Imaginez un actif qui multiplie sa valeur par vingt en une décennie. Pas un rêve de trader nocturne, mais le scénario de base avancé par l’un des principaux gestionnaires d’actifs crypto au monde. Ce 28 octobre 2026, Bitwise a publié ses nouvelles hypothèses de marché à long terme et le chiffre qui retient immédiatement l’attention s’élève à 1 599 766 dollars par Bitcoin à l’horizon 2036. Un montant qui force le respect, même dans un univers habitué aux projections audacieuses.
Une projection qui change la donne pour les dix prochaines années
L’équipe de Bitwise n’a pas sorti ce nombre d’un chapeau. Elle s’appuie sur un modèle de valorisation détaillé qui place Bitcoin au cœur d’un marché mondial de réserve de valeur en pleine expansion. Selon leurs calculs, le marché combiné de l’or et de Bitcoin pourrait atteindre 109,8 billions de dollars d’ici 2036. Dans ce cadre, la part attribuée à Bitcoin s’élève à 25 %. Ce seul segment génère déjà plus de 27 billions de dollars de capitalisation potentielle.
En divisant ce montant par les 21 millions de bitcoins théoriques, on obtient déjà environ 1,31 million de dollars par unité. Les autres sources de demande – portefeuilles institutionnels, réserves nationales, trésoreries d’entreprises américaines, richesses offshore, devises de marchés émergents et transferts de fonds – viennent ensuite compléter le tableau jusqu’à approcher les 1,6 million.
Ce qui frappe, c’est la cohérence du raisonnement. Bitwise ne se contente pas d’extrapoler des tendances passées. Le gestionnaire construit une architecture de demande fondée sur des taux de pénétration réalistes et mesurables.
Les piliers de la demande selon le modèle Bitwise
Le cœur du modèle repose sur plusieurs hypothèses claires. Pour les réserves de trésorerie nationales et les trésoreries d’entreprises américaines, le scénario de base table sur une pénétration de 2,5 %. Côté investisseurs institutionnels, l’allocation retenue est de 1 % d’un marché projeté à 303,5 billions de dollars.
Ces pourcentages peuvent paraître modestes. Pourtant, multipliés par la taille des marchés concernés, ils créent une pression d’achat considérable. Bitwise estime que les seuls investisseurs institutionnels pourraient injecter entre 1,5 et 7 billions de dollars dans Bitcoin au cours de la décennie. Face à cela, l’offre nouvelle annuelle reste limitée à environ 14 milliards de dollars au prix de référence utilisé dans l’étude.
Le déséquilibre entre offre et demande devient alors structurel. Chaque année, de nouveaux bitcoins arrivent sur le marché en quantités de plus en plus réduites grâce au mécanisme de halving, tandis que la demande institutionnelle, elle, s’accélère.
Point clé du modèle : le segment « réserve de valeur » à lui seul représente déjà plus de 80 % de la valorisation cible dans le scénario de base. Les autres catégories jouent un rôle de soutien, non de moteur principal.
Un rendement annualisé de 34,3 % sur dix ans
À partir d’un prix de référence de 83 557 dollars au 30 septembre, le scénario central de Bitwise implique un rendement annualisé de 34,3 %. Ce chiffre place Bitcoin très nettement au-dessus des classes d’actifs traditionnelles. Pour mémoire, le gestionnaire table sur 6,7 % de rendement annualisé pour les actions américaines et 10,8 % pour le private equity sur la même période.
L’écart est suffisamment large pour forcer les allocataires de capital à reconsidérer leurs grilles d’analyse. Même en tenant compte d’une volatilité moyenne projetée à 27,8 % et d’une corrélation de 0,43 avec les actions américaines, le couple rendement-risque demeure attractif pour une poche satellite d’un portefeuille institutionnel.
Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, a résumé la position de la maison en une phrase claire : « Nous sommes plus optimistes sur Bitcoin aujourd’hui que nous ne l’étions l’année dernière. » Cette déclaration n’est pas anodine. Elle s’appuie sur trois facteurs concrets : les avancées réglementaires, l’adoption institutionnelle croissante et la demande structurelle pour des actifs durs capables de protéger contre la dévaluation monétaire.
