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Altseason Transformée : Où Réside Vraiment le Capital Ethereum

Alors que les prix stagnent, une révolution silencieuse s’opère sur Ethereum : plus de la moitié du capital des plus gros porteurs n’est plus en ETH mais en tokens et stablecoins. Cette altseason cachée change tout… mais à quel prix ?

Imaginez un instant : vous consultez le classement des plus grosses adresses Ethereum, et vous voyez des dizaines de milliards en ETH concentrés chez quelques acteurs. Puis quelqu’un vous montre la même liste… mais en comptant tous les tokens et stablecoins. Soudain, le paysage explose. Le total passe de 189 milliards à plus de 426 milliards de dollars. Presque deux fois plus. Et surtout, la moitié des gros joueurs disparaissent ou changent de place. Bienvenue dans la nouvelle réalité d’Ethereum en 2026.

Ce n’est pas une simple correction statistique. C’est une transformation profonde de ce que signifie « détenir du pouvoir » sur la blockchain la plus utilisée au monde. L’article que nous analysons aujourd’hui lève le voile sur ce glissement majeur : l’altseason n’a pas raté son rendez-vous, elle s’est simplement déroulée ailleurs que sur les courbes de prix.

Une altseason invisible mais bien réelle

Pendant des années, quand on parlait d’altseason, tout le monde regardait les graphiques. Les altcoins devaient exploser, dépasser Bitcoin, puis Ethereum, dans une grande rotation euphorique. Cela s’est produit… mais pas comme prévu. Au lieu d’une flambée généralisée des prix, le capital s’est dispersé et accumulé dans des milliers de protocoles, de tokens de gouvernance, de jetons utilitaires et surtout de stablecoins.

Résultat : quand on mesure la richesse réelle des adresses en dollars (ETH + ERC-20 + stablecoins), on découvre que seulement 42 % environ reste en ETH natif. Les 58 % restants vivent dans l’univers parallèle des tokens. Une bascule historique.

Le doublement spectaculaire du capital visible

Dans le top 10 000 adresses agrégées, on comptabilise 426 milliards de dollars d’actifs. Si l’on se limite à l’ETH pur, on tombe à 189 milliards. Le ratio est presque de 2,3 fois plus. Cela signifie que la majorité du pouvoir économique réel était tout simplement invisible avec l’ancienne méthode de classement.

Plus frappant encore : dans le top 1 000, seulement 537 adresses restent communes entre les deux classements. Presque la moitié des plus gros porteurs n’apparaissent qu’une fois qu’on intègre les tokens. Ce sont souvent des smart contracts de protocoles DeFi, des trésors d’exchanges ou des adresses multisig de DAO.

« Ce n’est pas une question de valorisation. C’est une question de structure. »

Cette phrase résume parfaitement le séisme en cours. On ne parle plus seulement de combien, mais surtout de quoi et comment.

Smart contracts : les nouveaux maîtres discrets

Autre révélation majeure : près de 40 % du capital du top 1 000 agrégé appartient désormais à des smart contracts. Autrement dit, à des lignes de code qui s’exécutent automatiquement selon des règles prédéfinies.

Avant, quand on regardait uniquement l’ETH, ces contrats semblaient marginaux. Aujourd’hui ils dominent presque autant que les portefeuilles personnels classiques. Cela change radicalement la nature du risque sur Ethereum.

Quand l’argent dort dans un wallet détenu par une personne physique ou une entité identifiable, le risque dépend du comportement humain. Quand il est verrouillé dans un smart contract, le risque dépend de la qualité du code, des hypothèses économiques du protocole, de la conception des incitations et parfois… de la valeur même du token natif du protocole.

Le Printing-Press Index : le thermomètre de la fragilité

Pour mesurer ce danger, les chercheurs ont créé un indicateur baptisé Printing-Press Index (PPI). La formule est simple : PPI = valeur en dollars des tokens natifs du protocole / valeur totale des tokens détenus par les adresses liées au protocole.

Plus le PPI est élevé, plus le protocole repose sur sa propre création monétaire pour soutenir sa valorisation. Les résultats sont sans appel :

  • La plupart des grands protocoles DeFi tournent autour de 50 %
  • Les exchanges centralisés restent généralement sous les 10 % (avec quelques exceptions notables)
  • Certaines entités liées à des plateformes d’échange affichent des PPI de 30 % ou plus

Pourquoi 50 % est-il inquiétant ? Parce qu’à partir d’environ 20-25 %, le mécanisme commence à présenter du wrong-way risk : plus le token perd de la valeur, plus la confiance dans le protocole diminue, ce qui pousse à vendre davantage… accélérant la chute.

