Deux dollars. Le chiffre a l’air simple, presque trop net pour un marché qui adore les prévisions floues. Pourtant, au 30 septembre 2026, alors que le token ENA évoluait autour de 0,25 dollar, une grande banque internationale a publié une première couverture de recherche avec un objectif de 2 dollars à la fin 2028. Autrement dit, un scénario d’environ 700 % de hausse. L’idée n’est pas sortie d’un fil de discussion anonyme : elle repose sur l’expansion d’USDe, le dollar synthétique d’Ethena, sur les marchés de futures perpétuels, sur la tokenisation d’actifs et sur un mécanisme de rachats lié aux revenus. Reste à savoir si le récit tient la route, ou s’il s’agit d’un exercice de valorisation trop linéaire pour un protocole encore jeune.
Le pari de 2 dollars et ce qu’il dit vraiment du marché
Quand une institution traditionnelle pose un prix cible sur un token de gouvernance, le marché entend deux messages à la fois. Le premier est flatteur : Ethena n’est plus seulement un projet DeFi parmi d’autres, il entre dans le radar des équipes de recherche qui suivent déjà Bitcoin, Ethereum et les grands stablecoins. Le second est plus ambigu : un objectif à horizon 2028 suppose que l’offre d’USDe, la mixité des rendements et la discipline des rachats se tiennent ensemble pendant plus de deux ans. Or, dans la crypto, deux ans, c’est une éternité.
Geoff Kendrick, responsable mondial de la recherche sur les actifs numériques de la banque, décrit Ethena comme un stablecoin à rendement scalable. La formule est marketing, mais elle pointe le cœur du dossier. USDe n’est pas seulement une unité de compte. C’est une machine à déployer du capital dans des stratégies delta-neutres, puis à redistribuer une partie de la valeur créée. Si cette machine grandit, ENA est censé en capter une fraction. Si elle stagne, le token redevient un simple jeton de gouvernance avec un récit trop ambitieux.
Repère de marché
ENA vers 0,25 $ le 30 septembre 2026 — l’objectif de 2 $ fin 2028 implique environ 700 % de potentiel, et un écart de près de 87 % par rapport à la cible.
Le timing n’est pas anodin. Le token avait déjà repris 54,1 % sur les sept jours clos au 26 septembre, après l’annonce d’une extension de la stratégie de base trade vers les actions tokenisées et les perpétuels actions. Autour de 0,2756 dollar ce jour-là, après un pic à 0,2807 dollar, ENA passait au-dessus de ses moyennes mobiles à 20, 50, 100 et 200 jours. Le marché anticipait déjà une partie de l’histoire que la banque a ensuite formalisée.
Trois marchés, une seule thèse
La valorisation ne repose pas sur un seul levier. Elle en empile trois : les stablecoins, les futures perpétuels et la tokenisation. Ethena se situe à leur intersection. C’est précisément ce qui séduit les analystes. Un protocole qui ne dépendrait que du taux de funding crypto serait fragile. Un protocole capable de déplacer son moteur de rendement d’un marché à l’autre aurait, en théorie, plus de chances de durer.
USDe a popularisé l’idée d’un dollar qui « travaille » après son lancement fin 2023. Il est devenu le stablecoin le plus rapide à atteindre 10 milliards de dollars de capitalisation. Les stablecoins à rendement représenteraient aujourd’hui environ 5 % du marché des dollars on-chain. La banque estime que cette part va monter, parce que les utilisateurs veulent à la fois la stabilité d’une unité dollar et un rendement, sans passer par un compte bancaire classique.
Le modèle initial était simple à raconter, plus délicat à faire tenir. Ethena détenait des actifs spot et se couvrait via des positions courtes sur futures perpétuels. Le basis trade crypto a parfois généré plus de 20 % de rendement. Puis les funding rates se sont tassés, l’offre d’USDe a reculé après un pic proche de 15 milliards, et le protocole a dû chercher d’autres poches de rendement. C’est là que le dossier devient intéressant… et plus risqué.
USDe, le moteur que tout le monde regarde
Sans croissance d’USDe, le scénario à 2 dollars s’effondre. Le token ENA n’est pas un actif productif au sens classique. Sa valeur dépend de la taille du bilan synthétique, des revenus générés par les métiers de la marque Ethena, et de la décision d’utiliser une part de ces revenus pour racheter des tokens. Autrement dit, le marché ne paie pas seulement une histoire de gouvernance. Il paie une option sur le volume du dollar synthétique.
