Un scandale judiciaire d’ampleur secoue le Bangladesh, alors que d’anciens hauts responsables du régime déchu de Sheikh Hasina comparaissent devant le tribunal pénal international du pays. Accusés de « complicité d’avoir permis les massacres » lors de la répression sanglante des manifestations de l’été dernier, ces ex-ministres et dirigeants font face à de lourdes charges pouvant aller jusqu’au « génocide ».
Des accusations accablantes de la part du procureur
Lors de l’audience, le procureur Mohammad Tajul Islam a détaillé les accusations portées contre les onze prévenus, dont d’anciens ministres du Commerce, de la Justice et des Affaires sociales. Selon lui, ils sont poursuivis pour avoir « participé à la planification » des violences, « incité à la violence », « ordonné aux forces de l’ordre de tirer à vue » et « s’être opposés à ceux qui tentaient de prévenir un génocide ».
L’ampleur des charges reflète la gravité des événements survenus lors des manifestations étudiantes qui ont dégénéré l’été dernier, faisant au moins 700 morts selon un bilan encore provisoire. Le procureur a souligné que des enquêtes étaient toujours en cours sur les exactions attribuées au régime de Sheikh Hasina avant cette période, laissant présager d’autres inculpations à venir.
L’ex-Première ministre en fuite, visée par un mandat d’arrêt international
Grande absente de ce procès : l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, 77 ans, qui a fui le pays le 5 août dernier pour se réfugier en Inde. Malgré son exil, elle n’échappe pas à la justice bangladaise qui a émis un mandat d’arrêt international à son encontre et une notice rouge d’Interpol. Le tribunal a formellement ordonné qu’elle se présente devant lui pour répondre des accusations de « massacres, meurtres et crimes contre l’humanité ».
Le règne autoritaire de Sheikh Hasina, qui a dirigé le Bangladesh d’une main de fer de 1996 à 2001 puis de 2009 à 2024, est entaché par les accusations « d’exécutions, d’enlèvements ou d’emprisonnements de centaines d’opposants politiques ». Son régime est désormais largement tenu pour responsable de la violente répression des manifestations qui a conduit à sa chute.
Les prévenus écoutent les charges sans être interrogés
Lors de cette première audience, les onze ex-responsables gouvernementaux et un ancien juge de la Cour suprême ont écouté la liste des accusations portées contre eux, sans être interrogés à ce stade. Arrivés sous haute protection policière, ils sont notamment poursuivis pour leur rôle dans la planification et l’incitation aux violences qui ont conduit aux « massacres » et « meurtres de masse ».
Parmi les prévenus figurent des personnalités de premier plan de l’ancien régime, comme l’ex-ministre du Commerce Kamal Ahmed Majumdar, son homologue de la Justice Anisul Huq ou encore l’ancienne ministre des Affaires sociales Dipu Moni, seule femme à comparaître. Tous encourent de lourdes peines pouvant aller jusqu’à la perpétuité voire la peine de mort pour « génocide ».
Un nouvel acte d’accusation attendu le 17 décembre
Le procureur Mohammad Tajul Islam a annoncé qu’il présenterait un nouvel acte d’accusation le 17 décembre prochain devant le tribunal pénal international. Celui-ci devrait concerner les crimes et exactions commis tout au long des 16 années de pouvoir de Sheikh Hasina, et non uniquement la répression meurtrière de l’été dernier.
Des crimes ayant conduit à des meurtres de masse et au génocide se sont déroulés tout au long des seize dernières années.
Mohammad Tajul Islam, procureur du TPI bangladais
Ce procès hors-norme, qui juge les plus hauts dignitaires d’un régime accusé des pires atrocités, est suivi avec attention par la communauté internationale. Il pourrait permettre de faire toute la lumière sur l’ampleur de la répression menée par le gouvernement de Sheikh Hasina et d’obtenir justice pour les victimes. Mais il risque aussi de raviver les tensions politiques au Bangladesh, qui peine à tourner la page de cette sombre période de son histoire.