Imaginez un échange où la balle semble danser au-dessus du filet, hésite, puis retombe doucement juste de l’autre côté, obligeant l’adversaire à sprinter comme s’il courait après un papillon insaisissable. C’est exactement ce qui s’est déroulé ce vendredi sur la Rod Laver Arena, lors d’un troisième tour qui restera gravé dans les mémoires des amateurs de tennis pour son caractère hors norme.
Le numéro 1 mondial a beau s’être imposé assez largement en trois sets, il est sorti du court avec un large sourire et une pointe d’épuisement dans la voix. Face à lui se dressait un adversaire qui refuse les schémas classiques et qui transforme chaque point en petite œuvre d’art imprévisible. Bienvenue dans le monde enchanté – et parfois épuisant – de Corentin Moutet.
Un festival d’amorties qui a fatigué même le patron du circuit
Le score final peut sembler sans appel : 6-2, 6-4, 6-1. Pourtant, derrière ces chiffres se cache une bataille bien plus serrée qu’il n’y paraît. L’Espagnol de 22 ans a dû puiser dans ses ressources physiques et mentales pour contrer le jeu si particulier du gaucher français. Et le principal enseignement qu’il en tire ? Il a passé une partie considérable du match à courir vers le filet.
« J’ai vu sur l’écran que j’étais allé 55 fois au filet… Mon Dieu ! » a-t-il lâché, mi-amusé mi-incrédule. 55 allers-retours vers l’avant du court, c’est énorme sur un match en trois sets. Cela donne une idée de l’intensité défensive qu’a dû déployer le jeune prodige pour répondre aux incessantes amorties de son adversaire.
Quand le drop shot devient une arme de destruction massive
Dans le tennis moderne, dominé par la puissance et la régularité depuis le fond de court, l’amortie est souvent reléguée au rang de gadget ou de coup d’éclat occasionnel. Pas chez Corentin Moutet. Pour lui, c’est une philosophie entière. Il ne frappe pas simplement une balle courte : il piège, il provoque, il désorganise le rythme de l’adversaire.
Le Français a parfaitement réussi son pari sur ce match : il a forcé son adversaire à sortir de sa zone de confort. Chaque fois que l’Espagnol recule pour prendre du rythme, bam, une amortie. Chaque fois qu’il avance pour couper l’angle, bam, un passing lifté ou un topspin agressif. Un vrai casse-tête.
« C’était un concours d’amorties et il a clairement gagné. »
Le numéro 1 mondial après la rencontre
Cette phrase résume à elle seule l’esprit du match. L’Espagnol, habitué à dominer par sa vitesse, sa puissance et son explosivité, s’est retrouvé à jouer un tennis qu’il maîtrise moins : le tennis de toucher, de patience et d’anticipation. Et même s’il a fini par l’emporter, il reconnaît sans détour que le Français a remporté la bataille des amorties.
Rester concentré face à l’imprévisible
Ce qui frappe le plus dans les propos tenus après-match, c’est l’insistance sur la concentration. Face à un joueur qui peut changer de plan de jeu toutes les trois balles, il est très facile de perdre patience ou de se décourager. Mais le protégé de Juan Carlos Ferrero a su garder le cap.
« Il peut tout faire, donc c’est compliqué. Si on recule, il fait immédiatement une amortie. Si on avance, il fait un topspin. » Cette description résume parfaitement le défi. Et pourtant, l’Espagnol est resté dans le match, a retrouvé son rythme à partir du deuxième set et a accéléré dans le troisième pour s’imposer sans trembler.
Cette capacité à rester lucide dans les moments où rien ne se passe comme prévu est l’une des grandes forces des meilleurs joueurs actuels. Elle explique en grande partie pourquoi il occupe la place de numéro 1 mondial à seulement 22 ans.
Un niveau qui continue de progresser
Malgré la difficulté du match, l’Espagnol s’est montré plutôt satisfait de sa prestation. Il estime que son tennis progresse, même face à un adversaire qui ne lui permet pas de dérouler son jeu habituel. C’est tout l’intérêt de ces confrontations atypiques : elles obligent à trouver des solutions nouvelles, à s’adapter, à progresser.
