Imaginez un État américain qui décide, non pas d’acheter des cryptomonnaies sur les marchés volatils, mais de conserver celles qu’il a déjà entre les mains grâce aux saisies judiciaires. Imaginez que cet État nomme explicitement le Bitcoin et le XRP parmi les actifs jugés dignes de figurer dans une réserve stratégique officielle. C’est exactement ce qui est en train de se passer en Arizona en ce début d’année 2026, et cette nouvelle pourrait bien marquer un tournant dans la relation entre les institutions publiques et les actifs numériques.
L’Arizona ouvre la voie à une réserve publique d’actifs numériques
Depuis plusieurs années, le débat sur l’intégration des cryptomonnaies dans les finances publiques fait rage outre-Atlantique. Certains y voient une folie spéculative, d’autres une évolution inévitable du système monétaire moderne. L’Arizona, État souvent considéré comme progressiste sur les questions technologiques et financières, vient de faire pencher la balance en faveur des seconds.
Le projet de loi Senate Bill 1649 (SB1649) a franchi deux étapes cruciales : il a été approuvé par la commission des finances du Sénat puis par la commission des règles. Le texte prévoit la création d’un Fonds de Réserve Stratégique pour les Actifs Numériques, géré directement par le Trésorier de l’État. Ce qui rend cette initiative particulièrement intéressante, c’est qu’aucun dollar des contribuables ne serait utilisé pour acquérir ces actifs.
Un fonds alimenté uniquement par des cryptos confisquées
Le mécanisme imaginé par les législateurs est astucieux : le fonds sera exclusivement capitalisé avec des cryptomonnaies provenant de saisies, confiscations ou abandons dans le cadre d’enquêtes pénales ou civiles. Drogue, fraudes financières, cybercriminalité… tous ces dossiers peuvent aujourd’hui impliquer des portefeuilles numériques. Plutôt que de liquider systématiquement ces avoirs au moment de la condamnation, l’État pourrait désormais les conserver et les gérer comme une véritable réserve.
Ce choix stratégique permet d’éviter deux écueils majeurs : d’une part, la volatilité immédiate liée à un achat massif sur les marchés ; d’autre part, la critique récurrente selon laquelle les fonds publics ne doivent pas être exposés à des actifs jugés trop risqués. Ici, l’État ne mise pas : il recycle ce qu’il a déjà obtenu.
Bitcoin, XRP et DigiByte : les actifs explicitement cités
Le texte législatif ne se contente pas de parler vaguement d’« actifs numériques ». Il nomme clairement trois cryptomonnaies : le Bitcoin, le XRP et le DigiByte. Cette précision est loin d’être anodine.
Le Bitcoin, première cryptomonnaie au monde, bénéficie déjà d’une légitimité croissante auprès des institutions. Mais voir le XRP mentionné nommément dans un texte officiel américain constitue une reconnaissance particulièrement forte pour Ripple et son écosystème. Longtemps entouré de controverses judiciaires, le XRP pourrait ainsi gagner en crédibilité institutionnelle grâce à cette initiative locale.
Quant au DigiByte, projet plus discret mais très apprécié dans certaines communautés techniques pour sa rapidité et sa sécurité, sa présence dans la liste montre que les rédacteurs du projet ont cherché à inclure des blockchains aux caractéristiques variées et solides.
Un cadre plus large pour d’autres actifs numériques
Au-delà de ces trois noms, le projet ouvre la porte à d’autres actifs répondant à des critères de « juste valeur » clairement définis : stablecoins adossés à des monnaies fiat, tokens non fongibles (NFT) de qualité institutionnelle, et potentiellement d’autres cryptomonnaies jugées suffisamment matures et liquides.
Cette flexibilité montre que les législateurs ne souhaitent pas enfermer le fonds dans un cadre trop rigide. Ils anticipent l’évolution rapide du secteur et se donnent les moyens juridiques d’adapter la réserve aux réalités futures du marché.
Le rôle central du Trésorier de l’État
La gestion du fonds est confiée au Trésorier de l’État, qui aura le pouvoir d’investir, de conserver et même, dans certains cas, de prêter ces actifs numériques. Cette latitude importante soulève évidemment des questions de gouvernance et de contrôle.
Comment éviter que des actifs volatils ne servent à des opérations trop spéculatives ? Quelles règles strictes encadreront les prêts éventuels ? Le projet de loi prévoit des garde-fous, mais leur mise en œuvre effective sera scrutée de près par les observateurs du secteur.
