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Solana Priorise Cinq Apps Clés Selon Yakovenko

Anatoly Yakovenko vient de bouleverser les priorités de Solana. Cinq applications passent devant validateurs et développeurs. Ce choix surprenant révèle une vision radicale de l’avenir du réseau… et soulève déjà des questions brûlantes.

Et si les vrais maîtres d’un réseau blockchain n’étaient ni les validateurs, ni les développeurs core, ni même les market makers ? C’est exactement la thèse qu’Anatoly Yakovenko, co-fondateur de Solana, a défendue ce 23 octobre 2026 dans un post qui a immédiatement fait le tour de l’écosystème. En plaçant cinq applications majeures – Phantom, Pump.fun, Fomo, Jupiter et Kamino – au sommet de la pyramide des priorités, il a redéfini en quelques lignes ce que signifie « optimiser un réseau ».

Une hiérarchie qui bouscule les habitudes

Le message est clair, presque brutal dans sa simplicité. Selon Yakovenko, les produits qui gèrent un volume massif d’actifs sous gestion et qui captent l’essentiel du flux retail doivent dicter l’orientation technique du protocole. Tout le reste – les opérateurs de nœuds, les ingénieurs protocolaires, les teneurs de marché – passe au second plan. Cette déclaration n’est pas anodine. Elle intervient dans un contexte où Solana multiplie les améliorations techniques et où la concurrence entre blockchains de couche 1 reste féroce.

En citant explicitement ces cinq noms, le co-fondateur donne un signal fort aux équipes produit. Ce n’est plus seulement la robustesse du consensus ou la latence théorique qui comptent. C’est l’expérience concrète des utilisateurs finaux qui transitent chaque jour par ces interfaces. Phantom reste le portefeuille de référence pour une grande partie des détenteurs de SOL. Pump.fun continue de générer un volume de création de tokens impressionnant. Jupiter s’impose comme l’agrégateur de liquidité incontournable. Kamino structure une part croissante de la finance décentralisée. Et Fomo, plus récent, attire une audience retail particulièrement active.

Pourquoi ces cinq applications plutôt que d’autres

Yakovenko n’a fourni aucun chiffre précis dans son message. Pourtant, le raisonnement repose sur deux critères mesurables : le montant d’actifs sous gestion et le volume d’activité retail. Ces deux indicateurs permettent, selon lui, d’identifier les points de friction les plus coûteux pour l’écosystème dans son ensemble. Quand une application gère des centaines de millions ou des milliards de dollars et que des dizaines de milliers d’utilisateurs y passent chaque jour, le moindre ralentissement ou la moindre erreur d’inclusion de transaction devient un problème systémique.

Cette logique contraste avec l’approche plus traditionnelle qui privilégie d’abord la stabilité du réseau de validateurs ou la facilité de développement pour les builders. Ici, l’ordre est inversé. Les besoins des applications qui touchent réellement les utilisateurs finaux doivent guider les choix d’optimisation. On retrouve une philosophie proche de celle des grandes plateformes Web2, où les équipes produit dictent souvent les priorités techniques aux équipes d’infrastructure.

« Products with a ton of aum and a ton of retail volume are the two most important groups to optimize for. Phantom/pump/fomo/jup/kamino >>> validators or devs or market makers or core engineers. »

— Anatoly Yakovenko, 23 octobre 2026

Dans un message de suivi, il a même généralisé l’idée en parlant du « plombier », qu’il soit institutionnel ou retail. L’image est savoureuse. Le plombier, c’est celui qui fait circuler la valeur, qui connecte les tuyaux, qui permet à l’eau – ou ici aux tokens – de couler. Tout le reste n’existe que pour servir cette circulation.

Le parallèle avec Ethereum et Aave

Le post de Yakovenko répondait directement à une critique formulée contre les concepteurs d’Ethereum. Certains observateurs reprochent régulièrement aux équipes protocolaires de ne pas utiliser suffisamment leur propre réseau au quotidien. Selon cette vision, un designer qui ne risque pas de perdre de l’argent en cas de congestion ou d’outage manque de légitimité pour décider des priorités techniques.

