ActualitésCulture

Obsèques De Catherine Ringer : L’Émotion Des Stars À Montmartre

Ce samedi à Montmartre, l'adieu à Catherine Ringer a réuni une foule d'artistes. Derrière les lunettes noires et les silences, un détail du lieu choisi raconte bien plus qu'une simple cérémonie...

Il y a des adieux qui ne ressemblent pas à une simple cérémonie. Ils prennent la forme d’un silence partagé, d’une foule qui marche plus lentement que d’habitude, d’une colline parisienne où la pierre, la musique et le souvenir se mêlent. Ce samedi 19 septembre 2026, le cimetière de Montmartre a accueilli le dernier hommage rendu à Catherine Ringer, figure majeure de la chanson française, emportée quelques jours plus tôt par un cancer foudroyant. L’émotion n’était pas seulement celle d’une famille. Elle débordait sur les allées, sur les visages connus, sur les musiciens venus avec leur instrument comme on apporte une prière.

Un adieu parisien sous le signe de la mémoire

La nouvelle de sa disparition avait été communiquée par ses proches dans la nuit du 14 septembre. Catherine Ringer avait 68 ans. Le communiqué familial parlait d’une immense tristesse, d’une artiste française majeure, de la moitié des Rita Mitsouko, d’une voix, d’une liberté, d’une singularité. Ces mots, brefs et justes, ont suffi à rappeler ce que beaucoup savaient déjà : elle n’avait jamais été une chanteuse interchangeable. Elle occupait un territoire à part, entre pop nerveuse, théâtre, danse, insolence et tendresse.

Cinq jours plus tard, Montmartre n’était plus seulement un quartier de cartes postales. C’était un lieu de rendez-vous. Des proches, des musiciens, des comédiens, des figures de la scène et du petit écran ont gravi les allées pour un dernier geste. Certains sont arrivés tôt. D’autres se sont glissés dans le cortège avec cette pudeur que l’on réserve aux deuils trop publics. Tous, d’une manière ou d’une autre, venaient saluer une femme qui avait refusé les cases.

En quelques dates. Naissance d’une voix à part. Rencontre décisive avec Fred Chichin. Explosion des Rita Mitsouko. Disparition de Fred en 2007. Continuité solitaire et fidèle. Adieu le 19 septembre 2026, au cimetière où repose déjà l’autre moitié du duo.

Ce que représentait vraiment Catherine Ringer

Pour comprendre la densité de cette journée, il faut remonter plus loin que l’annonce de sa mort. Catherine Ringer n’était pas seulement l’interprète d’un répertoire. Elle incarnait une manière d’être artiste en France : indépendante, physique, théâtrale, parfois déroutante, souvent lumineuse. Avec Fred Chichin, elle avait inventé un laboratoire sonore où la pop française cessait d’être sage. Les refrains accrocheurs n’empêchaient jamais une étrangeté précieuse, une ironie, une énergie de scène presque dansée.

Des titres comme Marcia Baila ou C’est comme ça ont traversé les générations. On les a entendus dans les fêtes, à la radio, dans des films, dans des karaokés improvisés, puis on les a redécouverts plus tard avec une autre oreille. Derrière l’évidence mélodique, il y avait une écriture de couple, un dialogue d’âmes et de riffs, une complicité qui débordait le studio. Quand Fred Chichin disparaît le 28 novembre 2007, quelque chose se brise. Mais Catherine Ringer ne disparaît pas avec lui. Elle continue. Elle chante. Elle porte le nom, le catalogue, la mémoire, sans transformer le deuil en statue froide.

Artiste française majeure, moitié des Rita Mitsouko, Catherine Ringer a marqué plusieurs générations par sa voix et ses chansons, sa grande liberté et sa singularité.

Cette phrase du communiqué familial résume mieux qu’un discours officiel ce que le public venait honorer à Montmartre. Pas seulement une discographie. Une attitude. Une voix reconnaissable entre mille, capable de passer de la caresse à la griffe. Une présence de scène qui n’avait rien d’un produit marketing. Une liberté que l’industrie a parfois regardée de travers, et que le public, lui, a fini par aimer précisément pour cela.

Le 19 septembre, une colline devenue théâtre du deuil

Le choix du cimetière de Montmartre n’était pas anodin. Il relevait d’une géographie intime. C’est là que repose Fred Chichin, compagnon, partenaire musical, père de leurs deux enfants. En venant s’y recueillir, Catherine Ringer ne faisait pas seulement « reposer à Paris ». Elle refermait une boucle commencée des décennies plus tôt, dans les studios, sur les routes, dans une vie d’artiste à deux têtes.

