Imaginez un classement où les acteurs les plus discrets de l’écosystème crypto écrasent purement et simplement les plateformes de trading les plus visibles. C’est exactement ce qui s vibré le 28 octobre 2026 : Tether et Circle ont généré à elles deux 169,34 millions de dollars de revenus en seulement sept jours. Pendant ce temps, l’activité sur les exchanges décentralisés continue de ralentir. Ce chiffre, tiré des données DeFiLlama, force à reconsidérer complètement la manière dont se crée réellement la valeur dans la crypto aujourd’hui.
Pourquoi les émetteurs de stablecoins écrasent le classement des revenus
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur la table de revenus DeFiLlama datée du 28 octobre, Tether affiche 121,23 millions de dollars et Circle 48,11 millions. Hyperliquid suit loin derrière avec 14,18 millions, suivi de Pump à 13,04 millions. Le total combiné des deux leaders stablecoins atteint donc 169,34 millions de dollars sur sept jours. Une performance qui place ces émetteurs dans une catégorie à part.
Un cliché antérieur diffusé sur X montrait même des montants légèrement plus élevés : 121,55 millions pour Tether et 48,29 millions pour Circle, soit un cumul de 169,84 millions. La différence de quelques centaines de milliers de dollars s’explique simplement par le caractère glissant des données. Mais le message reste identique : les stablecoins dominent largement.
Le modèle économique des réserves : la machine à cash invisible
Contrairement aux plateformes de trading qui vivent des frais de transaction, Tether et Circle gagnent principalement grâce aux rendements générés par les actifs qui adossent leurs stablecoins. Pour Tether, la méthodologie DeFiLlama prend en compte les intérêts issus des bons du Trésor américain, des opérations de pension (repo), des fonds monétaires et des prêts sécurisés. Pour Circle, il s’agit des retours sur les réserves USDC ainsi que des frais liés au protocole de transfert inter-chaînes.
Ce modèle présente un avantage structurel énorme. Tant que les taux d’intérêt restent élevés et que la circulation des stablecoins progresse, les revenus continuent d’affluer, presque indépendamment du volume de trading quotidien. C’est précisément ce qui se passe en ce moment.
169,34 millions de dollars en une semaine pour Tether et Circle combinés.
Soit près de six fois le total d’Hyperliquid et Pump réunis.
Des chiffres trimestriels qui confirment la solidité
Les résultats officiels de Circle apportent un éclairage précieux. Au deuxième trimestre, l’émetteur a enregistré 668 millions de dollars de revenus de réserves, en hausse de 5 % sur un an. Cette progression s’explique par une augmentation de 25 % de la circulation moyenne d’USDC, qui a compensé une baisse de 66 points de base du taux de rendement des réserves.
Le chiffre d’affaires total et les revenus de réserves ont atteint 701 millions de dollars. Après 412 millions de coûts de distribution et de transaction, ainsi que 254 millions de charges d’exploitation, le résultat net s’est établi à 48 millions de dollars. À fin juin, la circulation d’USDC s’élevait à 73,3 milliards de dollars, en progression de 19 % sur un an.
Du côté de Tether, le second trimestre a également été solide. L’entreprise a annoncé environ 1,5 milliard de dollars de bénéfices opérationnels, principalement tirés de son portefeuille de bons du Trésor américain et de ses opérations de repo. Au 31 juillet, les actifs s’élevaient à 187,75 milliards de dollars pour 183,64 milliards de passifs, laissant un excédent de réserves de 4,11 milliards de dollars. Parmi ces actifs figuraient 18,84 milliards en or et 5,80 milliards en bitcoin, soit un total de 24,64 milliards sur ces deux classes d’actifs.
La baisse d’activité des DEX ne freine pas les stablecoins
Pendant que Tether et Circle engrangent, les exchanges décentralisés ralentissent. Sur le tableau des volumes spot de DeFiLlama, le volume quotidien s’établit à 5,554 milliards de dollars et le cumul sur 30 jours à 210,029 milliards. Le changement hebdomadaire est négatif de 11,30 %. Uniswap reste en tête avec 12,274 milliards sur sept jours, suivi de PancakeSwap (5,801 milliards) et Aero (3,829 milliards).