Face à cette attaque, Yakovenko a choisi une réponse nuancée. Il a reconnu que la Fondation Ethereum avait plutôt bien réussi à optimiser le réseau pour Aave. Pourquoi Aave précisément ? Parce qu’un protocole de prêt ne peut pas se permettre de voir ses transactions bloquées pendant une période de congestion. L’impossibilité d’inclure une transaction au bon moment peut provoquer des liquidations en cascade ou des pertes sèches pour les utilisateurs. En plaçant les besoins d’Aave au centre, Ethereum a, selon lui, fait un choix pragmatique et efficace.

Ce parallèle n’est pas anodin. Il montre que Yakovenko ne critique pas Ethereum par principe. Il en tire plutôt une leçon : les protocoles qui réussissent sont ceux qui savent identifier les applications critiques et adapter leur infrastructure en conséquence. Solana, dans cette logique, doit faire de même avec ses propres champions d’usage.

Ce que cela change concrètement pour le réseau

La déclaration ne s’accompagne d’aucune annonce technique précise. Aucun budget n’a été alloué, aucune règle de participation des validateurs n’a été modifiée, aucun calendrier d’upgrade n’a été publié. Pourtant, le signal est suffisamment fort pour orienter les discussions internes et externes.

Les équipes qui travaillent sur l’expérience utilisateur de Phantom, sur la scalabilité de Pump.fun, sur la liquidité de Jupiter ou sur les stratégies de Kamino savent désormais qu’elles ont l’oreille du co-fondateur. Leurs retours sur les frictions quotidiennes – latence perçue, coûts de transaction imprévisibles, difficultés d’inclusion pendant les pics d’activité – risquent d’être pris plus au sérieux que les plaintes purement techniques des opérateurs de nœuds.

Cette approche soulève naturellement des questions. Les validateurs restent le socle de la sécurité et de la décentralisation. Les développeurs core conçoivent les mécanismes qui permettent au réseau de fonctionner. Les market makers apportent la liquidité sans laquelle les applications de trading n’auraient aucun sens. En les plaçant explicitement en dessous des cinq applications, Yakovenko prend le risque de créer des tensions internes. Mais il assume clairement ce choix.

Retour sur le débat autour des frais d’application

Ce n’est pas la première fois que Yakovenko défend une vision centrée sur les applications. En septembre dernier, il avait déjà argumenté qu’une entreprise pouvait parfaitement construire sur Solana, subventionner les frais de transaction pour ses utilisateurs et monétiser via son interface. Cette position avait suscité une réponse ferme de Steven Goldfeder, co-fondateur d’Offchain Labs, dans le contexte du choix de Robinhood d’utiliser la technologie Arbitrum.

Goldfeder avait souligné qu’avec le programme d’expansion d’Arbitrum, une application pouvait conserver environ 90 % des revenus générés par la chaîne. Seulement 10 % du revenu net du protocole étaient redistribués à l’écosystème, dont 8 % à la DAO et 2 % à la Developer Guild. Cette structure permettait, selon lui, de mieux aligner les intérêts économiques entre l’application et le réseau sous-jacent.

Le débat restait ouvert. Yakovenko semblait privilégier un modèle où les applications captent la valeur directement auprès de leurs utilisateurs, tandis que le réseau se contente de fournir une infrastructure performante et prévisible. Son post du 23 octobre prolonge cette logique : si les applications sont prioritaires, c’est aussi parce qu’elles sont les mieux placées pour monétiser l’usage réel du réseau.

Alpenglow et la répartition des responsabilités

Pendant que ces discussions se déroulent sur les réseaux sociaux, le réseau Solana continue d’avancer sur le plan technique. L’upgrade Alpenglow a atteint le devnet fin septembre, après être passé par le testnet. Cette étape donne aux équipes applicatives la possibilité de tester le nouveau comportement du consensus avec des tokens sans valeur réelle, avant un éventuel passage en mainnet.