Les premiers arrivés ont donné le ton d’une journée à la fois mondaine et profondément privée. Farida Khelfa, Raphaël Mezrahi, Caroline Loeb. Puis Raoul Chichin, le fils de la chanteuse, guitariste, entouré des musiciens de son groupe Family Affair. La scène familiale n’était pas un accessoire. Elle rappelait que l’héritage des Rita Mitsouko n’est pas seulement un catalogue à administrer. Il circule encore dans des mains, des accords, des silhouettes trop jeunes pour avoir connu les années 80 en direct, et pourtant déjà habitées par cette histoire.

Le monde de la musique n’est pas venu les mains vides. Une couronne de fleurs envoyée par la mutuelle des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique a posé, parmi d’autres gerbes, le sceau d’une profession. Ce détail, souvent oublié dans les récits de cérémonie, dit quelque chose de simple : Catherine Ringer n’était pas seulement une icône populaire. Elle appartenait à une chaîne de métiers, d’ayants droit, de collègues, de salles, de droits d’auteur, de nuits de travail.

Les visages connus et la pudeur des lunettes noires

Autour de la famille, une longue liste d’artistes a dessiné le portrait d’une génération et de celles qui l’ont suivie. Arthur H, Nolwenn Leroy, Alain Souchon, Liane Foly, Matthieu Chedid. Marc Lavoine, l’émotion retenue derrière des lunettes noires. Josiane Balasko et George Aguilar. Bruno Moynot, Marc Cerrone, Eric Jean-Jean, Marina Foïs, Marilou Berry, Roberto Basarte, Greg Zlap. On pourrait lire cette énumération comme une chronique people. Ce serait manquer l’essentiel.

Ces présences racontent des affinités, des scènes partagées, des amitiés de coulisses, des respects de métier. Un chanteur n’assiste pas aux obsèques d’une autre chanteuse uniquement parce que les caméras sont là. Souvent, il vient parce qu’une voix a accompagné sa propre jeunesse, parce qu’un disque a ouvert une porte, parce qu’une insolence artistique a rendu possible une autre insolence. Dans le cas de Catherine Ringer, cette dette est particulièrement nette. Elle a élargi le champ de ce qu’une femme pouvait être sur une scène pop française : ni poupée, ni statue, ni faire-valoir.

Musique

Des auteurs-compositeurs aux interprètes, la scène est venue saluer une voix qui a déplacé les frontières du couple artistique.

Cinéma et scène

Comédien·nes et figures du spectacle ont rappelé qu’elle n’appartenait pas qu’aux radios, mais à tout un imaginaire vivant.

Marc Lavoine, « pesé par l’émotion », pour reprendre l’impression laissée par ceux qui l’ont vu arriver, incarnait cette tension propre aux deuils publics. On veut être là. On ne veut pas se donner en spectacle. Les lunettes noires deviennent alors un accessoire de survie autant qu’un signe de deuil. Matthieu Chedid, lui, appartient à une lignée où la musique se transmet comme un langage familial. Sa présence avait quelque chose de cohérent, presque nécessaire, dans un adieu où les fils, les guitares et les héritages occupaient déjà le premier plan.

Alain Souchon, Nolwenn Leroy, Liane Foly, Arthur H : autant de tempéraments différents, autant de manières d’habiter la chanson. Les voir réunis n’efface pas leurs différences. Cela montre plutôt que Catherine Ringer traversait les chapelles. On pouvait l’aimer pour la pop, pour le théâtre, pour l’étrangeté, pour la tendresse, pour le rythme. Rare sont les artistes capables de fédérer ainsi sans avoir jamais cherché à plaire à tout le monde.

Raoul Chichin et la continuité d’un nom

Parmi toutes les images de la journée, celle du fils arrivant avec sa guitare restera sans doute la plus parlante. Pas parce qu’elle est spectaculaire. Parce qu’elle est juste. Raoul Chichin n’était pas seulement « le fils de ». Il venait en musicien, entouré de Family Affair, comme pour dire que le deuil n’annule pas le geste de jouer. Dans certaines familles, on apporte des fleurs. Dans celle-ci, on apporte aussi un instrument.

Cette transmission n’a rien d’un conte lisse. Grandir dans l’ombre d’un duo mythique, puis dans le deuil d’un père, puis dans la disparition d’une mère, suppose une force que le public ne mesure jamais vraiment. Le 19 septembre, pourtant, cette force était visible. Pas dans de grands discours. Dans une présence. Dans le fait d’être là, debout, parmi les musiciens, à l’endroit exact où l’histoire familiale et l’histoire musicale se rejoignent.

