoup de Bangladais voient en lui un garant de stabilité après les bouleversements. Le BNP, revenu en force, promet de tourner la page des abus passés tout en s’appuyant sur ses réseaux traditionnels.
La transition de 2024-2025, avec un gouvernement provisoire, a permis d’organiser des élections jugées plus libres. Ce scrutin a redonné espoir à une population épuisée par les répressions et les crises multiples.
Vers une gouvernance inclusive ?
Avec un gouvernement élargi, l’administration Rahman cherche à intégrer diverses compétences. Les conseillers ministériels ajoutent une couche d’expertise technique, tandis que les secrétaires d’État assurent une présence sur le terrain. Cette architecture vise à répondre aux multiples défis sectoriels.
Les premières mesures attendues concernent l’économie : plans anti-inflation, soutien au textile, relance des investissements. Sur le plan diplomatique, consolider les relations avec les grands partenaires sera essentiel pour obtenir des financements et des soutiens.
Le dossier rohingya reste une priorité humanitaire et sécuritaire. Khalilur Rahman, avec son expérience passée, pourrait jouer un rôle clé dans les négociations régionales et internationales.
Les attentes de la population et les risques à venir
Les Bangladais espèrent une amélioration rapide du quotidien. La jeunesse, moteur de la révolution de 2024, surveille de près les promesses de transparence et de progrès. Tout dérapage pourrait raviver les tensions.
Économiquement, stabiliser les prix et créer des emplois demande du temps. Politiquement, gérer une majorité large tout en évitant les excès reste un exercice délicat.
Ce nouveau chapitre s’ouvre avec prudence et optimisme. Le gouvernement Rahman a devant lui cinq ans pour transformer les espoirs en réalités tangibles. La première réunion du cabinet pose les bases d’une action concertée.
Dans les jours qui viennent, les annonces concrètes dévoileront la direction prise. Le Bangladesh observe, attentif à ce que ce retour au pouvoir d’une figure historique apporte réellement au pays. Le chemin sera long, mais les fondations posées aujourd’hui pourraient marquer un tournant durable pour la nation.