Les recommandations officielles distinguent clairement deux types d’acteurs. Les applications qui se contentent d’envoyer des transactions et de lire des soldes n’ont quasiment aucune migration à effectuer. En revanche, les services qui traitent les blocs ou suivent l’activité des validateurs doivent adapter la façon dont ils consomment les données du réseau. Cette distinction renforce implicitement l’idée que les applications de premier plan doivent pouvoir continuer à fonctionner sans friction majeure, même pendant les phases de transition technique.

L’objectif de finalité d’Alpenglow tourne autour de 150 millisecondes, contre environ 12,8 secondes avec le précédent mécanisme TowerBFT. Cette amélioration théorique ne doit cependant pas être confondue avec la confirmation immédiate qu’un utilisateur voit dans son interface. Les nœuds situés en dehors de l’ensemble des validateurs admis apprennent généralement le résultat via des certificats inclus dans un bloc ultérieur, ce qui peut ajouter un délai supplémentaire en cas de blocs manqués ou retardés.

Les changements pour les validateurs

Parallèlement, la Fondation a annoncé le remplacement des frais de vote individuels on-chain par une charge forfaitaire de 0,8 SOL par époque, intégralement brûlée. Les opérateurs doivent provisionner ce montant à l’avance, au-dessus du minimum nécessaire pour maintenir leur compte de vote. Un validateur incapable de payer perd le droit de voter et de produire des blocs lors de l’époque suivante.

Ces règles montrent que le réseau n’abandonne pas les validateurs. Il impose simplement un cadre plus prévisible et plus simple. Mais dans la hiérarchie exprimée par Yakovenko, ces ajustements restent secondaires par rapport aux besoins des cinq applications prioritaires. L’infrastructure doit servir l’usage, et non l’inverse.

Une vision product-first dans un monde protocol-first

La plupart des blockchains de couche 1 ont historiquement placé le protocole au centre. Les équipes core définissent les règles, les validateurs les exécutent, et les applications s’adaptent. Yakovenko inverse cette logique. Il considère que les applications qui captent réellement la valeur et l’attention des utilisateurs doivent dicter les priorités d’optimisation.

Cette approche n’est pas sans risque. Elle peut créer une dépendance excessive à quelques acteurs dominants. Si Phantom, Jupiter ou Kamino rencontrent des difficultés, l’ensemble de l’écosystème en souffrira davantage. Elle peut aussi décourager l’émergence de nouvelles applications qui n’ont pas encore atteint la masse critique d’actifs sous gestion ou de volume retail.

Pourtant, cette vision a le mérite de la clarté. Dans un marché où l’attention des utilisateurs est le bien le plus rare, concentrer les efforts sur les interfaces qui captent déjà cette attention peut sembler rationnel. Les utilisateurs ne choisissent pas une blockchain pour ses performances théoriques. Ils choisissent une application, et c’est cette application qui les amène ensuite sur le réseau sous-jacent.

Les implications pour les équipes produit

Pour les équipes derrière Phantom, Pump.fun, Fomo, Jupiter et Kamino, le message est encourageant. Leurs retours techniques auront plus de poids. Leurs besoins en termes de prévisibilité des frais, de latence perçue ou de capacité à gérer les pics d’activité seront probablement mieux pris en compte dans les prochains cycles d’optimisation.

Cela ne signifie pas pour autant qu’elles obtiennent un pouvoir de gouvernance formel. Yakovenko n’a annoncé aucun accord, aucune représentation spéciale, aucun droit de veto. Il a simplement affirmé que leurs besoins devaient guider les choix techniques. La nuance est importante. L’influence reste informelle, mais elle est désormais explicitement reconnue.

Pour les autres applications de l’écosystème, le signal est plus ambigu. Elles savent qu’elles doivent atteindre une certaine taille pour entrer dans le cercle des priorités. Cela peut stimuler la concurrence et l’innovation. Cela peut aussi créer un effet de club où les acteurs déjà dominants consolident encore davantage leur position.