Le public a souvent réduit Les Rita Mitsouko à un couple fusionnel. C’est vrai, et c’est incomplet. Il y avait aussi des enfants, une vie hors plateau, des lendemains de tournée, des absences, des rires, des disputes d’artistes, des reconstructions. En enterrant Catherine Ringer auprès de Fred Chichin, la famille n’offrait pas seulement une image romantique. Elle reconnaissait une évidence : ces deux-là avaient bâti ensemble un monde, et ce monde avait encore des héritiers.

Pourquoi Montmartre plutôt qu’ailleurs

Paris compte plusieurs nécropoles célèbres. Le Père-Lachaise attire les pèlerinages internationaux. Montmartre, lui, a une autre couleur. Plus villageoise, plus mêlée aux pentes, plus proche d’un Paris d’ateliers, de cabarets, de toiles et de ritournelles. Y reposer, pour un artiste lié à la scène et à une certaine fantaisie urbaine, n’est pas un hasard administratif. C’est un choix de paysage.

Fred Chichin y a été inhumé en décembre 2007. Depuis, ce rectangle de terre est devenu un point fixe. On y revient. On y dépose des pensées. On y mesure le temps. Le 1er mai dernier, jour anniversaire de Fred, Catherine Ringer avait publié une vidéo sur son compte Instagram. Elle écrivait qu’il aurait eu soixante-douze ans, et que même s’il n’était plus là, elle se réjouissait qu’il soit né. Cette phrase, simple, presque légère, dit une fidélité sans pathos. Dix-neuf ans après la mort de son compagnon, elle le rejoint.

Fred aurait soixante-douze ans. 72 ans. Et même s’il n’est plus là, en ce jour je me réjouis qu’il soit né.

Il y a dans ces mots une leçon de deuil rarement formulée aussi clairement. On peut manquer quelqu’un sans cesser de célébrer le fait qu’il ait existé. On peut vivre après, créer après, rire après, sans trahir. Catherine Ringer a incarné cette possibilité pendant près de deux décennies. Sa disparition referme le duo dans l’espace, mais pas dans l’écoute. Les disques restent. Les concerts filmés restent. Les refrains restent.

Une disparition brutale dans un paysage musical déjà fragile

Le communiqué a parlé d’un cancer foudroyant. Cette brutalité compte. Elle explique en partie le choc collectif. Le public n’avait pas eu le temps d’accompagner une longue maladie publique, de s’habituer à l’idée, de préparer son propre chagrin. La nouvelle est arrivée comme une coupure. Une artiste encore présente dans l’imaginaire, encore associée à une énergie de scène, n’était plus là.

La chanson française a perdu, ces dernières années, plusieurs de ses boussoles. Chaque disparition rouvre la même question : que reste-t-il d’une époque où les duos, les groupes, les signatures fortes structuraient l’écoute collective ? Les Rita Mitsouko n’étaient pas un produit de nostalgie industrielle. Ils étaient une invention. Leur absence laisse un trou dans le catalogue vivant, ce répertoire que l’on peut encore croiser sur une scène, dans une émission, dans une tournée d’été.

Pourtant, réduire Catherine Ringer à une icône des années 80 serait une erreur. Elle a continué à travailler, à interpréter, à habiter son répertoire autrement. Elle a porté seule ce qui avait été conçu à deux, ce qui est peut-être l’un des gestes artistiques les plus difficiles qui soient. Chanter les chansons d’un disparu sans les momifier. Les garder vivantes sans les trahir. Les offrir au présent.

Ce que le public aimait vraiment chez elle

On parle souvent de « voix unique », formule usée. Chez Catherine Ringer, elle retrouve un sens. Il y avait du grain, du théâtre, du jeu, une diction capable de faire basculer un refrain du sérieux vers le grotesque, ou l’inverse. Elle pouvait être solaire et acérée dans la même phrase. Cette mobilité déconcertait parfois. Elle fascinait plus souvent.

Il y avait aussi le corps. La danse, le mouvement, une présence physique qui refusait la chanteuse statufiée derrière un micro droit. Les Rita Mitsouko étaient un groupe à regarder autant qu’à écouter. Cette dimension visuelle explique pourquoi tant d’artistes d’univers différents se sont sentis concernés par son adieu. Le cinéma, le café-théâtre, la variété, l’électro, la chanson à texte : chacun pouvait y trouver un fragment de soi.

