Et si le chemin le plus rapide vers la Bourse n’était plus le bon ? Animoca Brands vient de suspendre les discussions sur une fusion inversée avec Currenc Group, société déjà cotée au Nasdaq, tout en répétant qu’un retour sur un grand marché public reste une priorité. Le message est à la fois prudent et ambitieux. Il dit qu’un calendrier trop serré peut faire basculer une opération stratégique, même lorsque les deux parties se parlent encore avec respect. Il dit aussi qu’un acteur majeur du web3, de la tokenisation et de l’intelligence artificielle refuse de sacrifier son agilité pour gagner quelques mois de visibilité boursière.
Pourquoi cette pause change la donne pour Animoca
La décision a été présentée comme mutuelle. Les équipes ont examiné le temps réellement nécessaire pour clôturer l’opération, puis l’ont comparé à leurs priorités de court et de moyen terme. Le verdict est net : le calendrier projeté ne correspondait plus. Dans un univers où les valorisations, les taux, la régulation et l’appétit des investisseurs bougent vite, ce décalage n’est pas un détail administratif. C’est un signal de gouvernance. Une fusion inversée n’est pas un simple changement d’étiquette. Elle impose des audits, des autorisations transfrontalières, des documents définitifs et une discipline de communication qui peut figer une entreprise pendant des mois.
Yat Siu, cofondateur et président exécutif, a résumé la ligne avec une formule qui mérite d’être relue. Il dit tenir le projet avec Currenc en haute estime, tout en plaçant l’agilité de l’entreprise au-dessus du schéma initial. Derrière cette phrase, on entend une conviction simple : mieux vaut préparer une cotation solide que forcer une clôture trop tardive par rapport au plan d’affaires. Le groupe continue donc de travailler sur les exigences d’audit et de conformité d’une grande place de marché, sans désigner pour l’instant une autre cible de rapprochement.
Ce qu’il faut retenir tout de suite
Les discussions sont suspendues, pas enterrées. Animoca reste privée, prépare ses comptes audités 2024 et cherche encore une voie vers un grand marché public. Currenc, de son côté, poursuit sa propre stratégie de tokenisation.
Une fusion inversée qui promettait 95 % aux actionnaires Animoca
Le projet avait été dévoilé en novembre 2025 sous la forme d’une lettre d’intention non contraignante. Le schéma était classique pour ce type d’opération : Currenc devait acquérir l’ensemble d’Animoca Brands via un scheme of arrangement australien. À l’arrivée, les actionnaires d’Animoca auraient détenu environ 95 % de la société combinée. Les actionnaires historiques de Currenc auraient conservé le solde, soit près de 5 %. L’entité résultante devait porter le nom Animoca Brands et viser une présence au Nasdaq.
Ce déséquilibre de détention n’avait rien d’anodin. Il montrait que le marché voyait surtout la valeur dans le portefeuille, la marque et le réseau d’Animoca, plutôt que dans la coquille cotée. Pour une société privée qui cherche à retrouver la lumière des marchés, une telle structure a un avantage : elle accélère l’accès à une cotation existante. Elle a aussi un coût : elle lie deux calendriers, deux cultures de reporting et deux lectures du risque réglementaire. Quand l’un des deux calendriers glisse, toute l’architecture se tend.
Alors que nous avançons dans les processus d’audit complets exigés pour satisfaire les normes strictes d’une grande place de marché, nous continuerons à rechercher les voies les plus adaptées vers une cotation publique.
Yat Siu, cofondateur et président exécutif d’Animoca Brands
Les discussions avaient pourtant avancé. En mai, les deux sociétés avaient prolongé leur période d’exclusivité jusqu’au 30 juin. Elles indiquaient alors que la diligence raisonnable et la préparation des documents définitifs progressaient, avec une clôture visée au troisième trimestre 2026. Un terme long stop était fixé au 31 décembre, avec possibilité d’extension de six mois d’un commun accord. Mardi, aucune date de reprise n’a été donnée. Seule une porte a été laissée ouverte : si les conditions de marché et les priorités stratégiques le permettent, les pourparlers pourront reprendre.
Le vrai sujet n’est pas seulement Nasdaq, c’est l’audit
Pour comprendre la pause, il faut regarder la paperasse, pas seulement le communiqué. Animoca a publié le 17 juillet ses comptes audités de l’exercice 2023. C’était le deuxième jeu de comptes audités diffusé en 2026. Les travaux sur l’exercice 2024 sont en cours. Le groupe présente ces rapports comme des jalons essentiels de sa feuille de route de conformité financière. Autrement dit, la cotation n’est pas d’abord un événement marketing. C’est un marathon de qualité comptable.