Le rôle du « plombier » dans l’écosystème

L’image du plombier mérite qu’on s’y attarde. Dans la vision de Yakovenko, le plombier – qu’il soit un trader retail qui fait circuler des tokens ou une institution qui gère des flux importants – est l’utilisateur le plus important. Tout le reste du système n’existe que pour faciliter son travail.

Cette métaphore a le mérite de recentrer le débat sur l’usage réel. Trop souvent, les discussions techniques s’éloignent des besoins concrets des utilisateurs finaux. En ramenant le sujet au plombier, Yakovenko rappelle que la valeur d’un réseau se mesure d’abord à sa capacité à faire circuler la valeur de manière fluide, prévisible et peu coûteuse.

Le plombier institutionnel et le plombier retail ont des besoins différents, mais ils partagent le même intérêt fondamental : pouvoir exécuter leurs opérations sans friction excessive. C’est cette friction que les optimisations prioritaires doivent chercher à éliminer.

Une déclaration sans feuille de route précise

Il faut insister sur un point : le post du 23 octobre ne contient aucune mesure concrète. Pas de nouvelle allocation de ressources, pas de modification des règles de participation des validateurs, pas de calendrier d’upgrade spécifique. Yakovenko a exprimé une philosophie, pas un plan d’action détaillé.

Cette absence de détails concrets laisse une large marge d’interprétation. Certains y verront une simple prise de position destinée à recentrer le débat. D’autres y liront le début d’une réorientation plus profonde de la gouvernance technique de Solana. Seuls les prochains mois permettront de mesurer l’impact réel de cette déclaration.

En attendant, le message a le mérite de clarifier les priorités aux yeux de toute la communauté. Les équipes qui construisent les applications les plus utilisées savent qu’elles occupent une place centrale. Les validateurs et les développeurs core savent qu’ils restent essentiels, mais qu’ils ne sont plus au sommet de la pyramide des priorités.

Le contexte plus large de la concurrence entre L1

Cette prise de position s’inscrit dans un paysage concurrentiel intense. Les blockchains de couche 1 se battent non seulement sur les performances brutes, mais aussi sur leur capacité à attirer et retenir les applications qui génèrent réellement de l’usage. Ethereum reste dominant sur la finance décentralisée institutionnelle. D’autres réseaux misent sur des niches spécifiques. Solana, de son côté, a su attirer une activité retail particulièrement dynamique, notamment autour des memecoins et des outils de trading.

En plaçant explicitement les applications qui captent cette activité au centre des priorités, Yakovenko cherche probablement à consolider cet avantage. Si le réseau continue d’offrir la meilleure expérience possible aux utilisateurs de Phantom, Jupiter ou Pump.fun, il renforce sa position sur le segment où il est déjà fort.

Cette stratégie n’est pas sans précédent dans l’histoire des plateformes technologiques. Les systèmes d’exploitation qui ont réussi sont souvent ceux qui ont su créer les conditions les plus favorables pour les applications les plus populaires. Apple avec ses applications phares, Google avec Android, ou même les premières versions de Windows illustrent cette logique. Les protocoles blockchain qui adopteront une approche similaire pourraient tirer un avantage décisif.

Les limites d’une approche centrée sur quelques acteurs

Toute stratégie a ses angles morts. En concentrant l’attention sur cinq applications, Solana prend le risque de négliger l’émergence de nouveaux usages. Les innovations les plus disruptives naissent souvent en dehors des acteurs établis. Si les ressources d’optimisation sont trop concentrées sur les besoins actuels des leaders, le réseau pourrait manquer la prochaine vague d’applications.

Il existe aussi un risque de capture réglementaire ou économique. Des applications trop importantes peuvent exercer une pression disproportionnée sur les choix techniques. Dans un environnement décentralisé, cet équilibre reste délicat à maintenir. La déclaration de Yakovenko ne résout pas cette tension ; elle l’assume simplement.

