CryptomonnaieÉconomie

Actifs Tokenisés À 34 Milliards : Les Actions Isolées Attirent

Les actifs tokenisés viennent de franchir 34 milliards. Le cash pèse presque la moitié, mais ce sont les actions isolées qui font presque tout le volume. Le détail surprend.

Trente-quatre milliards de dollars. Ce n’est plus une expérience de laboratoire, ni un argument de conférence. C’est désormais le poids mesuré des actifs du monde réel une fois passés onchain. Et le plus intéressant n’est pas seulement le chiffre. C’est la manière dont les investisseurs se comportent dès que l’action, le crédit ou le cash deviennent un jeton. Ils n’imitent plus le marché traditionnel. Ils le détournent.

Un Marché Qui Grandit Vite Et Qui Ne Copie Plus La Bourse

Au 31 août, les quatre grandes familles d’actifs suivies dans l’étude trimestrielle After Issuance: Reading the Onchain RWA Market dépassaient déjà 33,9 milliards de dollars, soit plus de 140 % de croissance sur un an. Un chiffre voisin, publié dans la foulée, plaçait l’ensemble du marché tokenisé à 34,5 milliards. Mi-septembre, une autre photographie donnait 34,18 milliards après une hausse de 85,2 % depuis le début de 2026. Quoi qu’on retienne comme millésime, le seuil des 34 milliards est franchi.

Plus de 2 600 produits, plus de 250 émetteurs et plateformes, 21 blockchains : le champ d’observation n’est plus anecdotique. On y croise l’offre, les détenteurs, le trading, le prêt et les prix. Cette densité de données permet enfin de séparer ce qui est émis de ce qui circule vraiment. Or cette séparation est brutale. Le cash tokenisé occupe presque la moitié du gâteau. Les actions, beaucoup plus petites en encours, produisent l’essentiel du bruit de marché.

À retenir d’emblée. Le stock d’actifs et l’usage de ces actifs ne racontent pas la même histoire. Une part importante du marché « dort » dans des fonds monétaires. Une part plus petite, celle des actions, s’agite presque sans relâche.

Pourquoi Les Actions Isolées Éclipsent Les ETF

Sur les marchés actions tokenisés au comptant, les titres de sociétés individuelles représentent 81 % de l’offre. Les fonds et ETF n’en représentent que 19 %. En un an, la valeur des positions sur actions isolées a été multipliée par neuf. Ce basculement heurte l’intuition de quiconque suit la Bourse classique, où l’argent s’est progressivement concentré dans les produits indiciels et les enveloppes collectives.

Onchain, le filage du marché n’est pas le même. Le directeur général de Dune, Frederik Haga, l’a résumé d’une phrase nette : « The way the market is wired is completely different. » Traduction libre : le câblage n’est plus celui de la salle des marchés traditionnelle. L’investisseur n’achète pas d’abord un panier. Il vise un nom, une thèse, parfois une histoire sectorielle très courte.

La façon dont le marché est câblé est complètement différente.

Frederik Haga

Cette préférence pour le titre unique n’est pas un caprice esthétique. Elle correspond à la nature même des outils disponibles. Un jeton d’action isolée se prête au fractionnement, à la circulation 24 heures sur 24, à l’intégration dans un pool, à un contrat perpétuel. Un ETF tokenisé peut faire la même chose, mais il dilue le récit. Or le récit, onchain, reste un carburant de liquidité.

On peut le dire autrement. Dans l’univers listé classique, la gestion indicielle a gagné parce qu’elle réduisait le coût, le risque idiosyncratique et la tentation du stock-picking. Dans l’univers tokenisé, le stock-picking redevient un sport de masse, non parce que tout le monde serait devenu analyste, mais parce que le jeton d’une seule société se comporte comme un actif de trading à part entière.

Un Petit Encours, Une Énorme Part Du Trading

Le paradoxe le plus net du trimestre tient en deux pourcentages. Les actions tokenisées restent une petite classe d’actifs dans l’offre totale. Elles ont pourtant généré 93 % du trading spot en août. Le volume spot actions a atteint 12,6 milliards de dollars. Les perpétuels actions ont ajouté 72,4 milliards. Autrement dit, le marché ne « détient » pas les actions comme il détient le cash. Il les fait tourner.

Cette rotation explique pourquoi un observateur qui ne regarderait que la capitalisation tokenisée passerait à côté de l’essentiel. Le cash pèse lourd et bouge peu. L’action pèse moins et concentre presque tout le flux. C’est une économie de l’attention autant qu’une économie de l’encours.

