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Saint-Denis : Abstention Sur Un Vœu Contre L’Excision

À Saint-Denis, un vœu contre l'excision n'a pas recueilli les voix de la majorité. L'abstention du maire relance une question brûlante : que signifie refuser de voter un texte quand il mêle deux combats ?

Que se passe-t-il lorsqu’un texte censé protéger des filles ne recueille pas le soutien de la majorité qui dirige la ville ? Le 24 septembre, dans la salle du conseil municipal de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, un vœu référencé C-44 a été soumis au vote. Il associait la lutte contre les mutilations sexuelles féminines, souvent désignées sous le terme d’excision, au soutien à une loi intégrale nationale contre les violences sexistes et sexuelles. Le maire, Bally Bagayoko, élu sous l’étiquette de La France insoumise, s’est abstenu. Sa majorité n’a pas apporté ses voix au texte. Les raisons précises de ce choix restent à préciser. Le vote portait sur l’ensemble des engagements, ce qui interdit, à lui seul, d’en déduire une opposition à la lutte contre l’excision. Reste une scène politique locale qui mérite d’être lue avec calme, parce qu’elle dit quelque chose de la manière dont les assemblées municipales traitent les sujets les plus sensibles.

Un vote local qui dépasse la salle du conseil

Saint-Denis n’est pas une commune comme les autres dans le paysage politique français. Ville dense, jeune, marquée par une histoire industrielle et par des trajectoires migratoires multiples, elle concentre des débats qui dépassent souvent le périmètre de ses rues. Quand son conseil municipal se penche sur la protection des filles et des femmes, le geste n’est jamais seulement administratif. Il devient un signal envoyé aux familles, aux associations, aux professionnels de santé et aux élus d’autres villes qui observent ce que fait, ou ne fait pas, une majorité donnée.

Le vœu C-44 n’était pas un arrêté. Il n’ouvrait pas un budget, ne créait pas un service, ne modifiait pas un règlement. Un vœu municipal est une prise de position. Il exprime une volonté politique, parfois symbolique, parfois destinée à peser sur un débat national. Ici, le texte liait deux objets : la protection contre les mutilations sexuelles féminines, d’une part, et le soutien à un cadre législatif national plus large contre les violences sexistes et sexuelles, d’autre part. Cette association est au cœur de l’épisode. On ne votait pas « pour » ou « contre » l’excision. On votait sur un paquet d’engagements.

C’est précisément ce paquet qui rend l’abstention difficile à lire d’un seul coup d’œil. Une abstention peut signifier un désaccord sur la forme, un refus de cautionner une formulation, une réserve sur le calendrier, une tension interne à une majorité, ou encore le choix de ne pas s’engager sur un texte jugé trop large. Elle peut aussi traduire une gêne politique. Sans explication publique détaillée, chacune de ces lectures reste une hypothèse. L’honnêteté commande de les tenir ensemble, plutôt que d’en choisir une pour servir un récit déjà écrit.

Ce que contient, et ce que ne contient pas, un vœu

Dans la vie d’une assemblée locale, les textes ne se valent pas. Une délibération engage la commune. Un vœu la positionne. Le premier a des effets juridiques immédiats. Le second a surtout une portée déclarative. Cette distinction compte, parce qu’elle évite de confondre un geste symbolique avec une mesure de terrain. À Saint-Denis, le 24 septembre, c’est bien un vœu qui était en discussion, pas un plan opérationnel chiffré de prévention des mutilations.

Le document, connu sous la référence C-44, mêlait donc deux niveaux. Le premier relevait de la protection des filles et des femmes contre des pratiques prohibées. Le second renvoyait à un soutien politique à une loi nationale présentée comme intégrale. En politique municipale, ce type de liaison est courant. On profite d’un sujet consensuel pour appuyer une revendication plus large. On peut aussi, à l’inverse, refuser le paquet parce qu’on n’accepte pas l’un de ses éléments. L’abstention se situe entre ces deux pôles : elle ne dit pas oui, elle ne dit pas non.

À retenir

Le vote portait sur l’ensemble du vœu. Il ne permet pas, à lui seul, de conclure à une opposition à la lutte contre l’excision. L’abstention du maire et l’absence de voix de sa majorité appellent une explication, pas un verdict anticipé.