Comparaison avec les précédentes prévisions et avec ARK
Il y a un an, Bitwise tablait sur un scénario de base à 1,3 million de dollars à l’horizon 2035, soit un rendement annualisé de 28,3 %. La révision actuelle représente donc une hausse d’environ 300 000 dollars, ou 23,1 %, avec un horizon repoussé d’une année. Le scénario baissier passe de 88 000 à 130 686 dollars, tandis que le scénario haussier s’envole de 3 millions à 3,67 millions de dollars.
Ces évolutions montrent que la confiance de l’équipe s’est renforcée, notamment sur le scénario central et le scénario optimiste. Elles reflètent aussi une meilleure visibilité sur le rythme d’adoption institutionnelle depuis l’arrivée des ETF au comptant et le durcissement des cadres réglementaires dans plusieurs juridictions majeures.
Du côté d’ARK Invest, les hypothèses publiées en avril 2025 étaient différentes. Leur scénario de base pour 2030 s’établissait autour de 710 000 dollars, avec un scénario haussier à 1,5 million. ARK utilisait une pénétration institutionnelle allant de 1 % à 6,5 % selon les scénarios et une part de « digital gold » comprise entre 20 % et 60 % d’un marché de l’or maintenu constant à 18 billions de dollars. Une approche plus conservatrice sur la croissance du marché global de réserve de valeur, mais plus agressive sur la part de marché potentielle de Bitcoin dans certains scénarios.
Plus tard, en novembre 2025, Cathie Wood avait légèrement revu à la baisse son scénario le plus optimiste à 1,2 million de dollars, évoquant la concurrence des stablecoins dans le rôle de moyen de paiement et d’épargne dans les marchés émergents. Bitwise, de son côté, intègre ces usages dans une catégorie distincte et maintient une vision plus large du rôle de réserve de valeur pure.
L’accumulation silencieuse observée par ViaBTC
Pendant que les modèles à long terme se construisent, le marché de court terme envoie ses propres signaux. Jeff Ko, analyste en chef chez ViaBTC, décrit la période récente comme une phase d’accumulation. Selon lui, le positionnement reste quelque peu complaisant, ce qui ouvre la porte à une reconstitution des positions par les acteurs de long terme.
Les taux de financement restent positifs et l’intérêt ouvert a partiellement récupéré depuis les plus bas de septembre. Bitcoin a repris sa moyenne mobile à 50 semaines et s’y est maintenu pendant quatre à cinq semaines, un signal technique que Ko juge encourageant. Après un bref retour vers 84 000 dollars, le cours est repassé sous les 80 000, mais les ETF au comptant ont enregistré environ 300 millions de dollars d’entrées nettes, mettant fin à deux semaines consécutives de sorties.
Sur le plan macroéconomique, Ko note que le Brent a grimpé de 6,2 % sur la semaine précédente avant de se détendre vers 115 dollars au milieu des efforts diplomatiques au Moyen-Orient. Le rendement de l’obligation américaine à 10 ans se situait près de 4,97 %, en baisse par rapport aux 5,36 % observés plus tôt en octobre. Ces éléments créent un environnement dans lequel les actifs durs conservent un attrait structurel.
L’analyste souligne également la faiblesse relative d’Ethereum face à Bitcoin, avec un ratio ETH/BTC proche de 0,029 et une quatrième semaine consécutive de sorties nettes sur les ETF Ethereum au comptant. Cette divergence renforce l’idée que Bitcoin concentre pour l’instant la majorité des flux institutionnels.
Les risques que Bitwise n’occulte pas
Un modèle aussi ambitieux ne serait pas crédible sans une liste claire des risques. Bitwise en identifie trois majeurs : l’informatique quantique, les avancées mathématiques potentiellement rendues possibles par l’intelligence artificielle, et un retournement réglementaire.
