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Hyperliquid Et Payward Préparent Les Premiers Marchés HIP-3 Régulés Aux États-Unis

Payward veut ouvrir les premiers marchés de perpétuels on-chain régulés aux États-Unis via Hyperliquid et Bitnomial. Mais l’accès sera strictement contrôlé et l’approbation reste en suspens…

Et si la prochaine grande avancée des marchés dérivés américains ne venait pas d’un acteur traditionnel de Wall Street, mais d’une infrastructure décentralisée capable de supporter des contrats perpétuels tout en respectant le cadre de la CFTC ? C’est précisément ce que laisse entrevoir l’annonce récente de Hyperliquid concernant le projet de Payward. L’objectif est clair : déployer les premiers marchés HIP-3 régulés aux États-Unis, accessibles via une architecture on-chain tout en restant sous le contrôle d’entités licenciées.

Un tournant pour les dérivés crypto aux États-Unis

Pendant des années, les traders américains ont dû naviguer entre plateformes offshore, restrictions géographiques et incertitudes réglementaires. Les contrats perpétuels, pourtant ultra-populaires ailleurs dans le monde, restaient largement hors de portée pour une clientèle domestique soumise aux règles strictes de la Commodity Futures Trading Commission. Aujourd’hui, Payward, la maison mère de Kraken, avance une solution concrète : s’appuyer sur Hyperliquid comme couche d’infrastructure tout en confiant la création, l’administration et le règlement des contrats à Bitnomial.

Le dispositif repose sur une séparation claire des rôles. Hyperliquid fournit le carnet d’ordres on-chain, le matching et l’enregistrement des transactions. Bitnomial, quant à elle, crée et administre les marchés proposés. NinjaTrader Clearing, le futures commission merchant enregistré auprès de la CFTC, porterait les comptes clients. Rien n’est encore opérationnel : tout dépend d’une validation réglementaire. Mais le simple fait que le protocole ait formalisé le cadre technique via ce qu’il appelle HIP-3* marque une étape importante.

Ce que signifie réellement HIP-3*

HIP-3 désigne le mécanisme qui permet à des opérateurs indépendants de déployer leurs propres marchés de perpétuels sur Hyperliquid. Chaque déployeur définit les spécifications des contrats, les oracles de prix, les limites de levier et les paramètres de marge. L’ajout de l’astérisque, HIP-3*, introduit une fonctionnalité optionnelle de permissionnement. Concrètement, le déployeur peut activer une allowlist on-chain qui restreint l’accès aux participants autorisés.

Cette configuration ne touche en rien les marchés déjà existants. Elle reste purement optionnelle. Un opérateur peut choisir de l’activer ou de laisser son marché ouvert. Pour Payward, l’intérêt est évident : répondre aux exigences de conformité américaines sans modifier l’architecture globale du protocole. Les clients devront d’abord passer par le processus d’onboarding de NinjaTrader, puis apparaître sur les listes d’autorisation de NinjaTrader et de Bitnomial. Sans ces deux validations, aucun accès aux nouveaux contrats.

Point clé : HIP-3* n’est pas une nouvelle version obligatoire. C’est un outil optionnel qui laisse chaque déployeur décider du niveau de contrôle d’accès, tout en conservant l’indépendance des marchés déjà en place.

Hyperliquid insiste sur sa posture de neutralité. Le protocole se présente comme une infrastructure capable de supporter une large part du système financier, sans prendre en charge lui-même les obligations réglementaires. Les opérateurs indépendants restent responsables de leurs propres marchés. C’est une distinction importante : la blockchain assure la transparence et le matching, mais la conformité repose sur les entités licenciées.

Bitnomial au cœur de l’architecture réglementée

Bitnomial n’est pas un nouvel arrivant. L’exchange a obtenu son statut de designated contract market en avril 2020. Depuis, il opère sous les règles de la Commodity Exchange Act et des réglementations de la commission. L’acquisition par Payward, finalisée en mai, a intégré ces capacités d’échange, de compensation et de courtage dans l’écosystème américain de la maison mère de Kraken.

