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Celsius Poursuit BitMEX Pour 495 Millions En Bitcoin

L’estate de Celsius réclame 6 360 bitcoin à BitMEX, soit près de 495 millions de dollars. Derrière les chiffres, une guerre sur le contrôle des liquidations et un timing explosif avant la fermeture de la plateforme.

Et si une liquidation datant du plus violent krach crypto de 2020 revenait hanter une plateforme au moment même où elle s’apprête à éteindre ses serveurs ? C’est précisément le scénario ouvert par l’estate de Celsius, qui réclame 6 360,17 bitcoin, soit environ 495 millions de dollars au cours retenu dans la plainte, après des clôtures forcées survenues les 12 et 13 mars 2020. Le dossier, déposé le 12 septembre devant le tribunal des faillites du district sud de New York, ne se contente pas de relire un épisode ancien. Il interroge le cœur même d’un modèle de dérivés à fort levier : qui contrôle vraiment le moment de la liquidation, et qui conserve le surplus de collatéral une fois la position fermée ?

Une poursuite née d’un krach et d’un plan de faillite

Le 12 mars 2020, Bitcoin plongeait dans un mouvement d’une violence rare, alors que les marchés mondiaux digéraient l’ampleur de la pandémie. Sur les plateformes de contrats perpétuels, les appels de marge se multipliaient. Les positions trop exposées disparaissaient en quelques minutes. Celsius, qui utilisait alors des mécanismes de rendement présentés comme relativement maîtrisés, a perdu selon la plainte 1 325,84 bitcoin ce jour-là. Le lendemain, le fonds JST en perdait 5 034,33. Ces créances ont ensuite été cédées à l’estate de Celsius. Additionnées, elles forment le bloc de 6 360,17 bitcoin aujourd’hui réclamé en nature, et non seulement en dollars de 2020.

Le choix de poursuivre le bitcoin lui-même n’est pas anodin. Depuis 2020, l’actif a connu plusieurs cycles. Une indemnisation figée au cours d’il y a six ans n’aurait pas le même poids pour des créanciers encore en quête d’actifs. L’estate, représentée par le Blockchain Recovery Investment Consortium en qualité d’administrateur des litiges du plan de restructuration, veut récupérer les pièces, pas seulement leur souvenir comptable. Cette stratégie s’inscrit dans une logique plus large : chaque dossier gagné peut alimenter les distributions restantes.

Qui sont les défendeurs cités à New York

Cinq sociétés liées à l’écosystème BitMEX figurent dans l’assignation : HDR Global Trading, ABS Global Trading, Shine Effort, 100x Holdings et HDR Global Services. Le montage juridique s’étend sur plusieurs juridictions, de Bermuda aux îles Caïmans, de l’Angleterre à Hong Kong, des Seychelles aux États-Unis. Ce n’est pas un hasard si le litige atterrit néanmoins à New York. Les créances contestées font partie des actifs encore poursuivis au bénéfice des créanciers de Celsius. Le tribunal des faillites devient donc le forum naturel, même si l’activité historique de la plateforme s’est déployée loin des salles d’audience américaines.

Cette géographie fragmentée complique d’ordinaire l’exécution d’un jugement. Elle n’empêche pas, en revanche, de poser des questions de fond : conception du moteur de liquidation, rôle du fonds d’assurance interne, sort du collatéral excédentaire, et prétendue contradiction entre les règles affichées et la manière dont les comptes ont été clôturés. Les accusations portent notamment sur la fraude, la rupture de contrat, le transfert frauduleux, la conversion, le manquement au devoir implicite de bonne foi et l’enrichissement injustifié. Rien n’est encore jugé. La plainte reste au stade des allégations.

Ce que Celsius et JST tentaient de faire en mars 2020

Selon le récit de l’estate, les deux positions n’étaient pas de simples paris directionnels à la baisse. Elles étaient structurées pour générer un rendement si Bitcoin se maintenait ou progressait. Autrement dit, un scénario de portage, d’arbitrage ou de collecte de taux de financement, dans l’esprit des stratégies que Celsius mettait souvent en avant auprès de ses déposants. Le marché a choisi l’autre voie. La chute a été brutale, les carnets se sont vidés, la volatilité a explosé. Dans ce désordre, une plateforme de dérivés n’exécute plus seulement des ordres. Elle déclenche des protocoles automatiques destinés à protéger sa propre solvabilité.

