Un hommage national empreint d’émotion
Des milliers de personnes se sont rassemblées dans le petit stade de Meitar, ville du sud d’Israël où Ran a grandi. Sous un ciel gris et chargé, la foule a formé un rempart humain autour du cercueil drapé du drapeau bleu et blanc. Des enfants, des familles, des officiels, tous unis dans le deuil. Le ruban jaune, ce symbole discret porté par tant d’Israéliens depuis des mois, flottait sur de nombreuses poitrines.
La cérémonie a commencé par les mots déchirants de la mère de Ran. Elle a exprimé cet espoir tenace qui l’avait portée pendant plus de deux ans : voir son fils rentrer debout, vivant. Au lieu de cela, c’est un corps sans vie qui est revenu, mais revenu quand même. Cette réalité brute a touché chaque personne présente.
Son frère a pris la parole à son tour, qualifiant Ran de fierté de toute une nation. Ces mots simples ont résonné comme un cri du cœur collectif. La sœur, en pleurs, a fait écouter un enregistrement vocal datant du matin fatidique du 7 octobre. La voix calme de Ran rassurait sa famille : ne vous inquiétez pas. Ces quelques secondes ont provoqué une vague de sanglots dans la foule.
Le parcours héroïque d’un jeune policier
Ran Gvili n’était pas en service ce jour-là. En arrêt maladie, il aurait pu rester à l’abri. Pourtant, quand les sirènes ont retenti et que les nouvelles des infiltrations massives sont arrivées, il a saisi son arme de service et s’est précipité au front. Il voulait protéger les siens, ses voisins, son pays. Il a combattu vaillamment, mais il a été tué lors des affrontements. Son corps a ensuite été emmené dans la bande de Gaza par les assaillants.
Ce geste spontané de bravoure a fait de lui un symbole. Partout en Israël, on répétait cette phrase devenue virale : parti le premier, dernier à revenir. Elle résume à elle seule le destin tragique de ce jeune homme et l’attente interminable de sa famille et de la nation entière.
Âgé seulement de 24 ans au moment des faits, Ran incarnait cette génération prête à tout donner pour la sécurité collective. Son histoire rappelle combien l’attaque du 7 octobre a touché des civils, des militaires, des policiers ordinaires transformés en héros malgré eux.
La présence marquante des autorités
Le président israélien s’est adressé directement à la famille. Au nom de l’État, il a présenté des excuses pour ne pas avoir pu protéger Ran ce jour-là. Ces mots lourds de sens ont souligné la responsabilité collective ressentie face à cet échec sécuritaire majeur.
Le Premier ministre, présent lui aussi, a prononcé un discours ferme. Il a rendu hommage au courage de Ran, qualifié de héros national. Puis, il a martelé la détermination du pays à poursuivre ses objectifs : désarmer complètement les groupes armés et assurer une démilitarisation durable de la zone concernée.
Il a averti les adversaires : toute nouvelle agression coûtera un prix très élevé. Ces paroles résonnent dans un contexte où la trêve en cours reste fragile, marquée par des accusations réciproques de violations.
Le contexte de la trêve et du rapatriement
Le corps de Ran a été retrouvé lundi, suite à des opérations militaires dans un cimetière du nord de la bande de Gaza. Les informations sur son emplacement ont été transmises dans le cadre des engagements pris pour maintenir la cessation des hostilités, effective depuis le 10 octobre dernier.
Ran était le dernier dont la dépouille devait être restituée selon les termes de cette phase de l’accord. Son retour marque donc une étape symbolique forte. Mardi, le cercueil a quitté une base militaire centrale, salué par une haie d’honneur de policiers. Le cortège a traversé des routes bordées de centaines de citoyens venus rendre hommage.
Après la cérémonie publique à Meitar, l’inhumation s’est déroulée dans l’intimité familiale, en présence de plusieurs anciens détenus revenus vivants. Un artiste connu a clôturé l’hommage en interprétant une chanson intitulée « C’est terminé », dont les paroles ont semblé parfaitement adaptées à ce moment.
Bilan humain de l’attaque du 7 octobre
Cette journée noire a vu 251 personnes enlevées, dont 44 déjà décédées au moment de l’enlèvement. Parmi les 207 capturés vivants, 41 n’ont pas survécu à leur captivité. Ces chiffres froids cachent des drames individuels, des familles brisées, des enfants traumatisés.