Les archives d’investor relations dessinent un rattrapage de plusieurs années. Le rapport annuel 2022 est sorti en janvier 2026. Ceux de 2021, 2020 et 2019 avaient été publiés respectivement en juin 2025, juin 2023 et juillet 2022. Cette chronologie dit une chose simple : l’entreprise a dû reconstruire une discipline de reporting après une période où les exigences d’une cotation traditionnelle et la réalité d’un portefeuille crypto n’allaient pas naturellement de pair.
Animoca avait été cotée à l’ASX avant d’être radiée en 2020, dans un climat de surveillance autour de ses activités liées aux cryptomonnaies. En 2022, le régulateur australien l’avait condamnée et sanctionnée financièrement pour des manquements dans le dépôt de rapports annuels 2019 à 2021 et de certains rapports semestriels. Ce passé n’efface pas la croissance actuelle. Il explique toutefois pourquoi le groupe insiste aujourd’hui sur l’audit, la conformité et le rythme. Une place majeure n’accepte pas un dossier à moitié refermé.
| Étape | Calendrier connu | Enjeu |
|---|---|---|
| Lettre d’intention non contraignante | Novembre 2025 | Cadre 95 / 5 et nom Animoca Brands |
| Extension d’exclusivité | Jusqu’au 30 juin 2026 | Diligence et documents définitifs |
| Clôture initialement visée | T3 2026 | Agrément États-Unis et Australie |
| Date limite initiale | 31 décembre 2026 | Extension possible de six mois |
| Suspension des discussions | 22 septembre 2026 | Calendrier jugé incompatible |
Ce que la société privée continue de construire
Rester privée n’a pas ralenti l’expansion. Animoca a élargi son exposition aux actifs numériques, à la tokenisation et à l’intelligence artificielle. En juin, le groupe a pris une participation stratégique dans AllScale, une société de paiements en stablecoins. Les deux parties ont convenu d’explorer les paiements, les services de trésorerie et le commerce porté par des agents d’IA. AllScale affirmait alors que son infrastructure couvrait plus de 1,5 million de portefeuilles enregistrés. Le signal est clair : Animoca ne se contente plus de jeux. Elle cherche des rails financiers.
Sur le front du capital-risque, le groupe est resté très actif. Les données du premier semestre 2026 le plaçaient parmi les investisseurs les plus dynamiques du secteur, avec 19 prises de participation dans des jeunes pousses. Cette cadence a un double effet. Elle nourrit un écosystème d’options et de récits. Elle complique aussi le reporting, parce qu’un portefeuille de tokens, de studios, de protocoles et de coentreprises ne se photographie pas comme une usine de widgets. D’où, encore une fois, l’obsession des comptes audités.
En mai, Yat Siu indiquait s’attendre à ce que les agents d’IA deviennent de grands utilisateurs des infrastructures blockchain. Animoca a lancé un programme d’investissement pouvant aller jusqu’à 10 millions de dollars pour des développeurs construisant des applications via sa plateforme Minds. L’idée n’est pas seulement technologique. Elle est économique. Si des agents autonomes paient, transigent et conservent de la valeur on-chain, alors les sociétés qui possèdent les outils, les marques et les liquidités de cet écosystème prennent une avance difficile à rattraper.
Jeux, RWA et arbitrages de portefeuille
Le groupe n’a pas figé son héritage gaming. Il l’a réorganisé. Alpha Compute a finalisé en mai 2026 l’acquisition majoritaire de GAMEE, prenant 60 % du capital de cette activité mobile et Telegram, pour une valorisation implicite de 18 millions de dollars. L’opération faisait suite à un projet antérieur dans lequel AlphaTON Capital devait prendre le contrôle de GAMEE et réaliser des investissements en actions et en tokens. Ce type de mouvement dit qu’Animoca accepte de céder le contrôle opérationnel de certaines filiales pour recycler du capital vers d’autres paris.
Sur les actifs du monde réel, l’activité s’est élargie via NUVA, une place de marché co-créée avec NUVA Labs. La plateforme a été lancée sur Ethereum en mai, avec un accès à des actifs de grade institutionnel provenant de Figure Technologies. L’écosystème de prêt de cette dernière avait déjà traité des milliards de dollars de crédits. Ici, le récit d’Animoca rejoint une tendance plus large de 2026 : faire circuler de la dette, de l’immobilier tokenisé ou des titres sur des blockchains publiques, sans abandonner le langage de la finance traditionnelle.