Dans le schéma proposé, Bitnomial crée et administre les marchés, prend en charge le clearing et le settlement des contrats. NinjaTrader Clearing porte les comptes clients. Les contrats sont listés selon les règles de Bitnomial Exchange. Les obligations réglementaires restent donc clairement attribuées aux entités nommées : exchange, clearinghouse et brokerage. Hyperliquid se limite au rôle d’infrastructure technique.

Cette répartition des responsabilités n’est pas anodine. Elle répond à une réalité réglementaire américaine où les perpétuels on-chain purs se heurtent souvent à des obstacles de qualification juridique. En passant par une DCM reconnue et un FCM enregistré, Payward tente de construire un pont entre la liquidité et l’efficacité d’un carnet d’ordres on-chain et les exigences de protection des clients et de surveillance des marchés.

Comment l’accès sera-t-il réellement contrôlé ?

Le modèle d’accès repose sur une double vérification. Le client doit d’abord ouvrir un compte futures auprès de NinjaTrader Clearing. Ensuite, il doit figurer sur les allowlists gérées par NinjaTrader et par Bitnomial. Ces listes sont maintenues on-chain par le déployeur ou par des sous-déployeurs désignés. L’idée est de permettre un contrôle granulaire sans confier ces décisions à l’équipe de développement centrale de Hyperliquid.

Une version initiale de cette fonctionnalité est déjà disponible sur testnet. Les spécifications restent préliminaires et peuvent évoluer en fonction des retours. Un upgrade réseau futur devrait officialiser le support de cette configuration optionnelle. En attendant, les équipes testent le comportement des allowlists, la gestion des participants et la cohérence avec les exigences de conformité.

Hyperliquid is a neutral infrastructure layer with the goal of supporting large parts of the financial system.

Cette phrase, issue de la communication du protocole, résume bien l’ambition. Il ne s’agit pas de devenir un exchange régulé, mais de fournir les rails techniques sur lesquels des acteurs licenciés peuvent bâtir des offres conformes. Pour les marchés américains, cela change potentiellement la donne : un même moteur de matching on-chain pourrait servir à la fois des marchés ouverts internationaux et des marchés permissionnés destinés aux clients domestiques.

Le contexte plus large de l’acquisition Bitnomial

L’annonce d’octobre s’inscrit dans une trajectoire plus longue. En mai, Payward a finalisé le rachat de Bitnomial. L’opération, initialement valorisée jusqu’à 550 millions de dollars en cash et en actions, a permis d’intégrer des licences et une structure réglementaire déjà opérationnelle. Bitnomial a conservé ses licences, son organisation et ses opérations de clearing avec des tiers.

Arjun Sethi, co-CEO de Payward, avait alors indiqué que le déploiement produit commencerait par le margin spot sur Kraken, suivi des perpétuels et des options. L’ambition dépasse la simple offre retail : une couche business-to-business devrait permettre à des banques, des courtiers, des fintechs et des prestataires de paiement d’offrir des dérivés régulés via une intégration. Payward dispose déjà d’une expérience européenne, avec une plateforme de futures crypto licenciée au Royaume-Uni depuis 2019 et une offre régulée dans l’Union européenne lancée en 2025.

Le choix de Hyperliquid comme première infrastructure pour les perpétuels on-chain américains n’est donc pas anodin. Il s’agit de combiner la vitesse et la transparence d’un carnet d’ordres décentralisé avec la solidité réglementaire d’une DCM et d’un FCM. Si l’approbation est obtenue, les clients américains pourraient accéder à des contrats dont le matching et l’enregistrement se font on-chain, tout en bénéficiant des protections associées à un compte futures traditionnel.

Les mécanismes techniques derrière les marchés déployés

La documentation HIP-3 précise que chaque marché déployé dispose de ses propres paramètres de marge, de son propre carnet d’ordres et de ses propres réglages. Les perpétuels construits via ce mécanisme utilisent le système de marging de HyperCore. Le déployeur reste maître des définitions de marché, des spécifications de contrat, des prix oracle et des limites de levier.