Segment Ordre de grandeur Comportement observé
Cash équivalent 17,8 milliards Très faible rotation secondaire
Actions tokenisées plus petite classe suivie 93 % du spot en août
Spot actions 12,6 milliards Flux concentré sur des noms
Perpétuels actions 72,4 milliards Levier et financement extrêmes

Un autre rapport sur les perpétuels d’actifs réels a confirmé le même tropisme. Les actions cotées ont généré environ 175 milliards de dollars de volume perpétuel au troisième trimestre, soit près de 48 % de l’activité perpétuelle RWA suivie dans cette mesure. Le marché ne se contente pas d’acheter un titre. Il le transforme en exposition continue, parfois agressive.

L’Asie, La Mémoire Et Des Taux De Financement Vertigineux

La géographie du risque n’est pas neutre. Les actions asiatiques représentaient 24 % de l’intérêt ouvert des perpétuels actions. Les sociétés de puces mémoire ont pesé plus lourd encore : 47 % du volume perpétuel actions d’août. Un contrat sur SK Hynix a même vu son financement annualisé grimper à 308 % en juillet. Autrement dit, des traders ont accepté de payer très cher pour rester exposés à la hausse.

Ce type de chiffre n’est pas un détail folklorique. Il dit que le marché tokenisé des actions n’est pas seulement un miroir de la Bourse. C’est un accélérateur d’opinion. Quand un thème industriel devient brûlant, le contrat perpétuel capte la demande plus vite qu’un carnet d’ordres classique. Le financement s’envole. Les positions se concentrent. Le récit d’un secteur, ici celui de la mémoire, devient un objet de levier.

On pourrait y voir une simple fièvre crypto. Ce serait trop court. Le sous-jacent reste une entreprise industrielle, avec des usines, des cycles de prix et des clients. Ce qui change, c’est la vitesse à laquelle cette réalité économique est convertie en pari négociable, fractionnable, transférable d’une chaîne à l’autre. La tokenisation n’invente pas le cycle des semi-conducteurs. Elle le rend plus liquide, plus bruyant, plus cher à porter.

Le Cash Tokenisé Pèse Lourd Et Presque Ne Bouge Pas

Les équivalents de cash restent beaucoup plus volumineux que les actions. Dune les a mesurés à 17,8 milliards de dollars. Plus de 95 % de l’exposition Trésor se concentre dans des fonds monétaires et des bons du Trésor. C’est le grand réservoir du marché. C’est aussi le grand immobile.

En août, seulement 0,006 % de l’offre de cash équivalent a été échangée. Le chiffre est presque comique par sa petitesse, surtout quand on sait que cette catégorie représente à peu près la moitié des actifs couverts par l’étude. On n’est pas face à un marché secondaire vivant. On est face à un parking de rendement.

Cette immobilité n’est pas forcément un échec. Elle révèle une intention. Beaucoup d’acheteurs de produits monétaires tokenisés ne cherchent pas un jeton à faire circuler. Ils cherchent un rendement court, une unité de compte onchain, une alternative au cash dormant sur une plateforme. Le produit sert de bilan, pas de piste de danse.

Artem Tolkachev, dirigeant de Falcon Finance, a d’ailleurs rappelé un point souvent oublié : une faible activité DeFi ne doit pas être lue automatiquement comme une demande faible. Un produit de Trésor acheté pour le rendement n’a pas la même vocation qu’un actif conçu pour le prêt actif. Confondre les deux, c’est juger un coffre-fort à l’aune d’un casino.

Le Crédit, Lui, Devient Un Vrai Collatéral

Le crédit tokenisé raconte une troisième histoire. Environ 19 % à 21 % de cet encours a été déposé dans des protocoles de prêt comme garantie. Le cash équivalent, dans le même exercice, n’en déposait que 0,4 %. L’écart est énorme. Il inverse presque la hiérarchie traditionnelle des collatéraux, où la dette publique joue d’habitude un rôle central.

Pourquoi ce basculement ? Parce que le crédit tokenisé, une fois représenté onchain, se prête mieux à une logique de nantissement programmable. Il peut être verrouillé, libéré, réutilisé selon des règles visibles. Le bon du Trésor tokenisé, lui, est souvent détenu pour ce qu’il est : une poche de liquidité et de rendement, pas un actif qu’on a envie de mettre au travail à tout prix.