Cette nuance n’enlève rien à la portée du geste. Dans une ville où les questions de protection de l’enfance et de violences faites aux femmes occupent régulièrement l’espace public, ne pas voter un texte qui mentionne l’excision produit un effet. Les habitants ne lisent pas toujours le détail d’un ordre du jour. Ils retiennent souvent l’image simple : la majorité n’a pas soutenu le vœu. D’où l’importance de distinguer le fait brut de l’interprétation qu’on en tire.

Le maire, la majorité, et le poids d’une abstention

Bally Bagayoko dirige Saint-Denis. Son élection s’inscrit dans une séquence politique locale où La France insoumise a pris des positions municipales fortes en Seine-Saint-Denis. Une majorité n’est pas un bloc silencieux. Elle vote, elle amende, elle s’abstient, elle négocie parfois hors séance. Quand le maire s’abstient et que sa majorité n’apporte pas ses voix, le signal est collectif. Il ne s’agit pas d’un incident isolé de bulletin mal orienté.

L’abstention d’un maire a une texture particulière. Le premier édile préside souvent la séance. Son vote, même lorsqu’il ne pèse pas plus qu’un autre sur le plan arithmétique, est regardé comme une orientation. S’abstenir, c’est refuser de trancher publiquement sur le texte tel qu’il est rédigé. Ce refus peut être assumé. Il peut aussi laisser un vide, surtout si aucune prise de parole claire n’en fixe le sens dans les heures qui suivent.

Une abstention n’est pas un silence neutre. Dans une assemblée, elle occupe une place. Elle dit que le texte, dans sa forme du moment, n’a pas convaincu ceux qui avaient le pouvoir de le faire passer.

Les raisons de cette abstention restent à préciser. Cette formule n’est pas une esquive. Elle est la limite exacte de ce que l’on peut affirmer sans inventer une motivation. Attribuer au maire une hostilité à la lutte contre l’excision serait un pas de trop. Attribuer à la majorité une simple erreur de calendrier serait un autre pas de trop. Entre les deux, il y a un fait politique : le texte n’a pas été porté par ceux qui dirigent la ville.

Pourquoi lier excision et loi nationale change la nature du vote

L’excision est interdite en France. Elle est poursuivie. Elle est documentée par des professionnels de santé, des associations et des services de protection de l’enfance. En faire un objet de vœu municipal ne crée pas le droit. Cela rappelle une norme déjà posée et peut encourager des actions locales : information des familles, formation des agents, orientation vers des soins, signalement. Ajouter à ce rappel le soutien à une loi intégrale déplace le centre de gravité. Le vœu cesse d’être seulement un engagement contre une pratique prohibée. Il devient aussi une prise de position sur un projet législatif national, avec son périmètre, ses débats, ses opposants et ses partisans.

Cette architecture a un avantage et un inconvénient. L’avantage est de relier un combat concret à un cadre plus large de lutte contre les violences. L’inconvénient est de rendre le vote moins lisible. Un élu peut soutenir sans réserve la protection des filles contre les mutilations et refuser, pour des raisons de fond ou de forme, d’endosser un texte national dont il ne maîtrise pas tous les articles. Inversement, un élu peut utiliser le sujet des mutilations pour faire passer une revendication partisane. Les deux lectures existent. Le conseil du 24 septembre ne permet pas de trancher laquelle l’a emporté.

  • Le vœu protégeait, dans son énoncé, les filles et les femmes contre les mutilations sexuelles.
  • Il appuyait en même temps une loi nationale contre les violences sexistes et sexuelles.
  • Le vote unique portait sur ces engagements réunis, pas sur chacun pris séparément.
  • L’abstention de la majorité laisse ouverte la question du motif exact.
  • Aucune conclusion automatique ne peut être tirée contre la lutte contre l’excision.

Cette liste ne clôt pas le débat. Elle en fixe les bords. En dehors de ces bords, on entre dans le commentaire. Le commentaire est légitime, à condition de se présenter comme tel. Une ville a le droit de savoir pourquoi sa majorité n’a pas voté un texte qui parle de protection. Une opposition a le droit de poser la question. Une majorité a le devoir d’y répondre autrement que par un silence prolongé.

L’excision, un interdit déjà ancien et toujours actuel

Parler d’excision en France, ce n’est pas parler d’une coutume lointaine sans effet ici. C’est parler de filles qui vivent sur le territoire, parfois nées en France, parfois exposées lors de séjours dans le pays d’origine de la famille. La pratique consiste en l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes féminins pour des raisons non médicales. Elle est une violence. Elle laisse des séquelles physiques, des douleurs, des complications obstétricales, des traumatismes. Le droit français la qualifie et la punit. Les professionnels qui la constatent ont des obligations de signalement lorsqu’une mineure est en danger.

