Imaginez un jeune de 22 ans qui, au lieu de se contenter de vivre sa vie comme la majorité des gens de son âge, décide de défier frontalement l’un des fléaux les plus violents de notre époque : le narcotrafic. Imaginez maintenant que ce même jeune homme perde successivement deux de ses frères dans des circonstances dramatiques, puis vive sous protection policière constante tout en continuant à porter haut et fort son message. C’est l’histoire hors norme d’Amine Kessaci, un Marseillais devenu malgré lui un symbole national de résistance face aux cartels de la drogue.
Jeudi soir, alors qu’il s’apprêtait à prendre la parole lors d’un meeting politique important, tout a basculé en quelques minutes. Ses officiers de sécurité ont reçu une alerte suffisamment grave pour justifier une exfiltration immédiate. Direction un lieu tenu secret, plusieurs heures durant. Ce nouvel épisode dramatique vient rappeler à quel point le simple fait de s’opposer publiquement au narcotrafic peut coûter cher en France en 2026.
Un jeune homme au cœur d’une guerre silencieuse
Amine Kessaci n’est pas un militant lambda. Son parcours personnel tragique l’a propulsé malgré lui sur le devant de la scène médiatique et politique. Depuis l’été dernier, il vit sous protection policière renforcée. La raison ? Deux drames familiaux successifs qui ont profondément marqué les esprits.
En 2020, son grand frère Brahim est retrouvé mort, le corps carbonisé. À l’époque, les enquêteurs établissent rapidement un lien avec le milieu du trafic de stupéfiants. Puis, en novembre dernier, c’est au tour de son petit frère Mehdi d’être assassiné en plein jour dans les rues de Marseille. Un crime en apparence destiné à envoyer un message très clair.
Ces deux assassinats n’ont pas seulement brisé une famille. Ils ont aussi réveillé une prise de conscience collective. Lorsque la mort violente touche des proches d’une personne qui ose parler publiquement, la frontière entre le règlement de comptes mafieux et l’intimidation politique devient extrêmement fine.
Une exfiltration qui en dit long
Jeudi, tout se déroulait pourtant comme prévu. Amine Kessaci participait à une conférence de presse aux côtés d’un député socialiste. L’objectif de la soirée : porter un message fort aux municipales de mars. Il voulait convaincre les candidats et les électeurs que les villes ont un rôle majeur à jouer dans la lutte contre l’emprise des réseaux de drogue sur les quartiers.
Puis, en plein milieu de l’événement, les officiers de sécurité reçoivent une information jugée suffisamment crédible et sérieuse pour agir sans attendre. Amine est immédiatement extrait de la salle, mis à l’abri dans un endroit sécurisé. Le meeting est compromis, l’inquiétude grandit.
Cette réaction rapide et inhabituelle démontre que les services de renseignement et de protection ne prennent absolument aucun risque lorsqu’il s’agit de la sécurité de cette personnalité atypique.
Le parquet national anticriminalité organisée entre en scène
Vendredi, l’information tombe officiellement : une enquête est ouverte. Et pas n’importe laquelle. C’est le tout nouveau parquet national anticriminalité organisée, basé à Paris et créé en janvier, qui prend l’affaire en main.
Les chefs d’accusation retenus sont lourds : participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime, le tout en bande organisée. On est clairement dans le registre du grand banditisme et non d’une simple menace verbale isolée.
Ce choix du parquet parisien spécialisé traduit la volonté des autorités de traiter ce dossier avec le plus haut niveau d’exigence judiciaire. Il s’agit de montrer que l’État ne laissera pas ces intimidations prospérer sans réponse ferme.
« Je ne me tairai pas »
Le lendemain de l’incident, Amine Kessaci s’est confié brièvement. Sa phrase résume à elle seule l’état d’esprit qui l’anime depuis des mois :
Ce matin je me suis levé (…) en me disant que je ne me tairai pas.
Ces quelques mots, prononcés avec calme mais détermination, résonnent comme un défi lancé à ceux qui pensaient pouvoir le faire plier par la peur.
Derrière cette déclaration se cache une réalité beaucoup plus complexe : celle d’un jeune homme qui sait pertinemment que chaque prise de parole publique augmente le risque qu’il encourt. Et qui choisit pourtant de continuer.
Un soutien politique qui s’organise
L’entourage politique d’Amine n’a pas tardé à réagir. Le maire sortant de Marseille, sur la liste duquel le jeune homme figure pour les municipales, a tenu à afficher son soutien sans ambiguïté :
On ne fera jamais taire celles et ceux qui s’engagent pour la sécurité, la justice et la dignité à Marseille.