Les frais suivent la même tendance. Uniswap a généré 14,93 millions de dollars de frais sur sept jours contre 88,64 millions sur 30 jours. En moyenne journalière, cela représente 2,13 millions sur la dernière semaine contre 2,95 millions sur le mois, soit une baisse d’environ 27,8 %. Pump affiche quant à lui 36,95 millions sur sept jours et 187,42 millions sur 30 jours, avec une moyenne journalière récente inférieure de 15,5 % à celle du mois.
L’ensemble du tableau des frais DeFiLlama montre 64,36 millions de dollars sur 24 heures et 2,276 milliards sur 30 jours, avec une variation hebdomadaire de -8,87 %. Cette baisse d’activité touche aussi bien les plateformes de trading que les launchpads et certains protocoles de dérivés. Pourtant, les stablecoins restent largement épargnés grâce à la nature de leur modèle.
Comment Circle redistribue ses revenus de réserves
Circle a récemment détaillé son économie interne. Sur le premier semestre 2026, l’entreprise a généré près de 1,4 milliard de dollars de revenus et en a redistribué 819 millions aux partenaires de distribution et aux coûts de transaction. Cela représente 59 cents sur chaque dollar de revenu. Trente-quatre cents sont allés à l’infrastructure, à la conformité et aux investissements, ne laissant que sept cents de profit net.
Les partenaires de distribution perçoivent une part des revenus de réserves en fonction des soldes USDC qu’ils détiennent et font croître sur leurs plateformes. Circle souligne également que les liquidités de rachat maintenues auprès des banques partenaires rapportent moins que si elles étaient investies en bons du Trésor, ce qui constitue un coût d’opportunité structurel.
Un accord de cinq ans signé avec Binance prévoit des incentives mensuels liés aux soldes USDC qualifiants détenus via l’infrastructure Modular Smart Contract Wallet. Cet arrangement a remplacé des accords antérieurs de novembre 2024 et août 2025. Binance a par ailleurs acquis 1 237 011 actions de classe A à 80,84 dollars chacune dans le cadre d’un placement privé de 100 millions de dollars clôturé le 17 septembre, tout en acceptant des restrictions sur la vente, le transfert ou la couverture de ces titres pendant jusqu’à deux ans.
L’impact des taux d’intérêt sur les revenus futurs
La sensibilité aux taux reste un point de vigilance. Circle a déjà subi une baisse de 66 points de base de son taux de rendement des réserves. Pour illustrer l’effet, sur un portefeuille théorique de 100 milliards de dollars, une réduction de 25 points de base du rendement annuel diminuerait le revenu brut de 250 millions de dollars par an, soit environ 4,8 millions par semaine. Ce calcul purement théorique suppose un portefeuille constant et un rendement appliqué sur l’ensemble des actifs, sans déduction de charges.
Malgré cette pression, la croissance de la circulation d’USDC a permis à Circle de compenser une partie de l’effet négatif. Tether, de son côté, continue de tirer parti d’un portefeuille massif et diversifié, incluant désormais une part non négligeable d’or et de bitcoin.
« Tant que les taux restent élevés et que la demande de stablecoins progresse, les émetteurs conservent un avantage structurel difficile à contester. »
Ce que révèle cette domination sur l’écosystème crypto
La prédominance de Tether et Circle dans les classements de revenus n’est pas un accident de parcours. Elle met en lumière un basculement structurel. Pendant des années, les revenus crypto étaient principalement associés aux frais de trading, aux protocoles DeFi et aux launchpads. Aujourd’hui, une part croissante de la valeur capturée provient de la gestion passive de réserves adossées à des monnaies stables.