Lorsque la proposition de rachats récurrents a été formulée en août, l’offre d’USDe était encore sous 5 milliards, loin du premier seuil de 7,5 milliards à partir duquel 95 % du revenu net des activités de marque serait dirigé vers des rachats. Le contraste avec le pic historique proche de 15 milliards dit deux choses. D’abord, le produit a déjà prouvé qu’il pouvait scaler très vite. Ensuite, il peut aussi se contracter brutalement quand le rendement devient moins attractif ou quand le marché se méfie du risque de contrepartie.
Ethena n’est pas un simple émetteur de dollar. C’est une usine à déployer du capital delta-neutre, dont le token ENA n’a de sens que si cette usine tourne longtemps, et tourne mieux.
Le protocole a donc commencé à diversifier le backing. Une facilité de prêt d’un milliard de dollars lancée en août avec FalconX permet aux actifs qui soutiennent USDe de financer des prêts garantis et surcollatéralisés destinés à des emprunteurs institutionnels. FalconX originate et gère les prêts via une structure dédiée. Des dépositaires qualifiés conservent un collatéral supérieur aux encours. Début juillet, le crédit institutionnel représentait environ 310 millions de dollars, soit 6,9 % du backing d’USDe. Ce n’est pas encore le cœur du modèle. C’est un premier déplacement hors du seul funding crypto.
Du funding crypto aux actions tokenisées
Le geste le plus commenté de la période récente n’est pas un partenariat bancaire. C’est l’extension du basis trade aux actions américaines tokenisées et aux perpétuels actions, après validation par le comité des risques. Le schéma reprend la logique d’origine : une jambe spot tokenisée, une jambe futures pour neutraliser le risque de prix. Les bStocks de Binance fournissent l’exposition spot tokenisée. Les perpétuels actions assurent la couverture.
Au moment de l’annonce, Binance affichait plus de 2,9 milliards de dollars d’intérêt ouvert sur les perpétuels actions. Le basis actions avait moyenné 3,56 % annualisés sur les six mois précédents. C’est nettement moins que les 20 % parfois observés sur le crypto basis. Mais la taille potentielle du marché actions est d’un autre ordre. Guy Young, fondateur d’Ethena Labs, a parlé de l’extension la plus significative du mécanisme de financement d’USDe depuis le lancement. L’équipe estime que l’opportunité sur les perpétuels actions pourrait, à terme, dépasser le marché correspondant des perpétuels crypto.
Ce point est décisif pour la thèse à 2 dollars. Si Ethena reste prisonnier du cycle des funding rates crypto, son rendement devient cyclique, parfois généreux, parfois trop faible pour retenir les dépôts. S’il parvient à industrialiser la même mécanique sur les actions, le crédit et certains fonds tokenisés, le protocole se rapproche d’une plateforme multi-marchés. Le token ENA cesserait alors d’être uniquement un pari sur la DeFi pour devenir un pari sur la financiarisation on-chain au sens large.
La tokenisation, l’horizon 2 000 milliards
La recherche bancaire relie explicitement cette expansion à une prévision beaucoup plus vaste : les actifs du monde réel déployés sur blockchain passeraient d’environ 40 milliards de dollars aujourd’hui à 2 000 milliards à la fin 2028. Le chiffre est spectaculaire. Il sert de toile de fond au prix cible. Ethena n’a pas besoin de capturer tout ce marché. Il lui suffit d’en intercepter une fraction suffisamment liquide pour y déployer du capital delta-neutre ou du crédit.
Dès juin, le protocole prévoyait une allocation de 250 millions de dollars au fonds de CLO AAA tokenisé de Securitize, étendu à Solana. Le fonds investit dans des tranches AAA de CLO libellées en dollar, sur marchés primaire et secondaire. BNY agit comme dépositaire et sous-conseiller. On quitte ici le théâtre des perpétuels crypto pour entrer dans le crédit structuré traditionnel, simplement enveloppé dans une infrastructure on-chain. C’est moins spectaculaire qu’un funding rate à 20 %. C’est potentiellement plus durable.
