Quand un bureau de Washington publie une liste un jeudi de septembre, le marché du bitcoin ne tremble pas tout de suite. Pourtant, derrière le nom un peu trop générique de BitBank se cache une accusation lourde : des centaines de millions de dollars en bitcoin auraient transité, entre juin et juillet, vers le Corps des Gardiens de la révolution islamique. L’annonce ne s’accompagne d’aucune adresse de portefeuille, d’aucun hash de transaction, d’aucun tableau public. Elle pose surtout une question plus large : jusqu’où les autorités américaines peuvent-elles remonter une chaîne de paiements numériques sans tout montrer ?
Une désignation qui s’inscrit dans une campagne plus vaste
Le 17 septembre 2026, l’Office of Foreign Assets Control a inscrit BitBank, l’éditeur de logiciel Pishtaz Simorgh Electronic Trade Company et trois proches du financier Babak Zanjani sur sa liste des ressortissants spécialement désignés. L’opération porte un nom de code : Operation Economic Outcast. Elle vise, selon le Trésor, les réseaux financiers iraniens et les circuits d’évitement des sanctions. Ce n’est pas un procès. Ce n’est pas une condamnation pénale. C’est une mesure administrative, avec des effets concrets dès le lendemain : blocage des avoirs américains, interdiction de transactions pour les personnes américaines, et risque de sanctions secondaires pour certains acteurs étrangers.
BitBank est présenté comme une entreprise iranienne de services financiers et d’assurance, créée en 2024. Les intitulés retenus comprennent BitBank et BitBank3, ainsi que les domaines bitbank3.com et bitbank.com. Pishtaz Simorgh, décrite comme développeur du logiciel d’actifs numériques de la plateforme, est rattachée au groupe Dot One Value Creation Group, déjà sanctionné auparavant. Trois dirigeants sont désignés en même temps : Hossein Ali Zaker Hossein, Mohammad Mahdi Zaker Hossein et Seyed Adel Heidari. Le second est présenté comme directeur général de Pishtaz Simorgh. Le troisième comme vice-président du conseil de Dot One. Le premier est accusé d’avoir participé à des exportations pétrolières et à des opérations en actifs numériques liées au réseau Zanjani.
À retenir d’emblée : la désignation repose sur l’executive order 13902, élargi en août pour viser plus directement le secteur iranien des actifs numériques. Les personnes américaines doivent geler les biens concernés. Certaines relations étrangères peuvent créer une exposition aux sanctions secondaires.
Ce que le Trésor affirme, et ce qu’il ne montre pas
Entre juin et juillet, selon l’administration américaine, Babak Zanjani se serait servi de BitBank pour transférer l’équivalent de plusieurs centaines de millions de dollars en bitcoin vers le Corps des Gardiens. La formulation est volontairement large. Aucun total exact n’est publié. Aucune ventilation par date. Aucun contrepartie nommé. L’entrée correspondante sur la liste SDN ne contient pas non plus d’adresses de cryptoactifs pour BitBank. Pour un dossier qui parle de flux on-chain, l’absence d’identifiants publics est frappante.
Cela ne veut pas dire que l’accusation est vide. Les services de renseignement et les cellules d’enquête financière travaillent souvent avec des sources classifiées, des rapports de conformité bancaire et des analyses de graphe qu’ils ne rendent pas publiques. Mais pour le lecteur, pour le marché et pour les plateformes qui doivent décider si elles exposent ou non un client, le manque de traces vérifiables crée une zone grise. On peut croire le Trésor. On ne peut pas, à ce stade, reconstituer soi-même le chemin des pièces.
Les efforts pour financer le régime iranien à l’aide de cryptomonnaies ne sont pas hors de portée de l’OFAC.
Scott Bessent, secrétaire au Trésor
La phrase, jointe à la désignation, résume la doctrine : le bitcoin n’est pas un refuge automatique. Il est un vecteur, et un vecteur peut être ciblé. Reste que la citation politique ne remplace pas un dossier technique. Les deux existent en parallèle. L’un sert à signaler. L’autre, s’il existe, reste dans les tiroirs.