L’informatique quantique reste un sujet de discussion récurrent. Si des ordinateurs quantiques suffisamment puissants devenaient capables de casser les algorithmes de signature actuels, la confiance dans le réseau pourrait être ébranlée. Les chercheurs travaillent déjà sur des solutions post-quantiques, mais le calendrier de déploiement reste incertain.
Les progrès de l’intelligence artificielle dans le domaine mathématique constituent un risque plus diffus. Une percée permettant de résoudre des problèmes cryptographiques jusqu’ici considérés comme insolubles pourrait, en théorie, affecter la sécurité de Bitcoin. Là encore, la communauté technique suit de près les développements et prépare des transitions éventuelles.
Enfin, un retournement réglementaire brutal dans une juridiction majeure reste toujours possible. Les avancées des dernières années ont été impressionnantes, mais elles ne sont pas irréversibles. Bitwise intègre cette possibilité dans ses scénarios baissiers.
Le gestionnaire rappelle aussi que, même si le cycle de quatre ans historique devrait s’atténuer avec la montée en puissance des institutions, des baisses substantielles resteront possibles. La volatilité ne disparaîtra pas ; elle changera simplement de nature.
Pourquoi le rôle de réserve de valeur devient central
Au-delà des chiffres, le vrai changement de paradigme réside dans la perception de Bitcoin comme actif de réserve de valeur. Pendant des années, le débat a oscillé entre moyen de paiement, or numérique et simple actif spéculatif. Aujourd’hui, Bitwise place clairement l’accent sur la protection contre la dévaluation monétaire.
Dans un monde où les banques centrales continuent d’injecter de la liquidité et où les dettes souveraines atteignent des niveaux historiques, la demande pour des actifs à offre limitée et non corrélés aux politiques monétaires traditionnelles s’intensifie. L’or a joué ce rôle pendant des siècles. Bitcoin, avec sa rareté programmable et sa portabilité, commence à en capturer une part significative.
Le modèle de Bitwise suppose que cette capture atteindra 25 % d’un marché global en forte croissance. Ce n’est plus une hypothèse marginale. C’est une projection qui s’appuie sur des flux déjà observables : les achats de trésoreries d’entreprises, les allocations de fonds de pension, les réserves de certains États et l’intérêt croissant des family offices.
Scénarios Bitwise 2036 en un coup d’œil
- Scénario baissier : 130 686 $
- Scénario de base : 1 599 766 $
- Scénario haussier : 3 667 911 $
L’impact sur les cycles de marché et le comportement institutionnel
Avec une base d’investisseurs de plus en plus institutionnelle, Bitwise s’attend à ce que le célèbre cycle de quatre ans lié aux halvings perde de son influence. Les flux institutionnels suivent des calendriers d’allocation, des contraintes de liquidité et des processus de due diligence qui s’étalent sur plusieurs années. Ils ne réagissent pas de la même façon aux mouvements de prix de court terme que les traders particuliers.
Cela ne signifie pas la fin de la volatilité. Cela signifie plutôt une volatilité différente, potentiellement plus liée aux flux macroéconomiques, aux décisions réglementaires et aux réallocations de portefeuilles qu’aux dynamiques purement crypto-natives.
Les institutions qui allouent 1 % à 5 % de leurs portefeuilles à Bitcoin créent une demande structurelle capable d’absorber une grande partie de l’offre disponible. Cette absorption se fait de manière progressive, ce qui peut lisser certains extrêmes tout en maintenant une pression haussière de fond.
Ce que cela change pour un investisseur de long terme
Pour un investisseur qui raisonne sur dix ans, le message de Bitwise est relativement simple : Bitcoin conserve un potentiel de rendement supérieur à celui des classes d’actifs traditionnelles, même après avoir intégré une volatilité élevée et des risques technologiques. Le scénario de base à 1,6 million de dollars n’est pas une promesse ; c’est une estimation fondée sur des hypothèses de pénétration de marché jugées réalistes par l’équipe.