Aujourd’hui
~40 Md$ d’actifs tokenisés
Horizon 2028
2 000 Md$ visés
Faut-il prendre le 2 000 milliards au pied de la lettre ? Non. Les prévisions de tokenisation ont déjà été trop généreuses par le passé. Mais même un scénario deux ou trois fois plus petit changerait la donne pour un protocole capable de se brancher sur plusieurs classes d’actifs. Le vrai sujet n’est pas le chiffre rond. C’est la capacité d’Ethena à rester un intermédiaire de rendement sans concentrer trop de risques opérationnels, juridiques et de liquidité.
Les rachats, pièce manquante de la valorisation
Un prix cible de 2 dollars ne se justifie pas seulement par la croissance d’USDe. Il suppose un mécanisme qui relie cette croissance au token. En août, Ethena a proposé que 95 % du revenu net des métiers de marque aille vers des rachats récurrents d’ENA, une fois certains seuils d’offre d’USDe atteints. Le premier seuil est fixé à 7,5 milliards. Contrairement à un programme antérieur de 260 millions, alimenté par une enveloppe fixe, le nouveau schéma lierait les achats au revenu récurrent.
C’est un changement de nature. Un rachat ponctuel est un signal. Un rachat lié au chiffre d’affaires est une politique. Si USDe rebondit au-dessus de 7,5 milliards et que les métiers génèrent réellement du revenu net, ENA cesse d’être seulement un jeton de gouvernance pour devenir un actif exposé à un flux. Les marchés aiment les flux. Ils les surpaient parfois. Ils les sanctionnent aussi dès qu’ils se tarissent.
En parallèle, le calendrier d’offre a été retouché. La fondation a racheté des tokens verrouillés à certains investisseurs seed qui vendaient, et prévu d’accélérer les déblocages restants des investisseurs d’origine. Objectif affiché : mettre fin aux libérations mensuelles de ces investisseurs, tout en laissant l’équipe sous son vesting existant. Le message au marché est clair. Moins de pression vendeuse mécanique, davantage de lisibilité. Reste à vérifier que les tokens ainsi rachetés ou réaménagés ne réapparaissent pas plus tard sous une autre forme.
Une infrastructure qui commence à ressembler à la finance traditionnelle
CME Group a lancé en août des taux de référence ENA couvrant les clôtures de Londres, New York et Asie-Pacifique. CF Benchmarks calcule ces indices à partir des transactions des places spot éligibles. Ils sont publiés tous les jours, y compris week-ends et jours fériés, et peuvent servir à la valorisation de portefeuilles, à la gestion des risques et à des produits financiers liés à ENA. Ce n’est pas un catalyseur de prix immédiat. C’est une brique d’infrastructure. Les institutions n’entrent pas massivement sur un token sans référentiel.
Ethena Pay, lancé en bêta en septembre, ajoute une autre couche : des soldes USDe en autocustodie, des paiements, et des taux de récompense annuels pouvant aller jusqu’à 6 %. L’accès initial a été ouvert à 400 utilisateurs sur des marchés éligibles. L’abonnement standard est gratuit. Les niveaux supérieurs exigent de verrouiller une quantité d’ENA ou de remplir des conditions de parrainage. Ethena Pay Ltd. précise n’être pas une banque et que les soldes ne sont pas couverts par une assurance-dépôts publique. Le détail compte. Il rappelle que le produit reste un outil crypto, même lorsqu’il imite l’expérience d’un compte de paiement.
Verrouiller de l’ENA pour accéder à des services crée une demande utilitaire, distincte de la spéculation. Si cette mécanique se développe, elle peut soutenir le token même pendant les phases où les rachats n’ont pas encore commencé. Si elle reste confidentielle, elle n’aura qu’un rôle cosmétique. Quatre cents utilisateurs, ce n’est pas un réseau de paiement. C’est un laboratoire.
Ce que le marché a déjà intégré… et ce qu’il n’a pas encore digéré
La hausse de 54,1 % observée jusqu’au 26 septembre montre que les traders ont réagi vite à l’ouverture actions. Ils ont aussi réagi à l’idée qu’ENA pourrait capter davantage de valeur via les rachats. Mais un rallye technique au-dessus des moyennes mobiles ne valide pas un objectif à 2028. Il dit seulement que le récit est de nouveau achetable à court terme.
