Et si une société britannique parvenait à faire entrer, sur le marché principal de Londres, un titre perpétuel libellé en livres sterling, sans droit de vote, payant un dividende chaque semaine, tout en affichant une trésorerie largement constituée de bitcoin ? L’idée paraît encore inhabituelle. Pourtant, le 28 septembre, les actionnaires de The Smarter Web Company ont presque unanimement donné leur feu vert aux résolutions indispensables pour créer cette nouvelle classe de titres. Le chemin n’est pas terminé. Mais une barrière importante vient de tomber.
Une Assemblée Qui Change La Donne Pour MORE
Le vote n’avait rien d’anodin. Trois résolutions étaient soumises. Toutes ont été adoptées avec des scores qui laissent peu de place au doute. La première, destinée à modifier les statuts pour accueillir une nouvelle catégorie d’actions, a recueilli environ 163,8 millions de voix pour, soit 99,86 % des suffrages exprimés. Seuls 231 386 votes se sont opposés, soit 0,14 %. La deuxième, qui autorise les administrateurs à attribuer ces actions préférentielles, a obtenu 99,84 % d’approbation. La troisième, qui permet à la société de racheter ces titres sur le marché, a elle aussi atteint 99,86 %.
Dès l’annonce des résultats, les statuts amendés sont entrés en vigueur. Au moment du décompte, la société comptait 375,59 millions d’actions ordinaires, chacune portant un droit de vote. Ce cadre juridique nouveau ne lance pas encore l’offre. Il donne simplement au conseil le mandat qu’il réclamait pour avancer vers une éventuelle introduction. Le ticker réservé, MORE, est désormais associé à un véhicule clairement identifié dans les documents internes.
En clair : les actionnaires ont ouvert la porte. Ils n’ont pas encore fait entrer le public. Entre les deux, il reste un prospectus, un régulateur et plusieurs conditions de marché.
Ce Que Les Trois Résolutions Autorisent Vraiment
Modifier les statuts n’est pas un geste cosmétique. Sans cette étape, la société n’aurait pas pu créer une classe distincte, avec des droits différents de ceux des actions ordinaires. L’autorité d’attribution, ensuite, permet au conseil de décider du calendrier et du volume, dans les limites fixées. Enfin, la faculté de rachat en marché offre une soupape : si le titre se négocie de façon désordonnée, ou si la société souhaite réduire l’encours, elle dispose d’un levier statutaire.
Ces trois pièces forment un ensemble cohérent. L’une crée l’objet. La deuxième autorise son émission. La troisième encadre sa vie après cotation. Beaucoup d’entreprises se contentent des deux premières. Ici, le rachat a été intégré dès le départ, ce qui dit quelque chose de la prudence recherchée autour d’un instrument encore rare sur la place londonienne.
Le Profil Exact Des Titres Préférentiels Proposés
MORE serait une action préférentielle perpétuelle. Pas d’échéance automatique. Un dividende préférentiel cumulatif à taux variable, versé chaque semaine. Une préférence en cas de liquidation. Un droit de remboursement conservé par l’émetteur. Et, point décisif pour la gouvernance, aucun droit de vote aux assemblées générales.
Cette architecture s’adresse à un public mixte : investisseurs institutionnels au Royaume-Uni, et investisseurs particuliers britanniques éligibles, via des courtiers, des gestionnaires de fortune et des plateformes. L’objectif de collecte brute se situe entre 15 et 25 millions de livres. Un plancher de 10 millions est toutefois requis pour que l’opération aille au bout. En dessous, le projet s’arrête.
D’autres conditions s’ajoutent. Au moins trois teneurs de marché doivent être inscrits au moment de l’admission. Au moins 50 % des titres doivent être détenus par le public. Si l’une de ces exigences n’est pas remplie, l’introduction n’a pas lieu. La société l’a dit clairement : l’approbation des actionnaires ne garantit ni l’émission, ni l’admission.
Les actions préférentielles proposées sont conçues pour fournir une source supplémentaire de capital de long terme, élargir le cercle des investisseurs capables d’entrer au capital et diversifier davantage la structure financière.
Andrew Webley, directeur général
Pourquoi Viser Le Marché Principal De Londres
Le projet vise une admission dans la catégorie des titres non actions et des titres de capital sans droit de vote de la Official List, avec une cotation sur le marché principal. Ce n’est pas un compartiment anecdotique. C’est la vitrine historique de la place. Y faire figurer un instrument sterling, perpétuel, émis par une société commerciale britannique qui poursuit une stratégie de trésorerie en bitcoin, aurait une valeur symbolique autant que financière.
