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Procès d’activistes marocains critiques de la reconstruction post-séisme

Procès controversé au Maroc : des activistes critiques de la reconstruction post-séisme de 2023 accusés de diffamation. La justice va-t-elle faire taire leurs voix ? Un procès à suivre de près qui en dit long sur l'état des libertés dans le pays...

Au Maroc, un procès qui fait polémique vient de s’ouvrir. Quatre activistes marocains sont poursuivis en justice, notamment pour « diffamation », après avoir critiqué la gestion de la reconstruction dans la région de Marrakech suite au terrible séisme qui l’a frappée en septembre 2023. Ce tremblement de terre de magnitude 6,8 avait fait près de 3000 morts, des milliers de blessés et détruit environ 60 000 habitations, laissant de nombreuses familles sans toit en plein hiver dans la chaîne montagneuse du Haut Atlas.

Des militants accusés d’avoir porté atteinte à des responsables

Selon une source proche du dossier, l’un des prévenus, Saïd Ait Mahdi, membre de la Coordination des victimes du séisme d’El Haouz comme ses trois co-accusés, est détenu depuis le 23 décembre. Le parquet a décidé de le poursuivre pour « diffamation, offense et publication d’allégations mensongères visant à porter atteinte à la vie privée ». Les trois autres activistes sont quant à eux accusés d’« offense à des fonctionnaires publics » mais ont été laissés en liberté.

D’après leur avocat, Mohamed Nouini, l’affaire fait suite à des plaintes déposées par des responsables locaux, qui ont considéré comme offensants certains propos tenus par les prévenus sur les réseaux sociaux. Me Nouini a plaidé lundi pour la remise en liberté de M. Ait Mahdi dans l’attente de la prochaine audience, déjà programmée au 6 janvier.

Une province sinistrée qui peine à se relever

La province d’El Haouz, située au sud de Marrakech, a été l’une des zones les plus durement touchées par le séisme dévastateur de septembre 2023. Avec des milliers de maisons effondrées, des centaines de familles ont dû dormir à la belle étoile pendant l’hiver qui a suivi la catastrophe. Depuis, la Coordination des victimes se bat pour accélérer la reconstruction et améliorer l’aide apportée aux sinistrés.

« Nous ne faisons que relayer la souffrance et les besoins des populations. Est-ce un crime de vouloir que les choses avancent plus vite ? »

– Un membre de la coordination qui a requis l’anonymat

Un vaste programme de reconstruction encore inachevé

Contactées par nos soins, les autorités marocaines assurent qu’à ce jour, 57 000 permis de reconstruction ont été délivrés et que plus de 35 000 logements sont déjà rebâtis ou en cours de reconstruction. Un programme d’aide de 11 milliards d’euros sur 5 ans a par ailleurs été mis en place pour reconstruire et redynamiser les six provinces sinistrées.

Selon un communiqué officiel, des premières tranches pour un montant total dépassant 700 millions d’euros auraient déjà été versées aux familles pour les aider à rebâtir leurs maisons. Mais manifestement, beaucoup attendent encore que ces efforts arrivent jusqu’à eux.

Un procès révélateur de l’état des libertés au Maroc ?

Au-delà du bilan et de la gestion post-séisme, ce procès soulève des questions sur la situation de la liberté d’expression au Maroc. Des voix critiques peuvent-elles s’exprimer sans risquer des poursuites ? La justice va-t-elle faire taire ou entendre ces militants qui affirment simplement relayer les difficultés de populations sinistrées ?

Contactées, les autorités marocaines n’ont pas souhaité commenter une affaire en cours. Mais ce dossier sera clairement scruté de près, au Maroc comme à l’international. Il illustre les défis de la reconstruction après une catastrophe de cette ampleur. Et en dit long aussi sur la manière dont un régime gère la critique dans un contexte de crise.

Un procès à suivre donc, dont le prochain épisode est attendu le 6 janvier. Avec en toile de fond, le difficile combat de milliers de familles pour se relever après avoir tout perdu sous les décombres. Un combat pour retrouver un toit. Et un combat pour faire entendre leur voix.

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