Imaginez un instant : les rues encore fraîches de Valence, le soleil hivernal qui commence tout juste à réchauffer l’asphalte, et soudain, un homme qui fait exploser toutes les attentes. Ce dimanche 11 janvier 2026, Andreas Almgren n’a pas simplement couru un 10 kilomètres. Il l’a réécrit. 26 minutes et 46 secondes. Un temps qui résonne comme une détonation dans le monde de l’athlétisme.
Sept petites secondes. C’est tout ce qui sépare aujourd’hui le record d’Europe précédent – déjà détenu par le même homme – de cette nouvelle marque stratosphérique. Mais derrière ces sept secondes se cache bien plus qu’une simple amélioration chronométrique.
Quand un ancien spécialiste du 800 m devient le roi du 10 km mondial
Andreas Almgren n’est pas né avec des jambes de fond. Adolescent, il brillait sur les courtes distances, remportant même une médaille mondiale chez les juniors sur 800 mètres. Un pur produit du demi-fond classique. Puis la vie, les blessures à répétition et une remise en question profonde sont venues bouleverser la trajectoire.
Plutôt que de s’entêter, il a choisi la métamorphose. Passer du tour de piste à la route, du 800 m au marathon, puis trouver sa véritable terre promise : le 10 kilomètres sur route. Une distance exigeante, à la croisée du vitesse et de l’endurance, qui réclame une alchimie rare.
Valence, la Mecque des records en 2026
La ville espagnole est devenue en quelques années l’épicentre mondial des performances chronométriques sur route. Parcours plat, météo clémente en janvier, organisation millimétrée, lièvres de haut niveau… tous les ingrédients sont réunis pour faire tomber les barrières.
Et Andreas Almgren le sait mieux que quiconque. Déjà l’an passé, il y avait établi son premier record continental en 26’53’’. Un an plus tard, il revient pour finir le travail.
« Passer en 13’15 sur les cinq premiers kilomètres, c’était déjà très ambitieux. Mais je me sentais fort, je savais que j’avais encore de la marge derrière. »
Le Suédois raconte la course avec la sérénité de celui qui maîtrise son sujet. Il lâche ses adversaires dans les deux derniers kilomètres, comme s’il passait simplement une vitesse supplémentaire sur une voiture de sport.
26’46 » : que représente vraiment ce chrono ?
Pour situer le niveau, quelques éléments de comparaison :
- Le record du monde masculin est descendu à 26’11’’ (2024)
- Almgren se place désormais 6e performeur de tous les temps
- Il devance la très grande majorité des meilleurs spécialistes africains sur la distance
- Il améliore de 7 secondes son propre record d’Europe vieux d’un an
À 30 ans, alors que beaucoup commencent à penser à la reconversion ou à la gestion de carrière, lui semble entrer dans la meilleure période de sa vie sportive.
La méthode norvégienne : secret ou simple bon sens ?
Ces dernières années, le petit pays scandinave a révolutionné l’approche de l’entraînement en endurance. Double seuil, intervalles très spécifiques, volumes conséquents mais extrêmement contrôlés, récupération ultra-optimisée… Andreas Almgren est devenu l’un des plus fervents disciples de cette philosophie.
Ses séances d’entraînement partagées sur les réseaux sociaux ces dernières semaines avaient déjà mis la communauté en ébullition. Beaucoup pensaient qu’il bluffait ou exagérait les allures. Les 26’46’’ prouvent aujourd’hui que non seulement il ne bluffait pas, mais qu’il était même probablement en deçà de son réel potentiel du moment.
Le combat contre les blessures : une résilience hors norme
Avant d’embrasser cette seconde carrière, Andreas Almgren a traversé l’enfer des sportifs de haut niveau : fractures de fatigue à répétition, tendinopathies, arrêts forcés de plusieurs mois… Chaque fois, il aurait pu raccrocher.