Le dirigeant a d’ailleurs insisté sur ce point lors de l’annonce initiale du 11 septembre : sous réserve des autorisations et de la réalisation de l’offre, MORE pourrait être la première action préférentielle perpétuelle libellée en livres sterling cotée sur ce marché par une société commerciale britannique engagée dans une telle stratégie. La formule est longue. Elle n’est pas gratuite. Elle cherche à occuper un créneau encore vide.
Pour un investisseur britannique qui ne veut pas détenir du bitcoin en direct, ni passer par un fonds indiciel américain, un titre local, réglé en sterling, distribué par des intermédiaires connus, change la psychologie de l’accès. Le risque reste celui de l’émetteur. Mais le wrapping est familier.
Le Prospectus, Verrou Décisif Devant L’Autorité
Rien ne se passe sans un prospectus approuvé par la Financial Conduct Authority. C’est le document qui fixe les termes définitifs, décrit les risques, encadre l’offre au détail et précise les modalités de règlement. Tant qu’il n’est pas visé, l’introduction n’est qu’une intention. La société a indiqué que les détails des titres et de l’offre retail seraient communiqués soit dans une confirmation d’intention de flottaison, soit dans le prospectus lui-même.
Ce délai n’est pas un détail administratif. Il sert à tester l’appétit réel, à caler le taux du dividende, à convaincre des teneurs de marché, à vérifier que le flottant public atteindra bien la moitié de l’émission. Un instrument hebdomadaire, perpétuel, adossé à une politique de trésorerie volatile, sera lu ligne à ligne par les juristes et les analystes de risque.
fourchette brute visée
seuil minimum pour lancer
teneurs de marché exigés
minimum en mains publiques
D’Où Viendrait L’Argent Des Dividendes
Un dividende hebdomadaire, même à taux variable, crée une discipline de trésorerie. La société a listé plusieurs sources possibles pour honorer cette obligation : flux d’exploitation récurrents, réserves de liquidités, trésorerie en bitcoin, et accès continu aux marchés de capitaux publics. L’ordre n’est pas anodin. Il commence par l’activité, passe par le cash, mentionne l’actif numérique, puis rappelle la capacité à revenir vers les investisseurs.
Le bitcoin n’est donc pas présenté comme l’unique pompe à dividendes. Il fait partie d’un ensemble. C’est important. Un titre préférentiel qui dépendrait uniquement d’un actif très cyclique serait plus fragile à expliquer. En le plaçant parmi d’autres ressources, la direction cherche à montrer qu’elle peut lisser les à-coups.
Reste que la préférence de liquidation et le caractère cumulatif du coupon protègent d’abord le porteur de MORE par rapport à l’actionnaire ordinaire. En cas de tension, l’ordre des priorités sera regardé de près. C’est précisément ce que les investisseurs en titres hybrides examinent avant de signer.
Une Trésorerie Bitcoin Qui Structure Déjà Le Bilan
Le projet MORE ne naît pas dans le vide. Il s’inscrit dans une politique de long terme, un plan sur dix ans, où le bitcoin est l’actif de réserve principal. L’objectif affiché n’est pas seulement de détenir des pièces. Il est d’augmenter, dans la durée, la quantité de bitcoin par action ordinaire, tout en soutenant la position de capital.
Après le remboursement d’un instrument convertible en juillet, les achats ont repris. En août, 11,89 bitcoin ont été acquis pour 559 493 livres, soit un prix moyen d’environ 47 052 livres l’unité, portant alors la trésorerie à 2 712 bitcoin. Le 2 septembre, 35 bitcoin supplémentaires ont été achetés pour un peu plus de 2 millions de livres, à 57 494 livres en moyenne. Les avoirs sont alors montés à 2 747 bitcoin. Le prix d’acquisition net s’établissait à 82 562 livres par bitcoin, pour un total d’achats nets d’environ 226,8 millions de livres.
Ces chiffres racontent une trajectoire. Ils disent aussi que le coût moyen reste élevé par rapport à certains points d’entrée plus récents. La stratégie n’est pas celle d’un trader de court terme. Elle assume une accumulation, avec ses hauts et ses bas de prix.
Comment La Société S’Est Financée Jusqu’Ici
Avant d’imaginer MORE, Smarter Web a utilisé plusieurs outils : cessions d’actions ordinaires, financement convertible, et emprunt adossé au bitcoin. En mai, elle avait tiré 18 millions de livres sur une facilité de crédit Coinbase garantie par ses avoirs, avec un levier d’environ 12,19 %. Ce n’est pas un endettement massif. C’est assez pour montrer que la trésorerie numérique sert déjà de collatéral.
