Face à l’ampleur croissante de l’immigration clandestine vers l’Espagne, le Maroc serre la vis. Récemment, les autorités marocaines ont annoncé que plus de 150 personnes font l’objet de poursuites judiciaires pour incitation à l’immigration illégale. Un signal fort dans la lutte contre ce fléau qui ne cesse de prendre de l’ampleur.
Des milliers de tentatives de passages illégaux
Le phénomène a pris une tournure inquiétante ces dernières semaines. Rien que dimanche dernier, environ 3000 personnes ont tenté d’entrer illégalement dans l’enclave espagnole de Ceuta, située sur la côte nord du Maroc. D’après Mustapha Baitas, le porte-parole du gouvernement marocain, ces tentatives ont été orchestrées suite à des appels lancés sur les réseaux sociaux.
Malheureusement, certains jeunes gens sont incités (à immigrer) par des inconnus sur les réseaux sociaux.
– Mustapha Baitas, porte-parole du gouvernement marocain
Un important dispositif sécuritaire a été déployé à la frontière pour contrer ces tentatives de passage en force. Les forces de l’ordre ont dû faire usage de gaz lacrymogène pour disperser les milliers de candidats à l’immigration, en grande partie des Marocains et des ressortissants d’Afrique subsaharienne.
La voie de l’Atlantique, route préférée des migrants
Si Ceuta et Melilla restent des points de passage prisés, c’est surtout la route de l’Atlantique, au départ des côtes nord-ouest de l’Afrique vers les îles Canaries, qui est empruntée massivement par les migrants. Selon les chiffres officiels, plus de 22 300 personnes sont arrivées aux Canaries entre le 1er janvier et le 15 août 2024, soit une hausse vertigineuse de 126% par rapport à l’année précédente.
Face à cet afflux, les autorités marocaines ont déjoué plus de 11 300 tentatives d’émigration irrégulière pour le seul mois d’août. Un véritable tour de force qui souligne l’ampleur de la tâche et les moyens considérables mis en œuvre par le royaume chérifien dans sa lutte contre l’immigration clandestine.
Le défi de l’emploi des jeunes
Au-delà de la répression, c’est tout un pan de la société marocaine qui est concerné. Car si autant de jeunes tentent l’aventure au péril de leur vie, c’est bien souvent par manque de perspectives dans leur pays. Selon des statistiques officielles, un jeune Marocain âgé de 15 à 24 ans sur quatre ne se trouve ni sur le marché de l’emploi, ni en formation, ni ne suit une scolarité.
Un constat alarmant qui en dit long sur l’ampleur du défi à relever pour le Maroc. Car tant que le royaume ne parviendra pas à offrir un avenir à sa jeunesse, il y a fort à parier que l’immigration clandestine continuera de faire des ravages, en dépit des efforts considérables déployés pour l’endiguer.
Un appel à la responsabilité collective
Face à ce drame humain qui se joue quotidiennement aux portes de l’Europe, c’est toute la communauté internationale qui est interpellée. Car si le Maroc est en première ligne, il ne peut à lui seul venir à bout de ce fléau qui prend racine dans les inégalités criantes entre le Nord et le Sud.
Plus que jamais, une politique migratoire concertée et solidaire s’impose, associant pays d’origine, de transit et de destination. Car c’est seulement en s’attaquant aux causes profondes de l’immigration clandestine, à commencer par le sous-développement et le manque d’opportunités, que l’on pourra espérer endiguer durablement ce phénomène. Un défi colossal, mais un impératif absolu si l’on veut éviter que la Méditerranée ne continue de se transformer en cimetière à ciel ouvert.