Imaginez un instant que près de cent millions de dollars en cryptomonnaies volées commencent à bouger en une seule heure. C’est exactement ce qui s’est produit ce 1er novembre 2026. Des portefeuilles associés au piratage massif de Binance ont déclenché une vague de transferts de Solana vers Bitcoin, ouvrant un nouveau chapitre dans l’une des plus grandes attaques de l’histoire des exchanges.
Un mouvement massif de Solana vers Bitcoin
Selon les observations récentes des analystes on-chain, l’attaquant contrôlait encore 970 522 SOL, estimés à environ 95,9 millions de dollars. En moins de soixante minutes, 486 970 SOL, soit 46,4 millions de dollars, ont été déplacés. Le trajet identifié passe par le protocole Relay, une infrastructure spécialisée dans les transferts et échanges inter-chaînes.
Ce n’est pas un simple transfert. Il s’agit d’une conversion active de Solana en Bitcoin. Les traceurs blockchain ont repéré le portefeuille Solana concerné, déjà étiqueté comme lié au pirate de Binance. À l’heure où ces lignes sont écrites, environ la moitié du stock de SOL volé identifié a déjà commencé son voyage vers le réseau Bitcoin.
Pourquoi ce choix ? Passer de SOL à BTC change la nature de l’actif détenu. Cela allonge aussi la chaîne de traçabilité et complique potentiellement les efforts de gel des fonds. Relay Protocol n’a pas annoncé officiellement ces opérations. Son rôle a été déduit purement de l’analyse des routes de transactions.
Le contexte du piratage de 6,3 milliards de dollars
Tout commence le 29 octobre 2026. Binance subit une attaque d’une ampleur historique. Plus de 6,3 milliards de dollars en actifs numériques sont dérobés sur plusieurs blockchains. Les chercheurs en sécurité pointent du doigt une compromission des contrôles d’autorisation des portefeuilles, permettant des retraits non autorisés.
L’exchange a rapidement réagi. Environ 3 milliards de dollars ont été gelés dans un premier temps grâce à la coopération avec des émetteurs de stablecoins et d’autres acteurs. Tether et Circle figurent parmi ceux qui ont bloqué une partie des fonds concernés. Binance a annoncé qu’elle compenserait les pertes des clients avec ses propres ressources et ses réserves d’urgence.
Dès le 1er novembre, la plateforme a commencé à rouvrir progressivement les retraits, en commençant par Bitcoin puis en élargissant à certaines stablecoins et d’autres réseaux. Une nouvelle liste d’adresses de Proof of Reserves a également été publiée, avec des portefeuilles fraîchement générés pour les futurs retraits clients.
Les conversions précédentes d’altcoins
Avant de s’attaquer aux SOL, le même acteur avait déjà liquidé un large panier d’altcoins. Plus de 130 tokens différents ont été vendus sur des réseaux compatibles Ethereum. Le résultat : environ 123 400 ETH, valorisés à 277,26 millions de dollars, plus 1,69 million d’USDC. Au total, près de 279 millions de dollars récupérés.
Ces opérations n’ont pas toutes été optimales. Certains tokens à faible liquidité ont été vendus dans des conditions désastreuses. L’exemple le plus frappant concerne PROM. 908 793 tokens, estimés près de 5 millions de dollars, ont été échangés via un pool Uniswap V2. Le retour ? Seulement 0,0316 ETH, soit environ 71 dollars. Une perte abyssale qui montre les limites des marchés peu profonds face à des volumes massifs.
Ces ventes précoces illustrent une stratégie claire : transformer rapidement un large éventail d’actifs volés en monnaies plus liquides et plus facilement déplaçables, principalement Ethereum et désormais Bitcoin.
L’attribution au groupe nord-coréen TraderTraitor
Le 31 octobre, le FBI a officiellement attribué l’attaque à l’opération TraderTraitor, liée à la Corée du Nord. L’agence fédérale indique que le groupe a volé plus de 6 milliards de dollars en actifs virtuels. Les enquêteurs notent que les attaquants convertissent principalement les fonds en Ethereum et s’attendent à d’autres opérations de blanchiment via des services de finance décentralisée et des plateformes de swap instantané.
