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Amertume des Bédouins du Néguev Après Opération Policière Meurtrière

Dans le désert du Néguev, un village bédouin qui avait massivement voté pour Netanyahu se retrouve traumatisé par une opération policière sanglante. Un père de six enfants abattu, des barrages, des gaz lacrymogènes... Pourquoi une telle violence contre des citoyens ? La réponse pourrait changer la donne...
Dans le désert aride du Néguev, un village bédouin paisible s’est soudain transformé en théâtre d’une tension palpable. Les habitants de Tarabine al-Sana, citoyens israéliens à part entière, ont vu leurs rues barrées, leurs maisons fouillées et leur quotidien bouleversé par une vaste opération policière. Au cœur de ce drame, la mort d’un homme de 36 ans, père de six enfants, abattu par les forces de l’ordre dans des circonstances qui restent troubles. Ce qui frappe le plus, c’est le sentiment d’injustice qui règne aujourd’hui dans cette communauté qui, il y a peu, avait massivement soutenu le parti au pouvoir lors des élections.

Une communauté déçue par ceux qu’elle a soutenus

Il y a trois ans, lors des élections législatives de novembre 2022, les électeurs de Tarabine al-Sana ont placé leur confiance dans le Likoud et son leader Benjamin Netanyahu. Près de 60 % des voix se sont portées sur ce parti, dans l’espoir que ce choix politique apporte enfin des améliorations concrètes à leur quotidien difficile. Routes pavées, écoles dignes de ce nom, emplois stables : tels étaient les rêves murmurés autour des feux de camp traditionnels. Aujourd’hui, ces espoirs se sont mués en une profonde amertume.

Le village, qui compte un peu plus d’un millier d’habitants, est niché dans le sud d’Israël, au cœur du désert du Néguev. Descendants de bergers nomades qui sillonnaient autrefois ces étendues sans frontières rigides, les Bédouins de cette localité font partie de la minorité arabe israélienne. Ils possèdent la citoyenneté, votent, paient des impôts, mais se sentent souvent relégués au second plan dans un pays où les inégalités persistent.

Ce qui s’est passé fin décembre 2025 et début janvier 2026 a marqué un tournant. Une opération policière d’envergure a envahi le village pendant deux semaines, laissant derrière elle un traumatisme collectif difficile à effacer.

Le déclenchement de l’opération policière

Tout commence le 27 décembre 2025. Les forces de l’ordre lancent des arrestations liées à des affaires d’armes volées et de violences. Rapidement, les accusations s’élargissent : les résidents auraient incendié des véhicules dans une localité juive voisine en guise de représailles. En réponse, le village est encerclé. Barrages routiers, gaz lacrymogènes, fouilles systématiques des habitations : les scènes évoquent irrésistiblement les interventions militaires en Cisjordanie occupée.

Mais ici, les habitants ne sont pas des Palestiniens des territoires ; ce sont des citoyens israéliens. Cette distinction rend l’intervention encore plus choquante pour beaucoup. « Ce qui s’est passé n’était jamais arrivé auparavant », confie un membre du conseil local. Il dénonce une punition collective infligée à tout le village, sans distinction.

Nous sommes des citoyens, nous n’avons rien fait qui justifie cette intervention.

Un habitant de Tarabine al-Sana

Les barrages sont officiellement levés le 11 janvier, mais selon les résidents, l’opération se prolonge sous d’autres formes. La peur et la méfiance demeurent palpables.

La mort tragique d’un père de famille

Au milieu de cette opération, un événement dramatique vient cristalliser les colères : la mort d’un homme de 36 ans, père de six enfants. Abattu par la police dans des circonstances qui n’ont pas encore été pleinement clarifiées, cet incident a plongé la communauté dans le deuil et l’incompréhension.

Les détails exacts varient selon les versions, mais le choc est unanime. Un père de famille, dans sa propre maison, face à des forces armées. Pour les habitants, cette perte symbolise l’ensemble des frustrations accumulées : sentiment d’abandon, discriminations persistantes, absence de solutions durables aux problèmes sociaux.

Les enfants du village portent désormais les stigmates de ces jours sombres. Près de l’école délabrée, des gamins errent parmi les débris, les parpaings brisés et une voiture calcinée. Certains refusent de retourner en classe, hantés par les bruits, les gaz, les uniformes.

