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Accord Chagos : Londres et Port-Louis s’Engagent à Finaliser Rapidement

Les îles Chagos, un archipel stratégique au cœur d'un bras de fer diplomatique depuis des décennies entre le Royaume-Uni et Maurice. Malgré les réserves du nouveau Premier ministre mauricien, les deux pays s'engagent à boucler rapidement un accord...

Malgré les doutes exprimés par le nouveau Premier ministre mauricien sur l’accord conclu en octobre dernier, le Royaume-Uni et l’île Maurice ont réaffirmé vendredi leur volonté commune de finaliser dès que possible le traité devant transférer à Port-Louis le contrôle de l’archipel des Chagos, îles stratégiques situées au cœur de l’océan Indien.

Cette déclaration conjointe intervient seulement trois jours après que Navin Ramgoolam, tout juste nommé à la tête du gouvernement mauricien, ait remis publiquement en question certains aspects de l’accord de principe négocié par son prédécesseur. Un revirement inattendu qui semblait compromettre ce dénouement diplomatique majeur d’un contentieux territorial vieux de plusieurs décennies entre l’ancienne puissance coloniale britannique et son ex-colonie devenue indépendante en 1968.

Un archipel au passé douloureux

Détachées de Maurice peu avant son indépendance, les îles Chagos sont depuis lors sous souveraineté britannique, au grand dam de Port-Louis qui n’a eu de cesse de les revendiquer. Londres y a notamment installé une vaste base militaire conjointe avec les États-Unis sur l’atoll de Diego Garcia, non sans en expulser au préalable les habitants autochtones vers Maurice et les Seychelles voisines. Un déracinement forcé qui a laissé des cicatrices profondes.

Face à l’intransigeance britannique, Maurice a multiplié les recours devant les instances internationales. En 2019, une écrasante majorité de l’Assemblée générale de l’ONU a voté une résolution enjoignant Londres à restituer l’archipel, la Cour internationale de justice ayant auparavant jugé illégale la séparation des Chagos du reste du territoire mauricien lors de la décolonisation.

Un compromis historique remis en question

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’accord de principe annoncé en grande pompe en octobre 2022. Fruit de longues tractations, il prévoit le transfert de la souveraineté de l’archipel à Maurice d’ici la fin 2024, moyennant le maintien de la base de Diego Garcia pour au moins 50 ans. Un compromis qui semblait satisfaire les intérêts de chacun.

Mais les propos de Navin Ramgoolam devant le Parlement mardi ont jeté le doute. Tout en se disant toujours disposé à conclure un accord, le nouveau Premier ministre mauricien a laissé entendre qu’il comptait renégocier certaines dispositions du projet de traité afin, selon ses termes, de ne pas priver son pays de potentiels « avantages » liés au contrôle des Chagos.

Londres et Port-Louis affichent leur volonté d’avancer

La déclaration commune publiée ce vendredi semble vouloir couper court à toute spéculation. Les deux parties y affirment avoir eu « une série de conversations et d’échanges productifs et continus » dans le but de finaliser un accord « le plus rapidement possible ». Elles s’engagent notamment à œuvrer pour le « fonctionnement à long terme, sûr et efficace de la base existante de Diego Garcia ».

Si les détails des éventuels points d’achoppement ne sont pas précisés, cette prise de position consensuelle montre que malgré les interrogations suscitées par le changement de gouvernement à Maurice, la volonté politique de tourner la page du contentieux des Chagos reste intacte des deux côtés.

L’avenir incertain des Chagossiens déplacés

Un dossier essentiel n’est toutefois pas évoqué dans cette déclaration : celui du sort des anciens habitants des Chagos expulsés par les Britanniques il y a un demi-siècle et de leurs descendants, qui revendiquent le droit de retourner sur leurs îles ancestrales. La question de leur éventuelle réinstallation et des compensations qui pourraient leur être accordées reste en suspens.

Au-delà des enjeux de souveraineté, c’est tout l’avenir de ce chapelet d’îles au cœur de l’océan Indien qui reste à définir. Entre considérations géostratégiques, développement économique et devoir de mémoire, le chemin vers une résolution globale et apaisée de la question des Chagos pourrait encore être long et semé d’embûches, même si l’engagement renouvelé de Londres et de Port-Louis à avancer main dans la main est de bon augure.

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