En ce mardi de novembre, un vent de colère a soufflé à la frontière franco-espagnole. Une centaine d’agriculteurs français, arborant fièrement leurs gilets jaunes, ont pris d’assaut le péage du Boulou dans le sud de la France. Leur objectif ? Bloquer tous les camions en provenance d’Espagne et « tenir longtemps ». Un cri de détresse pour la survie de leur profession, menacée par la perspective d’un accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur.
Un barrage filtrant qui paralyse le trafic
En quelques minutes à peine, les agriculteurs ont réussi à paralyser complètement le trafic sur l’autoroute A9, un des principaux axes routiers reliant la France et l’Espagne. Les poids lourds se sont retrouvés prisonniers d’un bouchon monstre s’étirant sur une quinzaine de kilomètres. Selon Philippe Maydat, président de section départementale du syndicat Coordination rurale, le but est clair : « On veut montrer ce qui se passerait s’il n’y avait plus d’agriculteurs ».
Le spectre de l’accord UE-Mercosur
Si la mobilisation des agriculteurs français n’est pas nouvelle, elle a été ravivée récemment par les négociations sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Pour Serge Bousquet-Cassagne, figure de proue de la Coordination rurale, il n’y a rien à négocier :
Il faut durer le plus longtemps possible, pour faire pression sur nos gouvernants et sur ceux qui négocient le Mercosur, alors qu’il n’y a rien à négocier, c’est niet.
Serge Bousquet-Cassagne, Coordination rurale
Si la France a reçu le soutien de l’Italie dans son opposition à cet accord, le chancelier allemand Olaf Scholz a réaffirmé sa volonté de le boucler au plus vite. Une position qui ne fait qu’attiser la colère des agriculteurs français.
Des revendications multiples
Au-delà du dossier Mercosur, les raisons de la grogne sont nombreuses. Amédine Mas, viticultrice à la retraite de 74 ans, évoque pêle-mêle :
- La lourdeur administrative grandissante
- L’impossibilité pour les agriculteurs de vivre de leur travail et de leurs terres
- Les lois imposées par Bruxelles avec une forte pression écologique
Les agriculteurs bloqués comprennent leur désarroi, à l’image de Manuel Serrano, 75 ans, un ancien agriculteur espagnol :
Les paysans français, comme espagnols, ne veulent pas de ce traité avec les pays sud-américains. Je le comprends parfaitement.
Manuel Serrano, ancien agriculteur espagnol
Un mouvement qui pourrait s’étendre
Déterminés à faire entendre leur voix, les agriculteurs français comptent bien faire durer leur opération coup de poing. Ils en appellent même à leurs « relais » pour venir gonfler leurs rangs dans les prochains jours. Un mouvement qui pourrait rapidement prendre de l’ampleur et mettre une pression supplémentaire sur le gouvernement.
Face à cette colère qui gronde dans les campagnes françaises, les autorités devront rapidement trouver des réponses pour apaiser les tensions. Car comme le soulignent les manifestants, pour eux, c’est bel et bien une « question de survie ». Une survie qui passe par la protection de leur modèle agricole, menacé par la mondialisation et les accords de libre-échange.
Reste à savoir si leur cri de détresse sera entendu par les décideurs politiques, à Paris comme à Bruxelles. Une chose est sûre : les agriculteurs français sont plus que jamais déterminés à défendre leur avenir et celui de leurs terres. Et ils ne comptent pas baisser les bras de sitôt.