Un point souvent souligné concerne l’exigence de staking. Pour déployer un marché HIP-3, il faut généralement staker 500 000 HYPE sur le mainnet et maintenir ce stake pendant au moins 183 jours après le déploiement. La communication d’octobre ne précise pas si des conditions particulières s’appliquent aux marchés proposés par Payward. En l’état, le cadre général reste celui décrit dans la documentation.

Le processus de settlement est également documenté. Un déployeur peut interrompre le trading d’un actif, annuler les ordres et régler les positions au prix mark actuel. La même action peut relancer le trading. Une fois que tous les actifs ont été réglés, le stake requis peut être retiré. Ces mécanismes offrent une flexibilité opérationnelle tout en maintenant une traçabilité on-chain.

En résumé technique :

  • Matching et enregistrement on-chain via Hyperliquid
  • Création et administration des marchés par Bitnomial
  • Comptes clients portés par NinjaTrader Clearing
  • Accès conditionné par double allowlist
  • Fonctionnalité de permissionnement optionnelle (HIP-3*)

Pourquoi cette initiative compte pour le marché américain

Les États-Unis restent l’un des marchés les plus stricts pour les dérivés crypto. Les plateformes offshore dominent encore une partie importante du volume de perpétuels, ce qui crée une situation paradoxale : les traders américains sophistiqués ont accès à des produits complexes ailleurs, mais peinent à trouver des alternatives pleinement conformes sur leur sol. Une offre régulée construite sur une infrastructure on-chain pourrait réduire cet écart.

Elle pourrait aussi servir de test grandeur nature pour d’autres acteurs. Si le modèle Payward-Bitnomial-Hyperliquid fonctionne, d’autres protocoles ou d’autres opérateurs licenciés pourraient s’inspirer de cette architecture hybride. L’idée d’une couche d’infrastructure neutre capable d’accueillir à la fois des marchés ouverts et des marchés permissionnés est séduisante pour qui cherche à concilier innovation et conformité.

Il ne faut cependant pas sous-estimer les obstacles. L’approbation réglementaire n’est pas acquise. Les spécifications techniques évoluent encore. Les allowlists doivent prouver leur robustesse en conditions réelles. Et l’expérience utilisateur devra rester fluide malgré les étapes d’onboarding supplémentaires. Le succès dépendra autant de l’exécution opérationnelle que de la clarté juridique.

Le parallèle avec les propositions sur les compute perpetuals

Quelques jours avant l’annonce relative à Payward, le Hyperliquid Policy Center a soumis une contribution à la CFTC sur les contrats liés aux prix de location de GPU et aux coûts d’inférence IA. Jake Chervinsky et Brad Bourque y défendaient la possibilité de proposer à la fois des futures datés et des perpétuels, selon la nature des risques à couvrir.

Les opérateurs de data centers, les prêteurs et les développeurs d’intelligence artificielle font face à une exposition continue aux variations de prix du calcul. Des contrats dérivés adaptés pourraient offrir des outils de couverture. Les propositions incluaient des limites de levier, des plafonds sur les funding rates et des benchmarks de prix transparents. Cette démarche montre que l’écosystème autour de Hyperliquid ne se limite pas aux actifs crypto classiques et cherche à élargir le champ des sous-jacents possibles.

Le rapprochement n’est pas fortuit. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’explorer comment des infrastructures on-chain peuvent s’insérer dans le cadre réglementaire américain. Que ce soit pour des perpétuels crypto destinés aux clients de Payward ou pour des contrats liés aux coûts de calcul, la question centrale reste la même : comment allier transparence, efficacité de matching et respect des obligations de surveillance et de protection des participants.

Ce que cela change concrètement pour les traders

Pour un trader américain, l’arrivée de tels marchés signifierait plusieurs évolutions. D’abord, la possibilité d’accéder à des perpétuels via un compte futures régulé, avec les protections et les obligations qui en découlent. Ensuite, la transparence d’un carnet d’ordres on-chain, où chaque transaction est enregistrée de manière visible. Enfin, un processus d’accès plus strict, qui exclut de fait les participants non vérifiés.

