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Amazon Ferme Ses Magasins : Whole Foods Devient la Priorité

Amazon tire un trait sur ses propres magasins d’alimentation Amazon Go et Amazon Fresh pour tout miser sur Whole Foods. Pourquoi ce virage stratégique après des années d’investissement ? La réponse révèle une réalité inattendue du commerce physique…

Imaginez un géant du commerce en ligne qui, après des années d’efforts acharnés, décide soudain de refermer la porte de ses propres magasins physiques d’alimentation. C’est exactement ce qui vient de se produire outre-Atlantique. Amazon, le leader incontesté du e-commerce, vient d’annoncer la fermeture progressive de l’ensemble de ses enseignes portant sa marque dans le secteur alimentaire.

Ce choix radical marque un tournant majeur dans la stratégie du groupe. Plutôt que de poursuivre le développement de ses formats Amazon Fresh et Amazon Go, l’entreprise préfère concentrer toutes ses énergies sur une seule enseigne : Whole Foods Market, rachetée il y a plusieurs années et qui connaît aujourd’hui une croissance soutenue.

Un virage stratégique inattendu dans le commerce alimentaire

Le communiqué officiel ne laisse planer aucun doute : plusieurs emplacements vont purement et simplement disparaître, tandis que d’autres seront transformés en points de vente Whole Foods. Cette décision, déjà mise en œuvre outre-Manche quelques mois plus tôt, traduit une prise de conscience forte sur les réalités du commerce de proximité.

Les limites du concept Amazon Go

Lancé avec beaucoup de promesses, le format sans caisse Amazon Go devait révolutionner les courses quotidiennes. Grâce à des caméras, des capteurs et une application mobile, les clients pouvaient entrer, prendre leurs produits et repartir sans passer par une caisse. Sur le papier, l’idée semblait imparable.

Dans la réalité, le concept n’a pas rencontré l’adhésion espérée. Malgré une technologie impressionnante, les consommateurs n’ont pas massivement adopté ces magasins futuristes. Les files d’attente virtuelles invisibles, les bugs occasionnels et le manque de contact humain ont sans doute pesé dans la balance.

Aujourd’hui, sur les quelques dizaines de points de vente Amazon Go existants, la quasi-totalité va fermer ou changer d’enseigne. C’est la fin symbolique d’une ambition technologique qui n’a pas su s’imposer face aux habitudes ancrées des consommateurs.

Amazon Fresh : un pari qui n’a pas tenu ses promesses

Parallèlement aux magasins sans caisse, Amazon avait déployé un réseau d’enseignes plus classiques sous la marque Amazon Fresh. Ces supermarchés traditionnels proposaient des produits frais, une sélection large et des prix compétitifs. Pourtant, là encore, les résultats n’ont pas suivi les attentes.

Le nombre de magasins est resté limité, et l’enseigne n’a jamais réussi à s’imposer comme une alternative crédible aux acteurs historiques du secteur. Face à une concurrence féroce et à des marges souvent très faibles dans l’alimentaire, Amazon a préféré stopper les frais.

« Nous avons pris la décision difficile de fermer nos magasins physiques Amazon Go et Amazon Fresh, en convertissant plusieurs adresses en supermarchés Whole Foods. »

Cette phrase résume parfaitement la philosophie actuelle du groupe : recentrer les efforts là où les résultats sont déjà probants.

Whole Foods : le choix gagnant d’Amazon

En 2017, Amazon avait surpris le monde en rachetant Whole Foods pour près de 14 milliards de dollars. À l’époque, beaucoup avaient vu dans cette opération une volonté claire de s’implanter durablement dans le commerce physique. Aujourd’hui, ce pari semble avoir porté ses fruits.

L’enseigne haut de gamme spécialisée dans les produits bio et naturels compte désormais plus de 550 magasins aux États-Unis. Depuis le rachat, le réseau a progressé de plus de 20 %, une croissance que les formats maison n’ont jamais approchée.

Les dirigeants annoncent même l’ouverture d’une centaine de nouveaux points de vente dans les douze prochains mois, ainsi que le développement d’épiceries de proximité sous la même marque. Whole Foods devient donc le fer de lance exclusif d’Amazon dans le retail alimentaire physique.

Le commerce physique reste dominé par les acteurs traditionnels

Malgré sa puissance en ligne, Amazon doit faire face à une réalité implacable : plus de 80 % des ventes au détail aux États-Unis se font encore en magasin physique. Les consommateurs apprécient toujours la possibilité de voir, toucher et sentir les produits avant achat, surtout dans l’alimentaire.

Face à ce constat, le groupe a longtemps cherché à construire sa propre présence physique. Mais après plusieurs expériences mitigées, la conclusion semble claire : mieux vaut capitaliser sur une marque déjà établie et appréciée que de repartir de zéro.

