Quand un skipper referme une boucle de plus de cinq cents milles en moins de deux jours, on croit d’abord tenir un simple chronomètre. Puis on regarde le nom du bateau, le visage de celui qui le mène, la date du prochain grand départ, et tout bascule. Ce samedi matin à Lorient, Sam Goodchild n’a pas seulement gagné une épreuve courte. Il a montré qu’un monocoque déjà chargé d’histoire peut encore accélérer, choisir juste et tenir la pression d’un rival déterminé.
Une victoire nette dans le golfe de Gascogne
Le Franco-Britannique a bouclé les 48 heures Azimut à la barre de Macif Santé Prévoyance. Le parcours théorique mesurait 555,81 milles, soit un peu plus de mille kilomètres. Le chronomètre s’est arrêté à un jour, 14 heures, 48 minutes et 21 secondes. La moyenne officielle affiche 14,3 nœuds. Sur l’eau, la réalité a été plus exigeante : environ 640 milles réellement parcourus, à 16,5 nœuds de moyenne, depuis un départ donné jeudi à 15 h 30.
Le dessin de course ressemblait à un triangle dans le golfe de Gascogne, suivi d’une remontée à quelque 110 milles à l’ouest de Penmarc’h. Ce n’est pas une transatlantique. C’est un enchaînement de choix, de manœuvres et de lectures météo où l’erreur se paie vite. Goodchild, déjà vainqueur mercredi des Runs Azimut dans la baie de Lorient, a confirmé une emprise rare sur le format.
Repère de course. Quatorze IMOCA au départ. Un duel final avec Ambrogio Beccaria. Plus de deux heures d’écart à l’arrivée. Quarante-deux jours avant le grand large vers la Guadeloupe.
Le chronomètre, le sillage et la moyenne
Une moyenne de 14,3 nœuds sur le parcours théorique peut sembler froide. Elle dit pourtant beaucoup. Un IMOCA contemporain vole, tape, survole, puis se recroqueville selon l’état de mer. Tenir cette allure sur près de deux jours, en solitaire, impose une gestion du sommeil, des réglages et des trajectoires. Goodchild a accepté de faire plus de route que le trait théorique. 640 milles au lieu de 555, ce n’est pas du gaspillage : c’est souvent le prix d’une option plus rapide ou plus saine.
Le golfe de Gascogne n’offre jamais un tapis uniforme. Les fronts glissent, les grains se resserrent, la houle se croise. Un skipper qui cherche la ligne droite se retrouve parfois plus lent qu’un concurrent qui allonge pour rester dans le flux. Ici, la moyenne réelle de 16,5 nœuds montre que le bateau a vécu dans sa fenêtre. Pas seulement en pointe. Dans la durée.
Ce type de chiffre nourrit aussi la comparaison avec d’autres formats. Une transat demande de l’endurance statistique. Une boucle de 48 heures demande de l’intensité répétée. On change d’amure plus souvent. On retravaille le plan de voile. On surveille le rival dans le tracker autant que dans le ciel. Goodchild a dit aimer précisément cela.
Le duel avec Ambrogio Beccaria
Ambrogio Beccaria, sur Allagrande Mapei, a pris la deuxième place avec 2 heures et 17 minutes de retard. L’écart paraît large une fois l’arrivée sonnée. Pendant la course, il a incarné la menace constante. Goodchild l’a reconnu sans détour : pour le battre, il faut être en forme et ne pas commettre d’erreur. La phrase n’est pas un hommage de convenance. Elle décrit un niveau où le moindre mauvais empannage, la moindre mauvaise lecture de front, ouvre un boulevard.
On a fait un bon binôme avec le bateau. Ce n’est pas loin d’être la course parfaite. Le bateau était adapté à ces conditions et j’aime ce format de course. Il y a beaucoup de manœuvres et des choix stratégiques à opérer, très différents de ceux d’une transat.
Le skipper de 36 ans a aussi insisté sur la bataille. Une belle bataille, a-t-il dit. Dans la voile océanique moderne, ces mots pèsent. On ne parle plus seulement d’un homme contre la mer. On parle d’un homme contre un autre homme, à bord de machines quasi identiques par le règlement, mais très différentes par l’historique, les foils, les réglages et la confiance.