Le FBI, les services secrets américains et l’IRS Criminal Investigation ont lancé un appel aux exchanges, aux protocoles DeFi, aux fournisseurs d’infrastructure blockchain et aux sociétés d’analyse. L’objectif est clair : bloquer toute transaction liée aux adresses déjà identifiées comme contrôlées par les attaquants.
Cette attribution s’inscrit dans une longue série d’opérations de piratage crypto associées à des groupes nord-coréens. Les montants en jeu cette fois dépassent largement la plupart des précédents incidents, ce qui explique la pression mise sur l’ensemble de l’écosystème pour geler les flux restants.
Le rôle précis de Relay Protocol
Relay Protocol n’est pas un exchange classique. Il s’agit d’une infrastructure conçue pour faciliter les transferts et les échanges d’actifs entre différentes blockchains. Son utilisation dans ce dossier a été repérée uniquement grâce à l’analyse des routes de transactions, sans communication officielle de la part du protocole.
Passer par ce type de service permet de changer de réseau tout en réalisant un swap. Pour l’attaquant, cela offre un moyen de sortir d’une chaîne (Solana) pour entrer sur une autre (Bitcoin) avec un actif plus universellement accepté. Pour les enquêteurs, cela crée un nouveau point de vigilance : la capacité ou non de Relay à bloquer des transactions spécifiques liées à des adresses déjà signalées.
À ce stade, aucun élément public ne confirme si des restrictions ont été appliquées ou si les adresses Bitcoin de réception finales ont été formellement identifiées. Les analystes continuent de suivre les flux en temps réel.
Les défis du gel des fonds volés
Geler des actifs sur blockchain reste un exercice complexe. Lorsque les tokens sont encore sur des réseaux où les émetteurs ou les protocoles centraux disposent de mécanismes de blacklist, les chances de succès sont plus élevées. C’est ce qui s’est produit pour une partie des stablecoins et certains tokens dans les heures suivant l’attaque.
Une fois les fonds convertis en Bitcoin ou en Ethereum natif et dispersés sur de multiples adresses, la tâche devient nettement plus ardue. Les services de swap instantané et les protocoles DeFi offrent des chemins de liquidité rapides qui rendent le suivi plus difficile, même si la transparence des blockchains publiques permet encore de cartographier une partie des mouvements.
Les autorités américaines insistent donc sur la coopération de l’ensemble des acteurs : exchanges centralisés, protocoles décentralisés, fournisseurs d’infrastructure et sociétés d’analyse. Chaque maillon de la chaîne peut contribuer à ralentir ou bloquer la circulation des fonds volés.
Impact sur la confiance des utilisateurs
Un piratage de cette magnitude laisse forcément des traces dans l’esprit des utilisateurs. Même si Binance s’est engagée à indemniser les clients, la question de la sécurité des dépôts revient au premier plan. Les Proof of Reserves mis à jour et les nouvelles adresses de retraits sont autant de signaux destinés à rassurer.
Pourtant, l’épisode rappelle que la sécurité d’un exchange dépend à la fois de ses systèmes techniques et de la solidité de ses processus d’autorisation. La compromission des contrôles d’autorisation des portefeuilles a ouvert la porte à des retraits massifs non souhaités. Les équipes de sécurité de la plateforme et les chercheurs indépendants continuent d’analyser les transactions Ethereum qui ont permis ces mouvements.
Pour de nombreux utilisateurs, la leçon reste la même : la diversification des solutions de stockage et la vigilance sur les montants laissés sur les plateformes centralisées restent des réflexes essentiels, même chez les plus grands acteurs du marché.
Les prochaines étapes attendues
Les analystes on-chain surveillent désormais chaque mouvement des adresses restantes. La conversion progressive des SOL en BTC pourrait se poursuivre dans les heures ou les jours à venir. D’autres altcoins non encore liquidés pourraient également faire l’objet de ventes.
Du côté des autorités, la pression pour bloquer les adresses signalées devrait s’intensifier. Les appels du FBI et de ses partenaires visent précisément à limiter la capacité des attaquants à monétiser le butin restant. Les protocoles DeFi et les services de swap instantané sont particulièrement dans le viseur, car ils constituent des points de passage privilégiés pour le blanchiment.