Le chapitre convertible s’est refermé autrement. En juillet, 177,89 bitcoin ont été vendus pour rembourser l’instrument Smarter Convert de 11,7 millions de dollars, environ deux semaines avant l’échéance. Ce geste a évité l’émission potentielle de plus de 7,7 millions d’actions ordinaires. Le directeur général a indiqué que les convertibles n’étaient plus l’outil privilégié, compte tenu de la situation de l’entreprise.
On voit le basculement. Moins de dilution ordinaire via des convertibles. Plus de recherche d’un capital de long terme qui ne vote pas. MORE s’inscrit dans cette bascule. Ce n’est pas un gadget de communication. C’est une tentative de réordonner la pile de financement.
Le Regard Des Analystes Sur Cette Option De Capital
Début septembre, des analystes de TD Cowen ont jugé que MORE pouvait offrir une source additionnelle de capital de long terme, aux côtés des outils déjà disponibles. Ils ont relevé leur objectif de cours à 0,73 livre, contre 0,64 livre auparavant, tout en conservant une recommandation d’achat. Selon eux, un titre préférentiel donnerait une option de financement supplémentaire pendant que la société développe son opération de trésorerie en bitcoin.
Ce type de commentaire compte moins pour le prix du jour que pour la lecture institutionnelle du dossier. Il valide l’idée qu’un émetteur de cette taille peut chercher autre chose que l’éternelle émission d’actions ordinaires. Il ne dit pas que l’offre réussira. Il dit que la logique financière n’est pas absurde.
Un ATM Distinct Pour Les Titres Préférentiels
Si l’introduction a lieu, la société prévoit d’ouvrir une facilité de vente continue distincte de celle qui existe déjà sur les actions ordinaires. Tennyson Capital Partners pourrait alors céder des titres préférentiels dans le temps, selon les conditions de marché. L’idée est classique sur les marchés anglo-saxons : on lève une première poche, puis on irrigue le titre par petites touches, sans tout remettre en jeu d’un seul coup.
Cette deuxième couche a un avantage et un risque. L’avantage, c’est la souplesse. Le risque, c’est la pression permanente sur le cours de MORE si les ventes deviennent trop visibles. D’où l’importance des teneurs de marché et d’un flottant réellement public. Sans profondeur, un ATM fatigue vite un titre peu liquide.
Ce Que Change L’Absence De Droit De Vote
Pour l’actionnaire ordinaire actuel, l’intérêt est évident : on lève de l’argent sans diluer le contrôle aux assemblées. Pour le souscripteur de MORE, le contrat est différent. On abandonne la voix. On gagne une priorité de revenu et une priorité en liquidation. On accepte que l’émetteur puisse racheter. On vit au rythme d’un coupon hebdomadaire plutôt qu’à celui des batailles de gouvernance.
Ce partage n’est pas nouveau dans la finance d’entreprise. Il l’est davantage lorsqu’il croise une réserve en bitcoin. Les porteurs de titres préférentiels devront donc juger deux couches de risque : la capacité de l’émetteur à générer du cash, et la volatilité de l’actif de réserve qui peut, selon les périodes, soutenir ou compliquer le service du dividende.
Le Public Retail Britannique, Public Cible Mais Filtré
L’offre n’est pas conçue comme une vente mondiale sans filtre. Elle vise des institutionnels au Royaume-Uni et des particuliers britanniques éligibles, via des canaux professionnels. Cette architecture réduit le risque d’une souscription désordonnée. Elle impose aussi un travail de pédagogie. Un titre perpétuel, à dividende variable, rachetable, sans vote, n’est pas une action classique. Ce n’est pas non plus une obligation à échéance fixe.
Les plateformes et les conseillers auront un rôle de traduction. S’ils présentent MORE comme un substitut simple au bitcoin, ils se tromperont. S’ils le présentent comme un hybride de rendement, lié à un émetteur qui accumule du bitcoin, ils seront plus proches de la réalité. La qualité de cette traduction pesera sur la demande retail autant que le taux affiché.
Les Conditions Qui Peuvent Encore Faire Capoter L’Opération
Le vote du 28 septembre a parfois été lu comme un feu vert définitif. Ce n’est pas le cas. Plusieurs interrupteurs restent ouverts. Le prospectus peut être retardé, modifié, ou jugé insuffisant. La fourchette de 15 à 25 millions peut se révéler trop ambitieuse si le marché des hybrides se ferme. Le plancher de 10 millions peut ne pas être atteint. Trois teneurs de marché peuvent manquer à l’appel. Le flottant public peut rester trop concentré.