Ce dernier point est un compromis assumé. Là où certains marchés Hyperliquid restent ouverts, les marchés HIP-3* destinés aux États-Unis seront fermés à ceux qui ne figurent pas sur les listes. Cette restriction est le prix de la conformité. Elle pourrait toutefois rassurer les institutions et les clients qui privilégient la sécurité juridique à l’accès immédiat.

Les détails pratiques – listes de sous-jacents, niveaux de levier, horaires de trading, modalités de funding – restent à préciser. Tout dépendra des spécifications finales soumises à la CFTC et des retours du testnet. Mais la direction est claire : construire une offre qui combine les atouts techniques d’une infrastructure décentralisée et les garanties d’un cadre réglementé.

Les enjeux de long terme pour Hyperliquid

Pour Hyperliquid, l’enjeu dépasse le simple partenariat avec Payward. En proposant une fonctionnalité de permissionnement optionnelle, le protocole se positionne comme capable d’accueillir des cas d’usage réglementés sans renoncer à ses marchés ouverts. Cette dualité pourrait devenir un atout concurrentiel important face à d’autres infrastructures de trading décentralisé.

Elle soulève aussi des questions de gouvernance et de responsabilité. Qui contrôle réellement les allowlists ? Comment s’assurer que les sous-déployeurs agissent de manière cohérente avec les obligations du déployeur principal ? Comment gérer les litiges ou les exclusions de participants ? Ces sujets devront être clarifiés au fur et à mesure que les marchés permissionnés se développent.

Le protocole a déjà expérimenté des concepts de listes de participants gérées par les déployeurs dès le début du mois de septembre. Jeffrey Yan, co-fondateur, avait alors décrit un design préliminaire permettant de déléguer la gestion des accès sans transférer ces décisions à l’équipe centrale. L’annonce d’octobre officialise et précise cette orientation pour le cas américain.

Une étape, pas encore une révolution

Il serait exagéré de parler dès aujourd’hui de révolution. Le projet reste soumis à approbation. Les spécifications techniques évoluent. Le testnet n’est qu’une première étape. Pourtant, la direction prise est significative. Elle montre qu’il est possible d’imaginer des architectures hybrides où une blockchain publique sert de couche de matching pour des produits régulés, sans que le protocole lui-même ne devienne un acteur réglementé.

Payward, de son côté, continue de structurer son offre américaine de dérivés. Après l’acquisition de Bitnomial et le déploiement progressif de produits sur Kraken, NinjaTrader et Payward Services, l’intégration d’une infrastructure on-chain comme Hyperliquid représente une tentative de différenciation. Si elle réussit, elle pourrait influencer la façon dont d’autres acteurs abordent la question des perpétuels régulés.

Dans un contexte où la CFTC et d’autres régulateurs examinent de près les marchés de prédiction, les dérivés crypto et les nouveaux sous-jacents, chaque innovation qui réussit à conjuguer innovation technique et respect du cadre légal mérite attention. Le plan présenté pour les marchés HIP-3* américains n’est qu’un début. Mais il dessine déjà les contours d’un possible modèle hybride pour les années à venir.

Les prochains mois seront déterminants. Les retours du testnet, les éventuelles modifications des spécifications et, surtout, la position des régulateurs décideront si cette architecture passe du stade de projet à celui de réalité opérationnelle. En attendant, le simple fait que des discussions concrètes aient lieu autour d’une telle combinaison d’infrastructure on-chain et d’entités licenciées constitue en soi un signal fort pour l’ensemble de l’écosystème.

Les traders, les institutions et les observateurs du marché auront intérêt à suivre de près l’évolution de ce dossier. Car au-delà des détails techniques et des allowlists, c’est bien la question de l’avenir des dérivés crypto aux États-Unis qui se joue en partie ici : resteront-ils largement confinés aux plateformes offshore, ou trouveront-ils enfin un chemin viable vers une offre domestique pleinement conforme et techniquement compétitive ?

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