Imaginez un instant un marché où des dizaines de milliards de dollars circulent chaque jour sous forme de stablecoins. Pendant des années, Ethereum a dominé ce segment avec une aisance quasi naturelle. Puis, au cœur de l’été 2026, quelque chose a basculé. Tron a pris la tête sur l’USDT. Pas de façon éphémère, mais de manière durable. Avec une moyenne trimestrielle de 90,75 milliards de dollars, le réseau a officiellement dépassé son rival historique. Cette bascule, loin d’être anecdotique, raconte une histoire plus large sur l’évolution des infrastructures blockchain et sur la façon dont les utilisateurs choisissent réellement où stocker et déplacer leur valeur.
Une bascule historique au troisième trimestre 2026
Les données publiées le 2 novembre 2026 dessinent un tableau net. Sur l’ensemble du troisième trimestre, Tron a affiché une offre moyenne de stablecoins de 92,25 milliards de dollars. Cette progression représente une hausse de 4,18 % par rapport au trimestre précédent et de 14,58 % sur un an. Dans le même temps, l’offre globale de stablecoins natifs sur les chaînes suivies a légèrement reculé de 2,41 %, pour s’établir à 298,23 milliards de dollars. Tron a ainsi porté sa part de marché à 30,93 %, gagnant près de deux points en un seul trimestre.
Mais c’est sur l’USDT que le changement est le plus frappant. Avec une moyenne de 90,75 milliards de dollars, Tron a devancé Ethereum et ses 87,73 milliards. L’écart de 3,02 milliards peut sembler modeste à l’échelle du marché, pourtant il marque un tournant psychologique. L’USDT représente désormais environ 98,4 % de l’offre stablecoin de Tron. Les deux réseaux concentrent à eux seuls 97,33 % de l’USDT natif suivi sur douze chaînes. Une concentration extrême qui montre à quel point le duel reste central.
Le moment précis où Tron a pris l’avantage
La bascule n’a pas été progressive. Elle s’est produite en juillet. Les relevés indiquent que Tron a pris la tête le 16 juillet, a brièvement perdu sa position, puis l’a consolidée à partir du 23 juillet. Au 30 septembre, l’écart s’était encore creusé : 92,35 milliards pour Tron contre 86,69 milliards pour Ethereum, soit une différence de 5,66 milliards. Pour l’ensemble des stablecoins, Tron terminait le mois de septembre avec 93,88 milliards de dollars en circulation. Trois trimestres consécutifs de croissance moyenne de l’offre illustrent une dynamique structurelle plutôt qu’un simple effet de mode.
Pendant que Tron progressait de 4,11 % sur son offre USDT, Ethereum enregistrait un recul de 7,59 %. Ces trajectoires divergentes expliquent en grande partie le basculement. Les utilisateurs et les émetteurs semblent avoir privilégié une chaîne offrant des frais plus bas et une liquidité déjà très développée pour les transferts de stablecoins.
Des détenteurs bien plus nombreux que sur Ethereum et Solana
L’offre n’est qu’une face de la médaille. L’autre, tout aussi révélatrice, concerne le nombre d’adresses qui détiennent réellement des stablecoins. Tron a affiché une moyenne de 76,53 millions d’adresses détentrices au troisième trimestre. C’est une progression de 2,25 % par rapport au trimestre précédent et de 11,27 % sur un an. À titre de comparaison, Ethereum en comptait 26,32 millions et Solana 12,11 millions. Tron totalisait donc presque deux fois plus d’adresses que ses deux concurrents réunis, soit 40,45 % du total observé sur 45 chaînes.
Il faut toutefois rester prudent. Ces chiffres comptabilisent des adresses et non des individus. Une même personne peut en contrôler plusieurs. Néanmoins, l’ordre de grandeur reste impressionnant. Il suggère une adoption large, notamment dans des régions où les frais élevés d’Ethereum ont longtemps constitué un frein important pour les petites transactions et les usages quotidiens.
Des volumes de transfert impressionnants
Avec une offre moyenne de 92,25 milliards de dollars, Tron a généré 2,18 mille milliards de dollars de transferts de stablecoins sur le trimestre. Cela représente une hausse de 4,17 % par rapport au trimestre précédent et de 3,70 % sur un an. Le volume trimestriel équivaut à 23,67 fois l’offre moyenne. Autrement dit, chaque dollar de stablecoin présent sur le réseau a bougé en moyenne une fois tous les 3,89 jours. Cette vitesse de circulation est un indicateur précieux de l’utilité réelle du réseau.
Des données complémentaires d’autres analyses placent le volume de règlement autour de 2,2126 mille milliards de dollars. L’écart reste minime et confirme l’ordre de grandeur. Tron n’est pas seulement un entrepôt de stablecoins. C’est une infrastructure de circulation intense, particulièrement adaptée aux transferts internationaux et aux usages où la rapidité et le coût comptent davantage que la complexité des applications décentralisées.
Records de transactions et baisse des revenus
Le réseau a traité 1,08 milliard de transactions au troisième trimestre. C’est une hausse modeste de 0,28 % par rapport au trimestre précédent, mais une progression de 31,19 % sur un an. Le débit moyen a légèrement diminué à 135,76 transactions par seconde, en raison d’un jour supplémentaire dans le trimestre. Malgré cette activité soutenue, les revenus du réseau ont reculé de 3,10 % pour s’établir à 693,21 millions de dollars. Sur un an, la baisse atteint 34,40 %.