Beccaria n’a pas perdu par effondrement. Il a cédé après une lutte où Goodchild a su rester propre. C’est souvent ainsi que se gagnent les épreuves courtes en IMOCA : moins par un coup de génie isolé que par une succession de petits gestes justes. Un ris pris à temps. Une voile d’avant changée sans drame. Un cap conservé quand le tracker invite à douter.
Un format qui ne ressemble pas à une transat
Le Défi Azimut n’est pas une miniature de la Route du Rhum. Goodchild l’a souligné : le parcours n’aura rien à voir. Pourtant, l’épreuve joue un rôle de répétition. Elle replace le skipper seul, de nuit, avec un programme de manœuvres dense. Elle force à enchaîner des décisions sans filet d’équipage. Elle remet le corps dans le rythme du solitaire après des phases de préparation à terre.
Une transat impose des cycles longs. On installe un rythme de sommeil. On laisse le bateau vivre des heures sur le même réglage. On surveille la dépression suivante plus que la bouée suivante. Ici, le triangle gascon puis la remontée vers l’ouest de Penmarc’h créent une autre musique. Le vent tourne. Les angles changent. Il faut accepter de travailler le bateau comme un instrument nerveux.
C’est pourquoi le vainqueur a parlé de course presque parfaite. Pas parce que tout fut facile. Parce que le couple homme-bateau a répondu. Dans ces conditions précises, Macif Santé Prévoyance était à sa place. Goodchild aussi. Cette coïncidence n’arrive pas à chaque départ. Quand elle arrive, elle laisse une trace de confiance. Et la confiance, à six semaines d’un départ mythique, vaut presque autant qu’un trophée.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Parcours théorique | 555,81 milles (1 029 km) |
| Distance réelle estimée | 640 milles (1 186 km) |
| Temps du vainqueur | 1 j 14 h 48 min 21 s |
| Moyenne théorique / réelle | 14,3 nd / 16,5 nd |
| Écart avec le 2e | 2 h 17 min |
| Départ | Jeudi 15 h 30, Lorient |
Lorient, laboratoire avant le grand large
Lorient n’est pas un décor de carte postale posé au hasard. C’est l’un des cœurs industriels et sportifs de la classe IMOCA. On y assemble, on y répare, on y ajuste des foils, on y discute des polaires tard le soir. Y disputer une boucle de 48 heures, puis rentrer au même quai, crée une intimité particulière. Les équipes voient le bateau revenir. Elles entendent le récit à chaud. Elles corrigent déjà la liste des détails.
Mercredi, les Runs Azimut avaient déjà donné un premier signal. Goodchild s’y était imposé dans la baie. Gagner d’abord l’exercice court, puis l’épreuve de fond du week-end, dessine une continuité. Ce n’est pas la même compétence. Les runs valorisent le placement, l’accélération, le regard sur l’eau toute proche. Les 48 heures ajoutent la nuit, la fatigue, la météo qui se déforme. Enchaîner les deux succès donne une photographie plus complète.
Pour les quatorze engagés, l’intérêt dépasse le classement local. Chacun cherche un état de forme, une validation de réglages, une confirmation que le bateau tient le choc des empannages répétés. Une première course sur un nouveau support, comme celle de Sébastien Simon, n’a pas le même enjeu qu’une démonstration de leader. Mais tous regardent la même ligne d’horizon : le 1er novembre, Saint-Malo, cap sur Pointe-à-Pitre.
Le bateau de Charlie Dalin, une transmission fragile
On ne peut raconter cette victoire sans nommer Charlie Dalin. Le skipper, disparu le 10 juin des suites d’un cancer, a laissé un vide immense dans la flotte. Un hommage public lui a été rendu mardi à Concarneau. Goodchild a pris la suite à la barre de cet IMOCA de 18,28 mètres. La phrase est simple. La charge ne l’est pas.
Un bateau n’est pas un objet neutre. Il porte des réglages, des habitudes, des victoires, des doutes. Il porte aussi le regard des proches, des partenaires, des autres skippers. Gagner avec cette machine, si tôt après le deuil collectif, n’efface rien. Cela ajoute une couche de sens. Goodchild a dit être fier de lui. Il a aussi dit que faire une course sans faute met en confiance. On entend, derrière ces mots mesurés, le poids d’une transmission.
