Alors que les négociations sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur entrent dans une phase cruciale, la France tire la sonnette d’alarme. Selon une source diplomatique française, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen « prend une responsabilité et un risque » si elle conclut les pourparlers à Montevideo sans tenir compte des préoccupations des États membres.
Emmanuel Macron a personnellement rappelé à Mme von der Leyen lors d’un appel téléphonique jeudi matin que le texte était « inacceptable en l’état » pour la France. Le président français pointe notamment du doigt les enjeux liés à l’agriculture, au respect de l’accord de Paris sur le climat, à la déforestation, aux sauvegardes et aux contrôles sanitaires.
Le feu vert des États membres reste indispensable
Paris insiste sur le fait qu’un éventuel accord devra impérativement être soumis à l’approbation du Conseil européen qui réunit les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Sept. « La décision de signature appartient aux États au Conseil, ce n’est donc pas la fin de l’histoire », souligne-t-on côté français.
La France n’est d’ailleurs pas seule à faire part de ses réserves. Plusieurs pays européens ont exprimé des inquiétudes similaires, en particulier sur les volets agricole et sanitaire. Une position qui renforce le camp des sceptiques face à cet ambitieux traité de libre-échange transatlantique.
20 ans de négociations, des enjeux colossaux
Discuté depuis 1999, l’accord UE-Mercosur vise à supprimer la majorité des droits de douane entre les deux blocs afin de créer un gigantesque marché de plus de 700 millions de consommateurs. Un projet qui suscite autant d’espoirs économiques que de craintes, notamment chez les agriculteurs européens qui redoutent une concurrence déloyale.
Du côté de Bruxelles, on semble déterminé à franchir la ligne d’arrivée après plus de 20 ans de discussions. « Travaillons ensemble, franchissons-la », a exhorté Ursula von der Leyen en route vers Montevideo. Mais la présidente de la Commission joue gros. Faute de parvenir à un compromis acceptable par tous, c’est tout l’édifice patiemment bâti qui pourrait vaciller.
L’agriculture et l’environnement, pommes de discorde
Au cœur des préoccupations françaises et européennes : la défense d’un modèle agricole plus durable et respectueux de l’environnement. Paris craint qu’un accord mal ficelé ne favorise une concurrence déloyale de la part des géants agro-industriels sud-américains, souvent pointés du doigt pour leurs pratiques néfastes en matière de déforestation et d’usage des pesticides.
Nous continuerons de défendre sans relâche notre souveraineté agricole
Emmanuel Macron, Président de la République française
Le respect de l’accord de Paris sur le climat et la lutte contre la déforestation, notamment en Amazonie, figurent également en bonne place dans les demandes françaises. Des « lignes rouges » sur lesquelles l’Elysée promet de ne pas transiger.
Vers un bras de fer diplomatique
Alors que le sommet de Montevideo pourrait marquer un tournant, la bataille diplomatique fait rage en coulisses. Chaque camp affûte ses arguments, conscient que l’issue des négociations aura des répercussions majeures sur les relations commerciales entre l’Europe et l’Amérique du Sud pour les décennies à venir.
La France, fer de lance des opposants à un accord en l’état, entend bien peser de tout son poids pour infléchir le cours des discussions. Mais il faudra aussi composer avec la détermination de la Commission européenne et la volonté des pays du Mercosur d’arracher un deal historique.
Une chose est sûre : les prochains jours s’annoncent décisifs pour l’avenir des relations commerciales entre les deux continents. Un accord reste possible, mais il faudra pour cela que toutes les parties acceptent des concessions. Faute de quoi, c’est une occasion unique de rapprocher deux des principales zones économiques mondiales qui pourrait être durablement compromise.