Chacune de ces conditions est un test de maturité. Une société peut convaincre ses actionnaires. Convaincre un régulateur, des intermédiaires et des investisseurs de rendement en même temps est une autre affaire. La direction l’a écrit noir sur blanc : rien n’assure que les titres seront émis, ni que l’admission aura lieu.
Pourquoi Le Timing Britannique N’Est Pas Neutre
Le Royaume-Uni cherche depuis plusieurs années à clarifier sa place dans la finance des actifs numériques, tout en maintenant un cadre exigeant pour les instruments cotés. Faire apparaître un titre sterling, sur le marché principal, lié à une stratégie bitcoin mais emballé dans un format de droit des sociétés classique, s’inscrit dans cette tension. Ce n’est pas un jeton. Ce n’est pas un fonds. C’est une action de préférence.
Pour la place de Londres, l’intérêt n’est pas seulement l’émetteur. C’est le précédent. Si MORE voit le jour, d’autres sociétés commerciales pourraient examiner le même moule : capital perpétuel, coupon fréquent, absence de vote, trésorerie alternative. Si MORE échoue à franchir le prospectus ou le plancher de collecte, le signal sera inverse. Le marché jugera que le croisement entre bitcoin treasury et titre préférentiel sterling n’était pas encore mûr.
Comparer MORE Aux Autres Leviers Déjà Utilisés
L’action ordinaire dilue le contrôle et le bénéfice par titre. Le convertible promettait du capital tout en menaçant une conversion. L’emprunt collatéralisé apporte du cash immédiat mais crée une dette et un risque de marge. MORE cherche une quatrième voie : un capital qui reste, un coupon qui coûte, un vote qui ne se partage pas.
Cette comparaison aide à comprendre le basculement de juillet. En remboursant le convertible avec une vente de bitcoin, la société a choisi de sacrifier une fraction de réserve plutôt que d’accepter une dilution ordinaire. En préparant MORE, elle tente de reconstituer une capacité d’investissement sans reproduire le même dilemme. Le raisonnement est cohérent. Il n’est pas sans prix : le dividende hebdomadaire devient une facture visible.
Ce Que Les Porteurs Ordinaires Doivent Surveiller Ensuite
Pour ceux qui détiennent déjà des actions ordinaires, trois questions dominent. Quel sera le taux réellement proposé ? Quelle part des flux disponibles sera absorbée par le coupon de MORE ? Comment le marché valorisera-t-il une structure à deux étages, l’un qui vote, l’autre qui encaisse d’abord ?
Si le taux est trop généreux, le capital préférentiel devient cher et pèse sur la flexibilité. S’il est trop timide, l’offre ne trouve pas preneur. Le point d’équilibre dépendra du climat de taux, de la perception du risque bitcoin, et de la qualité du dossier réglementaire. Les actionnaires ont donné l’autorisation. Ils n’ont pas encore vu la facture précise.
Une Lecture Plus Large Du Modèle Treasury
Depuis quelques années, plusieurs sociétés cotées ont transformé leur bilan en véhicule d’accumulation de bitcoin. Les recettes varient : augmentations de capital, dettes convertibles, lignes de crédit, parfois rachats. Le cas britannique ajoute une couleur locale. Il tente d’habiller cette stratégie avec un instrument de rendement destiné à une clientèle sterling.
Ce n’est pas seulement une affaire de mode. C’est une tentative de relier deux publics qui, d’ordinaire, ne se parlent pas. D’un côté, des investisseurs crypto qui raisonnent en quantité de bitcoin par action. De l’autre, des investisseurs de rendement qui raisonnent en coupon, en seniorité et en liquidité de marché. MORE est un pont. Les ponts tiennent s’ils sont ancrés des deux côtés.
Les Points De Vigilance Que Le Prospectus Devra Trancher
Plusieurs zones d’ombre restent volontaires à ce stade. Le taux variable n’est pas chiffré. Les modalités exactes de calcul hebdomadaire ne sont pas publiques. Les clauses de remboursement, les éventuelles limitations de paiement, le traitement fiscal pour un particulier britannique, le mécanisme précis de l’ATM, tout cela attend le document formel.
C’est normal dans une phase post-assemblée et pré-offre. C’est aussi le moment où le récit peut encore glisser. Un prospectus trop optimiste sur la capacité à servir le coupon à partir de l’actif numérique serait fragile. Un prospectus trop prudent pourrait refroidir la demande. La ligne de crête passera par la clarté : d’où vient l’argent, quand peut-il manquer, que se passe-t-il si le bitcoin chute durablement.
