Un attentat qui ébranle les liens sino-afghans
Le quartier de Shahr-e-Naw, connu pour son animation commerciale et sa relative sécurité, a été le théâtre d’une déflagration soudaine. Un restaurant servant des nouilles chinoises, fréquenté par des membres de la communauté chinoise musulmane, a été visé. L’explosion, survenue en pleine journée, a provoqué un chaos immédiat : débris éparpillés, cris, sirènes d’ambulances.
Les bilans officiels font état d’au moins sept victimes mortelles. Parmi elles, un citoyen chinois et six Afghans innocents. De nombreux blessés ont été recensés, dont cinq autres Chinois qui ont dû recevoir des soins urgents. Les secours, dont une organisation médicale internationale présente sur place, ont pris en charge les corps et les patients en urgence chirurgicale.
Une cérémonie d’enterrement émouvante a eu lieu le lendemain pour la victime chinoise, de confession musulmane. Dans l’enceinte d’une mosquée de la capitale, des dizaines d’hommes se sont recueillis en prière, autour d’un corps enveloppé d’un linceul blanc. Ce moment solennel contraste avec la violence brutale de la veille.
La revendication du groupe État islamique
Peu après l’attaque, le groupe État islamique, via son organe de propagande, a assumé la responsabilité des faits. Selon des sources spécialisées dans la surveillance des contenus extrémistes, un kamikaze serait entré dans l’établissement avant de déclencher sa charge explosive. La déclaration met explicitement en cause les ressortissants chinois.
L’État islamique en Afghanistan a inscrit les ressortissants chinois sur sa liste de cibles, en particulier à la lumière de l’escalade des crimes commis par le gouvernement chinois contre les musulmans ouïghours opprimés.
Cette justification, bien que propagandiste, révèle une hostilité ciblée. Elle s’inscrit dans une série d’actions antérieures : déjà en 2022, le même groupe avait revendiqué une attaque contre un hôtel prisé par une clientèle chinoise à Kaboul. La récurrence de ces menaces pointe vers une stratégie délibérée contre les intérêts chinois dans la région.
La réaction immédiate de Pékin
Les autorités chinoises n’ont pas tardé à réagir. Dès le lendemain, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a exprimé ses condoléances pour les vies perdues et ses sympathies envers les blessés. Il a insisté sur la nécessité d’une prise en charge médicale complète pour les victimes chinoises.
Plus fermement, Pékin a exigé des autorités afghanes des mesures concrètes et efficaces pour protéger les citoyens, les projets et les institutions chinoises présents sur le sol afghan. Le message est clair : la sécurité doit être renforcée sans délai.
Nous exigeons des autorités afghanes qu’elles prodiguent des soins complets aux blessés et qu’elles prennent de nouvelles mesures, efficaces, afin d’assurer la sécurité des citoyens, projets et organismes chinois en Afghanistan.
Parallèlement, un avertissement a été réitéré aux ressortissants chinois : compte tenu du climat sécuritaire actuel, tout voyage non essentiel vers l’Afghanistan doit être différé. Cette recommandation, déjà en vigueur auparavant, prend désormais une acuité particulière.
Le contexte des relations entre la Chine et l’Afghanistan
Depuis le retour au pouvoir des talibans en 2021, Pékin a développé des liens pragmatiques avec les nouvelles autorités. Contrairement à de nombreux pays occidentaux qui ont suspendu leur aide, la Chine a maintenu un engagement économique. Des hommes d’affaires chinois se sont installés, attirés par les opportunités de reconstruction et d’exploitation de ressources.
La frontière partagée, longue de 76 kilomètres, constitue un enjeu stratégique majeur. Pékin craint depuis longtemps que le territoire afghan ne serve de base arrière à des groupes séparatistes ouïghours originaires du Xinjiang. Les talibans ont publiquement promis que leur pays ne deviendrait pas un refuge pour ces militants. En contrepartie, la Chine propose un soutien financier et des investissements pour aider à la stabilisation et au développement.