Dès le mois de mai, une recherche antérieure de Dune avait déjà dessiné cette faille. Sur 27,5 milliards de RWA tokenisés, seulement 1,7 milliard circulait vraiment via collatéral, prêt ou autre usage DeFi. L’émission précède l’activation. Le bilan précède le flux. Cette séquence n’a rien d’anormal dans un marché jeune. Elle devient toutefois un critère de jugement : un actif tokenisé n’a pas « réussi » seulement parce qu’il existe. Il réussit quand on s’en sert.

Les Actions Grandissent Vite, Mais Restent Minuscules

Au 15 septembre, Binance Research plaçait les actifs RWA suivis à 34,18 milliards de dollars. Obligations et fonds monétaires pesaient 18,29 milliards. Les actions tokenisées atteignaient 4,43 milliards. Cette dernière poche avait grimpé de 390,4 % depuis le début de l’année et représentait 13 % des RWA suivis par cette équipe. Le rythme impressionne. L’échelle, non.

Ces 4,43 milliards équivalaient à seulement 0,0029 % d’un marché actions coté de référence de 151,9 billions de dollars. Même en acceptant l’hypothèse d’une croissance explosive, on parle encore d’une poussière à l’échelle mondiale. Richard Teng l’a souligné en commentant ces projections : la tokenisation peut changer l’accès aux marchés actions, mais cela n’arrivera pas du jour au lendemain.

Le même travail distingue clairement l’émission et l’usage. Environ 12 % du capital tokenisé suivi était déployé dans le prêt, les pools de liquidité, les marchés de collatéral ou d’autres applications onchain. Pour les actions, le Capital Activation Rate — la part de valeur réellement mise au travail — est passé de 1,95 % en début d’année à 7,54 % au 15 septembre. Les pools de liquidité concentraient 65,4 % de cette valeur déployée. Le prêt en prenait 28,1 %.

Les scénarios de long terme restent des projections, pas des promesses. L’hypothèse prudente, l’hypothèse centrale et l’hypothèse haute placent les actions tokenisées autour de 61 milliards, 349 milliards et 987 milliards de dollars d’ici 2030. Même le cas central de 349 milliards ne représenterait qu’environ 0,23 % du marché actions de référence utilisé dans l’étude. La révolution, si elle a lieu, sera d’abord une affaire de rails et d’accès, pas un remplacement immédiat de Wall Street.

Trois vitesses du marché

Le cash s’accumule. Le crédit s’endette et se nantit. L’action se trade. Tant qu’on mélange ces trois fonctions, on comprend mal pourquoi un marché de 34 milliards peut sembler à la fois immense et encore minuscule.

Ce Que Change Vraiment Le Passage Onchain

Tokeniser un titre, ce n’est pas seulement photographier un cours et l’emballer dans un smart contract. Dans le meilleur des cas, le détenteur conserve les droits économiques et politiques du titre sous-jacent : dividendes, vote, liquidation. Dans d’autres montages, on n’achète qu’une exposition de prix. Cette différence, longtemps théorique, devient maintenant un critère réglementaire.

Le marché onchain a aussi une autre particularité : il rend visibles des comportements que la Bourse classique dilue. On voit quelle part d’un encours est déposée en collatéral. On voit quelle part d’un fonds monétaire ne tourne jamais. On voit un contrat mémoire payer un financement à trois chiffres. La transparence n’embellit pas le marché. Elle le rend lisible, parfois trop lisible.

Elle crée aussi des habitudes nouvelles. Un investisseur peut passer d’une action isolée à un perpétuel, puis à un pool, sans quitter le même univers d’interfaces. Le parcours n’est plus courtier, puis banque, puis dépositaire. Il devient une chaîne de contrats. Cette continuité explique une partie de la suractivité actions. Plus un actif est « branchable », plus il est tradé.

Une Porte Réglementaire S’ouvre Aux États-Unis, Étroite Et Conditionnelle

Le 17 septembre, la Securities and Exchange Commission a annoncé une exemption conditionnelle de cinq ans. Elle permet à des Tokenized Securities Venues éligibles de tester la négociation d’actions américaines du National Market System tokenisées, via des teneurs de marché automatisés permissionnés et des pools de liquidité. Ce n’est pas une amnistie générale. C’est un corridor expérimental.