La voile océanique a cette particularité : les bateaux survivent aux hommes plus longtemps qu’on ne le croit, et pourtant chaque marin y laisse une signature. Dalin avait peur qu’on l’oublie, selon les mots de ses proches relayés ces derniers jours. Une victoire de son ancien support, menée proprement, n’est pas un monument. C’est un geste. Un sillage qui continue.
Le Défi Azimut a été une belle répétition en solitaire avant la Route du Rhum. Faire une course sans faute, cela met en confiance, même si le parcours n’aura rien à voir. Je suis fier de moi.
Sébastien Simon et la vie d’un nouveau monocoque
Parmi les quatorze IMOCA, la présence de Sébastien Simon mérite qu’on s’y arrête. C’était sa première course sur le nouvel Groupe Dubreuil-Air Caraïbes, signé Guillaume Verdier. Une première course n’est pas faite pour tout gagner. Elle sert à écouter le bateau. À comprendre où il décroche, où il accepte l’accélération, où l’équipage à terre devra encore intervenir.
Un IMOCA neuf arrive rarement parfaitement né. Les foils demandent un dialogue. Les structures parlent après les premiers chocs. Les logiciels de pilotage se calibrent. Le skipper, lui, doit reconstruire ses automatismes. Ce qu’il faisait sans réfléchir sur l’ancien support redevient conscient. Dans une boucle de 48 heures, cette conscience coûte de l’énergie. Elle offre aussi des informations précieuses.
Voir un architecte comme Verdier associé à une première sortie publique rappelle que la classe reste un laboratoire. Les plans évoluent. Les appendices aussi. Les écarts se jouent parfois sur des détails invisibles depuis la côte. Simon n’était pas le sujet du jour. Il en était le contrepoint utile : pendant que Goodchild validait une relation déjà riche avec son bateau, un autre commençait la sienne.
Ce que révèle une course presque parfaite
Goodchild a parlé d’un bon binôme avec le bateau. L’expression mérite qu’on la déplie. En solitaire, le binôme n’est pas une métaphore légère. Le skipper mange, dort, répare, doute avec la même coque. Si le bateau est trop nerveux, il vole le sommeil. S’il est trop sage, il laisse des miles. Trouver l’accord, dans un golfe instable, donne ce sentiment de fluidité que les vainqueurs décrivent après coup.
Une course sans faute n’existe presque jamais au sens strict. Il y a toujours un ris un peu tardif, une voile qu’on aurait pu changer plus tôt, une option qu’on n’a pas osée. Dire « sans faute » signifie plutôt : aucune erreur décisive. Aucun incident qui bascule le classement. Aucune casse majeure. Pour un staff technique, c’est une bénédiction. Pour un skipper, c’est une base mentale.
À 42 jours du départ de la Route du Rhum, cette base compte. On peut encore affiner. On peut encore casser une pièce à l’entraînement et la remplacer. On ne peut pas inventer en novembre une confiance qui n’aurait jamais existé. Goodchild quitte Lorient avec autre chose qu’une ligne de palmarès. Il quitte Lorient avec la preuve récente qu’il peut enchaîner, choisir et tenir.
La Route du Rhum déjà dans le viseur
Le 1er novembre, Saint-Malo ouvrira une autre histoire. Destination Pointe-à-Pitre. Autre mer, autre durée, autre solitude. Les 48 heures Azimut ne prédisent pas un vainqueur transatlantique. Elles disent qui arrive dans la dernière ligne droite de préparation avec de la vitesse et de la clarté. Goodchild a marqué les esprits, selon le récit de la journée, précisément pour cela.
La Route du Rhum récompense ceux qui savent durer. Elle punit les bateaux trop tirés, les skippers trop confiants, les options trop esthétiques. Une victoire courte peut créer une ivresse. Goodchild semble l’éviter. Il sépare nettement le format aimé ici et le grand large à venir. Cette lucidité est peut-être le geste le plus professionnel du week-end.
Les rivaux regarderont le tracker de novembre avec cette séquence en tête. Beccaria saura qu’il peut suivre longtemps. D’autres sauront qu’il faudra attaquer tôt ou accepter de chasser. Les outsiders sauront que le niveau de référence, en ce moment, passe par Lorient et par un skipper capable de gagner deux rendez-vous dans la même semaine.