Cet attentat met à l’épreuve cette relation naissante. D’un côté, les autorités afghanes affirment avoir restauré une certaine sécurité ; de l’autre, les attaques persistantes, souvent revendiquées par l’État islamique, contredisent ces assurances. Le groupe extrémiste continue de frapper, y compris dans des quartiers hautement protégés.
Témoignages sur le terrain
Un commerçant voisin, fleuriste de profession, a décrit l’établissement visé comme un lieu accueillant. Géré depuis deux ans par des musulmans chinois, le restaurant ouvrait ses portes à tous : locaux, étrangers, passants. « C’étaient de bonnes personnes », a confié cet homme de 45 ans, préférant ne donner que son prénom pour des raisons de sécurité.
Il a ajouté que l’explosion avait également endommagé son commerce. La déflagration a touché une zone animée, rappelant que même les civils ordinaires paient le prix de la violence. Ces récits humains soulignent l’impact au-delà des chiffres officiels.
Les implications sécuritaires et géopolitiques
Cet événement intervient dans un contexte où l’État islamique cherche à démontrer sa résilience face aux talibans. Malgré les opérations menées contre lui, le groupe parvient à organiser des attentats spectaculaires. Cibler des intérêts chinois s’inscrit dans une logique plus large : discréditer les autorités afghanes et semer la discorde entre Kaboul et Pékin.
Pour la Chine, la priorité reste la protection de ses nationaux et de ses investissements. Des projets d’infrastructure, d’extraction minière et de coopération énergétique sont en cours ou en discussion. Toute dégradation sécuritaire risque de freiner cet élan.
Les talibans, de leur côté, ont besoin de ces partenariats pour compenser l’absence d’aide internationale massive. Ils doivent donc démontrer leur capacité à garantir la sécurité, sous peine de voir s’éloigner des investisseurs précieux.
Les défis persistants en matière de sécurité
L’Afghanistan fait face à de multiples menaces. Outre l’État islamique, d’autres groupes armés opèrent encore. Les attentats sporadiques rappellent que la consolidation du pouvoir taliban reste incomplète. Les zones urbaines, même surveillées, ne sont pas à l’abri.
Les communautés étrangères, en particulier chinoises, deviennent des cibles symboliques. Leur présence accrue depuis 2021 les expose davantage. Les avertissements de voyage émis par Pékin traduisent une prudence accrue, mais aussi une frustration face à l’incapacité apparente à prévenir ces actes.
La communauté internationale observe avec attention. Bien que les relations avec les talibans soient limitées, la stabilité afghane concerne la région entière. Un Afghanistan instable peut exporter l’insécurité vers les pays voisins, y compris la Chine.
Vers une réponse concertée ?
Les autorités afghanes ont promis une enquête approfondie. Elles affirment que la situation est sous contrôle, mais les faits récents invitent à la prudence. La Chine, de son côté, multiplie les appels à l’action : soins aux blessés, renforcement des mesures de protection, identification et punition des responsables.
Ce drame pourrait accélérer des discussions bilatérales sur la coopération sécuritaire. Des échanges d’informations, des formations ou un soutien technique pourraient être envisagés pour mieux contrer les menaces terroristes.
En attendant, la peur reste palpable. Les commerçants locaux, les familles des victimes, les expatriés chinois : tous vivent avec l’incertitude. Cet attentat n’est pas seulement un fait divers tragique ; il incarne les fragilités d’un pays en transition et les tensions d’une géopolitique régionale complexe.
Les jours qui viennent diront si cette tragédie pousse à une véritable mobilisation pour la sécurité, ou si elle reste un épisode de plus dans un cycle de violence difficile à briser. Une chose est sûre : l’avenir des relations sino-afghanes dépendra en grande partie de la capacité à protéger les vies et les intérêts mutuels dans ce contexte volatile.