Le vocabulaire lui-même mérite d’être tenu avec précision. Excision est le mot le plus répandu dans le débat public. Mutilations sexuelles féminines est l’expression plus large, retenue par les institutions de santé et par de nombreux textes. Elle couvre plusieurs formes, pas une seule. Utiliser l’un ou l’autre n’est pas anodin. Le premier parle à l’oreille du grand public. Le second évite de réduire le phénomène à une seule modalité. Le vœu de Saint-Denis se situait dans ce champ, en associant protection des filles et des femmes et cadre national contre les violences.

La prévention ne se joue pas seulement au tribunal. Elle se joue dans les consultations, dans les entretiens avec les familles avant un départ, dans la formation des sages-femmes, des médecins scolaires, des travailleurs sociaux. Une commune peut y contribuer sans attendre une loi nouvelle : permanences, partenariats, documents traduits, relais avec les associations spécialisées. Un vœu ne remplace pas ces actes. Il peut les précéder, les accompagner, ou rester une phrase dans un registre de délibérations. C’est toute la différence entre une intention affichée et une politique menée.

Ce que la loi punit déjà, et ce qu’un vœu ne change pas

Le droit pénal français réprime les violences ayant entraîné une mutilation. Lorsque la victime est mineure, les peines sont aggravées. La complicité, l’incitation, le fait d’organiser un déplacement dans le but de faire pratiquer l’acte peuvent aussi être poursuivis selon les circonstances. Cette architecture existe indépendamment du conseil municipal de Saint-Denis. Le vœu C-44 ne créait pas une infraction. Il ne durcissait pas une peine. Il positionnait la ville.

Cette réalité juridique éclaire le débat politique. Si la prohibition est déjà là, pourquoi un vœu ? Parce que l’application du droit dépend de la détection, du signalement, de la confiance des familles envers les institutions, de la formation des acteurs. Une ville peut estimer que son rôle est de dire, haut et fort, qu’elle se range du côté de la protection. Elle peut aussi estimer qu’un texte mal rédigé, ou trop lié à une bataille nationale, ne sert pas cette protection. Les deux arguments peuvent être tenus de bonne foi. Encore faut-il qu’ils soient tenus à voix haute.

Élément Portée réelle Ce que le vote du 24 septembre éclaire
Interdiction pénale Déjà en vigueur, indépendante du conseil Le vœu ne modifiait pas le code pénal
Vœu municipal Position politique, effet symbolique La majorité ne l’a pas soutenu
Loi nationale visée Débat parlementaire, hors compétence locale Son inclusion a élargi l’objet du vote
Abstention du maire Refus de trancher sur le texte entier Motif non précisé à ce stade

Le tableau ci-dessus n’est pas un jugement. C’est une grille de lecture. Elle permet de ne pas mélanger ce qui relève du droit, ce qui relève du symbole et ce qui relève du choix partisan. Saint-Denis, comme toute commune, peut agir sur le symbole et sur le terrain. Elle ne légifère pas à la place du Parlement. Lorsque son conseil est saisi d’un texte qui mêle les deux étages, le vote devient un choix sur le mélange autant que sur le fond.

La Seine-Saint-Denis, un département où le sujet n’est pas abstrait

Le département porte le numéro 93. Il est souvent réduit, dans le débat national, à quelques images répétées. Cette réduction rate l’essentiel : une population jeune, des services publics sous tension, des réseaux associatifs denses, des familles aux origines très diverses. Dans ce cadre, les mutilations sexuelles féminines ne sont pas un thème importé par un ordre du jour. Elles sont un risque documenté par des équipes hospitalières, des cellules de recueil, des associations qui accompagnent des femmes excisées et qui tentent d’empêcher que des filles le soient à leur tour.

Saint-Denis concentre une partie de ces réalités. Une mairie y dispose de leviers limités mais réels : la politique de la ville, les centres de santé lorsqu’ils relèvent de la commune, les crèches, les relations avec l’Éducation nationale, le soutien aux associations. Un vœu peut ouvrir la porte à ces leviers. Il peut aussi rester lettre morte si personne ne transforme la phrase votée en rendez-vous, en formation, en protocole. L’abstention du 24 septembre interrompt même cette première marche. Elle ne ferme pas les services existants. Elle prive simplement ce texte-là d’un appui majoritaire.