Comprendre l’IMOCA sans jargon inutile
Un IMOCA mesure 18,28 mètres. C’est un monocoque de course au large, conçu pour aller vite avec un seul marin à bord pendant des jours. Les foils soulèvent une partie de la carène quand la vitesse monte. Le bateau bascule alors dans un autre régime. Moins de frottement. Plus de exigence. Plus de bruit. Plus de risque aussi, si la mer se creuse ou si le pilotage décroche.
Le public voit souvent l’image glamour de l’étrave qui vole. Le skipper, lui, vit la fatigue des bras, le sel dans les yeux, les alarmes, les fichiers météo, la cuisine instantanée avalée debout. Une boucle de 48 heures condense tout cela. Assez longue pour que le sommeil devienne un sujet. Assez courte pour que chaque manœuvre reste décisive.
C’est aussi une classe où la mémoire circule de bateau en bateau. Architectes, chantiers, préparateurs, skippers se croisent. Un support change de nom, change de main, garde une signature. Macif Santé Prévoyance n’échappe pas à cette loi. D’où l’émotion particulière de le voir gagner à nouveau, dans une fenêtre météo qui lui allait, avec un marin qui affirme aimer ce rythme de décisions rapides.
Stratégie : le triangle, Penmarc’h et la mer réelle
Un triangle dans le golfe de Gascogne n’est pas un exercice d’école. Chaque côté expose une face différente du vent. On peut partir au reaching, revenir au près, puis allonger au portant. Les transitions comptent autant que les bords stables. C’est là que se jouent les places. Un skipper trop occupé à protéger son avance peut rater le changement. Un chasseur trop agressif peut casser.
La remontée à 110 milles à l’ouest de Penmarc’h ajoute une dimension hauturière. On s’éloigne du confort visuel de la baie. On retrouve une mer plus libre, parfois plus désordonnée. Le Finistère, même vu de loin, reste une référence. Il rappelle que la Bretagne n’est pas seulement un port de départ. C’est un système météo, un relief d’eau, une culture de la route.
Goodchild a accepté de parcourir davantage de milles que le trait théorique. Ce détail devrait rester dans les esprits. Beaucoup de lecteurs imaginent encore qu’une course se gagne en collant le plus possible à la ligne droite. En océan, la ligne droite est souvent un piège. La route longue mais plus rapide est une banalité pour les routeurs. Pour le grand public, elle reste contre-intuitive. D’où l’intérêt de la nommer clairement.
Le corps du solitaire, cette variable oubliée
Battre Beccaria, a dit le vainqueur, exige d’être en forme. La phrase paraît évidente. Elle ne l’est pas. En 48 heures, on peut tenter de tenir éveillé trop longtemps. On peut aussi s’effondrer au mauvais moment. Le bon rythme consiste à dormir par fragments, juste assez pour garder le jugement. Un empannage de nuit mal préparé naît souvent d’un cerveau qui n’a plus de marge.
Goodchild a 36 ans. Ce n’est ni l’âge de l’insouciance première, ni celui de la fin de course. C’est un âge de métier. On connaît ses limites. On sait ce qu’un bateau peut encaisser. On sait aussi ce qu’un ego coûte. Gagner deux fois dans la semaine, runs puis boucle, suppose une récupération intelligente entre les deux. Les équipes à terre jouent alors un rôle invisible : nutrition, matériel, silence autour du skipper.
La forme n’est pas seulement musculaire. Elle est attentionnelle. Lire une carte, un fichier, une mer, un rival, pendant près de deux jours, use autant que border une écoute. Quand le vainqueur dit que le format lui plaît, on peut y entendre une affinité cognitive. Certains skippers s’épanouissent dans la longue respiration atlantique. D’autres aiment le puzzle serré. Goodchild, ce week-end, a habité le puzzle.
Pourquoi ce résultat dépasse le palmarès local
Une épreuve de 48 heures peut sembler mineure à côté des mythes. Elle ne l’est pas pour ceux qui vivent la saison. Elle sert de photographie. Qui va vite. Qui casse. Qui se perd dans les options. Qui rentre avec un bateau intact et un moral haut. Les partenaires regardent cela. Les architectes aussi. Les autres skippers davantage encore.