Ce message de solidarité traduit une prise de conscience progressive au sein de la classe politique locale. Longtemps considérée comme une affaire relevant uniquement du champ sécuritaire et judiciaire, la lutte contre l’emprise du narcotrafic sur les territoires commence à être perçue comme un enjeu démocratique à part entière.
Pourquoi ce cas cristallise-t-il autant les tensions ?
Amine Kessaci n’est pas seulement un frère endeuillé ou un militant associatif. Il est devenu, presque malgré lui, l’incarnation d’une forme de résistance civile face à un système mafieux qui prospère sur le silence et la peur.
En acceptant de s’exposer médiatiquement, en rejoignant une liste électorale, en multipliant les conférences et les rencontres publiques, il brise plusieurs tabous à la fois :
- Il refuse la loi du silence qui règne traditionnellement dans certains quartiers
- Il politise ouvertement le sujet du narcotrafic
- Il implique directement les élus locaux dans une problématique longtemps laissée aux seules forces de l’ordre
- Il donne un visage jeune, moderne et déterminé à la lutte antidrogue
Cette combinaison rend son action particulièrement dérangeante pour ceux qui prospèrent dans l’ombre.
Le narcotrafic : un ennemi qui ne recule devant rien
Les chiffres officiels parlent d’eux-mêmes. Chaque année, des dizaines d’homicides liés au trafic de stupéfiants sont recensés dans l’aire marseillaise. Les règlements de comptes se font parfois en plein jour, parfois au fusil d’assaut, parfois à l’explosif. La violence ne cesse de monter en gamme.
Face à cette escalade, les réponses de l’État se multiplient : création du parquet national anticriminalité organisée, renforcement des moyens d’enquête, opérations coup de poing régulières… Mais le crime organisé s’adapte. Il mute. Il anticipe.
Et quand une voix commence à émerger avec suffisamment de visibilité pour déranger, l’intimidation devient une arme de choix. Une arme qui vise non seulement la personne menacée, mais aussi toutes celles et ceux qui pourraient être tentés de suivre le même chemin.
Un symbole qui dépasse Marseille
Si l’histoire d’Amine Kessaci touche autant, c’est parce qu’elle dépasse largement les frontières de la cité phocéenne. Partout en France, des quartiers entiers vivent sous la coupe de réseaux qui imposent leur loi par la peur.
Partout, des habitants, des associations, des éducateurs tentent de résister. Mais ils le font souvent dans l’ombre, sans visibilité, sans protection. Le cas Kessaci pose donc une question collective : comment protéger et amplifier ces voix qui refusent la fatalité ?
Comment faire en sorte que dire non au narcotrafic ne soit plus synonyme d’une condamnation à mort déguisée ?
Les municipales comme tribune inattendue
En rejoignant une liste pour les élections municipales, Amine Kessaci a choisi de porter le combat sur le terrain politique. Une décision courageuse et risquée.
Car jusqu’à présent, très peu de programmes municipaux faisaient de la lutte contre les trafics un axe central. On parlait sécurité, tranquillité publique, police municipale… rarement de narcotrafic de manière frontale et assumée.
En s’engageant ainsi, il oblige les candidats à se positionner. Il oblige les villes à se demander quelles actions concrètes elles peuvent mener : prévention, partenariats avec l’État, soutien aux associations, éclairage public, vidéo-protection, politique de la ville ambitieuse…
Un combat qui ne fait que commencer
Les menaces qui visent Amine Kessaci ne sont pas un épilogue. Elles sont un chapitre supplémentaire d’une histoire qui est loin d’être terminée.
Tant que le narcotrafic continuera de gangrener des territoires entiers, tant que des vies seront brisées par la drogue et par les règlements de comptes qui l’accompagnent, des voix comme la sienne continueront d’émerger.
Et chaque fois qu’une de ces voix sera menacée, la question reviendra, lancinante : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour défendre la liberté d’expression et le droit de vivre sans peur dans son propre quartier ?
Amine Kessaci, à seulement 22 ans, a déjà apporté une partie de la réponse. Il refuse de se taire. Et tant qu’il continuera de parler, il obligera la société tout entière à regarder en face une réalité qu’elle préfère trop souvent ignorer.
Le chemin est encore long. Mais une chose est sûre : le silence n’est plus une option.
À retenir : Derrière chaque menace contre un lanceur d’alerte se cache la peur que son message fasse tâche d’huile. En protégeant Amine Kessaci, c’est aussi la liberté de parole de toute une génération que l’État défend aujourd’hui.
Et vous, pensez-vous que les villes ont aujourd’hui les moyens d’agir efficacement contre l’emprise du narcotrafic ? Le simple fait de poser la question publiquement est déjà un premier pas. Un pas qu’Amine Kessaci, malgré tout, refuse de ne plus faire.