« Mon niveau s’améliore », a-t-il simplement déclaré. Une phrase modeste mais lourde de sens quand on sait le niveau déjà stratosphérique qu’il affiche depuis plusieurs saisons. Chaque match, même ceux qui semblent les plus déséquilibrés sur le papier, lui permet d’ajouter une nouvelle corde à son arc.
Le tennis français et ses spécificités
Corentin Moutet incarne une certaine idée du tennis à la française : technique, inspiré, imprévisible. Même s’il n’a pas réussi à renverser la vapeur face au leader du circuit, il a montré qu’il pouvait poser des problèmes très concrets aux meilleurs joueurs du monde.
Ce style de jeu, qui repose énormément sur la variation et le toucher, rappelle certains grands noms du passé. Il oblige les favoris à sortir de leur zone de confort et à prouver qu’ils savent aussi gagner laid, si nécessaire. Et sur ce point, la mission a été accomplie avec brio.
Vers les huitièmes et un parcours qui s’annonce passionnant
Avec cette qualification, le jeune Espagnol rejoint le top 16 de l’Open d’Australie. Le tableau commence à se dessiner et les affiches potentielles font déjà saliver les fans. Chaque tour franchi est une nouvelle opportunité de montrer l’étendue de son talent, mais aussi de continuer à engranger de l’expérience face à des styles de jeu très différents.
Ce match contre Moutet, même s’il s’est soldé par une victoire nette, aura été une excellente préparation pour la suite. Il aura rappelé au numéro 1 mondial que le tennis reste avant tout un sport d’adaptation permanente. Et c’est justement cette capacité d’adaptation qui fait la différence entre les très bons joueurs et les légendes.
Les leçons à retenir de ce troisième tour
Ce duel atypique laisse plusieurs enseignements précieux :
- La variété reste une arme redoutable même à l’ère de la puissance brute
- La concentration mentale est aussi importante que la qualité technique
- Les joueurs qui osent sortir des sentiers battus peuvent faire douter les cadors
- 55 montées au filet en trois sets, c’est le prix à payer quand on veut battre un maître de l’amortie
- Une victoire nette peut cacher un combat intérieur intense
Ces éléments montrent à quel point le tennis est riche et complexe. Derrière un score parfois trompeur se cachent des batailles tactiques, physiques et mentales d’une intensité rare.
Un sourire qui en dit long
À l’issue de la rencontre, l’Espagnol affichait un large sourire. Pas seulement celui du vainqueur, mais celui du joueur qui sait qu’il vient de franchir un nouveau test. Il a ri de sa propre fatigue, il a salué le talent de son adversaire, il a reconnu que le Français avait été le roi des amorties.
Cette attitude humble et joyeuse est l’une des raisons pour lesquelles il est autant aimé par le public. Même numéro 1 mondial, il reste ce jeune homme passionné qui savoure chaque instant passé sur un court, quelles que soient les difficultés rencontrées.
Et maintenant ?
Le tournoi continue, les enjeux montent. Chaque match devient plus important, chaque adversaire plus dangereux. Mais après avoir surmonté l’épreuve Moutet, le leader du circuit semble prêt à affronter n’importe quel style de jeu.
Il sait désormais que parfois, il faudra courir 55 fois au filet. Il sait qu’il faudra rester patient. Il sait qu’il faudra sourire même quand les jambes commencent à peser lourd. Et c’est précisément cette capacité à tout accepter qui fait de lui l’un des joueurs les plus complets et les plus excitants de sa génération.
Le tennis nous réserve encore de très beaux moments dans ce Grand Chelem australien. Et on a hâte de voir comment le numéro 1 mondial va continuer d’écrire sa légende, un point après l’autre, un sourire après l’autre.
Point clé à retenir : Même une victoire nette peut cacher un match épuisant sur le plan mental et physique. Le tennis de très haut niveau se joue autant dans la tête que dans les jambes.
Et vous, que pensez-vous de ce style de jeu basé sur les amorties et les variations ? Est-ce selon vous une arme d’avenir ou une stratégie qui a vécu ? N’hésitez pas à partager votre avis en commentaire !