Le fil Zanjani, déjà sanctionné plusieurs fois
BitBank n’arrive pas dans un vide. Le 30 janvier, l’OFAC avait déjà sanctionné Babak Zanjani aux côtés de Zedcex Exchange et Zedxion Exchange, en affirmant que des adresses liées à ces plateformes avaient traité des fonds associés à des contreparties proches des Gardiens. Le 24 juillet, quatre personnes et neuf entités supplémentaires du même réseau avaient été ajoutées. Les activités visées allaient du trading d’actifs numériques au transport, aux services financiers, à l’or et à des montages offshore.
BitBank n’était pas dans ces vagues précédentes. Le Trésor affirme pourtant que Zanjani promouvait publiquement l’échange depuis au moins 2024 et que plusieurs sociétés de son réseau le présentaient comme partenaire. Autrement dit : la plateforme n’était pas un accident isolé, mais une pièce ajoutée à une infrastructure déjà surveillée. Cette logique de « construction progressive » est typique des campagnes de sanctions. On commence par le financier. On continue par les véhicules. On termine par l’interface qui rend l’argent liquide.
Le nom de Zanjani n’est pas nouveau dans l’histoire économique iranienne. Figure associée à des montages pétroliers et financiers, il incarne pour Washington un type d’intermédiaire : capable de relier l’économie sanctionnée à des marchés internationaux par des couches successives de sociétés, de comptes et désormais de jetons. Que ces accusations soient exactes dans chaque détail ou non, elles dessinent une méthode. Et c’est cette méthode que l’OFAC cherche à casser, plus encore qu’un seul site web.
Hormuz Safe, le bras maritime de l’accusation
Le second fil de l’affaire passe par le détroit d’Ormuz. Depuis juin, selon le Trésor, Hormuz Safe Marine Services Authority aurait utilisé BitBank pour transférer vers le gouvernement iranien des paiements collectés auprès d’armateurs. Hormuz Safe avait déjà été sanctionné le 29 juillet. L’entité proposait assurance, sécurité, gestion de trafic et assistance d’urgence aux navires traversant le détroit. Elle acceptait le bitcoin et d’autres actifs numériques.
Les autorités américaines décrivent ce dispositif comme un système de recettes lié aux Gardiens. Parmi les risques couverts par l’arrangement d’assurance figuraient, selon elles, des saisies de navires et d’autres menaces associées à l’activité iranienne dans le chenal. Là encore, aucune adresse bitcoin n’avait été publiée en juillet. Le communiqué de septembre relie désormais ces paiements à BitBank, sans fournir une piste transaction par transaction, et sans dire quelle part des « centaines de millions » viendrait précisément d’Hormuz Safe.
Le détroit d’Ormuz n’est pas un détail géographique. C’est l’une des artères énergétiques de la planète. Tout mécanisme qui monétise le passage, l’assurance ou la protection dans cette zone touche à la fois le commerce mondial et la géopolitique. Si une plateforme crypto sert de caisse d’encaissement, elle n’est plus seulement un échange local. Elle devient un relais entre mer, pétrole et monnaie programmable. C’est précisément ce glissement que Washington veut interrompre.
Noms des entités, dates de désignation, cadre juridique, allégation de montants élevés, lien avec Hormuz Safe et le réseau Dot One.
Adresses, hashes, calendrier précis des transferts, part attribuable au maritime, preuves on-chain indépendantes.
Le cadre juridique : l’ordre 13902 et la règle des 50 %
BitBank et Pishtaz Simorgh ont été désignés au titre de l’executive order 13902 pour leur activité dans le secteur iranien des actifs numériques. En août, le Trésor a élargi l’usage de cette autorité dans le cadre d’Operation Economic Outcast. L’idée est simple : on ne vise plus seulement tel ou tel individu déjà connu, on vise une industrie considérée comme un levier de recettes pour l’État et ses satellites.
Une fois la désignation publiée, les biens et intérêts dans les biens de BitBank, de Pishtaz Simorgh et des trois personnes listées doivent être bloqués s’ils se trouvent aux États-Unis ou s’ils sont détenus par des personnes américaines. La règle des 50 % étend le gel aux sociétés détenues, directement ou indirectement, individuellement ou collectivement, à 50 % ou plus par des parties bloquées. Les transactions impliquant les personnes ou entités désignées sont en principe interdites aux personnes américaines, sauf licence ou exemption.