Cette combinaison jeux, IA, tokenisation et capital-risque crée une société difficile à ranger dans une seule case. Pour un investisseur de marché public, c’est à la fois séduisant et exigeant. Séduisant, parce que plusieurs moteurs de croissance peuvent se relayer. Exigeant, parce que la lecture des risques, des conflits d’intérêts et des valorisations de portefeuille demande une transparence que seules des séries d’états financiers cohérents peuvent offrir.
Currenc n’attend pas : tokeniser ses propres actions
Pendant qu’Animoca recule d’un pas, Currenc avance sur son propre terrain. La fintech basée à Singapour combine des services d’IA pour institutions financières et une infrastructure de transferts numériques. En avril, elle est devenue l’une des premières sociétés cotées au Nasdaq à tokeniser ses actions ordinaires, en plaçant des représentations de son capital sur Ethereum et Solana via Securitize. Currenc Capital, filiale détenue à 100 %, a ensuite cherché à proposer la même infrastructure à d’autres émetteurs cotés.
Début septembre, Currenc Capital a signé un accord de conseil contraignant avec Mint Incorporation, également cotée au Nasdaq, pour accompagner la tokenisation d’une partie des actions ordinaires de classe A de Mint sur Ethereum et Solana. Currenc Capital fournira des services de conseil et de facilitation. Mint a précisé qu’aucun marché secondaire n’existait encore pour ces jetons et qu’aucune assurance n’était donnée quant à l’émergence ou à l’autorisation d’un tel marché. La prudence du langage juridique n’efface pas le geste industriel : faire voyager le titre coté vers la chaîne.
Ce mouvement s’inscrit dans une accélération visible des actions tokenisées. Les actifs du monde réel on-chain atteignaient 34,18 milliards de dollars au 15 septembre, en hausse de 85,2 % depuis le début de l’année. La valeur des actions tokenisées avait augmenté de 390,4 % sur la même période. Ces chiffres ne disent pas que chaque projet trouvera de la liquidité. Ils disent que le laboratoire n’est plus vide. Pour Currenc, poursuivre cette ligne même sans Animoca a du sens : la société se positionne comme intermédiaire d’un nouveau format de titre, pas seulement comme véhicule de cotation pour un autre groupe.
Pourquoi le calendrier a pesé plus lourd que le récit
Une fusion inversée séduit parce qu’elle raconte une histoire nette : une marque privée retrouve la Bourse, les actionnaires historiques gardent le contrôle, le marché gagne un nom connu. Cette histoire se heurte à trois frictions concrètes. D’abord le temps réglementaire, entre États-Unis et Australie. Ensuite le temps comptable, avec des exercices à auditer et un historique à remettre d’équerre. Enfin le temps de marché, où une fenêtre de valorisation peut se refermer pendant que les avocats relisent une clause.
Quand ces trois horloges ne sonnent plus ensemble, une direction a le choix entre forcer et temporiser. Forcer, c’est accepter qu’une clôture trop tardive fige l’allocation du capital, les embauches, les cessions et même le discours public. Temporiser, c’est admettre que l’agilité d’un investisseur web3 vaut parfois plus qu’un ticker immédiat. Animoca a choisi la seconde voie, tout en répétant que l’objectif de cotation n’est pas abandonné. C’est une nuance importante. Une suspension n’est pas un renoncement. C’est un report sous conditions.
Les conditions, précisément, n’ont pas été listées point par point. On peut toutefois les deviner. Il faudra que les comptes 2024 avancent. Il faudra que le coût d’opportunité d’une exclusivité redevienne acceptable. Il faudra que le marché public valorise de nouveau correctement un conglomérat d’actifs numériques, de licences, de studios et d’outils d’IA. Sans ces trois éléments, rouvrir le dossier Currenc reviendrait à relancer une machine dont le mode d’emploi n’est plus aligné avec le terrain.
Ce que cette pause dit du web3 coté
Le secteur a multiplié, ces dernières années, les tentatives pour faire entrer des récits crypto dans des enveloppes de marché traditionnel. Certaines ont réussi par la voie des produits cotés sur bitcoin ou ether. D’autres ont buté sur la gouvernance, le reporting ou la liquidité réelle des actifs sous-jacents. Le cas Animoca-Currenc appartient à une troisième famille : celle des rapprochements où une société privée très visible cherche une rampe, et où une société déjà cotée apporte le sésame boursier plus que le cœur industriel.