Cette situation crée une forme de découplage. Les volumes de trading peuvent baisser sans que les revenus des stablecoins en pâtissent immédiatement. À l’inverse, une forte hausse des volumes de trading n’entraîne pas nécessairement une explosion des profits pour les émetteurs, car leur modèle repose davantage sur l’encours et les taux que sur le volume transactionnel.
On assiste également à une concentration des revenus. Deux acteurs captent une part disproportionnée des flux de valeur. Cela soulève des questions de long terme sur la diversification de l’écosystème et sur la dépendance de nombreux protocoles aux stablecoins émis par ces deux entreprises.
Les risques et les limites du modèle actuel
Malgré la solidité apparente, plusieurs risques demeurent. Le premier est le risque de taux. Une baisse significative et durable des rendements des bons du Trésor américain réduirait mécaniquement les revenus. Le second est le risque réglementaire. Les émetteurs de stablecoins font l’objet d’une attention croissante des autorités, et toute modification du cadre pourrait impacter les coûts de conformité ou les possibilités d’investissement des réserves.
Le troisième risque est concurrentiel. D’autres acteurs tentent de développer des stablecoins ou des solutions de liquidité alternatives. Enfin, la concentration des réserves dans un nombre limité d’actifs (bons du Trésor, or, bitcoin) expose les émetteurs à des mouvements de marché sur ces classes d’actifs.
Circle a déjà illustré une partie de ces contraintes dans ses comptes. La redistribution importante vers les partenaires de distribution (59 % des revenus) montre que la marge nette reste relativement étroite une fois les coûts opérationnels et commerciaux pris en compte.
Une photographie précise de la situation actuelle
Les données du 28 octobre offrent un instantané clair. Tether et Circle restent largement en tête des classements de revenus. Les volumes et les frais sur les DEX sont en repli hebdomadaire. Les résultats trimestriels confirment que la croissance de la circulation des stablecoins permet encore de compenser, au moins partiellement, la baisse des rendements.
Cette configuration n’est pas figée. Elle dépendra de l’évolution des taux d’intérêt, de la demande globale de liquidité stablecoin, et de la capacité des plateformes de trading à relancer les volumes. Pour l’instant, le constat est sans appel : dans le classement des revenus crypto, les émetteurs de monnaies stables ont pris une longueur d’avance considérable.
Le phénomène mérite d’être suivi de près dans les semaines et mois à venir. Car derrière ces 169 millions de dollars hebdomadaires se joue une partie essentielle de la structure économique de l’écosystème crypto. Les stablecoins ne sont plus seulement des outils de liquidité. Ils sont devenus l’un des principaux moteurs de création de revenus de l’industrie.
En observant les tableaux DeFiLlama, on comprend mieux pourquoi certains acteurs préfèrent aujourd’hui détenir et faire circuler des stablecoins plutôt que de se battre uniquement sur les frais de trading. La machine à cash des réserves tourne à plein régime, et tant que les conditions de marché le permettront, Tether et Circle devraient continuer à dominer ce classement très particulier.
Cette domination n’est pas seulement financière. Elle influence aussi les stratégies des exchanges, des protocoles DeFi et des investisseurs institutionnels qui cherchent des points d’ancrage stables dans un marché encore volatil. Les 169 millions de dollars de la semaine écoulée ne sont qu’un chiffre. Mais ce chiffre raconte une histoire plus large sur l’endroit où se crée réellement la valeur dans la crypto en 2026.
Le prochain test viendra de l’évolution des taux et de la demande. Si les rendements baissent trop rapidement ou si la circulation des stablecoins stagne, la dynamique pourrait s’infléchir. Pour l’heure, les deux leaders restent solidement installés en tête, et l’écart avec le reste du peloton reste impressionnant.
Voilà pourquoi ces données méritent attention. Elles ne concernent pas seulement deux entreprises. Elles dessinent les contours d’un modèle économique qui s’impose progressivement comme l’un des plus rentables et des plus stables de l’écosystème crypto actuel.