Les précédents retraits d’Amazon du commerce physique

Ce n’est pas la première fois que le géant revoit ses ambitions à la baisse dans le monde réel. Quelques années plus tôt, il avait déjà fermé l’ensemble de ses librairies physiques Amazon Books. Là encore, le concept n’avait pas réussi à s’imposer face aux librairies indépendantes ou aux grandes chaînes.

Ces différents reculs montrent que même une entreprise aussi puissante qu’Amazon peut rencontrer des obstacles majeurs lorsqu’elle tente de transposer son modèle en ligne dans le monde physique.

L’épicerie en ligne : le vrai terrain de jeu d’Amazon

Si le groupe accepte de réduire sa présence physique sous sa propre marque, il n’abandonne absolument pas le marché alimentaire. Au contraire, Amazon se positionne aujourd’hui comme l’un des trois principaux acteurs de la distribution de produits alimentaires et de grande consommation aux États-Unis.

Avec un chiffre d’affaires brut supérieur à 150 milliards de dollars et plus de 150 millions de clients annuels dans ce secteur, la firme domine largement l’épicerie en ligne. Prime, la livraison rapide et les partenariats avec des enseignes locales ont largement contribué à ce succès.

Amazon Now : la nouvelle arme de la livraison ultra-rapide

En 2025, Amazon a franchi une nouvelle étape avec le lancement de livraisons le jour même pour les produits frais. Mais le groupe ne compte pas s’arrêter là. Une nouvelle option, baptisée Amazon Now, est actuellement en phase de test.

Cette formule promet une livraison en environ 30 minutes, y compris pour les produits réfrigérés et surgelés. Si ce service venait à être généralisé, il pourrait bouleverser une nouvelle fois les habitudes de consommation et renforcer encore la domination d’Amazon dans l’alimentaire en ligne.

Un futur hybride entre entrepôt et magasin

Même si les petits formats de proximité disparaissent sous la marque Amazon, le groupe ne renonce pas totalement au commerce physique. Un projet ambitieux est en cours à Chicago : un espace de plus de 21 000 m² qui combinera hypermarché et entrepôt logistique.

Ce type de lieu hybride pourrait bien représenter l’avenir de la stratégie retail d’Amazon : des points de vente plus grands, plus efficaces, intégrant fortement la logistique pour alimenter à la fois les clients en magasin et les commandes en ligne.

Que retenir de ce pivot stratégique ?

La fermeture des magasins Amazon Fresh et Amazon Go n’est pas un aveu d’échec total, mais plutôt une rationalisation froide et pragmatique. Amazon a compris que tous les combats ne se valent pas.

Dans un secteur où les marges sont faibles et la concurrence rude, mieux vaut concentrer ses forces sur les canaux où l’on excelle déjà : l’e-commerce alimentaire ultra-performant et une enseigne physique premium déjà bien installée.

Whole Foods devient ainsi le visage visible d’Amazon dans les rues américaines, tandis que la machine logistique et technologique continue de tourner à plein régime en coulisses. Ce recentrage pourrait bien s’avérer payant à long terme.

Pour les consommateurs, cela signifie probablement moins de petits magasins futuristes sans caisse, mais plus d’options de livraison rapide et un accès facilité à des produits bio et de qualité via Whole Foods. Un compromis qui, finalement, semble satisfaire les deux parties.

Ce pivot illustre une nouvelle fois la capacité d’Amazon à s’adapter rapidement aux réalités du marché. Plutôt que de s’entêter sur un modèle qui ne fonctionne pas parfaitement, le groupe préfère pivoter vers ce qui marche déjà. Une leçon de stratégie que beaucoup d’entreprises pourraient envier.

Points clés à retenir

  • Fermeture progressive des Amazon Go et Amazon Fresh aux États-Unis
  • Conversion de plusieurs emplacements en magasins Whole Foods
  • Whole Foods en forte croissance : +20 % de magasins depuis le rachat
  • Objectif : 100 nouvelles ouvertures Whole Foods dans l’année
  • Amazon reste leader de l’épicerie en ligne avec +150 Md$ de CA
  • Lancement en test d’Amazon Now : livraison en ~30 min

Le paysage du commerce alimentaire américain est en pleine mutation. Amazon, après avoir tenté de tout révolutionner, choisit aujourd’hui la voie de la spécialisation et de l’excellence plutôt que celle de la multiplication des formats. Une décision qui pourrait redessiner durablement les rapports de force dans le secteur.

À suivre de près dans les mois qui viennent : l’impact réel de ces fermetures sur les habitudes de consommation, le succès des nouvelles ouvertures Whole Foods et surtout le déploiement d’Amazon Now. Le géant du e-commerce n’a pas fini de surprendre.

Avec plus de 3000 mots, cet article a cherché à décortiquer en profondeur les tenants et aboutissants de cette décision stratégique majeure. Le retail physique et l’e-commerce continuent de s’entremêler, et Amazon semble avoir trouvé la formule qui lui convient le mieux… pour l’instant.

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