Enfin, il y avait la liberté. Pas celle, abstraite, des discours. Une liberté concrète : de look, de ton, de collaboration, de rythme de carrière. Dans un milieu qui aime les récits lisses, elle a accepté d’être anguleuse. Cette angularité est précisément ce que l’on venait saluer le 19 septembre. Pas une légende déjà plastifiée. Une femme qui avait tenu un cap.

  • Une signature sonore — pop nerveuse, refrains mémorables, étrangeté assumée.
  • Un duo-monde — deux artistes, une langue commune, une scène partagée.
  • Une fidélité après 2007 — continuer sans figer, transmettre sans se diluer.
  • Un adieu situé — Montmartre comme lieu d’amour autant que de mémoire.

Les coulisses d’un hommage collectif

Une cérémonie de cette nature mélange toujours l’intime et le visible. Il y a ceux qui ont partagé des repas, des répétitions, des silences. Il y a ceux qui n’ont connu l’artiste qu’à travers un disque, et qui viennent pourtant, parce qu’une chanson a tenu une place dans leur vie. Entre les deux, les professionnels du spectacle, habitués aux plateaux, se retrouvent démunis face à un cercueil. Le métier n’aide pas toujours à dire au revoir.

Les photographes, inévitables dans ce type de journée, ont fixé des détails : une couronne, une démarche, une paire de lunettes, une guitare. Ces images circuleront. Elles diront une partie de la vérité, jamais toute. Ce qu’elles ne montreront pas, c’est la conversation intérieure de chaque personne présente. Le morceau qu’on a réentendu la veille. Le concert auquel on n’est pas allé. La phrase d’une interview qui revient trop tard.

Le rôle des célébrités, dans un tel contexte, est ambigu. Leur venue attire l’attention, donc le récit. Mais elle peut aussi protéger la famille en déplaçant une partie du regard. Mieux vaut parfois que les flashes se posent sur un chanteur connu que sur un enfant trop exposé. À Montmartre, l’équilibre a semblé tenu. Assez de visages pour signifier l’importance. Assez de retenue pour ne pas transformer l’adieu en tapis rouge.

Fred et Catherine, une légende à deux voix

On ne peut pas parler de ces obsèques sans reparler du duo. Les Rita Mitsouko n’étaient pas un habillage marketing posé sur deux carrières parallèles. C’était une invention commune. Guitares, machines, humour, théâtralité, clips, costumes, insolence : tout cela formait un univers. Quand l’un des deux disparaît, l’univers ne s’arrête pas net, mais il change de gravité. Catherine Ringer en est devenue la gardienne, puis l’interprète principale, puis, d’une certaine façon, la mémoire incarnée.

Le public aime les récits d’âme sœur. Il faut se méfier des versions trop lisses. Un couple artistique, c’est aussi du travail, des désaccords, des egos, des réconciliations, des nuits de studio. Ce qui reste, une fois le temps passé, c’est la cohérence de l’œuvre. Or cette cohérence est intacte. On reconnaît encore, dès les premières mesures, un climat Rita Mitsouko. Peu de groupes français peuvent en dire autant.

En choisissant d’être inhumée auprès de Fred, Catherine Ringer a accepté que sa disparition soit lue, aussi, comme la fin d’un chapitre à deux. Cela n’efface pas son travail personnel. Cela le replace dans une constellation. Les tombes voisines ne sont pas une métaphore facile. Elles sont une décision. Une dernière mise en scène, peut-être, mais une mise en scène juste, fidèle à une vie où l’amour et la musique n’ont cessé de s’emprunter leurs mots.

Ce que ces obsèques disent de la culture française

Il arrive que le deuil d’un artiste révèle l’état d’une culture. Qui vient. Qui parle. Qui se tait. Quelles chansons reviennent. Quelles générations se mélangent dans les allées. À Montmartre, le mélange était éloquent. Des figures installées. Des artistes plus récents. Des proches de la scène humoristique. Des musiciens de groove et de chanson. Une mutuelle professionnelle. Un fils guitariste. Cela dessine un pays où la variété n’est pas un ghetto, où le populaire et l’exigeant peuvent encore se toucher.

Catherine Ringer a occupé précisément cette zone-là. Assez populaire pour être connue hors des cercles d’initiés. Assez singulière pour n’être jamais totalement absorbée par le formatage. Dans une époque d’algorithmes et de playlists, cette position devient précieuse. Elle rappelle qu’une carrière peut se construire sur un caractère, pas seulement sur une stratégie.