La question n’est plus tellement de savoir si Bitcoin peut atteindre six chiffres, mais plutôt à quelle vitesse et avec quelle amplitude il peut progresser une fois que les flux institutionnels se seront pleinement déployés. Les ETF au comptant ont déjà démontré l’appétit du marché. Les prochaines étapes concernent les allocations stratégiques des fonds de pension, des assureurs et des trésoreries d’État.
Dans ce contexte, la phase d’accumulation décrite par Jeff Ko prend tout son sens. Les périodes de consolidation ou de correction relative offrent aux acteurs de long terme l’opportunité de constituer des positions avant que la demande structurelle ne se matérialise pleinement.
Les limites du modèle et les points de vigilance
Aucun modèle n’est parfait. Celui de Bitwise repose sur des hypothèses de croissance du marché de réserve de valeur et de taux de pénétration qui peuvent se révéler trop optimistes ou trop pessimistes. Une adoption plus lente des institutions, une concurrence accrue d’autres actifs numériques ou une régulation restrictive pourraient décaler le calendrier.
À l’inverse, une accélération des tensions monétaires internationales ou une crise de confiance dans les monnaies fiduciaires pourrait précipiter les flux vers Bitcoin et faire éclater le scénario haussier plus rapidement que prévu.
Le dénominateur de 21 millions de bitcoins utilisé dans le calcul est également une simplification. Une partie des bitcoins est perdue définitivement. ARK avait exploré une approche fondée sur l’offre active, en supposant que seulement 60 % de l’offre projetée resterait active d’ici 2030. Bitwise préfère rester sur le chiffre théorique maximal, ce qui rend sa valorisation plus conservative sur ce point précis.
Une décennie qui s’annonce déterminante
Les prochaines années diront si le scénario de Bitwise se rapproche de la réalité. Ce qui est déjà certain, c’est que le débat a changé de nature. On ne discute plus de la survie de Bitcoin, mais de la part de marché qu’il peut capturer dans l’univers des actifs de réserve de valeur.
Les institutions, les États et les entreprises qui ont commencé à allouer du capital à Bitcoin le font rarement par pure spéculation. Ils le font dans une logique de diversification et de protection. Cette logique, une fois enclenchée, tend à s’auto-renforcer : plus d’acteurs entrent, plus la liquidité s’améliore, plus le risque perçu diminue, plus de nouveaux acteurs se sentent légitimés à entrer.
Bitwise a choisi de quantifier cette dynamique avec une précision rare. Le chiffre de 1,6 million de dollars n’est pas une prédiction magique. C’est le résultat d’un raisonnement qui part de la taille future des marchés, applique des taux de pénétration prudents, et divise par une offre limitée. Simple dans son principe, exigeant dans son exécution.
Pour les investisseurs qui partagent cette vision de long terme, la période actuelle d’accumulation relative peut constituer une fenêtre intéressante. Pour ceux qui restent sceptiques, le modèle offre au moins une grille de lecture claire des hypothèses à surveiller : évolution du marché de l’or, rythme des allocations institutionnelles, politique monétaire des grandes banques centrales et progrès réglementaires.
Dans tous les cas, la publication de Bitwise marque un moment important. Elle fixe un nouveau point de référence dans le débat sur la valorisation de Bitcoin à l’horizon de la prochaine décennie. Et elle rappelle que, derrière la volatilité quotidienne, se joue une transformation plus profonde : l’émergence progressive d’un nouvel actif de réserve de valeur à l’échelle mondiale.
Le chemin jusqu’en 2036 sera sans doute semé de corrections, de doutes et de phases de consolidation. Mais le cadre tracé par Bitwise donne une idée de l’ampleur du mouvement potentiel si les forces de demande identifiées se matérialisent. À chacun désormais de décider quelle place accorder à ces hypothèses dans sa propre allocation.
Ce qui reste frappant, c’est la convergence progressive des analyses sérieuses autour d’un même constat : Bitcoin n’est plus un actif de niche. Il s’installe durablement dans le paysage des réserves de valeur, aux côtés de l’or, et commence à en capturer une part croissante. La seule question qui demeure est celle du rythme. Bitwise a donné sa réponse. Le marché écrira la suite.