Le communiqué du 17 septembre précise que BitBank et Pishtaz Simorgh sont soumis aux sanctions secondaires. Autrement dit, l’effet ne s’arrête pas à la frontière américaine. Une banque, un courtier ou une plateforme étrangère qui continue de traiter avec ces entités peut, selon les cas, s’exposer elle-même. Les violations civiles peuvent être poursuivies sur un régime de responsabilité quasi objective : l’OFAC n’a pas nécessairement besoin de prouver que l’opérateur savait. La responsabilité pénale, elle, obéit à d’autres critères, plus exigeants.
Il existe une voie de sortie administrative. Une personne désignée peut demander son retrait de la liste SDN en apportant des arguments ou des preuves selon lesquels le fondement de l’inscription n’est plus suffisant. Dans la pratique, ces procédures sont longues, techniques et rarement spectaculaires. Elles n’effacent pas, le temps qu’elles durent, le gel des avoirs ni la tache réputationnelle.
Une série d’échanges iraniens déjà dans le viseur
BitBank n’est pas le premier nom iranien à tomber en 2026. En juin, le Trésor a sanctionné Nobitex, Wallex, Bitpin et Ramzinex, accusés d’avoir aidé des acteurs iraniens déjà sanctionnés à accéder aux actifs numériques. Nobitex était présenté comme le plus grand échange crypto du pays. Le 7 août, Shelbit et Aban Tether ont été ajoutés. Des adresses liées à Shelbit auraient envoyé plus de deux millions de dollars vers des adresses contrôlées par les Gardiens et reçu plus d’un million en provenance de portefeuilles associés. Aban Tether était accusé d’avoir traité des millions de dollars impliquant des échanges iraniens déjà sanctionnés.
L’ancienne direction de Shelbit a contesté avoir participé en connaissance de cause à du blanchiment, au financement du terrorisme ou à l’évasion de sanctions. Ce démenti, classique dans ce type d’affaires, rappelle une tension permanente : entre l’intention déclarée d’une équipe et l’usage réel d’une infrastructure ouverte. Une plateforme peut affirmer filtrer. Un graphe on-chain peut raconter autre chose. L’OFAC tranche souvent du côté du graphe, ou du renseignement, sans ouvrir le débat public.
Operation Economic Outcast, lancée le 24 août, couvre bien plus que la crypto : ventes de pétrole, transport maritime, technologie, aviation, or et autres canaux que le Trésor juge générateurs ou vecteurs de recettes pour des entités liées à l’État iranien. L’autorité élargie contre le secteur des actifs numériques s’applique aussi, selon l’administration, à des acteurs situés hors d’Iran. C’est un message aux prestataires mondiaux : la géographie du serveur ne protège pas si le flux sert un réseau interdit.
Pourquoi le bitcoin reste un outil politique
Le bitcoin a été conçu comme un réseau sans permission. Cette propriété technique n’efface pas la géopolitique. Dès qu’un État sous embargo cherche à monétiser du pétrole, de l’assurance maritime ou des exportations, la tentation d’un actif transférable 24 heures sur 24 est évidente. Dès qu’une administration occidentale cherche à refermer cette vanne, la tentation inverse est tout aussi claire : désigner l’échange, geler les intermédiaires, menacer les banques correspondantes.
Le paradoxe est que la chaîne de blocs est publique, mais que les identités ne le sont pas. Les enquêteurs relient des grappes d’adresses à des entités grâce à des dépôts, des retraits, des fuites, des partenaires ou des analyses de comportement. Les défenseurs du réseau répondent que corrélation n’est pas attribution. Entre les deux, le régulateur américain a choisi une posture offensive : mieux vaut désigner tôt que laisser un corridor s’installer.
Cette posture a un coût. Elle peut pousser les flux vers des protocoles plus opaques, des mixeurs, des chaînes moins surveillées ou des arrangements de gré à gré. Elle peut aussi, à l’inverse, dissuader des intermédiaires prudents et assécher une partie de la liquidité. Personne ne sait encore lequel de ces deux effets l’emportera dans le cas iranien. On sait seulement que 2026 a accéléré le rythme des désignations.