Goodchild n’a pas seulement ajouté une ligne à son CV. Il a envoyé un message de continuité. Le bateau marche. Le skipper le comprend. Le format court ne le déstabilise pas. La rivalité avec Beccaria existe et reste saine. Dans une flotte où tout le monde se prépare au même océan, ces messages circulent plus vite que les communiqués.
Il reste à traduire cela en novembre. Traduire n’est pas copier. Le golfe de Gascogne n’est pas l’Atlantique des alizés, ni celui des dépressions plus dures. Mais une victoire propre donne un droit moral à viser haut. Pas une garantie. Un droit. Dans le sport de haut niveau, ce droit change la manière de partir.
Mémoire, vitesse et saison qui s’ouvre
Le week-end de Lorient s’inscrit dans une séquence plus large. Hommage à Concarneau. Runs dans la baie. Boucle dans le golfe. Puis, très vite, le compte à rebours vers Saint-Malo. La flotte IMOCA ne sépare pas l’émotion et la performance autant qu’on le croit depuis le rivage. Les deux avancent ensemble. Parfois l’une porte l’autre. Parfois l’une menace de l’étouffer.
Ici, la performance a semblé nette, presque sereine une fois l’arrivée coupée. L’émotion, elle, reste en sourdine dans le nom du bateau et dans les phrases de fierté contenue. Goodchild n’a pas transformé sa victoire en discours. Il a parlé de binôme, de format, de bataille, de confiance. C’est assez. Les lecteurs peuvent faire le reste du chemin.
La voile océanique a besoin de ces récits précis. Pas seulement de légendes. Des heures, des milles, des écarts, des choix. Des hommes qui acceptent de dire qu’il a fallu être bon pour battre un autre homme. Des bateaux qui portent encore le souvenir de ceux qui ne sont plus là. Des ports bretons qui servent à la fois de base technique et de théâtre public.
Ce qu’il faudra surveiller d’ici novembre
Plusieurs fils restent ouverts. La fiabilité de Macif Santé Prévoyance sur la durée. La capacité de Goodchild à retrouver le même calme quand la course cessera de ressembler à un sprint intelligent. La réaction de Beccaria, qui a assez suivi pour ne rien relâcher. L’apprentissage accéléré de Simon sur un monocoque neuf. L’état de toute la flotte après ces empannages répétés.
Il faudra aussi regarder le calendrier humain. Quarante-deux jours, c’est long et court à la fois. Long pour casser et réparer. Court pour changer un équilibre mental. Les skippers savent que la dernière ligne droite fabrique des doutes. Une pièce qui sonne mal. Une météo de départ encore trop ouverte. Une comparaison avec un rival qui accélère à l’entraînement.
Dans cet intervalle, la victoire de Lorient peut servir d’ancre. Un souvenir concret. Un temps de référence. Une sensation de bateau qui avance quand on le mène juste. Les solitaires collectionnent ces sensations. Ils les ressortent au milieu d’une nuit atlantique, quand plus rien n’est évident. C’est peut-être là, plus que sur le podium breton, que les 48 heures Azimut continueront d’agir.
Une image nette, une saison encore floue
Sam Goodchild a donc refermé la boucle plus vite que le nom de l’épreuve ne le suggère. Moins d’un jour et quinze heures pour un dessin de 555 milles, davantage réellement courus, une moyenne réelle de 16,5 nœuds, un dauphin à plus de deux heures, un bateau chargé de mémoire, un hommage encore tout proche, un grand départ déjà daté. L’image est nette.
La saison, elle, reste floue comme une mer avant front. Nul ne sait qui tiendra en novembre. Nul ne sait quels foils aimeront la première dépression. Nul ne sait quel skipper dormira juste assez. On sait seulement qu’à Lorient, un marin a enchaîné les bons gestes, qu’un rival a poussé sans basculer le scénario, et qu’une flotte entière a repris le large pour se tester.
Au fond, c’est cela qu’une course courte bien menée offre au public : non pas la prédiction du mythe suivant, mais la preuve que le niveau est là, maintenant, dans le golfe, avec des noms, des temps et des silences. Goodchild a pris le temps de dire qu’il était fier. On peut le croire. La mer, elle, n’a pas dit son dernier mot. Elle le dira plus loin, plus tard, quand la boucle cessera d’être bretonne et deviendra atlantique.