Le cas de Ran illustre une catégorie particulière : ceux tués sur place et dont le corps a été pris en otage. Cette pratique a ajouté une couche de souffrance supplémentaire, prolongeant le deuil pendant des mois, voire des années.
Aujourd’hui, avec son retour, Israël peut dire que tous sont rentrés, d’une manière ou d’une autre. Cela n’efface pas la douleur, mais cela permet de tourner une page.
La situation humanitaire à Gaza
Pendant ce temps, plus de deux millions de personnes vivent dans des conditions extrêmement difficiles. La majorité sous des tentes de fortune, exposées au froid hivernal et aux destructions massives. L’aide humanitaire peine à entrer en quantités suffisantes.
Plusieurs pays, dont la France, le Canada et le Royaume-Uni, ont récemment appelé à lever toutes les restrictions pour permettre un acheminement fluide des secours. La réouverture complète d’un poste-frontière clé avec l’Égypte est réclamée sans interférences.
Du côté palestinien, des déclarations indiquent une volonté de transférer rapidement la gestion civile, à condition que les passages soient libérés.
Vers une nouvelle phase du plan de paix
Le rapatriement de Ran pourrait accélérer la mise en œuvre de la deuxième étape d’un plan soutenu internationalement. Ce plan prévoit le désarmement total des groupes armés, un retrait progressif des forces israéliennes qui contrôlent encore une grande partie du territoire, et le déploiement d’une force de stabilisation internationale.
Ces éléments, validés par des instances internationales, représentent un espoir fragile de stabilisation durable. Mais les tensions persistent, et chaque jour apporte son lot d’incidents qui menacent la fragile accalmie.
Pour les Israéliens, enterrer Ran signifie aussi regarder vers l’avenir. Reconstruire la confiance, renforcer la sécurité, panser les plaies. Pour les Palestiniens de Gaza, il s’agit de survivre au quotidien, d’obtenir de l’aide, de retrouver une forme de normalité.
L’impact émotionnel sur la société israélienne
Cette cérémonie a ravivé des souvenirs douloureux pour beaucoup. Des familles d’autres victimes, des rescapés, des soldats ayant participé aux opérations : tous portent encore les stigmates de ces événements.
Le ruban jaune, devenu omniprésent, symbolise cette attente interminable. Aujourd’hui, il peut enfin être rangé pour certains, mais le deuil reste. Ran devient une figure emblématique de résilience et de sacrifice.
Dans les discours, on sent une volonté de transformer la douleur en force. Ne pas oublier, mais avancer. Honorer les disparus en construisant un avenir plus sûr.
Témoignages poignants de la foule
Parmi les personnes venues à Meitar, une femme d’une quarantaine d’années confie son sentiment ambivalent : on aurait préféré un retour vivant, mais au moins il repose maintenant en paix. Ce chapitre se ferme, même si la cicatrice demeure vive.
Ces mots simples reflètent le sentiment général : un mélange de tristesse profonde et de gratitude que la dépouille ait pu être rapatriée. Pour beaucoup, c’est une forme de justice minimale après tant d’incertitude.
Les enfants présents observaient, impressionnés par l’ampleur de l’hommage national. Ils grandissent avec ces récits de courage et de perte, qui façonnent durablement leur vision du monde et de leur pays.
Un tournant symbolique pour l’avenir
L’enterrement de Ran Gvili n’efface pas les horreurs du passé ni les défis du présent. Mais il permet à une nation de proclamer haut et fort : nous n’avons abandonné personne. Tous sont rentrés, vivants ou non.
Maintenant, le regard se tourne résolument vers demain. Vers des négociations ardues, vers une possible stabilisation régionale, vers la reconstruction patiente des vies brisées. La route s’annonce longue et semée d’embûches, mais dans ce stade de Meitar, sous les larmes et les chants d’adieu, une certaine unité s’est manifestée avec force.
Ran Gvili, policier ordinaire devenu héros national, repose enfin auprès des siens. Sa mémoire perdurera comme un rappel poignant du prix payé pour la sécurité et la liberté. Et peut-être, un jour, comme un pont ténu vers une paix tant attendue par tous les peuples de la région.