Les cas extrêmes (UST-LUNA à ~100 %, FTT à ~40 %) ont montré à quel point cette spirale peut devenir destructrice quand la liquidité s’évapore.

Pourquoi cette transformation est passée inaperçue

La réponse est cruelle de simplicité : tout le monde regardait les prix.

Tant que les altcoins ne faisaient pas x10, x50 ou x100, on estimait que l’altseason n’avait pas eu lieu. Pendant ce temps, des milliards de dollars migraient doucement vers des positions DeFi, des liquidités verrouillées, des staking dérivés, des restaking et autres stratégies de rendement passif.

L’accumulation s’est faite en silence, latéralement, protocole par protocole, sans faire exploser les capitalisations boursières. C’est une altseason de bilan, pas une altseason de chandelier.

Concentration extrême et illusion de solidité

Dans le top 1 000 agrégé, le ratio entre la plus grosse adresse et la médiane atteint environ 290 fois. Autrement dit, le plus gros acteur pèse 290 fois plus lourd que le millionième plus riche. Cette inégalité n’est pas nouvelle, mais elle prend une autre dimension quand on sait que beaucoup de ces énormes balances sont artificiellement gonflées par des tokens auto-émis.

Conclusion logique : la taille ne garantit plus la résilience. Un protocole peut afficher des dizaines de milliards de TVL et pourtant s’effondrer dès que son token natif perd 30-40 %.

Vers une nouvelle grille de lecture pour les investisseurs

Face à ce paysage redessiné, les stratégies gagnantes évoluent :

  1. Privilégier les positions qui captent du rendement réel (staking, liquid staking, restaking, stablecoin yield)
  2. Éviter les tokens à très fort PPI sauf conviction extrêmement forte
  3. Regarder les adresses liées aux protocoles et pas seulement le token sur les exchanges
  4. Surveiller les flux nets entrants / sortants plutôt que la simple TVL
  5. Accepter que la vraie alpha se trouve désormais dans la compréhension fine de la composition des balances

En clair : arrêter de trader des histoires et commencer à auditer des bilans on-chain.

Ethereum a tenu sa promesse originelle… à sa façon

En 2013-2014, quand Vitalik décrivait Ethereum, il ne parlait pas d’une nouvelle monnaie. Il parlait d’un ordinateur mondial, d’une plateforme pour des contrats auto-exécutants, d’une base neutre pour des applications décentralisées.

Aujourd’hui, les données le confirment : près de 40 % du capital des plus gros porteurs est détenu par des smart contracts. La vision s’est réalisée, mais pas sous la forme d’une domination écrasante de l’ETH. Elle s’est réalisée par la multiplication des usages et la décentralisation progressive du contrôle économique.

C’est paradoxal : plus Ethereum devient fidèle à sa philosophie initiale, moins l’ETH représente la totalité de sa puissance économique. C’est le prix de la maturité.

Risque systémique : le prochain chapitre

Avec 58 % du capital hors ETH, 40 % dans des smart contracts et de nombreux protocoles à PPI élevé, Ethereum entre dans une phase où les chocs ne viendront plus seulement des variations de prix externes, mais des interactions internes entre protocoles.

Une liquidation massive sur Aave peut cascader sur Compound, fragiliser Curve, faire plonger certains LP sur Uniswap v3, et ainsi de suite. Nous ne sommes plus dans un marché linéaire ; nous sommes dans un réseau hautement interconnecté.

Cette interconnectivité est à la fois la plus grande force et la plus grande faiblesse structurelle d’Ethereum en 2026.

Conclusion : le pouvoir a déjà changé de mains

L’altseason que tout le monde attendait n’a pas eu lieu sur les exchanges centralisés. Elle s’est déroulée dans les profondeurs de la blockchain, dans les trésors des protocoles, dans les positions verrouillées, dans les balances auto-renforcées.

Ceux qui comprennent cette nouvelle carte – composition des balances, PPI, poids des smart contracts, flux réels – ont une longueur d’avance considérable. Les autres continueront à scruter des graphiques qui ne racontent plus toute l’histoire.

Ethereum n’est plus seulement une cryptomonnaie. C’est une économie entière, avec ses propres dynamiques internes, ses concentrations invisibles et ses fragilités systémiques. Et cette économie a déjà entamé sa mue.

À nous de décider si nous voulons la regarder avec les anciens outils… ou avec les nouveaux.

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