Le marché n’a probablement pas encore intégré, de façon cohérente, trois incertitudes. Premièrement, le rythme réel de reconstruction de l’offre d’USDe. Deuxièmement, la qualité du rendement hors crypto : un basis actions à 3,56 % n’a pas le même pouvoir d’attraction qu’un funding crypto à deux chiffres. Troisièmement, le risque réglementaire autour des dollars synthétiques, du crédit on-chain et des produits de paiement qui ressemblent à des dépôts sans en avoir le statut.
- La croissance d’USDe conditionne le déclenchement des rachats.
- Le mix de rendements détermine la stabilité de l’offre.
- La tokenisation élargit le terrain de jeu, mais pas sans frictions.
- L’infrastructure institutionnelle prépare le terrain plus qu’elle ne crée la demande.
- Le token reste exposé à la dilution psychologique des unlocks passés.
Peut-on vraiment justifier 2 dollars ?
Un multiple d’environ huit fois le cours de fin septembre n’est pas absurde si l’on suppose qu’USDe redevient un acteur de premier plan, que les revenus nets sont réels, que 95 % de ces revenus reviennent au token, et que le marché accorde à ENA un multiple de flux comparable à d’autres tokens de protocoles générateurs de cash. Chaque « si » est une hypothèse. Empilées, elles forment un scénario central pour la banque, un scénario optimiste pour un investisseur prudent.
Imaginons deux trajectoires. Dans la première, l’offre d’USDe repasse durablement au-dessus de 7,5 milliards, puis se rapproche de son ancien pic. Le crédit institutionnel et les actions tokenisées compensent la baisse des funding rates. Les rachats deviennent visibles. Le marché commence à valoriser ENA comme un titre lié à un flux. Atteindre 2 dollars n’est plus un miracle, c’est une actualisation de croissance.
Dans la seconde, USDe stagne entre 3 et 6 milliards. Le rendement hors crypto reste médiocre. Les utilisateurs arbitrent vers d’autres dollars à rendement. Les seuils de rachat ne sont pas atteints, ou le sont trop tard. L’infrastructure CME et Ethena Pay existent, mais sans masse critique. Dans ce monde-là, ENA peut rebondir cycliquement. Il a beaucoup moins de raisons de multiplier son prix par huit.
Il existe aussi une trajectoire intermédiaire, plus réaliste que les deux extrêmes. L’offre d’USDe remonte sans retrouver 15 milliards. Les rachats démarrent, mais de façon irrégulière. Le token s’apprécie davantage que le marché altcoins moyen, sans pour autant coller à la cible. Un cours entre 0,60 et 1,20 dollar fin 2028, selon le cycle crypto global, serait déjà une performance notable. Ce n’est pas le chiffre publié. C’est souvent ainsi que les marchés interprètent les objectifs lointains : comme une borne haute, pas comme une médiane.
Les risques que le récit glisse sous le tapis
Un article de marché ne sert à rien s’il se contente de répéter la thèse haussière. Le basis trade, même étendu aux actions, n’élimine pas le risque de liquidité des perpétuels, le risque de contrepartie des plateformes, ni le risque opérationnel des gardes de collatéral. Un écart de financement qui se retourne, une défaillance d’intermédiaire, un gel de fonds, et le rendement « stable » devient un problème de solvabilité perçue.
Le crédit institutionnel introduit un autre profil de risque. Prêter, même de façon surcollatéralisée, ce n’est plus seulement extraire un funding rate. C’est accepter un risque d’emprunteur, un risque juridique, un risque de réalisation du collatéral. Les 310 millions observés en juillet restent modestes. S’ils grandissent trop vite, le marché demandera davantage de transparence sur les pertes éventuelles, les covenants, les dépositaires.
La régulation pèse aussi. Un dollar synthétique à rendement, un service de paiement, un token racheté avec des revenus de protocole : chaque brique peut attirer un regard différent selon les juridictions. L’absence d’assurance-dépôts, clairement affichée pour Ethena Pay, protège juridiquement l’émetteur. Elle n’empêche pas un utilisateur de se comporter comme s’il avait un compte. Ce décalage entre perception et statut est classique. Il est dangereux dès que les encours deviennent grand public.