Dans cette famille, le rapport de force est souvent déséquilibré, comme le montrait le 95 / 5. Le déséquilibre n’est pas un problème en soi. Il le devient lorsque le calendrier de la société dominante dépend d’une remise à niveau comptable que la société cotée, elle, a déjà digérée. On se retrouve alors avec deux vitesses dans le même véhicule. Suspendre, c’est refuser de conduire avec le frein à main à moitié levé.
Il y a aussi une leçon plus politique. Les régulateurs ont durci le regard sur la qualité de l’information financière des acteurs liés aux cryptoactifs. Une entreprise qui a déjà connu une radiation et une sanction pour retards de rapports n’a pas le luxe d’arriver devant une grande place avec un dossier incomplet. Le marché, de son côté, est devenu plus sélectif. Il veut bien payer une prime pour l’exposition web3, à condition de comprendre ce qu’il achète. L’audit n’est donc plus un passage obligé ennuyeux. C’est le produit d’appel.
Les scénarios possibles après la suspension
Premier scénario : les discussions avec Currenc reprennent dans quelques mois, une fois les comptes 2024 suffisamment avancés et les conditions de marché plus clémentes. C’est le scénario de la porte laissée ouverte. Il a l’avantage de capitaliser sur un travail de diligence déjà entamé. Il a l’inconvénient de dépendre d’une fenêtre que personne ne contrôle vraiment.
Deuxième scénario : Animoca choisit une autre voie de cotation, sur un autre marché ou via une autre structure. Le communiqué n’en désigne aucune. Cette absence est volontaire. Annoncer trop tôt un plan B, c’est affaiblir le plan A et exposer l’entreprise à une nouvelle course contre la montre. En revanche, le groupe a dit clairement qu’il continuerait à chercher des routes vers le marché public tout en achevant sa mise en conformité.
Troisième scénario : le statu quo privé se prolonge plus longtemps que prévu, financé par le portefeuille, les cessions sélectives et la capacité à lever du capital hors marché. Ce n’est pas un échec automatique. De nombreux groupes technologiques ont vécu des années hors cote tout en restant centraux dans leur industrie. Le risque, ici, est surtout narratif. Une partie de l’écosystème attendait un retour symbolique, six ans après l’arrêt de la cotation australienne. Ce symbole devra attendre.
Trois questions que les investisseurs devraient poser
- Les comptes 2024 seront-ils publiés assez tôt pour rouvrir une fenêtre 2027 ?
- Le groupe privilégiera-t-il encore une fusion inversée ou un dossier autonome ?
- Quelle part de la valeur vient des jeux, des tokens, de l’IA et des RWA ?
Une lecture plus humaine de l’agilité
On parle souvent d’agilité comme d’un slogan de présentation. Dans cette affaire, le mot a un contenu. Agilité, cela veut dire pouvoir investir dans AllScale sans attendre qu’un document de fusion soit paraphé. Cela veut dire céder le contrôle de GAMEE si l’allocation du capital l’exige. Cela veut dire lancer un programme pour des développeurs d’agents d’IA pendant que d’autres équipes relisent des états financiers. Une cotation trop tôt figée aurait ralenti ces mouvements, ou les aurait soumis à une communication de marché plus lourde.
Il y a néanmoins un prix à cette liberté. Tant qu’Animoca reste privée, une partie de sa valorisation circule dans des cercles plus étroits. Les salariés, les actionnaires historiques et les partenaires doivent accepter un horizon moins liquide. Les observateurs extérieurs, eux, doivent se contenter de communiqués, de tours de table et de comptes publiés par à-coups. La Bourse n’est pas seulement un robinet de capitaux. C’est aussi une discipline de rendez-vous. En la reportant, le groupe gagne du temps opérationnel et perd un peu de rythme public.
C’est précisément ce compromis que Yat Siu assume. Tenir Currenc en haute estime, mais ne pas laisser le calendrier d’une opération dicter la vie de l’entreprise. On peut discuter cette hiérarchie. On ne peut pas dire qu’elle soit confuse. Dans un secteur où trop d’annonces de cotation ont précédé la réalité des dossiers, la retenue a même un goût inhabituel.