Ce que cela change pour les utilisateurs et les plateformes
Pour un particulier américain, la consigne est nette : ne pas détenir, ne pas transférer, ne pas faciliter des avoirs liés aux personnes et entités listées. Pour une plateforme mondiale, le calcul est plus délicat. Faut-il geler préventivement tout dépôt provenant d’adresses historiquement proches du réseau Dot One ? Faut-il renforcer le filtrage des domaines bitbank.com et bitbank3.com ? Faut-il revoir les relations avec des courtiers qui auraient listé BitBank comme partenaire ?
Les équipes de conformité connaissent le refrain. Une désignation OFAC n’est pas un jugement de vérité scientifique. C’est un fait juridique. Ignorer le fait juridique expose à l’amende, parfois très lourde, parfois sans qu’il soit besoin de démontrer la mauvaise foi. D’où la tendance, déjà observée après d’autres listes, à surbloquer plutôt que sous-bloquer. Des utilisateurs innocents peuvent se retrouver coincés. Des flux légitimes peuvent être ralentis. C’est le prix habituel d’une politique de listes.
Pour les acteurs iraniens, l’effet est inverse. Plus les grandes plateformes ferment l’accès, plus les circuits locaux et régionaux se renforcent. BitBank, si l’accusation est fondée, n’était qu’une couche. D’autres couches peuvent apparaître, avec d’autres noms, d’autres domaines, d’autres sociétés écrans. La course n’est pas nouvelle. Elle change seulement de support : hier le compte offshore, aujourd’hui le portefeuille.
Le silence des preuves publiques et la bataille narrative
Il faut insister sur ce point, car il structure toute la lecture de l’affaire. Le chiffre des « centaines de millions de dollars » est attribué au gouvernement américain. Aucune revue indépendante on-chain publiée à ce jour ne confirme le montant total. L’absence d’adresses dans l’entrée SDN n’est pas anodine : elle empêche la communauté des analystes de reproduire le raisonnement. Elle protège aussi, éventuellement, des sources et des méthodes.
Dans l’espace public, deux récits s’affrontent déjà. Le premier dit : l’Iran monétise le détroit et le pétrole via le bitcoin, et BitBank a servi de tapis roulant. Le second dit : Washington étend une guerre économique à tout ce qui ressemble à une infrastructure crypto iranienne, avec des montants arrondis et des dossiers partiels. Les deux récits peuvent contenir une part de vrai. Ni l’un ni l’autre n’est, pour l’instant, entièrement démontré devant un tribunal.
Cette ambiguïté n’est pas un détail journalistique. Elle conditionne la confiance dans les sanctions elles-mêmes. Plus les dossiers sont opaques, plus les États ciblés crient à l’arbitraire, et plus les plateformes mondiales hésitent entre zèle et prudence. Un hash publié, même partiel, changerait la conversation. Tant qu’il n’existe pas, la conversation reste politique.
Sanctions secondaires : le vrai levier extra-territorial
Le mot « secondaire » paraît technique. Il est décisif. Une sanction primaire dit à un Américain : tu n’as pas le droit. Une sanction secondaire dit à un étranger : si tu continues, tu risques de perdre l’accès au système dollar, aux banques correspondantes, parfois à tes propres avoirs américains. Pour une industrie crypto encore largement branchée sur des stablescoins adossés au dollar et sur des rails bancaires occidentaux, cette menace pèse plus lourd qu’un communiqué.
BitBank et Pishtaz Simorgh portent désormais cette étiquette. Cela ne signifie pas qu’une banque européenne sera automatiquement sanctionnée si un client a un jour cliqué sur bitbank.com. Cela signifie que le risque de conformité grimpe, que les comités internes se réunissent, que les listes de screening sont mises à jour dans la nuit. L’effet dissuasif précède souvent l’effet juridique. C’est voulu.
Les entreprises qui croient pouvoir « rester neutres » découvrent alors que la neutralité n’existe pas dans un régime de listes. Soit on coupe. Soit on documente une licence. Soit on assume un risque. Il n’y a pas de quatrième voie confortable.
