InternationalPolitique

Attaque de Colons en Cisjordanie : Quatre Étrangers Agressés

Dans la nuit, dix colons masqués armés font irruption chez des militants étrangers endormis près de Jéricho. Coups, vols, passeports dérobés… Les victimes racontent l’horreur. Mais qui protège vraiment ces bénévoles internationaux au cœur de la Cisjordanie occupée ?

Ils dormaient paisiblement dans le désert de Cisjordanie, pensant que leur statut d’étrangers les protégerait peut-être un peu. À l’aube, trois Italiens et une Canadienne se sont réveillés à l’hôpital de Jéricho, le visage tuméfié, les affaires volées, le corps endolori. Leur seul tort ? Avoir choisi de passer la nuit dans le secteur de Duyuk, à l’ouest de Jéricho.

Une attaque d’une rare violence contre des militants internationaux

Le récit de l’une des victimes, qui a requis l’anonymat, glace le sang. Vers le milieu de la nuit, une dizaine d’hommes masqués surgissent. Deux sont armés de fusils, les autres brandissent des bâtons. En quelques minutes, les coups pleuvent.

« Ils m’ont frappée au visage, dans les côtes, à la hanche », confie la jeune femme. L’agression dure entre dix et quinze minutes – une éternité quand on est seul face à une horde. Puis les assaillants repartent avec tout : passeports, téléphones, portefeuilles, cartes bancaires. Un vol organisé autant qu’une démonstration de terreur.

« Cela a duré environ 10 à 15 minutes. Ensuite, ils ont pris toutes nos affaires. Ils ont volé mon passeport, mon téléphone, mon portefeuille, mes cartes bancaires, puis ils sont partis. »

Une victime italienne, anonyme

Des blessures qui témoignent de la brutalité de l’attaque

À leur arrivée à l’hôpital public de Jéricho, les quatre ressortissants étrangers présentaient des contusions graves au visage et à la poitrine. L’un d’eux a été frappé dans une zone particulièrement sensible, précise le directeur de l’établissement, le Dr Riyad Eid. Tous ont pu quitter l’hôpital dans la journée, mais les marques physiques et psychologiques resteront longtemps.

Ce type d’agression ciblée contre des militants internationaux n’est pas isolé, mais il reste suffisamment rare pour choquer l’opinion publique européenne et canadienne.

Rome réagit immédiatement

Le ministère italien des Affaires étrangères italien a publié un communiqué dès le lendemain matin. Il confirme que trois bénévoles italiens ont été « agressés la nuit dernière par des colons israéliens près de Jéricho ». Le texte précise que les agresseurs sont entrés par effraction dans leur lieu de séjour et ont volé l’ensemble de leurs effets personnels.

Le ministre Antonio Tajani suit personnellement le dossier en lien avec le consulat général d’Italie à Jérusalem. Une enquête a été ouverte côté italien pour vol aggravé et violences.

Un contexte de violences en explosion depuis octobre 2023

Depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 et le déclenchement de la guerre à Gaza, la Cisjordanie occupée connaît une flambée de violences sans précédent. Les opérations militaires israéliennes se multiplient, mais parallèlement, les attaques menées par des colons extrémistes contre des Palestiniens – et parfois contre des étrangers solidaires – se sont multipliées.

Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) a enregistré, rien qu’en octobre 2025, le plus haut niveau d’attaques de colons causant des blessés ou des dégâts matériels depuis près de vingt ans. Un triste record.

Quelques chiffres clés (Ocha – octobre 2025)

  • Plus de 200 incidents impliquant des colons
  • Des dizaines de Palestiniens blessés
  • Destruction de centaines d’oliviers et de biens agricoles
  • Première attaque documentée cette année contre des militants étrangers depuis longtemps

Plus de 500 000 colons en Cisjordanie hors Jérusalem-Est

Pour rappel, plus de 500 000 Israéliens vivent aujourd’hui dans des colonies en Cisjordanie (hors Jérusalem-Est annexée). L’ensemble de ces implantations est considéré comme illégal au regard du droit international par l’ONU, l’Union européenne et la grande majorité de la communauté internationale.

Ces colonies fragmentent le territoire palestinien, compliquent toute perspective de solution à deux États et constituent, pour beaucoup d’observateurs, une source permanente de tensions.

Pourquoi les militants internationaux sont-ils ciblés ?

Les bénévoles étrangers présents en Cisjordanie accompagnent souvent les paysans palestiniens lors des récoltes d’olives, documentent les démolitions de maisons ou les restrictions de circulation. Leur présence est perçue par une frange radicale des colons comme une provocation ou une entrave à l’expansion des implantations.

En les intimidant ou en leur volant leurs passeports, les agresseurs cherchent à les dissuader de revenir. Une stratégie de terreur qui, malheureusement, porte parfois ses fruits.

La trêve à Gaza n’a pas calmé la Cisjordanie

Beaucoup espéraient que la trêve entrée en vigueur le 10 octobre 2025 entre Israël et le Hamas allait apaiser l’ensemble du territoire. Force est de constater que non. Les tensions restent vives, voire s’aggravent dans certaines zones de Cisjordanie.

Les observateurs craignent une spirale où chaque incident devient prétexte à représailles, rendant la cohabitation quotidienne encore plus explosive.

Cet événement près de Jéricho nous rappelle brutalement que la violence ne connaît pas de frontière entre Gaza et la Cisjordanie, et qu’elle peut frapper n’importe qui, y compris ceux qui viennent du bout du monde pour témoigner ou aider.

Restera-t-il impuni ? L’enquête promises par les autorités italiennes et, espérons-le, israéliennes, devra apporter des réponses. Car au-delà des quatre victimes directes, c’est la crédibilité même du respect des droits humains dans les territoires occupés qui est en jeu.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.