Il serait faux d’en déduire que la ville ne fait rien, ailleurs, sur les violences. Une majorité peut multiplier les actions sur les violences conjugales, le harcèlement, l’accueil des femmes et choisir, ce jour-là, de ne pas endosser un vœu précis. La cohérence se juge sur la durée, pas sur une seule séance. Encore faut-il que les habitants puissent comparer les actes et les votes. La transparence des ordres du jour, des explications de vote et des suites données est, ici, un outil démocratique aussi important que le bulletin lui-même.

Lire une abstention sans la transformer en procès

La tentation est grande, dès qu’un élu s’abstient sur un sujet grave, de remplir le vide par l’intention la plus sombre. Cette tentation produit de mauvais raisonnements. Elle confond le refus d’un véhicule politique avec le refus de la destination. Si le véhicule est un vœu qui lie deux combats, refuser le véhicule n’équivaut pas à refuser les deux combats. C’est la limite que le fait lui-même impose. La franchir, c’est quitter l’information pour l’accusation.

L’autre tentation est inverse : banaliser. Dire que rien ne s’est passé, parce qu’un vœu n’est pas une loi. Cette banalisation rate l’effet public. Dans une commune, les symboles comptent. Une majorité qui s’abstient sur un texte mentionnant l’excision envoie, qu’elle le veuille ou non, un message aux associations qui attendaient un soutien clair. Ce message peut être corrigé par une explication, par un autre texte, par des actes. Il ne s’efface pas tout seul.

Entre l’accusation et la banalisation, une troisième voie existe. Elle consiste à décrire le vote, à rappeler ce que le texte contenait, à noter l’absence d’explication publique suffisante, et à poser les questions qui en découlent. Pourquoi ce couplage ? Pourquoi pas un vœu centré sur la seule protection contre les mutilations ? Pourquoi la majorité n’a-t-elle pas déposé un contre-texte ? Ces questions ne supposent pas la mauvaise foi. Elles supposent que le débat local mérite mieux qu’un registre muet.

Le rôle des associations et des professionnels

Sur le terrain, ce ne sont pas les vœux qui détectent une fille en danger. Ce sont des infirmières scolaires, des médecins, des sages-femmes, des enseignants, des travailleurs sociaux, des voisins parfois. Les associations spécialisées jouent un rôle de traduction : elles expliquent le droit, accompagnent les femmes déjà mutilées, interviennent auprès des familles avant un voyage, forment des agents. Leur travail est lent. Il dépend de financements, de locaux, de la qualité du lien avec les institutions.

Un conseil municipal peut renforcer ce travail ou le laisser à la marge. Le vote du 24 septembre ne dit pas ce que Saint-Denis finance par ailleurs. Il dit que, ce jour-là, le texte proposé n’a pas été adopté avec les voix de la majorité. Pour une association, la différence est concrète. Un vœu voté peut servir de levier dans un dossier de subvention, dans une demande de salle, dans une campagne d’affichage. Un vœu non soutenu oblige à chercher d’autres appuis, ou à continuer sans le sceau de l’assemblée.

La protection des filles ne se décrète pas dans une phrase. Elle se construit dans des gestes répétés : un signalement fait à temps, une consultation sans jugement, une famille informée avant le départ, une peine appliquée lorsque le droit est bafoué.

Cette phrase rappelle une hiérarchie. Le symbole vient après le geste, ou à côté de lui, jamais à sa place. Cela n’autorise pas à traiter le symbole comme quantité négligeable. Dans une démocratie locale, dire est déjà une partie du faire. Ne pas dire, lorsque l’occasion est offerte, appelle une justification. Saint-Denis n’échappe pas à cette règle ordinaire.

Majorité, opposition, et usage des textes sensibles

Les sujets de protection des femmes et des filles sont parfois utilisés comme des tests de pureté politique. Celui qui n’adopte pas la formulation exacte de l’autre est soupçonné de tiédeur, voire de complaisance. Ce mécanisme abîme le débat. Il pousse les majorités à voter des textes qu’elles n’ont pas écrits, pour éviter l’image. Il pousse les oppositions à rédiger des textes impossibles à amender, pour piéger le vote. Le résultat est une séance où l’on ne discute plus du fond, mais de la peur d’être mal lu.