Les enfants ici sont traumatisés.

Un résident local

Contexte plus large : les défis des Bédouins du Néguev

Les Bédouins du Néguev représentent une composante importante de la minorité arabe israélienne. Environ 300 000 d’entre eux vivent dans des villages non reconnus par l’État, ce qui limite drastiquement l’accès aux services de base : eau, électricité, routes, écoles modernes. Face à un horizon de perspectives restreint, certains pans de la communauté connaissent des taux de criminalité plus élevés que la moyenne nationale.

La police justifie son intervention massive par la nécessité de lutter contre la détention illégale d’armes, le trafic de drogue, les mandats en suspens et les infractions routières. Des dizaines de suspects ont été arrêtés ou verbalisés au cours de l’opération. Celle-ci s’inscrit dans un plan plus vaste nommé Nouvel ordre, destiné à retirer les armes illégales de la circulation, à entraver les activités criminelles et à rétablir le respect de la loi.

Cependant, de nombreux Bédouins estiment que ces efforts restent insuffisants pour résoudre les causes profondes : manque d’emplois, éducation inadaptée, infrastructures défaillantes. Ils se sentent souvent ciblés plutôt qu’aidés.

Souvenirs de promesses électorales

Derrière un enclos à chameaux, à la périphérie du village, un habitant montre l’endroit où Benjamin Netanyahu, en pleine campagne en 2021, avait prononcé un discours. « Il a dit qu’il rendrait le Néguev meilleur », se souvient ce trentenaire qui avait voté Likoud à l’époque. Aujourd’hui, il affirme qu’il ne recommencera pas.

Plus récemment, lors d’une visite dans la région le 7 janvier, le Premier ministre a déclaré que les autorités allaient « rendre le Néguev à l’État d’Israël », en dénonçant une criminalité « hors de contrôle ». Ces mots résonnent douloureusement dans les oreilles des habitants, qui y voient une stigmatisation plutôt qu’une promesse d’amélioration.

Critiques envers les figures politiques

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s’est rendu sur place à cinq reprises en deux semaines. Pour beaucoup, ces visites répétées relèvent davantage de la communication politique que d’une réelle volonté de dialogue. Avec des élections législatives prévues au plus tard en novembre, certains y voient une stratégie pour plaire à l’électorat de droite.

Ils veulent montrer à la droite qu’ils font leur travail.

Une habitante d’une ville bédouine voisine

Dans une localité proche, Lakiya, où des barrages ont également été installés brièvement en novembre, les mêmes interrogations émergent. Les responsables associatifs insistent : la clé réside dans l’éducation, l’emploi, l’intégration réelle, et non dans des opérations sécuritaires spectaculaires.

Une directrice d’une association de défense des droits bédouins craint que la communauté ne devienne un bouc émissaire commode. « Si aujourd’hui ils bouclent des villes et utilisent la police armée contre les habitants, je ne sais pas ce qu’ils feront dans les années à venir. »

Vers une coexistence fragile ?

Le Néguev abrite des tensions anciennes entre communautés. Les Bédouins, avec leur mode de vie ancré dans la tradition nomade, se heurtent parfois à des projets de développement étatique qui ignorent leurs droits historiques. Pourtant, ils font partie intégrante du tissu israélien.

L’opération à Tarabine al-Sana illustre les défis d’une société multiculturelle où la sécurité et l’égalité doivent coexister. Sans investissements massifs dans l’éducation, l’emploi et les infrastructures, les frustrations risquent de perdurer, voire de s’aggraver.

Les habitants espèrent que ce drame serve de réveil. Que les promesses électorales se transforment enfin en actes concrets. Que la citoyenneté ne reste pas un mot vide de sens. Pour l’instant, l’amertume domine, mais l’avenir du Néguev dépendra de la capacité de tous à construire un dialogue sincère et durable.

Ce qui se joue ici dépasse le cadre d’un simple village. C’est l’équilibre d’une région entière, et d’une nation, qui est en question. Les Bédouins du Néguev attendent des réponses, pas seulement des opérations. Ils attendent la reconnaissance, la justice, l’espoir. Et dans ce désert brûlant, chaque jour qui passe sans changement réel creuse un peu plus le fossé.

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