Imaginez une plage emblématique, un lieu de détente et de joie, soudain transformé en scène de cauchemar. C’est ce qui s’est produit à Bondi, près de Sydney, où un attentat antisémite a brisé la quiétude d’une nation habituée à la paix. Au cœur de ce drame, le rabbin Eli Schlanger, connu affectueusement comme le « Rabbin de Bondi », est devenu la première victime à être inhumée, laissant derrière lui une communauté dévastée.
Un Adieu Déchirant Dans Une Synagogue Bondée
Mercredi, la synagogue était comble. Des cris étouffés et des larmes abondantes accompagnaient l’arrivée du corbillard. Le cercueil du rabbin, âgé de 41 ans, recouvert d’un velours noir orné de l’étoile de David, a été déposé sous les regards brisés de ses proches.
Les sanglots ont éclaté lorsque le véhicule s’est arrêté. Des membres de la communauté, soutenus les uns les autres, peinaient à rester debout. Cet homme, père et guide spirituel, avait touché de nombreuses vies par sa gentillesse et son engagement.
Un homme d’affaires de 69 ans, qui le connaissait depuis longtemps, confie que le rabbin exerçait une influence positive sur tous ceux qu’il rencontrait. Pour lui, cet événement représente un choc profond pour l’ensemble du pays, car une telle violence ne correspond pas à l’esprit australien.
« C’est un choc pour l’Australie de voir un tel événement se produire ici. Ce n’est pas dans la nature des Australiens. »
Une présence policière massive entourait les lieux. La rue était fermée, des agents alignés pour assurer la sécurité d’une cérémonie marquée par la vulnérabilité.
Un Attentat Qui Remet En Question La Sécurité Des Juifs En Australie
L’Australie a longtemps été perçue comme un refuge sûr, notamment pour les survivants de la Shoah et leurs descendants. Environ 2 500 d’entre eux vivent encore dans le pays, et la population juive totale est estimée à 117 000 personnes.
Mais cet attentat, le plus meurtrier depuis des décennies, a instillé un doute profond. Les familles qui avaient fui la persécution en Europe se retrouvent confrontées à une haine similaire sur une terre censée être protectrice.
Un rabbin présent aux obsèques exprime cette amertume : ses grands-parents et arrière-grands-parents étaient venus ici pour échapper aux pogroms et à la persécution. Aujourd’hui, cette haine semble les avoir rattrapés.
« Nous pensions être en sécurité. […] et c’est ce qu’on retrouve ici. »
Cette attaque n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une montée alarmante de l’antisémitisme, particulièrement depuis les événements du 7 octobre 2023.
Une Hausse Dramatique Des Incidents Antisémites
Dans les douze mois suivant l’attaque du 7 octobre, les actes antisémites ont explosé de 316 %, dépassant les 2 000 incidents recensés. Ces chiffres, avancés par la responsable de la lutte contre l’antisémitisme, soulignent une réalité inquiétante.
Des attaques avaient déjà eu lieu à Melbourne et Sydney au début du conflit à Gaza, menant à la nomination d’une coordinatrice dédiée. Pourtant, beaucoup estiment que les alertes n’ont pas été suffisamment prises au sérieux.
Un analyste de données de 37 ans, présent aux obsèques, ne cache pas sa frustration. Pour lui, cet attentat n’était pas une surprise. La communauté criait à l’aide depuis des mois, voire des années.
« Ils auraient pu nous écouter. »
À ses côtés, un autre rabbin acquiesce. Le message était clair depuis plus de deux ans. La sensation de sécurité s’est évaporée, remplacée par une vigilance constante.
« Est-ce que nous nous sentons en sécurité ? Pour être honnête, pas vraiment », admet-il.
La Colère D’une Communauté Qui Se Sent Abandonnée
Cette colère est palpable. Beaucoup reprochent aux autorités de ne pas avoir agi avec plus de fermeté face à des signes avant-coureurs évidents. Des préjugés antijuifs s’insinuent dans la société depuis longtemps, sans réaction suffisante.
La responsable nationale contre l’antisémitisme a récemment dénoncé cette passivité. Selon elle, la société n’a pas assez résisté à cette infiltration progressive de la haine.
Un écrivain de 66 ans, présent lors de la cérémonie, va plus loin. Il évoque des « marches de la haine » où des drapeaux d’organisations extrémistes étaient brandis ouvertement. Ces scènes l’ont profondément marqué.