Rien, dans les éléments publics de la séance du 24 septembre, ne permet d’affirmer que le vœu C-44 relevait de cette tactique. Rien ne permet non plus de l’exclure. La bonne méthode est de regarder la rédaction, les amendements éventuels, les explications de vote. Si la majorité estimait la rédaction inacceptable, elle pouvait proposer une version recentrée sur les mutilations, sans le volet législatif national. Si elle ne l’a pas fait, le choix de l’abstention reste entier, et plus visible.

La France insoumise, à l’échelle nationale, se présente souvent comme un parti engagé contre les violences sexistes. Cette image rend l’épisode dionysien plus saillant. Une abstention locale n’annule pas une ligne nationale. Elle crée toutefois une tension que les électeurs sont en droit de relever. La politique municipale n’est pas une annexe muette du parti. Elle est le lieu où les principes rencontrent un ordre du jour, une heure, une formulation, un rapport de force dans l’hémicycle.

Ce que les habitants peuvent exiger après une séance

Après un vote de cette nature, plusieurs demandes sont raisonnables. La première est une explication de vote écrite, lisible, publiée avec le compte rendu. La deuxième est un état des actions déjà menées par la ville sur les mutilations sexuelles féminines : partenariats, budgets, formations, nombre de signalements orientés, sans bien sûr exposer des données personnelles. La troisième est, si le désaccord portait sur la loi nationale, un texte distinct consacré à la seule protection locale.

Ces demandes ne sont pas un réquisitoire. Elles sont le fonctionnement normal d’une commune. Un maire qui s’abstient peut les satisfaire dès la séance suivante. Une opposition qui s’en saisit peut les transformer en questions orales. Des associations peuvent demander un rendez-vous plutôt qu’un communiqué. Plus le circuit est concret, moins le débat se perd dans l’invective.

  • Publier le motif de l’abstention, phrase après phrase, sans formule vague.
  • Séparer, dans un prochain texte, la protection contre les mutilations et le soutien à une loi nationale.
  • Dresser la liste des actions municipales déjà engagées auprès des professionnels.
  • Ouvrir une séance de travail avec les associations spécialisées du territoire.
  • Rendre compte, six mois plus tard, de ce qui a été fait ou non.

Une telle liste a l’avantage de sortir du face-à-face entre accusation et défense. Elle propose une suite. Si la suite vient, l’abstention du 24 septembre restera un épisode de forme. Si elle ne vient pas, l’épisode pèsera davantage, parce que le vide ne sera plus seulement celui d’un vote, mais celui d’une politique.

Santé, intimité, et parole publique

Les mutilations sexuelles touchent au corps. En parler dans une assemblée politique exige un ton juste. Trop de pudeur, et le sujet disparaît. Trop de spectacle, et les filles deviennent un argument. Le bon équilibre est clinique et ferme : nommer la pratique, rappeler l’interdit, orienter vers le soin, refuser les généralisations sur des communautés entières. La très grande majorité des familles concernées par les pays où la pratique existe ne la perpétuent pas. Le stigmatiser un quartier ou une origine serait une faute, et une faute inefficace. La prévention fonctionne quand elle s’adresse à des personnes, pas à des étiquettes.

Saint-Denis a, sur ce point, une responsabilité particulière. Ville de passage, ville d’installation, ville où se croisent des histoires familiales très différentes, elle ne peut ni nier le risque ni le projeter sur tous ses habitants. Un vœu bien écrit sert cette ligne de crête. Un vœu mal reçu, ou non voté sans explication, la rend plus glissante. Les professionnels le savent : une parole publique maladroite peut fermer des portes dans les familles, exactement là où il faudrait les ouvrir.

C’est aussi pourquoi le couplage avec une loi nationale n’est pas un détail de rédaction. Plus le texte s’éloigne du geste concret de protection, plus il risque d’être lu comme un message partisan. Plus il reste près des filles, des soignants et des associations, plus il a de chances d’être compris. Le conseil du 24 septembre a peut-être buté sur cette distance. On ne le saura qu’avec des mots précis, pas avec des suppositions.

Mémoire des séances et traces laissées aux électeurs

Les conseils municipaux produisent des archives. Un vœu non adopté laisse une trace différente d’un vœu voté. Dans quelques années, un chercheur, un journaliste local ou un habitant curieux retrouvera la référence C-44, la date du 24 septembre, l’abstention du maire. Il cherchera le motif. S’il ne le trouve pas, il conclura que la ville n’a pas jugé utile de l’expliquer. Cette conclusion, à elle seule, façonne une réputation.