Enfin, le risque de récit. Ethena a déjà connu un âge d’or d’offre, puis une contraction. Les marchés n’oublient pas. Ils peuvent rejouer le même film : enthousiasme sur le rendement, afflux de capital, compression des taux, sorties, pression sur ENA. Diversifier le backing réduit cette cyclicité. Cela ne la supprime pas.
Comment lire le token sans se noyer dans le marketing
Pour suivre ENA d’ici 2028, mieux vaut regarder cinq indicateurs plutôt qu’un prix cible. L’offre d’USDe, d’abord. Le mix de backing, ensuite : part du basis crypto, part des actions, part du crédit, part des fonds tokenisés. Le revenu net des métiers de marque, troisième. Le rythme réel des rachats, quatrième. La demande utilitaire d’ENA via les services, cinquième. Si quatre de ces cinq lignes s’améliorent ensemble, le scénario de 2 dollars cesse d’être une affiche. S’il n’y en a qu’une, le multiple proposé paraît trop généreux.
Il faut aussi comparer Ethena à ce que le marché attend des autres dollars à rendement. La concurrence ne dort pas. Plus le créneau se peuple, plus le rendement s’érode, plus la différenciation se joue sur la distribution, la conformité perçue et la qualité opérationnelle. Un protocole qui arrive le premier n’est pas forcément celui qui reste le plus grand. USDe a gagné la bataille de la vitesse initiale. La bataille de la durée est ouverte.
Ce que 2028 changera, même si le prix rate la cible
Que ENA touche 2 dollars ou non, le dossier dit quelque chose de plus large sur la finance crypto de la fin de décennie. Les stablecoins ne sont plus seulement des rails de transfert. Ils deviennent des bilans. Les perpétuels ne sont plus seulement des outils de spéculation. Ils deviennent des machines à extraire un basis. La tokenisation n’est plus un slogan de conférence. Elle commence à recevoir de vraies allocations, même modestes, vers des CLO, des actions, du crédit.
Dans ce paysage, un token de gouvernance qui parvient à se brancher sur un flux de revenus n’est plus un ovni. C’est une tentative de rapprocher la crypto des logiques de rachats d’actions. On peut juger le multiple trop élevé. On ne peut pas ignorer le mouvement. Les marchés aiment les récits qui ressemblent à ceux qu’ils connaissent déjà : croissance du bilan, expansion des métiers, retour de capital aux détenteurs.
Le 30 septembre 2026, à 0,25 dollar, ENA n’était pas cher si l’on croit à la reconstruction d’USDe et à la discipline des rachats. Il n’était pas bon marché si l’on considère que le premier seuil de 7,5 milliards n’était pas encore là, que l’offre avait déjà reculé depuis 15 milliards, et que le rendement hors crypto reste à prouver à grande échelle. Les deux lectures peuvent coexister. C’est souvent le cas au moment où une banque pose un premier objectif.
Alors, 2 dollars, réaliste ou slogan de recherche ?
La réponse honnête n’est ni oui ni non. Atteindre 2 dollars d’ici fin 2028 est possible si Ethena réussit à faire d’USDe un dollar à rendement multi-marchés, si les revenus existent vraiment, et si le token en capte l’essentiel via des rachats visibles. C’est exigeant. Ce n’est pas magique. Le même objectif devient fragile dès que l’offre stagne, que le basis s’érode partout en même temps, ou qu’un accident opérationnel brise la confiance dans le backing.
Les investisseurs qui ne retiennent que le « 700 % » passeront à côté du vrai sujet. Le vrai sujet, c’est la transformation d’un protocole né du funding crypto en plateforme de rendement sur plusieurs classes d’actifs. Si cette transformation a lieu, le prix suivra, peut-être jusqu’à 2 dollars, peut-être au-delà, peut-être en deçà. S’il s’agit seulement d’une couverture de recherche posée au bon moment d’un rebond technique, le marché rappellera, comme souvent, qu’un objectif n’est pas une promesse.
D’ici là, le plus utile n’est pas de fétichiser le chiffre rond. C’est de regarder, trimestre après trimestre, si USDe reprend de la taille, si le collatéral se diversifie sans s’obscurcir, et si les rachats cessent d’être un projet pour devenir une habitude. Le reste, y compris les 2 dollars, n’est qu’une actualisation. Une actualisation que le marché, lui, réécrira bien avant 2028.