Enfin, la mesure des critères eux-mêmes pose question. Qu’est-ce qu’un « ton of aum » exactement ? À partir de quel volume retail une application entre-t-elle dans le cercle prioritaire ? L’absence de seuils précis laisse une grande latitude d’interprétation, ce qui peut être à la fois une force et une faiblesse.

Ce que les prochains mois pourraient révéler

Les observateurs de l’écosystème auront plusieurs indicateurs à suivre. Les discussions techniques autour des prochains upgrades intégreront-elles explicitement les retours de Phantom, Jupiter ou Kamino ? Les priorités de développement core évolueront-elles en fonction des frictions signalées par ces équipes ? Les validateurs verront-ils leurs contraintes s’adapter aux besoins des applications prioritaires ?

Le déploiement progressif d’Alpenglow fournira également des données intéressantes. Si les applications prioritaires rencontrent moins de frictions que les autres pendant la transition, cela confirmera que la hiérarchie exprimée par Yakovenko se traduit déjà dans les faits. À l’inverse, si tous les acteurs font face aux mêmes défis, la déclaration restera surtout symbolique.

Dans tous les cas, le message a déjà produit son effet. Il a recentré le débat sur l’usage réel plutôt que sur les performances théoriques. Et dans un écosystème parfois trop obsédé par les benchmarks, ce recentrage n’est pas anodin.

Une philosophie qui dépasse Solana

Au-delà du cas particulier de Solana, la déclaration de Yakovenko pose une question plus large à l’ensemble de l’industrie crypto. Qui doit dicter les priorités d’un réseau décentralisé ? Les validateurs qui sécurisent le consensus ? Les développeurs core qui conçoivent les mécanismes ? Les applications qui génèrent l’usage ? Ou les utilisateurs finaux eux-mêmes ?

Chaque réponse entraîne des conséquences différentes. Une gouvernance trop centrée sur les validateurs peut freiner l’innovation applicative. Une gouvernance trop centrée sur les applications peut fragiliser la décentralisation. Une gouvernance trop centrée sur les utilisateurs finaux peut manquer de vision technique à long terme. Trouver le bon équilibre reste l’un des défis majeurs de tous les protocoles matures.

En plaçant explicitement les applications majeures au sommet, Yakovenko a choisi son camp. Il reste maintenant à observer si cette hiérarchie produira les résultats escomptés en termes d’adoption, de rétention d’utilisateurs et de performance perçue.

Le poids du volume retail dans la stratégie

Le volume retail occupe une place centrale dans le raisonnement. Contrairement aux flux institutionnels, souvent plus stables et prévisibles, l’activité retail est volatile, émotionnelle et extrêmement sensible à l’expérience utilisateur. Un trader retail qui subit des transactions échouées ou des frais imprévisibles abandonne rapidement une plateforme. Une institution, elle, peut tolérer davantage de friction si les avantages structurels restent présents.

En priorisant les applications qui captent ce volume retail, Yakovenko reconnaît implicitement que Solana a construit une partie importante de son avantage concurrentiel sur ce segment. Maintenir et renforcer cet avantage passe par une expérience utilisateur irréprochable sur les interfaces les plus utilisées.

Cette approche contraste avec celle d’autres réseaux qui misent davantage sur les cas d’usage institutionnels ou sur des niches techniques. Chaque stratégie a ses forces et ses faiblesses. Pour Solana, le pari retail a jusqu’ici porté ses fruits. La déclaration de Yakovenko vise probablement à le consolider.

Les actifs sous gestion comme second pilier

Le second critère – les actifs sous gestion – renvoie à une logique différente. Une application qui gère un volume important d’actifs crée une responsabilité systémique. Une défaillance technique peut avoir des conséquences financières majeures pour un grand nombre d’utilisateurs. Optimiser pour ces applications, c’est aussi minimiser le risque systémique.