Tokenisation, liquidité et promesse encore fragile
Le parallèle avec Currenc est instructif. Tokeniser ses propres actions, c’est affirmer qu’un titre peut vivre à la fois dans le registre d’un marché réglementé et sur une chaîne publique. C’est aussi admettre, comme Mint l’a fait, qu’un jeton sans carnet d’ordres n’est pas encore un marché. La hausse spectaculaire de la valeur des actions tokenisées en 2026 mesure surtout l’intérêt, pas forcément l’usage quotidien. Entre la représentation on-chain et la liquidité réelle, il reste un fossé de droit, de garde et d’intermédiation.
Animoca connaît ce fossé. Son histoire mêle jeux blockchain, portefeuilles, places de marché et désormais RWA. Elle sait qu’un actif peut être techniquement transférable et économiquement illiquide. Elle sait aussi qu’une cotation traditionnelle n’abolit pas ce problème : elle le recouvre parfois d’un vernis de familiarité. D’où l’intérêt de ne pas confondre vitesse d’accès au ticker et qualité du sous-jacent. La suspension d’aujourd’hui, vue sous cet angle, est presque pédagogique.
Pour les équipes de Currenc Capital, le chantier Mint reste un laboratoire utile. Conseiller un émetteur sur Ethereum et Solana, c’est accumuler de la pratique opérationnelle à un moment où d’autres se contentent de livres blancs. Même si le rapprochement avec Animoca ne reprend pas, cette pratique peut devenir un actif autonome. Les deux sociétés n’ont pas besoin d’être mariées pour que leurs trajectoires se croisent encore, via des mandats, des investissements ou des standards communs de tokenisation.
Ce que le marché devrait surveiller maintenant
Le prochain jalon n’est pas un nouveau teaser de fusion. C’est la publication des comptes audités 2024. Sans ce document, toute conversation sur une grande place restera spéculative. Il faudra aussi regarder le rythme d’investissement du second semestre. Dix-neuf tickets au premier semestre, c’est une cadence élevée. Si elle se maintient, le portefeuille continuera de se complexifier. S’il ralentit, on pourra y lire soit une prudence liée à la préparation boursière, soit un simple cycle du capital-risque crypto.
Les cessions méritent la même attention. GAMEE n’est pas un détail. C’est un test de la capacité d’Animoca à arbitrer entre contrôle opérationnel et allocation financière. D’autres actifs pourraient suivre le même chemin si le groupe veut alléger son bilan avant une cotation. À l’inverse, de nouvelles prises de participation dans les paiements stablecoin ou les agents d’IA renforceraient le récit d’une société déjà tournée vers l’après-jeu.
Enfin, il faudra écouter le vocabulaire. Tant que l’entreprise parle d’agilité, de routes multiples et de normes d’une grande place, elle se garde des marges. Le jour où elle nommera une place, une structure et une date, le contrat avec le marché changera de nature. Jusque-là, la seule promesse ferme est celle du travail comptable. Ce n’est pas spectaculaire. C’est probablement le plus sérieux.
Une pause, pas une sortie de scène
Six ans après l’arrêt de la cotation australienne, Animoca Brands voulait un raccourci vers un grand marché. Le raccourci Currenc s’est révélé trop étroit par rapport au temps réel de l’audit et des priorités internes. La société n’a pas claqué la porte. Elle l’a refermée sans la verrouiller. Currenc, de son côté, continue de tester la tokenisation d’actions cotées. Deux stratégies, deux horloges, un même décor : celui d’une finance qui cherche à faire cohabiter registres traditionnels et chaînes publiques.
Le public aime les dénouements nets. Cette affaire n’en offre pas. Elle offre une leçon plus utile. Dans le web3 comme ailleurs, la vitesse d’une opération de marché ne vaut que si elle épouse la capacité d’une entreprise à documenter ce qu’elle est devenue. Animoca dit être devenue plus large que ses origines gaming. Elle dit viser encore la Bourse. Elle dit, surtout, qu’elle refuse de s’y présenter avant d’avoir fini ses devoirs. Le prochain chapitre se jouera moins dans une salle de fusion que dans les annexes d’un rapport audité.
En attendant, le groupe reste ce qu’il est depuis des années : un investisseur central de l’écosystème, un assembleur de récits technologiques, et une société privée qui avance à visage semi-découvert. La suspension du 22 septembre n’efface ni le 95 %, ni le Nasdaq imaginé, ni le travail déjà fourni avec Currenc. Elle rappelle seulement qu’un ticker n’est pas une stratégie. C’est un outil. Et qu’un outil, même prestigieux, peut attendre.