Ce Que Le Score Du Vote Révèle Sur L’Actionnariat
Des majorités de 99,8 % ne sont pas banales sur des sujets de structure de capital. Elles suggèrent soit une base déjà convaincue par la stratégie treasury, soit une communication préalable efficace, soit les deux. Elles montrent surtout qu’il n’existait pas, dans le capital votant, de bloc significatif opposé à la création d’une classe sans droit de vote.
Cela ne préjuge pas de l’accueil externe. Les actionnaires actuels votent pour un outil. Les futurs porteurs de MORE voteront avec leur chéquier. Ce sont deux électorats différents. Confondre leur assentiment serait une erreur d’analyse.
Une Possible Première, Donc Une Possible Responsabilité
Être éventuellement le premier titre de cette nature sur le marché principal crée une visibilité utile. Cela crée aussi une responsabilité. Le moindre incident de paiement, le moindre flou sur le prospectus, la moindre défaillance de liquidité serait lu comme un verdict sur toute une catégorie naissante. Les « premières fois » n’ont pas le droit à l’à-peu-près.
C’est pourquoi les conditions de marché, le nombre de teneurs et le flottant public ne sont pas des cases à cocher. Ce sont des garde-fous. Une cotation trop étroite transformerait un instrument de long terme en titre nerveux. Une cotation trop large, mal préparée, diluerait le récit avant même d’avoir servi le premier mois de coupons.
Au-Delà Du Ticker, Une Question De Confiance
MORE n’est, pour l’instant, qu’un nom réservé et un mandat actionnarial. La confiance se construira ailleurs : dans la régularité des achats de bitcoin après les opérations de bilan, dans la transparence des sources de dividende, dans la capacité à ne pas improviser un nouveau convertible dès que le besoin de cash reviendra. Les marchés pardonnent la volatilité d’un actif. Ils pardonnent moins l’incohérence d’une politique de financement.
Le remboursement anticipé de l’instrument convertible a envoyé un signal de discipline. Le vote de septembre envoie un signal d’ouverture. Le prospectus enverra un signal de précision. Puis le marché, s’il est saisi, enverra le seul signal qui compte : y a-t-il réellement une demande pour un rendement sterling branché sur une trésorerie bitcoin ?
Ce Qu’Il Faut Retenir Sans Se Perdre Dans Les Détails
Les actionnaires ont approuvé les trois résolutions nécessaires. Les statuts sont déjà modifiés. L’offre n’est pas lancée. La fourchette vise 15 à 25 millions de livres, avec un plancher de 10 millions. Le dividende serait préférentiel, cumulatif, variable et hebdomadaire. Les porteurs ne voteraient pas. La société garderait un droit de remboursement. L’admission dépendrait d’un prospectus, de teneurs de marché et d’un flottant public suffisant.
En parallèle, la trésorerie numérique reste centrale. Les achats ont repris après le remboursement du convertible. Le plan de dix ans continue de viser davantage de bitcoin par action ordinaire. MORE, s’il voit le jour, s’ajouterait à cette mécanique comme une couche de capital différente, pas comme un remplacement de la stratégie d’accumulation.
Repères utiles
- Vote du 28 septembre : trois résolutions adoptées à plus de 99,8 %.
- Ticker envisagé : MORE.
- Nature : action préférentielle perpétuelle, sans vote.
- Collecte brute visée : 15 à 25 millions de livres.
- Prochaine étape critique : prospectus et conditions d’admission.
La Suite Ne Se Jouera Plus Dans L’Urne
L’assemblée a fait son travail. Elle a levé l’obstacle interne. Désormais, le dossier sort du cercle des actionnaires pour entrer dans celui des juristes, des banquiers d’émission, des teneurs de marché et des souscripteurs. C’est un autre langage. Moins d’enthousiasme de meeting. Plus de tableaux, de clauses et de scénarios de stress.
On peut trouver l’ambition élégante. On peut la juger prématurée. Les deux lectures peuvent coexister tant que le prospectus n’existe pas. Ce qui est déjà acquis, c’est la volonté de tester un format nouveau pour une société britannique qui a choisi le bitcoin comme réserve principale. Le reste, la cotation, le taux, le succès ou l’abandon, se décidera hors de la salle de vote.
En attendant, MORE n’est encore qu’une possibilité juridiquement armée. Une possibilité assez précise pour mériter d’être suivie. Assez incomplète pour interdire tout triomphalisme. C’est souvent ainsi que commencent les instruments qui, plus tard, paraissent évidents : par un vote quasi unanime, puis par une longue liste de conditions que le marché, seul, acceptera ou refusera d’avaliser.









