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AfD Refonde sa Jeunesse : l’Extrême Droite se Réorganise

Ce week-end, l’AfD tente de relancer sa branche jeunesse après avoir dissous la précédente pour extrémisme. Sous contrôle renforcé du parti, la nouvelle structure promet de garder des liens étroits avec les mouvances radicales. Des dizaines de milliers de manifestants sont attendus… Que cache vraiment cette refondation ?

Peut-on vraiment “déradicaliser” un parti en changeant simplement le nom de son organisation de jeunesse ? C’est le pari audacieux que s’apprête à tenter l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) ce week-end à Giessen. Après avoir dissous au printemps sa branche jeune jugée trop extrême, le parti d’extrême droite organise un congrès fondateur sous très haute protection policière. Et les enjeux dépassent largement la simple création d’un nouveau mouvement.

Un congrès sous tension maximale

Dès samedi matin, un millier de délégués se réuniront dans une salle lourdement gardée. Des milliers de policiers sont mobilisés et une partie de la ville est interdite aux manifestations pour éviter les débordements. Les opposants espèrent pourtant réunir plusieurs dizaines de milliers de personnes pour bloquer l’accès au lieu.

Ce dispositif exceptionnel illustre parfaitement le climat politique actuel en Allemagne. Un parti classé à l’extrême droite par les services de renseignement organise son renouveau générationnel au milieu d’une forteresse sécuritaire, pendant que la société civile tente de faire barrage dans la rue.

Pourquoi l’ancienne Junge Alternative a-t-elle été dissoute ?

Au début de l’année, l’AfD a pris une décision rare : dissoudre volontairement sa propre organisation de jeunesse, la Junge Alternative, forte de plus de 4 300 membres. La raison officielle ? Éviter une interdiction judiciaire qui aurait pu contaminer l’ensemble du parti.

Les reproches étaient lourds : promotion d’idées xénophobes ouvertement affichées, scandales à répétition incluant des chants racistes lors de soirées, et même l’organisation d’entraînements à caractère paramilitaire. Plusieurs cadres étaient surveillés pour leurs liens avec des groupuscules néo-nazis ou le mouvement identitaire.

Cette dissolution préventive apparaît aujourd’hui comme une opération de communication autant que juridique. Le parti voulait couper l’herbe sous le pied des autorités tout en gardant la main sur sa relève.

Une nouvelle structure… mais toujours les mêmes réseaux

La direction de l’AfD promet une organisation “plus encadrée” et “plus responsable”. En réalité, les spécialistes sont unanimes : les liens avec les mouvances radicales ne seront pas rompus.

“Le parti-mère pourra agir avec plus de modération, sans avoir à perdre ses partisans les plus radicaux.”

Stefan Marschall, politologue

Cette stratégie en deux temps est claire : d’un côté, lisser l’image pour conquérir l’ouest du pays où l’électorat reste rétif à un parti trop ouvertement extrémiste ; de l’autre, maintenir un réservoir de militants radicaux via une structure jeunesse qui restera poreuse aux influences les plus dures.

Les symboles choisis en disent long

Les délégués devront voter sur plusieurs propositions de nom : Generation Deutschland, Jugend Germania ou même la reprise de l’ancien Junge Alternative. Le choix de Jugend Germania fait particulièrement réagir tant il évoque les jeunesses hitlériennes par son style.

Pour le logo, l’option favorite décrit “un blason rouge bordé d’or surmonté d’une croix noire elle-même surmontée d’un aigle doré”. Le document interne précise : “L’aigle symbolise notre nation allemande, pour laquelle nous brûlons de passion, la croix représente l’Occident et ses valeurs, que nous défendons avec ardeur.”

Ces choix symboliques s’inscrivent ouvertement dans une “tradition patriotique et conservatrice de droite” que le parti revendique sans complexe. Beaucoup y voient une provocation délibérée.

Jean-Pascal Hohm, la nouvelle figure montante

À 28 ans, le député régional du Brandebourg Jean-Pascal Hohm est donné favori pour prendre la tête de la nouvelle organisation. Originaire d’un bastion historique de l’AfD à l’est, il incarne parfaitement cette génération de cadres issus des milieux les plus radicaux.

Selon les experts, la plupart des futurs responsables proviennent d’un vivier où se côtoient anciens du mouvement identitaire, membres de corporations étudiantes nationalistes, et parfois même des individus issus de la mouvance néo-nazie ou ethno-nationaliste.

L’Allemagne face à son miroir

Longtemps, l’Allemagne avait réussi à contenir l’extrême droite hors des parlements nationaux significatifs. La crise migratoire de 2015, suivie d’attentats et de faits divers impliquant des étrangers, a changé la donne. L’AfD est devenue la deuxième force politique du pays et devance désormais dans certains sondages la CDU du chancelier Friedrich Merz.

Face à cette montée, le gouvernement a durci sa politique migratoire. Mais le “pare-feu” reste en place : aucun parti démocratique n’accepte de s’allier avec l’AfD, toujours considérée comme raciste, antidémocratique et trop proche du Kremlin.

Ce congrès de Giessen est donc bien plus qu’une simple formalité interne. C’est un test grandeur nature : l’extrême droite allemande peut-elle se restructurer pour durer, tout en gardant son ADN idéologique ?

La rue se mobilise massivement

Plus d’une vingtaine d’organisations ont appelé à manifester samedi. Malgré l’interdiction dans le quartier du congrès, les autorités s’attendent à voir défiler jusqu’à 57 000 personnes selon certaines estimations.

“La démocratie ne va plus de soi, et il est temps d’envoyer un signal fort.”

Anna Walldorf, étudiante de 29 ans

Cette mobilisation exceptionnelle montre que pour une large partie de la société allemande, la menace est prise très au sérieux. Beaucoup craignent que la normalisation progressive de l’AfD ne finisse par faire tomber les derniers tabous.

Vers les régionales de 2026

En ligne de mire : les élections régionales de 2026, notamment dans les Länder de l’Est où l’AfD caracole en tête des intentions de vote. Une organisation de jeunesse dynamique et encadrée pourrait permettre de mobiliser massivement sur le terrain.

Le parti espère transformer l’essai et pourquoi pas, à terme, faire sauter le cordon sanitaire qui l’isole encore au niveau national. Le congrès de Giessen n’est qu’une étape dans cette longue marche.

Une chose est sûre : ce week-end, tous les regards seront tournés vers cette petite ville de Hesse. Entre refondation stratégique et défi à la démocratie, l’Allemagne joue une partie de son avenir politique.

En résumé : L’AfD ne renonce ni à ses idées ni à ses réseaux radicaux. Elle les met simplement à distance pour mieux grandir. Le congrès de Giessen pourrait marquer le début d’une nouvelle phase, plus professionnelle et plus dangereuse pour le système politique allemand.

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