Binance, de son côté, poursuit la restauration progressive de ses services et le remplacement des actifs affectés. La publication de nouvelles adresses de Proof of Reserves marque une étape dans la reconstruction de la confiance opérationnelle.
Pourquoi Bitcoin devient la destination privilégiée
Le choix de convertir en Bitcoin n’est pas anodin. BTC reste l’actif le plus liquide et le plus largement accepté de l’écosystème. Une fois en Bitcoin, les fonds peuvent plus facilement être dispersés, mélangés ou déplacés vers des services qui acceptent uniquement cette cryptomonnaie.
Contrairement à de nombreux altcoins, Bitcoin ne dispose pas d’émetteur central capable de geler des tokens. Une fois sortis des exchanges ou des protocoles qui peuvent encore intervenir, les BTC deviennent plus difficiles à saisir. Cette caractéristique explique en grande partie l’intérêt des attaquants pour cette conversion finale.
Les flux observés via Relay Protocol s’inscrivent donc dans une logique de monétisation progressive et de réduction des risques de gel pour les attaquants.
Les leçons pour l’écosystème crypto
Cet incident met en lumière plusieurs points de fragilité. D’abord, la gestion des clés et des autorisations de retrait reste un point critique, même pour les plus grandes plateformes. Ensuite, la vitesse de réaction des émetteurs de stablecoins et des protocoles peut faire la différence entre des fonds gelés et des fonds définitivement perdus.
La coopération internationale entre autorités et acteurs privés apparaît également comme un élément déterminant. Sans blocage coordonné, les montants encore en circulation risquent de continuer à circuler à travers les différents réseaux.
Enfin, la transparence des blockchains publiques joue un rôle ambivalent. Elle permet aux analystes de suivre les mouvements en quasi temps réel, mais elle n’empêche pas, à elle seule, les conversions rapides via des protocoles décentralisés.
Suivi en temps réel et incertitudes restantes
À l’heure actuelle, il n’est pas encore possible de déterminer avec précision combien de Bitcoin ont effectivement atteint des adresses finales contrôlées par l’attaquant. Les premières observations se concentrent sur les sorties de SOL et les routes empruntées via Relay.
Les prochaines heures seront décisives. Si d’autres vagues de conversion se produisent, les montants en jeu pourraient encore augmenter. À l’inverse, une réaction rapide des protocoles et des services de swap pourrait freiner une partie des flux restants.
Les utilisateurs et les observateurs du marché continueront de suivre attentivement les publications des traceurs on-chain et les éventuelles mises à jour des autorités américaines. Dans un dossier de cette envergure, chaque nouveau mouvement compte.
Un précédent qui restera dans les mémoires
Avec plus de 6,3 milliards de dollars en jeu, ce piratage figure d’ores et déjà parmi les plus importants de l’histoire des cryptomonnaies. La vitesse à laquelle les attaquants tentent de convertir et de disperser les fonds montre une organisation rodée et une connaissance fine des outils de liquidité disponibles.
La réponse de Binance, les gels partiels obtenus et l’attribution claire par le FBI constituent autant d’éléments qui façonneront la façon dont l’industrie et les régulateurs aborderont les prochains incidents de cette ampleur.
Pour l’instant, le chapitre Solana vers Bitcoin reste ouvert. Les 46,4 millions de dollars déjà déplacés ne représentent qu’une partie du stock encore sous contrôle de l’attaquant. La suite des opérations déterminera si une fraction significative de ces fonds pourra être neutralisée ou si elle rejoindra définitivement les circuits moins traçables du marché.
Dans un secteur où la confiance repose autant sur la technologie que sur la capacité à réagir face aux crises, cet épisode servira longtemps de référence. Les mouvements observés aujourd’hui ne sont pas seulement des transactions techniques. Ils illustrent la course permanente entre ceux qui cherchent à monétiser des actifs volés et ceux qui tentent de les freiner.
Les prochains jours diront si les efforts collectifs de l’écosystème parviennent à limiter les dégâts ou si le pirate de Binance réussira à transformer encore une part importante de son butin en Bitcoin difficilement saisissable. Une chose est déjà certaine : chaque nouvelle conversion est scrutée de près, et le moindre détail on-chain peut encore faire basculer la situation.