Les réputations municipales se construisent ainsi, par accumulation de petits actes plus que par un discours de campagne. Une ville peut être reconnue pour ses crèches, ses médiathèques, sa gestion de la voirie, et rester floue sur un sujet de protection. L’inverse existe aussi. Le 24 septembre ajoute une pièce au dossier de Saint-Denis, sans résumer à lui seul le mandat de Bally Bagayoko. Le réduire à cette pièce serait injuste. L’oublier serait inexact.

Les électeurs, eux, n’archivent pas de la même manière. Ils retiennent des images. L’image d’un maire qui s’abstient sur un texte parlant d’excision est forte. Elle peut être corrigée par une image suivante : une campagne de prévention, une délibération ciblée, une présence aux côtés d’une association. La politique locale a cette souplesse. Elle permet la rectification. Elle ne l’impose pas.

Comparer sans confondre les niveaux de pouvoir

Il est utile de remettre chaque acteur à sa place. L’État fixe les infractions et les peines. Le parquet poursuit. Le juge condamne. L’hôpital soigne. L’école détecte parfois. La commune informe, oriente, finance des associations, forme ses agents. Le Parlement, s’il examine une loi contre les violences sexistes et sexuelles, travaille à une autre échelle. Mélanger ces niveaux dans un seul vœu est un choix politique. Le refuser est un autre choix. Les deux doivent pouvoir s’expliquer sans être aussitôt traduits en accusation morale.

Cette carte des compétences protège aussi contre les attentes excessives. Attendre d’un conseil municipal qu’il « interdise l’excision » est une erreur : l’interdiction existe déjà. Attendre qu’il se taise sur le sujet est une autre erreur : la proximité avec les familles est un atout de la commune. Entre les deux, le vœu est un outil modeste. Son échec relatif, le 24 septembre, n’est pas une catastrophe juridique. C’est un trou dans le discours public local, à combler ou à assumer.

Trois lectures possibles, aucune preuve exclusive

Première lecture : désaccord sur le volet législatif national, pas sur la protection des filles.

Deuxième lecture : réserve sur la forme du texte, jugée trop large ou trop partisane.

Troisième lecture : tension interne à la majorité, non exprimée en séance. Seule une explication officielle peut faire sortir l’une d’elles du rang des hypothèses.

Tenir ces trois lectures en même temps est inconfortable. C’est pourtant la position la plus solide tant que les motifs ne sont pas publics. Le confort intellectuel consisterait à n’en garder qu’une, celle qui arrange un camp. Le prix de ce confort est une information fausse, ou du moins prématurée. Saint-Denis mérite mieux qu’un récit prématuré.

Ce que ce conseil dit du langage politique

Les assemblées aiment les formules englobantes. Loi intégrale, protection globale, engagement sans faille : ces mots remplissent les vœux et les communiqués. Ils ont une fonction de rassemblement. Ils ont aussi un coût. Plus la formule est large, plus elle peut heurter un élu sur un point secondaire et faire tomber l’ensemble. Le 24 septembre illustre ce coût. Un texte plus étroit, centré sur les mutilations, les soins et la prévention locale, aurait peut-être recueilli d’autres voix. On ne le saura pas, parce que ce texte-là n’était pas sur la table.

Le langage politique local gagne à être concret. Nommer les services, les horaires, les partenaires, les formations, les budgets. Un vœu qui promet un soutien à une loi lointaine parle moins aux habitants qu’une délibération qui crée une permanence. Cela ne retire rien à l’utilité des prises de position nationales. Cela rappelle que la commune est d’abord un lieu de proximité. Lorsque la proximité s’efface derrière le slogan, l’abstention devient plus facile, et plus dommageable.

Bally Bagayoko et sa majorité ont, sur ce point, une marge de manœuvre intacte. Rien n’empêche une prochaine séance de revenir au sujet avec des mots plus précis. Rien n’empêche non plus de laisser l’abstention sans suite. Le choix dira autant que le vote lui-même. Les habitants jugeront sur cette suite, pas seulement sur une dépêche.

Prévention, voyages et confiance des familles

Une part essentielle de la prévention concerne les départs. Des filles sont exposées lors de séjours dans des pays où la pratique persiste, parfois sous la pression d’une génération plus âgée. Les équipes qui travaillent sur le sujet le répètent : il faut parler avant le billet d’avion, pas après le retour. Les mairies, les centres de protection maternelle et infantile, les associations peuvent organiser ces paroles. Elles le font déjà dans plusieurs villes, avec des résultats inégaux mais réels.

