Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Russie est fortement soupçonnée d’utiliser des armes chimiques, en particulier des gaz lacrymogènes et irritants, contre les forces ukrainiennes. Bien que les preuves formelles restent limitées à ce jour, les présomptions s’accumulent contre Moscou qui nie en bloc ces accusations.
Selon l’Ukraine, la Russie aurait eu recours à des munitions contenant des agents chimiques prohibés à près de 5000 reprises depuis février 2023. Kiev affirme que plus de 2000 de ses soldats ont été blessés par « empoisonnement chimique » suite à l’exposition à ces substances. Des chiffres que Moscou qualifie d' »absurdes ».
D’après les services de sécurité ukrainiens (SBU), il s’agirait principalement de gaz lacrymogènes CS et CN, largués par petits drones au-dessus de la ligne de front via des grenades. Des armes certes non-létales mais dont l’utilisation « en tant que moyens de guerre » est strictement interdite par la Convention sur l’interdiction des armes chimiques.
Malgré les présomptions multiples, un seul cas d’utilisation d’arme chimique par la Russie a pu être prouvé de manière irréfutable. En novembre dernier, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a confirmé la présence d’un « gaz lacrymogène anti-émeute » dans des échantillons prélevés en septembre dans la région de Dnipropetrovsk.
Le caractère volatil de ces agents, qui ne laissent que peu de traces, et la difficulté de recueillir des preuves sur la ligne de front compliquent la tâche des enquêteurs. Alors que la Russie est également prompte à accuser l’Ukraine, elle n’a pour sa part fourni aucun élément probant jusqu’ici.
Pour les experts, l’utilisation d’armes chimiques non-létales comme les gaz lacrymogènes présente un intérêt tactique indéniable pour la Russie dans sa position d’attaquant. En affaiblissant les lignes ennemies, elle faciliterait la prise de positions retranchées comme les tranchées, bien plus aisément qu’avec des munitions conventionnelles.
Recourir à des agents chimiques « incapacitants » plutôt que mortels comme les neurotoxiques permettrait aussi à la Russie d’entretenir une certaine ambiguïté sur le respect de ses engagements internationaux. Une façon de « tâter le terrain » pour jauger la réaction des Occidentaux, selon certains analystes.
Bien que les preuves irréfutables manquent, les soupçons qui pèsent sur la Russie ont suffi à Washington et Londres pour annoncer des sanctions contre plusieurs institutions et entreprises russes impliquées dans ces présumées attaques chimiques. Une mesure forte pour tenter de dissuader Moscou d’aller plus loin.
Si elle en utilisait [des armes chimiques], on aurait la preuve que la Russie contrevient à ses engagements.
– Olivier Lepick, chercheur spécialiste des armes chimiques
Car si la Russie franchissait la ligne rouge en employant des agents neurotoxiques bien plus meurtriers, sa responsabilité serait cette fois impossible à nier. Un scénario catastrophe que les Occidentaux veulent à tout prix éviter en faisant monter la pression.
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