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Assassinat d’un professeur : Lourdes condamnations en France

Verdicts tombés dans le procès de l'assassinat de Samuel Paty : de lourdes peines prononcées contre les accusés liés au terroriste islamiste. Un procès marquant qui soulève de nombreuses questions sur la radicalisation et la liberté d'expression en France. Les détails du jugement qui secoue le pays.

Le verdict tant attendu est tombé. Après un procès de sept semaines, la cour d’assises spéciale de Paris a rendu son jugement vendredi soir dans l’affaire de l’assassinat de Samuel Paty, ce professeur d’histoire-géographie sauvagement décapité en octobre 2020 par un jeune terroriste islamiste d’origine tchétchène. Des peines particulièrement lourdes ont été prononcées à l’encontre des différents accusés impliqués, à des degrés divers, dans ce crime qui avait profondément choqué la France.

De lourdes condamnations pour complicité terroriste

Parmi les condamnations les plus sévères figurent celles de Naïm Boudaoud, 22 ans, et Azim Epsirkhanov, 23 ans, deux proches de l’assassin Abdoullakh Anzorov. Reconnus coupables de complicité d’assassinat, ils écopent de 16 ans de réclusion criminelle. La veille de l’attentat, le sinistre trio s’était rendu à Rouen pour y acheter un couteau, arme qui sera retrouvée sur les lieux du crime même si elle n’a pas directement servi à la décapitation. Devant la cour, les deux complices ont assuré qu’Anzorov leur avait présenté ce couteau comme étant « un cadeau » destiné à son grand-père. Une défense qui n’a pas convaincu les jurés.

Le jour de l’assassinat, Naïm Boudaoud avait conduit le futur tueur près du collège où enseignait Samuel Paty, après un détour dans un magasin de pistolets airsoft. Si le ministère public a abandonné la qualification de complicité, estimant qu’il n’était pas prouvé que les deux hommes avaient eu connaissance du projet mortifère, il a néanmoins requis de lourdes peines pour association de malfaiteurs terroriste, soulignant qu’ils avaient fourni « le soutien logistique dont Anzorov avait besoin ».

La haine en ligne lourdement sanctionnée

Les instigateurs de la virulente campagne de haine contre le professeur sur les réseaux sociaux n’ont pas échappé à la sévérité de la cour. Brahim Chnina, 52 ans, père de la collégienne qui avait menti en accusant Samuel Paty de discrimination envers les élèves musulmans lors d’un cours sur la liberté d’expression, a écopé de 13 ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste. Dès le 7 octobre, il avait posté des messages et une vidéo hostiles au professeur.

Même verdict pour Abdelhakim Sefrioui, 65 ans, fondateur de l’association pro-Hamas « Collectif Cheikh-Yassine », qui s’était fendu d’une autre vidéo qualifiant l’enseignant de « voyou ». Il est condamné à 15 ans de réclusion. Leurs avocats ont tenté de minimiser leur rôle, affirmant qu’Anzorov n’avait jamais visionné les vidéos en question et qu’il n’y avait pas eu « d’intention terroriste » dans leurs actions. Des arguments balayés par le parquet qui a au contraire pointé une campagne numérique « concertée ».

La nébuleuse islamiste aussi condamnée

Quatre autres prévenus gravitant dans la mouvance islamiste et en lien avec le terroriste sur les réseaux sociaux ont également été condamnés, dans une moindre mesure. Le parquet avait requis une requalification des faits à leur égard, abandonnant l’association de malfaiteurs terroriste. Priscilla Mangel, 36 ans, poursuivie pour provocation au terrorisme, écope de 18 mois avec sursis. Yusuf Cinar, 22 ans, jugé pour apologie du terrorisme, prend un an ferme.

Ismaël Gamaev et Louqmane Ingar, 22 ans tous les deux, étaient eux aussi mis en cause pour association de malfaiteurs terroriste. Le premier, seul à avoir reconnu sa culpabilité, prend 5 ans dont 18 mois avec sursis. Le second est condamné à 3 ans dont 2 avec sursis. Des peines certes moins lourdes que les réquisitions mais qui démontrent la volonté de la justice de sanctionner l’ensemble des acteurs de cette sinistre affaire.

Un procès qui marque les esprits

Ce procès aura été l’occasion de replonger dans les détails sordides de cet acte terroriste qui avait suscité une immense émotion en France et relancé le débat sur la liberté d’expression et le rôle des enseignants. Les neuf jours d’audience auront permis de lever le voile sur le degré d’implication des différents protagonistes de ce drame, du soutien logistique apporté au tueur à la haine distillée sur internet en passant par les mensonges d’une adolescente.

Face à la gravité des faits, l’avocat général avait requis des peines allant jusqu’à 16 ans de prison, tout en abandonnant les qualifications les plus lourdes pour certains mis en cause. Un réquisitoire jugé trop clément par les parties civiles mais que la cour a finalement suivi dans les grandes lignes, optant même pour davantage de sévérité que demandé envers les principaux accusés.

Ce verdict exemplaire est à la hauteur de l’onde de choc provoquée par cet assassinat terroriste qui a touché au cœur l’Education nationale et plus largement toute la société française.

Un avocat des parties civiles

Au-delà de la légitime satisfaction des proches de Samuel Paty, ce jugement se veut un message clair envoyé à tous ceux qui seraient tentés de porter atteinte aux valeurs de la République. Dans son réquisitoire, le parquet national antiterroriste avait martelé que « le combat contre l’islamisme radical sera sans aucun doute l’un des grands défis du XXIe siècle ». Un combat dans lequel la Justice entend clairement jouer tout son rôle.

Près de trois ans après le drame, l’émotion reste vive au sein de la communauté éducative, encore sous le choc de la mort brutale d’un des leurs. En cette période de rentrée des classes, beaucoup d’enseignants ne cachent pas leur inquiétude face à la menace terroriste et aux pressions communautaristes. Cet assassinat a laissé des traces profondes et durables dans les esprits.

La détermination affichée par la cour d’assises spéciale dans ce procès hors norme se veut ainsi un encouragement pour tous ces professeurs qui, chaque jour, s’efforcent de transmettre à leurs élèves les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité qui fondent notre République. Un combat de tous les instants pour lequel certains, à l’image de Samuel Paty, ont payé le prix le plus élevé. Puisse ce verdict leur rendre justice et honorer leur mémoire.

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