Mais il a choisi de reconstruire autrement. Changer de distance, changer d’approche, changer d’entourage. Cette résilience est sans doute la clé principale de sa transformation actuelle. Dans un monde où l’on glorifie souvent les précoces, son parcours rappelle qu’il existe aussi de magnifiques carrières tardives.
Eilish McColgan : l’Europe brille aussi chez les femmes
Le même matin, une autre Européenne a écrit son nom dans les tablettes de l’histoire. La Britannique Eilish McColgan, déjà triple médaillée européenne sur piste, a pulvérisé le record continental féminin en 30’09’’.
Elle efface ainsi les 30’10’’ établis seulement une semaine plus tôt par une Belge à Nice. Preuve supplémentaire que Valence est devenue la destination incontournable pour les records continentaux en ce début d’année 2026.
Les Français dans la course : une génération en progrès
Du côté tricolore, plusieurs noms ont franchi la barre symbolique des 28 minutes. Le meilleur chrono revient à un jeune espoir qui termine 19e en 27’43’’, juste devant le recordman de France du 1 500 m (27’44’’) et un marathonien expérimenté (27’45’’).
Ces performances, même si elles sont encore loin du niveau mondial, témoignent d’une montée en puissance progressive du demi-fond long français sur route. Le fossé avec les meilleurs reste important, mais la tendance est clairement à la hausse.
Et maintenant ? Quels sont les prochains objectifs ?
Avec un tel chrono en poche dès le mois de janvier, plusieurs scénarios s’ouvrent :
- Une saison sur route très agressive avec plusieurs tentatives sous les 26’40’’
- Une préparation spécifique pour un marathon printemps/automne avec l’objectif de rentrer dans le top 10 mondial
- Une saison mixte piste/route avec la volonté de conserver un très haut niveau sur 10 000 m piste
- Ou… les trois à la fois ?
Dans tous les cas, le Suédois de 30 ans semble avoir encore plusieurs paliers de progression devant lui. Son corps s’adapte, son mental est au zénith, sa méthode d’entraînement porte ses fruits.
Ce que ce record nous dit sur l’évolution du sport
Au-delà de la performance individuelle, ce 26’46’’ pose une question fascinante : où se situe désormais la frontière entre l’Europe et le reste du monde sur les distances longues sur route ?
Pendant longtemps, le vieux continent était considéré comme décroché sur les distances supérieures au 5 000 m. Aujourd’hui, avec plusieurs Européens capables de descendre sous les 27 minutes sur 10 km route, le rapport de force est en train de changer.
La démocratisation des méthodes d’entraînement norvégiennes, l’accès à une meilleure récupération, la professionnalisation accrue des coureurs européens, tous ces éléments convergent pour réduire l’écart.
Conclusion : une inspiration pour tous les passionnés
L’histoire d’Andreas Almgren est bien plus qu’une succession de chronos. C’est l’histoire d’un homme qui a refusé de s’avouer vaincu face aux blessures, qui a eu le courage de tout recommencer à presque 25 ans, qui a accepté de sortir de sa zone de confort pour finalement atteindre des sommets qu’il n’aurait jamais imaginé toucher adolescent.
Dans un monde obsédé par la précocité et les talents innés, son parcours rappelle une vérité essentielle : le talent se travaille, se construit, se reconstruit parfois. Et parfois, les plus belles histoires sportives commencent quand tout semble perdu.
Alors la prochaine fois que vous enfilerez vos chaussures pour un footing matinal, pensez peut-être à ce Suédois discret qui, par un frais matin de janvier à Valence, a démontré qu’il n’y a jamais d’âge pour devenir une légende.
Et qui sait… peut-être que dans quelques mois, nous reparlerons de lui avec un chrono commençant par 26’3… ou même mieux ?
À retenir : 26’46 » – Record d’Europe – 6e performance mondiale de tous les temps – Un ancien 800m – Une résilience exemplaire – Valence, capitale des records
Le chapitre Andreas Almgren ne fait que commencer. Et il s’annonce absolument passionnant.









