La polémique enfle autour du géant français des articles de sport Decathlon, qui a récemment versé un milliard d’euros de dividendes à son actionnaire principal, la puissante famille Mulliez. Cette décision, qui intervient alors que le groupe Auchan, autre fleuron de l’empire Mulliez, s’apprête à supprimer près de 2400 emplois, suscite une vive indignation. Face au tollé, le président de Decathlon Fabien Derville tente de justifier ce choix mais peine à convaincre.
Un timing qui fait tache pour la famille Mulliez
Dans un entretien accordé mercredi à La Voix du Nord, Fabien Derville a tenté d’expliquer les raisons de ce versement massif de dividendes, reconnaissant toutefois que la temporalité de l’annonce « n’est pas idéale » alors qu’un plan social historique menace chez Auchan. Mais selon lui, cet argent ne va pas « dans la poche des actionnaires » et vise un « usage plus créateur de valeur, pas de richesse ».
« Decathlon a largement les moyens de suivre son propre développement. On est en droit d’en faire un autre usage au travers des enjeux de l’AFM »
Fabien Derville, président de Decathlon
Les syndicats sont vent debout contre ce qu’ils qualifient de « provocation » et appellent à la grève samedi dans les magasins Decathlon pour protester contre une décision jugée indécente dans un contexte social tendu.
Les Mulliez dans la tourmente
Pour la famille d’industriels nordistes, réputée pour sa discrétion, ce nouvel épisode vient ternir un peu plus son image. Après l’annonce choc des suppressions d’emplois chez Auchan, la galaxie Mulliez semble naviguer en eaux troubles. Et le malaise suscité par ces généreux dividendes versés par Decathlon ne risque pas d’apaiser les tensions.
Decathlon se veut rassurant sur ses résultats
Malgré la polémique, Fabien Derville se montre confiant pour l’enseigne d’articles de sport. Il affirme que ce versement de dividendes n’affecte en rien les négociations salariales en cours et les prévisions de résultats.
« Decathlon fait de la croissance. On peut ne pas atteindre tous les objectifs »
Fabien Derville, président de Decathlon
Une façon de rassurer en interne comme en externe sur la bonne santé de l’entreprise, malgré les remous provoqués par la décision controversée de l’actionnaire familial.
L’avenir de la galaxie Mulliez en question
Au-delà du cas Decathlon, c’est toute la stratégie et la gouvernance du groupe familial Mulliez qui se retrouvent sous le feu des projecteurs. Entre restructurations douloureuses et rémunérations actionnaires contestées, le capitalisme familial à la nordiste semble à la croisée des chemins. De quoi plonger dans l’embarras cet empire de la distribution qui cultive habituellement la discrétion.
Reste à savoir comment les différentes enseignes du groupe, de Leroy-Merlin à Kiabi en passant par Boulanger ou Flunch, traverseront ces nouvelles zones de turbulences. La réponse de Fabien Derville, aussi argumentée soit-elle, risque en tout cas de ne pas suffire à calmer la colère des syndicats et l’incompréhension de l’opinion dans un climat social déjà électrique.