La montée en puissance d’un nouveau parti de gauche en Allemagne, farouchement opposé aux livraisons d’armes à l’Ukraine, est en passe de redistribuer les cartes sur l’échiquier politique national. En effet, le BSW, formation créée il y a moins d’un an par la figure de proue de l’extrême gauche Sahra Wagenknecht, vient de décrocher sa participation à une coalition gouvernementale régionale inédite en Thuringe, aux côtés des conservateurs de la CDU et des sociaux-démocrates du SPD.
Cette percée du BSW intervient dans un contexte post-électoral tendu dans ce Land de l’ex-RDA, marqué par une nette victoire de l’extrême droite (AfD) avec 32,8% des suffrages. Face au refus unanime des autres partis de s’allier avec l’AfD, la CDU, arrivée en deuxième position, s’est résolue à entamer des pourparlers avec le SPD et le BSW, malgré de profondes divergences sur la question ukrainienne.
Un accord âprement négocié sur fond de désaccords sur l’Ukraine
Au cœur des difficiles tractations entre les trois formations, l’exigence du BSW d’un arrêt des livraisons d’armes à Kiev. Le parti aurait finalement obtenu de ses partenaires un engagement clair en faveur d’initiatives de paix en Ukraine. Un compromis qui ne masque pas les lignes de fracture au sein de cette coalition hétéroclite, symbole de la fragmentation croissante du paysage politique allemand.
Le BSW est également en discussions dans le Brandebourg pour intégrer un exécutif régional mené par le SPD. Mais en Saxe, les pourparlers à trois (CDU-SPD-BSW) ont achoppé sur des différends jugés insurmontables en matière de défense et d’immigration. Conservateurs et sociaux-démocrates semblent s’orienter vers un gouvernement minoritaire pour éviter un retour aux urnes.
L’ombre de la coalition inédite de Thuringe sur les élections fédérales
L’impact de cette première participation gouvernementale du BSW pourrait se faire sentir dans la campagne des législatives anticipées du 23 février, faisant suite à l’éclatement de la coalition fédérale d’Olaf Scholz. D’après les sondages, la CDU est donnée favorite avec environ 33% d’intentions de vote. Son dirigeant Friedrich Merz espère pouvoir se contenter d’un seul partenaire de coalition et lorgne du côté du SPD.
Mais la poussée des partis protestataires comme l’AfD ou le BSW rebat les cartes et rend de plus en plus compliquée la formation de majorités stables, tant au niveau régional que national. La politique étrangère, et tout particulièrement la question épineuse du soutien militaire à l’Ukraine, s’invite donc au cœur du débat électoral et oblige les partis traditionnels à des alliances qui bousculent les équilibres établis.
En intégrant un gouvernement régional, le parti de Sahra Wagenknecht gagne en respectabilité et démontre sa capacité à peser dans les rapports de force, au risque de bousculer la politique allemande de soutien à Kiev. Une donnée que les chancelier·e·s en lice ne peuvent ignorer au moment de constituer de futures coalitions gouvernementales, dans un paysage politique morcelé et polarisé comme rarement.