Ce que l’affaire dit de 2026
L’année 2026 restera, pour l’histoire des actifs numériques, celle où le secteur iranien est devenu une cible systémique plutôt qu’une série de cas isolés. Nobitex, Wallex, Bitpin, Ramzinex, Shelbit, Aban Tether, puis BitBank : la cadence n’est plus celle d’une exception. C’est celle d’une doctrine. Operation Economic Outcast donne un nom à cette doctrine et l’étend au pétrole, à l’or, à l’aviation et au fret.
On peut y voir une adaptation réaliste : tant que Téhéran cherche des dollars ou des équivalents liquides, Washington cherchera les robinets. On peut y voir aussi une fuite en avant : chaque robinet fermé en ouvre un autre, plus petit, plus sombre, plus difficile à cartographier. Les deux lectures ne s’excluent pas. Elles décrivent le même mouvement vu de deux rives.
Pour le bitcoin lui-même, l’épisode n’invalide ni la thèse de la résistance, ni celle de la traçabilité. Il les fait cohabiter. Le réseau continue. Les nœuds continuent. Mais les portes d’entrée et de sortie, elles, portent des noms, des domaines, des dirigeants, des actionnaires. C’est à ces portes que frappe l’OFAC.
Questions ouvertes après le 17 septembre
Plusieurs inconnues demeurent. Quelle part exacte des flux allégués relèverait d’Hormuz Safe ? Zanjani a-t-il réellement piloté BitBank comme une caisse dédiée, ou la plateforme a-t-elle seulement été utilisée par des entités de son orbite ? D’autres adresses seront-elles ajoutées plus tard à l’entrée SDN, comme cela arrive parfois dans des mises à jour ? Une procédure pénale suivra-t-elle, ou la piste restera-t-elle administrative ?
On peut aussi se demander comment réagiront les places asiatiques et moyen-orientales qui, par le passé, ont montré plus de souplesse que les grandes plateformes américaines. Si elles coupent, le corridor se rétrécit. Si elles restent ouvertes, elles deviennent le prochain maillon visible. L’histoire récente des sanctions montre que ce maillon-là finit souvent, tôt ou tard, par apparaître dans un communiqué.
Enfin, il reste la question intérieure iranienne. Un échange créé en 2024, promu dans un réseau d’affaires déjà sous pression, n’a pas le luxe d’une longue vie tranquille une fois nommé à Washington. Soit il se réinvente sous un autre habillage. Soit il se contracte. Soit il sert, paradoxalement, de symbole politique : la preuve, pour Téhéran, que même un outil technique devient un champ de bataille.
Lire l’affaire sans naïveté ni caricature
Il serait naïf de croire qu’un État sous embargo ignore le bitcoin. Il serait tout aussi caricatural de conclure que tout échange iranien n’est qu’une antenne des Gardiens. La réalité, comme souvent, est un mélange d’usage civil, d’usage commercial et d’usage stratégique. Le travail d’une autorité de sanctions consiste précisément à trancher ce mélange avec une hache, pas avec un scalpel. La hache est plus rapide. Elle laisse aussi plus de zones d’ombre.
BitBank, Pishtaz Simorgh, les trois dirigeants nommés, Hormuz Safe, Dot One, Zedcex, Zedxion : la constellation a désormais une carte officielle. Cette carte n’est pas une photographie complète de l’économie iranienne des cryptoactifs. C’est un instrument. Il sert à geler, à dissuader, à signaler. Il ne clôt pas le débat sur les montants. Il ne remplace pas une enquête judiciaire publique. Il change néanmoins, dès aujourd’hui, le coût de faire affaire avec ces noms.
Le 17 septembre n’est donc pas seulement la date d’une inscription sur une liste. C’est un nouveau cran dans une campagne qui mêle détroit stratégique, pétrole, assurance maritime et bitcoin. Tant que les adresses resteront dans l’ombre, le dossier gardera cette texture particulière : assez précis pour frapper, assez flou pour laisser planer le doute. C’est exactement l’espace où se jouent désormais une partie des rapports de force internationaux.