Kamino, par exemple, structure une part significative de l’activité de lending et de yield farming sur Solana. Une interruption prolongée de ses services aurait des répercussions bien au-delà de ses utilisateurs directs. En plaçant ce type d’application en priorité, le réseau reconnaît cette responsabilité.

La combinaison des deux critères – volume retail et actifs sous gestion – permet d’identifier les applications qui combinent impact immédiat sur l’expérience utilisateur et poids systémique. C’est cette combinaison qui justifie, selon Yakovenko, leur place au sommet de la hiérarchie.

Une communication qui marque les esprits

Le style de communication de Yakovenko reste caractéristique. Direct, sans détour, parfois provocateur. En écrivant « Phantom/pump/fomo/jup/kamino >>> validators or devs or market makers or core engineers », il a volontairement créé un effet de choc. La formule est mémorable. Elle force le débat. Elle oblige chacun à prendre position.

Cette manière de communiquer n’est pas sans rappeler d’autres figures de l’écosystème crypto qui privilégient la clarté brutale à la diplomatie. Elle a l’avantage de la transparence. Elle a aussi le défaut de pouvoir froisser des acteurs essentiels au fonctionnement du réseau. Le pari est que la clarté l’emporte sur la susceptibilité.

Dans les heures qui ont suivi le post, les réactions ont été nombreuses. Certains ont salué le réalisme de la position. D’autres ont souligné les risques d’une concentration excessive d’attention sur quelques acteurs. Le débat est lancé, et c’est probablement exactement ce que cherchait Yakovenko.

Vers une nouvelle définition de la performance réseau

Si l’on pousse la logique jusqu’au bout, la performance d’un réseau ne se mesure plus uniquement en transactions par seconde ou en temps de finalité théorique. Elle se mesure aussi – et peut-être surtout – à la fluidité de l’expérience sur les applications les plus utilisées. Un réseau qui affiche d’excellents benchmarks mais qui génère des frictions sur Phantom ou Jupiter échoue, dans cette vision, à sa mission principale.

Cette redéfinition a des conséquences pratiques. Les métriques de succès évoluent. Les priorités de développement aussi. Les discussions techniques intègrent davantage les retours des équipes produit. Le protocole devient un moyen au service des applications, et non une fin en soi.

Pour un écosystème encore jeune, ce recentrage peut s’avérer salutaire. Il évite la tentation de l’optimisation purement technique déconnectée des besoins réels. Il force à garder les pieds sur terre. Et dans un secteur parfois trop prompt à s’enthousiasmer pour des performances théoriques, ce rappel n’est pas inutile.

Conclusion ouverte sur l’avenir de Solana

Le 23 octobre 2026, Anatoly Yakovenko a posé un jalon. En affirmant que cinq applications majeures devaient guider l’optimisation du réseau avant les validateurs, les développeurs ou les market makers, il a clarifié une vision. Cette vision place l’usage réel au centre, reconnaît le poids des applications qui captent l’attention et les actifs, et assume les tensions que ce choix peut générer.

Que cette hiérarchie se traduise concrètement dans les prochains cycles de développement reste à observer. Les déclarations publiques n’ont de valeur que si elles se traduisent en arbitrages techniques et budgétaires. Pour l’instant, le signal est lancé. L’écosystème dans son ensemble – applications, validateurs, développeurs, utilisateurs – va devoir s’adapter à cette nouvelle grille de lecture.

Dans un marché où la concurrence entre réseaux reste intense, la capacité à aligner les priorités techniques sur les besoins des applications les plus utilisées pourrait faire la différence. Solana a choisi son camp. Reste à voir si ce choix portera ses fruits dans les mois et les années à venir.

Une chose est certaine : le débat sur qui doit vraiment guider l’évolution d’un protocole décentralisé est désormais ouvert de façon plus explicite que jamais. Et c’est peut-être là le principal apport de cette déclaration. En forçant chacun à se positionner, Yakovenko a relancé une discussion fondamentale sur la nature même de la gouvernance technique dans l’univers des blockchains.

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