Les conditions sont strictes. Les jetons éligibles doivent donner aux détenteurs les mêmes droits d’intérêt et de dividende, de vote et de liquidation que les actions traditionnelles qu’ils représentent. Les produits synthétiques qui n’offrent qu’une exposition de prix restent hors cadre. Un tokeniseur tiers doit, dans certains cas, notifier l’émetteur sous-jacent avant de lister son titre.

Cette voie de cinq ans crée un terrain d’essai régulé. Elle n’approuve pas tous les produits ni toutes les plateformes déjà en circulation. L’ordre est temporaire et conditionnel. L’autorité recueille aussi des commentaires publics en vue de règles plus durables. Autrement dit, le régulateur n’ouvre pas le stade. Il ouvre un laboratoire sous surveillance.

Pour le marché, la distinction est capitale. Une partie de l’activité observée par Dune porte sur des expositions qui ne rentreraient pas dans ce cadre. Une autre partie, celle qui vise à répliquer vraiment le titre, pourrait y trouver une légitimité nouvelle. Entre les deux, la confusion restera élevée tant que le public continuera d’appeler « action tokenisée » des objets juridiques très différents.

Les Infrastructures Traditionnelles Préparent Leur Contre-Offre

Les opérateurs de marché classiques ne regardent plus ailleurs. Le 23 septembre, Blockchain.com a annoncé un accord avec NYSE Group pour explorer un accès 24 heures sur 24 à des actions et ETF américains tokenisés, via l’infrastructure de trading numérique prévue par la place new-yorkaise. Le projet reste soumis à autorisation. Aucune date publique de lancement n’a été confirmée.

L’accord porte sur une distribution potentielle de titres tokenisés et sur l’échange de données entre marchés crypto et marchés traditionnels. La venue imaginée par NYSE vise le trading continu, les fractions d’actions et le règlement blockchain. Les deux parties n’ont pas dit quels titres ou ETF sortiraient en premier, ni quels pays auraient d’abord accès au dispositif.

Cette prudence n’est pas cosmétique. Un marché 24/7 sur des titres américains soulève des questions de garde, de divulgation, de meilleure exécution, de fragment de liquidité et de protection de l’émetteur. Le fait qu’une grande place s’y intéresse ne signifie pas que le produit est mûr. Cela signifie seulement que l’hypothèse n’est plus reléguée aux marges.

Ce Que Ces Chiffres Disent De La Demande Réelle

Si l’on prend un peu de recul, trois demandes se superposent. La première est une demande de rendement court et de stabilité, satisfaite par les fonds monétaires et les T-bills tokenisés. La deuxième est une demande de collatéral utile, davantage satisfaite par le crédit. La troisième est une demande d’expression de vue, presque spéculative, captée par les actions isolées et leurs dérivés.

Ces demandes n’ont pas la même temporalité. Le cash s’installe. Le crédit s’ancre dans les protocoles. L’action s’emballe puis se calme, selon les thèmes du moment. Juger le succès de la tokenisation à l’aune d’un seul de ces comportements, c’est se tromper d’indicateur. Un marché monétaire immobile peut être un succès de trésorerie. Un marché actions survolté peut être un succès de trading et un échec de détention longue.

Le mot real-world assets entretient d’ailleurs une illusion d’unité. Sous cette étiquette, on range un bon du Trésor, une créance, une action coréenne de mémoire, parfois un produit qui n’est même pas le titre juridique. Le point commun n’est pas la nature économique. C’est le format. Un format ne crée pas automatiquement un marché unique. Il crée un rail commun pour des usages divergents.

Les Limites Qu’Il Faudrait Cesser D’Oublier

La première limite est juridique. Tous les jetons d’actions ne sont pas des actions. Certains donnent les droits. D’autres donnent un prix. Tant que cette frontière reste floue pour l’utilisateur final, le risque de malentendu reste élevé. L’exemption américaine vise précisément à forcer cette clarté pour une partie du marché.

La deuxième limite est d’échelle. Même après une hausse de 390 % en 2026, les actions tokenisées restent une fraction négligeable du marché listé mondial. On peut célébrer la croissance sans transformer 4,43 milliards en bascule historique. Le pourcentage 0,0029 % devrait rester affiché en gros caractères dans chaque présentation trop lyrique.

La troisième limite est d’usage. Une grande partie de l’encours ne circule pas. Ce n’est pas forcément grave. Cela devient un problème si l’industrie vend la tokenisation comme une révolution de la liquidité alors que le cash, cœur du marché, ne tourne quasiment pas. La liquidité n’est pas un attribut magique du jeton. Elle dépend d’un besoin, d’un teneur de marché, d’une règle et d’un acheteur en face.

