C’est un coup de filet d’ampleur qui vient d’être mené en Allemagne. Trois jeunes hommes âgés de 15 à 22 ans, soupçonnés d’appartenir à la mouvance jihadiste et de préparer un projet d’attentat terroriste, ont été interpellés dimanche dans le sud-ouest du pays, a-t-on appris mardi de source judiciaire.
Parmi les suspects figurent deux frères germano-libanais, âgés de 15 et 20 ans, qui auraient planifié de passer à l’acte, mus par une « profonde sympathie pour le groupe terroriste État islamique », ont indiqué dans un communiqué conjoint le parquet fédéral et la police. Les enquêteurs ont également mis la main sur un fusil d’assaut et ses munitions, retrouvés au domicile du troisième suspect, un germano-turc de 22 ans.
Une opération d’envergure menée par les forces spéciales
C’est une opération d’envergure, mobilisant les forces spéciales, qui a permis l’arrestation simultanée des trois jeunes hommes à leur domicile respectif : les deux frères à Mannheim et le troisième individu au nord de Francfort, dans la région de Hesse. Lors des perquisitions, les enquêteurs ont saisi, outre l’arme à feu, une cagoule, un gilet pare-balles, des couteaux et des téléphones portables.
Présentés lundi à un juge d’instruction du tribunal de Karlsruhe, les trois suspects ont été placés en détention provisoire. Une mesure qui témoigne de la gravité des faits qui leur sont reprochés et des indices probants recueillis par les enquêteurs quant à leur implication dans un projet terroriste.
Une menace terroriste prise très au sérieux par les autorités
Face à la menace jihadiste qui plane sur le pays, à l’instar de nombreux autres États, l’Allemagne a considérablement renforcé son arsenal législatif et la coopération entre ses différents services de renseignement et de police ces dernières années. Les autorités redoutent en particulier le retour de combattants allemands qui ont rejoint les rangs de l’EI en Syrie ou en Irak.
La chute du dernier bastion de l’EI en Syrie en mars 2019 et l’offensive turque lancée dans le nord du pays en octobre ont ravivé les craintes d’un afflux de jihadistes de retour au pays. Selon les chiffres officiels, quelque 1.050 islamistes allemands se sont rendus depuis 2013 dans les zones de combat jihadistes. Environ un tiers d’entre eux est déjà revenu en Allemagne, tandis qu’un nombre à peu près équivalent aurait péri sur place.
Une série d’attentats et de projets d’attaques ces derniers mois
L’Allemagne a été frappée par plusieurs attentats islamistes ces dernières années, dont le plus meurtrier a fait 12 morts en décembre 2016, lorsqu’un Tunisien a foncé avec un camion sur un marché de Noël à Berlin. Plus récemment, en août dernier, un Syrien muni d’un couteau a tué une personne et en a blessé six autres lors d’une attaque « à motivation islamiste » à Wurtzbourg, dans le sud du pays.
D’autres projets d’attentats ont également été déjoués in extremis par les forces de l’ordre allemandes, à l’image de celui fomenté par un Afghan arrêté en juin alors qu’il s’apprêtait à commettre une attaque au couteau lors d’un rassemblement anti-islam à Mannheim. Fin octobre, c’est un Libyen suspecté de liens avec l’EI qui a été interpellé pour avoir planifié une attaque contre l’ambassade d’Israël à Berlin.
L’Allemagne reste une cible privilégiée du terrorisme islamiste en raison de son engagement militaire passé en Afghanistan et de sa participation à la coalition internationale anti-EI.
Une source proche du dossier
Si la menace est prise très au sérieux par les autorités, certains experts pointent toutefois une tendance inquiétante à la radicalisation de plus en plus précoce de jeunes, parfois à peine sortis de l’adolescence, comme semblent l’illustrer les profils des suspects interpellés ce week-end en Allemagne.
Une vigilance accrue des services de renseignement
Face à cette réalité, les services de renseignement allemands ont considérablement accru ces derniers mois leur surveillance des milieux islamistes et de la propagande jihadiste en ligne, principal vecteur d’endoctrinement et de recrutement.
L’attaque sans précédent menée début octobre par le mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël, suivie d’une guerre meurtrière dans la bande de Gaza, a par ailleurs déclenché une vague d’actes antisémites dans plusieurs pays, dont l’Allemagne. Dans ce contexte, la vigilance est plus que jamais de mise face au risque de passage à l’acte d’individus isolés galvanisés par ce regain de tensions au Proche-Orient.
L’enquête se poursuit désormais pour déterminer si les trois jihadistes présumés arrêtés dimanche agissaient de manière isolée ou s’ils bénéficiaient de complicités au sein de la mouvance islamiste radicale en Allemagne ou à l’étranger. Les investigations s’attachent également à reconstituer leur parcours de radicalisation et à identifier d’éventuels projets d’actions violentes.