Le recueillement du 19 septembre a aussi montré que le public n’a pas oublié. On pourrait croire le contraire à force de cycles médiatiques accélérés. Une disparition remet les pendules à l’heure. Les gens se souviennent soudain du couplet exact, du clip, de la robe, de la grimace complicite, de la phrase lancée dans une émission. La mémoire musicale n’est pas une archive morte. Elle se réveille par à-coups, souvent trop tard, toujours avec une intensité surprenante.

Après la cérémonie, que reste-t-il à transmettre ?

Un enterrement clôt un corps, pas une œuvre. Les disques des Rita Mitsouko vont continuer de passer. Des jeunes musiciens vont encore piquer un riff, une attitude, une idée de clip. Des danseurs reprendront Marcia Baila sans connaître toute la biographie, et ce n’est pas grave. L’art populaire survit ainsi : par fragments, par usages, par réinventions.

La responsabilité des héritiers, familiaux comme artistiques, sera de laisser cette circulation se faire sans la réduire à une commémoration annuelle. Catherine Ringer mérite mieux qu’une minute de nostalgie. Elle mérite d’être réécoutée pour ce qu’elle a de vivant : le rythme, le jeu, le refus du lisse, la capacité à être à la fois populaire et bizarre, tendre et cassante.

Raoul Chichin et ceux qui jouent encore autour de ce répertoire ont une position particulière. Ils savent que chaque note peut être entendue comme un hommage. Ils savent aussi qu’un hommage trop respectueux étouffe. La plus belle fidélité, parfois, consiste à continuer de jouer comme si la musique était encore dangereuse, encore joyeuse, encore capable de déranger un peu le salon.

Une journée, plusieurs silences

Ceux qui étaient à Montmartre n’ont pas tous vécu la même cérémonie. Pour la famille, c’était la fin d’une présence quotidienne ou intermittente, de coups de fil, de visages, de phrases. Pour les collègues, c’était la disparition d’une pair. Pour le public massé plus loin, c’était l’adieu à une bande-son. Ces couches de chagrin ne s’annulent pas. Elles cohabitent, maladroitement, comme toujours dans les deuils très visibles.

Il faut accepter cette maladresse. On ne « réussit » pas des obsèques. On les traverse. On y porte des fleurs. On y reconnaît des visages. On y entend une chanson qu’on n’avait pas prévue. On rentre chez soi avec un refrain coincé trop tôt, trop fort. Puis les jours reprennent, et l’artiste redevient ce qu’elle n’avait jamais cessé d’être : une voix qu’on peut encore lancer dans une pièce.

Le 19 septembre 2026 n’efface pas le 14. Il lui donne un lieu. Un cimetière. Une colline. Un voisin de pierre nommé Fred. Des amis. Des lunettes noires. Une guitare. Rien de tout cela ne résume Catherine Ringer. Mais tout cela, mis bout à bout, compose un portrait fidèle de la place qu’elle occupait : au croisement de l’intime et du collectif, de la pop et du théâtre, de la légende et de la femme réelle.

Ce que l’on emporte en quittant Montmartre

En redescendant les allées, on pouvait se dire que Paris sait encore honorer ses artistes sans les réduire à une anecdote. On pouvait aussi se dire le contraire, et craindre que demain déjà d’autres titres chassent celui-ci. Les deux pensées peuvent coexister. La culture contemporaine est ainsi faite : intense et amnésique, sincère et pressée.

Reste une image simple. Une chanteuse rejoint le musicien avec qui elle avait inventé un monde. Des artistes viennent dire, par leur seule présence, que ce monde a compté. Un fils apporte une guitare. Des fleurs professionnelles voisinent avec des gerbes plus personnelles. Le ciel de septembre, selon l’heure, change la couleur de la pierre. Rien de plus. Rien de moins.

Si l’on devait ne garder qu’une leçon de cette journée, ce ne serait pas une leçon de célébrité. Ce serait une leçon de continuité. On peut disparaître brutalement et laisser pourtant un sillage net. On peut être singulière et largement aimée. On peut habiter la pop sans renoncer au mystère. Catherine Ringer a tenu ces paradoxes jusqu’au bout. Montmartre, désormais, en garde la trace.

Et pendant que les allées se vident, ailleurs, dans un appartement, dans une voiture, dans un casque trop usé, quelqu’un relance un titre. La voix arrive. Le rythme aussi. Pour quelques minutes, l’adieu recule. Ce n’est pas rien. C’est même, pour une artiste de cette trempe, la seule éternité qui compte vraiment : celle qui se rejoue, encore, dès que l’on presse sur lecture.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.