Une tendance qui s’accélère aux États-Unis
L’Arizona n’est pas le premier État à s’intéresser de près aux cryptomonnaies. Plusieurs autres territoires américains ont déjà adopté des positions favorables : exemption fiscale sur certaines opérations crypto, reconnaissance légale des portefeuilles numériques, intégration dans les systèmes de paiement publics…
Mais créer une véritable réserve stratégique alimentée par des saisies judiciaires représente une étape supplémentaire. C’est une forme de légitimation par l’action : l’État ne se contente plus de tolérer ou de réguler ; il intègre activement ces actifs dans son patrimoine.
« Les cryptomonnaies ne sont plus un phénomène marginal. Elles font désormais partie intégrante des flux financiers criminels comme légaux. Autant en tirer parti de manière intelligente plutôt que de les liquider systématiquement à perte. »
Un législateur anonyme proche du dossier
Cette citation résume parfaitement l’état d’esprit qui anime les promoteurs du projet. Pour eux, ignorer la réalité des cryptos serait une erreur stratégique majeure.
Les obstacles politiques encore à surmonter
Malgré ces avancées encourageantes au niveau législatif, rien n’est encore joué. Le texte doit encore passer l’épreuve du vote en séance plénière au Sénat, puis au niveau de l’Assemblée, avant d’être soumis à la signature du gouverneur.
Or, dans le passé, des initiatives similaires ont déjà été freinées par des craintes liées à la volatilité des cryptomonnaies. Certains responsables ont publiquement exprimé leur réticence à voir l’État s’exposer, même indirectement, à des actifs aussi fluctuants.
La bataille politique s’annonce donc serrée. Les partisans du projet devront convaincre que cette réserve ne constitue pas un pari risqué, mais une gestion patrimoniale moderne et pragmatique.
Quelles implications pour le marché crypto ?
Si la loi venait à être définitivement adoptée, plusieurs effets pourraient se produire :
- Augmentation de la légitimité institutionnelle du XRP en particulier
- Signal fort envoyé aux autres États américains
- Potentielle réduction de la pression vendeuse sur certains actifs issus de saisies
- Renforcement de l’idée que les cryptomonnaies peuvent être considérées comme des réserves de valeur par des entités publiques
Ces différents éléments pourraient créer un cercle vertueux pour l’ensemble du secteur, en particulier pour les projets cités nommément dans le texte.
Un précédent mondial ?
Si plusieurs pays ont déjà commencé à accumuler du Bitcoin (notamment via des achats directs ou des saisies conservées), rares sont ceux qui ont formalisé une structure de réserve aussi explicite. L’El Salvador reste la référence la plus connue, mais son approche repose sur des achats massifs et une adoption comme monnaie légale.
L’approche de l’Arizona est différente : plus prudente, plus pragmatique, et surtout moins coûteuse pour le contribuable. Elle pourrait inspirer d’autres États américains ou même des pays étrangers qui cherchent un modèle intermédiaire entre rejet total et adoption complète.
Vers une normalisation progressive des cryptos dans les finances publiques ?
Ce projet de loi s’inscrit dans un mouvement plus large de normalisation des actifs numériques. Les banques centrales elles-mêmes explorent les CBDC, les grandes entreprises intègrent le Bitcoin dans leur bilan, et maintenant des entités publiques locales commencent à considérer ces actifs comme des composantes légitimes de leur patrimoine.
L’avenir dira si l’Arizona deviendra un pionnier ou restera une exception. Mais une chose est sûre : le paysage financier public est en train de changer, et les cryptomonnaies y occupent une place de plus en plus visible.
Restez attentifs à l’évolution de ce dossier. Les prochaines semaines pourraient bien confirmer que 2026 marque réellement le début d’une nouvelle ère pour l’intégration institutionnelle des actifs numériques aux États-Unis.
Points clés à retenir
Fonds créé : Réserve Stratégique d’Actifs Numériques
Alimentation : Uniquement par saisies et confiscations
Actifs nommés : Bitcoin, XRP, DigiByte + autres répondant aux critères
Gestion : Trésorier de l’État d’Arizona
État actuel : Approuvé en commission – en attente de vote plénier
Cette initiative pourrait bien devenir un cas d’école dans les années à venir. À suivre de très près.