La raison principale se trouve dans la baisse des frais moyens de transaction, passés à 0,64 dollar. Cette diminution de 3,87 % sur le trimestre et de 50,20 % sur un an est liée en grande partie à la Proposition 104. Adoptée le 29 août 2025, elle a réduit le prix de l’énergie de 210 sun à 100 sun. Moins de frais par transaction signifie plus d’accessibilité pour les utilisateurs, mais aussi moins de revenus pour le réseau à volume égal.
Cette tension entre volume et monétisation n’est pas unique à Tron. Elle illustre un dilemme classique des blockchains grand public : comment rester compétitif sur les coûts tout en assurant la viabilité économique à long terme du réseau ?
Des adresses actives en forte progression
Les adresses actives mensuelles ont atteint une moyenne de 17,81 millions au troisième trimestre. C’est une progression de 8,71 % par rapport au trimestre précédent et de 21,86 % sur un an. La mesure prend en compte les adresses uniques ayant effectué au moins une transaction sur une période glissante de 30 jours. L’activité a toutefois ralenti en fin de trimestre, passant de 20,09 millions fin juin à 15,42 millions le 30 septembre.
Le commentaire de l’équipe Tron souligne un point intéressant : la croissance des transactions a dépassé celle des adresses actives sur un an. Cela suggère que les utilisateurs existants multiplient les opérations plutôt que d’assister uniquement à l’arrivée de nouveaux participants. Une base d’utilisateurs plus engagée peut s’avérer plus robuste qu’une simple expansion quantitative.
L’ouverture progressive vers le marché américain
Le troisième trimestre a aussi été marqué par plusieurs avancées sur le front américain. Anchorage Digital a ajouté le staking natif de TRX le 14 juillet. Bitnomial a listé des contrats à terme sur TRX le 27 juillet. Enfin, Canary Capital a lancé son ETF Staked TRX, coté sous le ticker TRXS, le 9 septembre. Ces trois développements élargissent l’accès institutionnel et réglementé au token natif du réseau.
Ils ne transforment pas encore la nature de Tron, historiquement très orienté vers les marchés émergents et les transferts de stablecoins. Mais ils indiquent une volonté claire de s’ancrer davantage dans un environnement réglementé et institutionnel. À long terme, cette diversification des canaux d’accès pourrait renforcer la résilience du réseau.
Pourquoi cette bascule n’est pas anodine
Ethereum reste la référence pour la finance décentralisée complexe, les NFT et les applications innovantes. Tron, de son côté, s’est imposé comme l’autoroute des stablecoins. Les deux réseaux ne jouent pas exactement le même rôle. Pourtant, le fait qu’un acteur autrefois considéré comme secondaire prenne la tête sur l’USDT, le stablecoin le plus important du marché, change la perception de l’écosystème.
Les utilisateurs votent avec leurs portefeuilles. Quand les frais baissent et que la liquidité est déjà présente, les flux suivent. Tron a su capitaliser sur cette réalité. La concentration extrême de l’USDT sur seulement deux chaînes montre aussi à quel point le marché des stablecoins reste oligopolistique. Une telle concentration offre de la liquidité, mais elle crée aussi des points de dépendance.
Les chiffres d’adresses détentrices rappellent qu’une large base d’utilisateurs n’est pas nécessairement synonyme de sophistication. Beaucoup de ces adresses correspondent probablement à des usages de transfert simple ou de conservation de valeur. C’est précisément ce qui fait la force de Tron aujourd’hui : répondre à un besoin massif et concret plutôt qu’à des usages de niche.
Les limites et les zones d’ombre à surveiller
La baisse des revenus du réseau, malgré des volumes records, constitue un point d’attention. Une blockchain qui monétise moins bien chaque transaction doit trouver d’autres leviers de valeur. Le staking, les services autour de l’écosystème et l’éventuelle adoption institutionnelle peuvent jouer ce rôle, mais rien n’est encore acquis.
Le ralentissement des adresses actives en fin de trimestre mérite également d’être suivi. Une croissance trop dépendante des périodes d’euphorie peut s’essouffler. Enfin, la quasi-hégémonie de l’USDT sur Tron expose le réseau aux décisions de l’émetteur. Une modification des politiques de Tether aurait des répercussions immédiates et massives.
Ces éléments n’effacent pas les performances du trimestre. Ils rappellent simplement qu’une position dominante n’est jamais définitive dans un secteur aussi concurrentiel et évolutif.
Ce que cette évolution dit de l’avenir des stablecoins
Le marché des stablecoins continue de se polariser autour de quelques chaînes très liquides. Tron a prouvé qu’il était possible de grignoter, puis de dépasser, la position historique d’Ethereum sur le segment le plus important. Cette réussite repose sur une combinaison de frais bas, d’une base d’utilisateurs déjà large et d’une spécialisation claire.
Les prochains trimestres diront si l’écart se maintient ou se creuse. Ils diront aussi si d’autres réseaux parviennent à s’imposer comme alternatives crédibles. Pour l’instant, le message est clair : la compétition ne se joue plus seulement sur la capacité à innover techniquement, mais sur la capacité à devenir l’infrastructure la plus pratique et la moins chère pour déplacer de la valeur stable.
Tron a saisi cette opportunité au troisième trimestre 2026. Les chiffres le prouvent. Reste à voir si cette avance se transformera en leadership durable ou si elle restera un épisode marquant d’un marché en perpétuelle recomposition.
Dans un univers où les milliards se déplacent en quelques secondes, la bataille pour les stablecoins n’est pas seulement technique. C’est une bataille pour devenir le rail invisible sur lequel repose une part croissante de l’économie numérique. Et pour le moment, ce rail s’appelle Tron.