La quatrième limite est comportementale. Des financements annualisés à 308 % racontent une appétence au levier, pas une adoption institutionnelle tranquille. Les deux peuvent coexister. Elles ne doivent pas être confondues. Un marché peut être à la fois plus ouvert et plus nerveux. La tokenisation n’abolit pas le cycle. Elle peut l’amplifier.

Comment Lire Les Prochaines Publications De Données

Les prochains rapports mériteront d’être lus avec une grille simple. D’abord l’encours par classe. Ensuite la part effectivement tradée. Puis la part déposée en collatéral. Enfin la nature juridique des jetons actions : titres réels ou simples expositions. Sans ces quatre couches, le chiffre de 34 milliards ne dit presque rien.

Il faudra aussi regarder si la préférence pour l’action isolée persiste. Si elle tient, le marché onchain confirmera qu’il n’est pas un simple décalque de la gestion indicielle. S’il bascule vers les ETF, on assistera peut-être à une normalisation, avec plus d’institutions et moins de récits de stock unique. Aujourd’hui, la photographie penche nettement du premier côté.

Autre signal à surveiller : le Capital Activation Rate des actions. Passer de 1,95 % à 7,54 % en quelques mois est spectaculaire, mais part d’un niveau très bas. Si cette activation continue de monter via les pools et le prêt, les actions cesseront d’être seulement un objet de volume. Elles deviendront une brique de bilan DeFi. C’est une autre étape, plus structurante que le seul record d’encours.

Ce Que Tout Cela Change Pour Un Investisseur Ordinary

Pour un particulier, la leçon n’est pas « il faut tout tokeniser ». Elle est plus terre à terre. Un jeton de fonds monétaire n’a presque rien à voir avec un jeton d’action isolée, même s’ils apparaissent dans le même tableau de bord. L’un sert souvent à parquer. L’autre sert souvent à parier. Les confondre, c’est prendre un risque de vocabulaire avant même de prendre un risque de marché.

La fraction d’action, le trading continu et le règlement sur chaîne peuvent améliorer l’accès. Ils n’annulent ni le risque de change, ni le risque de plateforme, ni le risque de décalage entre le jeton et le titre. Quand un régulateur exige l’égalité des droits, ce n’est pas par amour de la paperasse. C’est parce que trop de produits ont vendu une action sans en livrer toutes les prérogatives.

La concentration sur quelques thèmes, comme les puces mémoire, doit aussi calmer les discours d’universalité. Un marché où 47 % d’un volume mensuel d’actions perpétuelles se joue sur un coin de secteur n’est pas encore un marché large. C’est un marché expressif. L’expression n’est pas la profondeur.

Une Mutation De Format, Pas Encore Une Mutation De Pouvoir

Au fond, le cap des 34 milliards raconte une mutation de format. Des actifs déjà connus — cash, crédit, actions — circulent désormais dans une infrastructure qui enregistre, compose et parfois sur palpite. Cette infrastructure révèle des goûts différents : plus d’actions isolées, plus de collatéral crédit, moins de rotation monétaire. Elle n’a pas encore déplacé le centre de gravité de la finance mondiale.

Les places historiques s’y préparent. Le régulateur américain ouvre un sentier étroit. Les analystes onchain documentent enfin l’écart entre ce qui est émis et ce qui est utilisé. Ces trois mouvements, ensemble, valent davantage que le seul chiffre rond. Ils dessinent un marché qui sort de l’âge des démonstrations pour entrer dans l’âge des distinctions.

Distinguer, précisément, voilà le travail des mois à venir. Distinguer le titre du synthétique. Distinguer le parking du trading. Distinguer une croissance de 390 % et une part de 0,0029 %. Distinguer un laboratoire de cinq ans et un marché ouvert à tous. Tant que ces lignes ne sont pas tenues, le mot tokenisation restera un fourre-tout commode. Or le fourre-tout, on le voit maintenant, commence à se fissurer sous le poids des données.

Le plus frappant, au bout du compte, n’est pas que les investisseurs onchain aiment les actions. C’est qu’ils les aiment autrement. Moins en panier. Plus en nom. Moins en bilan immobile. Plus en flux. Si cette préférence tient, les 34 milliards d’aujourd’hui ne seront qu’un premier inventaire. Le vrai sujet, déjà visible, c’est la manière dont un titre unique redevient le personnage principal dès qu’on lui donne un jeton.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.