Cette prévention suppose la confiance. Une famille qui craint d’être stigmatisée ne viendra pas poser une question. Une famille qui sent un jugement collectif sur son origine se taira. D’où l’importance du ton municipal. Un vœu utile nomme l’interdit sans désigner un groupe. Il propose une aide. Il indique une porte. S’il est perçu comme une arme dans une bataille partisane, la porte se referme. L’abstention du 24 septembre, si elle venait d’une crainte de ce type, pourrait se comprendre. Encore faudrait-il que cette crainte soit dite, et suivie d’une alternative.

La confiance se construit aussi par la constance. Une ville qui parle une fois, lors d’une séance tendue, puis se tait pendant des années, n’installe pas un réflexe. Une ville qui forme chaque année ses agents d’accueil, ses animateurs, ses partenaires de centres de loisirs, installe quelque chose de plus solide qu’un vœu. Le conseil municipal est un moment. La protection est une durée. Les deux doivent se parler.

Ce que l’on peut affirmer, et ce qu’il faut laisser ouvert

On peut affirmer qu’un vœu référencé C-44 a été examiné le 24 septembre au conseil municipal de Saint-Denis. On peut affirmer qu’il associait la protection contre les mutilations sexuelles féminines au soutien à une loi nationale contre les violences sexistes et sexuelles. On peut affirmer que le maire Bally Bagayoko s’est abstenu et que sa majorité n’a pas apporté ses voix. On peut affirmer que les raisons restent à préciser, et que le vote sur l’ensemble interdit de conclure, à lui seul, à une opposition à la lutte contre l’excision.

Il faut laisser ouvert le motif, le détail des interventions, le sort exact des autres groupes présents dans l’hémicycle, et la suite que la ville choisira de donner. Laisser ouvert n’est pas rester vague. C’est refuser d’inventer une phrase que personne n’a prononcée en public. Le débat y gagne en solidité. Il y perd en spectacle. Ce perte est une bonne nouvelle.

Saint-Denis continuera d’être regardée, parce que son maire incarne une offre politique qui prétend parler au nom des plus exposés. Les sujets de corps, de droit et de protection sont un test de cette prétention. Le test du 24 septembre n’est pas raté au sens juridique. Il est incomplet au sens démocratique, tant que l’abstention n’a pas de mots. Les mots peuvent venir. Ils peuvent aussi tarder. Dans les deux cas, les filles dont il était question dans le vœu ne seront protégées que par des actes, pas par une référence d’ordre du jour.

Une ville, un texte, une question qui demeure

Au terme de cette séance, la question utile n’est pas de savoir qui a gagné une polémique. Elle est de savoir ce que Saint-Denis fera, concrètement, pour les filles exposées à une mutilation. Le droit national est là. Les associations sont là. Les soignants sont là. La commune peut se placer dans ce cercle ou rester au bord. L’abstention sur le vœu C-44 la place, pour l’instant, dans une position d’attente. L’attente n’est pas une politique. Elle peut en devenir une si elle sert à réécrire un texte plus juste. Elle devient un manque si elle se prolonge sans geste.

Les habitants n’ont pas besoin d’un héros municipal ni d’un coupable idéal. Ils ont besoin d’une phrase claire et d’une porte ouverte. La phrase dirait pourquoi la majorité n’a pas voté. La porte mènerait vers une prévention nommée, financée, évaluée. Tant que ces deux éléments manquent, le 24 septembre restera une date inconfortable dans la chronique de Saint-Denis. Inconfortable, pas indéchiffrable. Le déchiffrement commence par les faits, continue par les motifs, et ne s’achève que lorsque la protection cesse d’être un alinéa pour devenir une habitude de ville.

C’est là, et pas dans l’invective, que se joue la suite. Un maire peut s’abstenir un jour et agir le lendemain. Une majorité peut refuser un paquet et adopter ensuite un texte net. Une opposition peut questionner sans attribuer des intentions non dites. Les associations peuvent rappeler que le calendrier des filles n’est pas celui des séances. Si chacun tient sa part, l’abstention du 24 septembre aura eu au moins une utilité : obliger Saint-Denis à dire, enfin, ce qu’elle fait quand un vœu ne suffit plus.

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