Pour lui, les Juifs vivent en état d’alerte maximale ces dernières années. La tristesse se mêle à une rage contenue face à ce qu’il perçoit comme une inaction générale.
« L’antisémitisme n’est pas un problème que les Juifs doivent résoudre, c’est un problème de société. »
Cette phrase résume un sentiment partagé : la lutte contre la haine doit impliquer toute la population, pas seulement la communauté ciblée.
La Réponse Des Autorités Face Aux Critiques
Le Premier ministre a qualifié l’attaque d’acte terroriste antisémite inspiré par l’idéologie jihadiste. Il a parlé de « pure méchanceté » et rejeté les accusations d’inaction de son gouvernement.
Parmi les mesures citées, la pénalisation des discours de haine, l’interdiction du salut nazi et d’autres symboles extrémistes. Depuis l’attentat, une initiative pour un contrôle plus strict des armes à feu a également été lancée.
L’assaillant le plus âgé possédait légalement six armes. Cette réforme vise à prévenir de futures tragédies similaires.
Cependant, pour certains, cette focalisation sur les armes détourne l’attention du vrai problème : la haine elle-même. Il faut, disent-ils, identifier et combattre la racine du mal dès ses premières manifestations.
« La réforme des armes à feu est une diversion totale par rapport au vrai problème, qui est la haine », estime l’écrivain mentionné plus tôt.
Un Deuil Collectif Et Des Questions Sans Réponse
À la fin de la cérémonie, alors que le cercueil quittait la synagogue, des chants en hébreu ont retenti. L’émotion était à son paroxysme. Certains s’effondraient, soutenus par leurs proches, incapables de contenir leur chagrin.
Cette scène illustre la profondeur du traumatisme. Une communauté entière pleure non seulement un homme aimé, mais aussi une sensation de sécurité perdue à jamais.
Les survivants de la Shoah, ces témoins vivants de l’horreur passée, voient resurgir des peurs qu’ils pensaient enfouies. Leurs descendants grandissent dans un climat de méfiance inédit.
« Nous devrions pouvoir être qui nous sommes sans avoir peur », déclare simplement un membre de la communauté. Cette phrase, si basique, résonne comme un appel au retour à la normale.
Mais la normale semble loin. La montée de l’antisémitisme, amplifiée par les tensions internationales, a transformé la vie quotidienne. Les synagogues renforcent leur sécurité, les écoles juives redoublent de vigilance.
Ce drame à Bondi agit comme un révélateur. Il met en lumière des failles sociétales que beaucoup refusaient de voir. La question n’est plus seulement de punir les actes, mais de prévenir leur émergence.
Éducation, dialogue intercommunautaire, fermeté face aux discours extrémistes : les solutions existent, mais demandent une volonté collective. Sans cela, la peur risque de s’installer durablement.
Le rabbin Eli Schlanger laisse derrière lui un héritage de bonté et d’ouverture. Son souvenir pourrait devenir le catalyseur d’un sursaut national contre la haine. Mais pour l’instant, la communauté pleure, se serre les coudes et attend des actes concrets.
Dans ce contexte douloureux, une chose est certaine : l’Australie multiculturelle, fière de sa tolérance, fait face à un test majeur. La réponse donnée dans les mois à venir déterminera si ce pays reste un refuge pour tous, ou si la haine gagne du terrain.
Le chemin sera long, mais l’espoir persiste au milieu des larmes. La résilience de cette communauté, forgée par l’histoire, pourrait inspirer un changement plus large. Pour l’honneur du « Rabbin de Bondi », et pour l’avenir de tous.
Rappel des faits clés :
- Attentat antisémite sur la plage de Bondi, le plus meurtrier depuis des décennies en Australie.
- Rabbin Eli Schlanger, 41 ans, première victime inhumée.
- Hausse de 316 % des incidents antisémites après le 7 octobre 2023.
- Critiques envers les autorités pour inaction face aux alertes.
- Mesures gouvernementales : renforcement contre les discours de haine et contrôle des armes.
Ces éléments résument une tragédie qui dépasse le cadre local. Elle interroge sur la capacité d’une société à protéger ses minorités dans un monde de plus en plus polarisé.
La communauté juive de Sydney continue son deuil, mais aussi sa réflexion. Comment reconstruire la confiance ? Comment faire entendre sa voix sans être accusée d’exagération ? Les réponses viendront avec le temps, portées par la mémoire de ceux qui ne sont plus.
En attendant, les chants en hébreu résonnent encore dans les esprits. Symbole de résistance et d’unité face à l’adversité.