Le grief central n’est pas que des positions aient été liquidées. En période de stress, une clôture forcée peut être la seule issue pour un compte sous-collateralisé. Le grief, c’est le surplus. L’estate affirme que BitMEX n’aurait pas seulement vendu ce qu’il fallait pour couvrir les pertes, mais aurait conservé du bitcoin qui aurait dû revenir aux clients. Derrière cette phrase se joue toute l’économie d’une liquidation : le prix d’exécution, le moment du déclenchement, la file d’attente des ordres, et la destination des résidus.

En chiffres

1 325,84 BTC liquidés côté Celsius le 12 mars 2020.
5 034,33 BTC liquidés côté JST le 13 mars 2020.
Total réclamé : 6 360,17 BTC, valorisés autour de 495 millions de dollars au cours retenu dans la plainte.

Le moteur de liquidation au centre de l’accusation

Sur un exchange de contrats perpétuels, la liquidation n’est pas un détail technique. C’est le moment où la plateforme cesse d’être un intermédiaire passif pour devenir acteur du dénouement. Elle décide, via des paramètres souvent opaques pour l’utilisateur, quand le collatéral n’est plus suffisant. Elle oriente ensuite les flux : vente sur le marché, reprise interne, alimentation d’un fonds d’assurance. L’estate soutient que BitMEX contrôlait à la fois le déclenchement des clôtures et le fonds qui recevait une partie des actifs issus de ces clôtures. Si cette lecture est retenue, le conflit d’intérêts n’est plus théorique. Il devient structurel.

BitMEX a intentionnellement conçu sa plateforme et ses procédures de liquidation pour provoquer des liquidations de collatéral et tromper ses propres clients.

Cette phrase, extraite de la plainte, donne le ton. Elle ne dit pas seulement qu’un système a mal fonctionné sous stress. Elle affirme une intention. En droit, l’intention change tout. Elle oriente les chefs d’accusation vers la fraude et le transfert frauduleux, plutôt que vers une simple contestation tarifaire. Elle impose aussi une charge de preuve élevée. Un tribunal devra départager conception délibérée et mécanique de marché mal comprise par des clients trop levierés.

Les défenseurs d’un modèle de liquidation agressif rappellent souvent qu’un fonds d’assurance existe précisément pour absorber les pertes sociales quand le collatéral d’un compte ne suffit plus. Sans ce filet, le risque se propage aux contreparties restantes. Les plaignants répondent que le filet ne doit pas se transformer en pompe à collatéral. La frontière est mince. Elle se joue au niveau des règles écrites, des journaux d’exécution et de la capacité à reconstituer, six ans plus tard, le détail d’un carnet d’ordres en pleine panique.

Un second front déjà ouvert sur les mêmes pratiques

Le dossier Celsius n’arrive pas dans un vide. En juillet, une action collective proposée par BKX Services et le trader David Namdar a déjà ciblé les liquidations forcées de BitMEX. Les plaignants y affirment que la plateforme aurait retenu 622,66 bitcoin qui auraient dû revenir à des clients. BKX évoque au moins 305,81 bitcoin perdus. Namdar avance plus de 316,85 bitcoin. Leur récit ajoute deux éléments sensibles : un desk interne qui aurait eu accès à des informations privées de clients, et la possibilité de continuer à opérer pendant des pannes de serveurs qui empêchaient les utilisateurs de gérer leurs positions.

Ces deux affaires ne se recouvrent pas exactement. L’action collective vise des traders américains éligibles sur les contrats perpétuels bitcoin depuis le 23 juillet 2018. La plainte Celsius se concentre sur mars 2020 et sur des créances désormais intégrées à une procédure de faillite. Elles partagent néanmoins une même interrogation : pendant une liquidation, le client cesse-t-il d’être propriétaire du reliquat ? Et la plateforme peut-elle, dans le même temps, être juge du déclenchement, exécutant de la vente et bénéficiaire d’une partie du produit ?

Celsius, le prêteur qui parlait bas risque et tradait autrement

Il serait trop simple de raconter cette affaire comme un duel entre un client vertueux et une plateforme vorace. L’histoire interne de Celsius pèse lourd. En juin 2022, le prêteur a gelé les retraits. En juillet, il s’est placé sous la protection du chapitre 11. Les déposants ont découvert, parfois trop tard, l’écart entre le discours public et les pratiques de déploiement d’actifs. Un dépôt de juillet 2022 a reconnu l’usage de « plusieurs mécanismes dérivés et de déploiement d’actifs hautement spéculatifs ». Le rapport de l’examinatrice nommée par le tribunal a documenté des défaillances de trading, de contrôle des risques et de tenue des livres.

Celsius vendait une image de stratégies sobres : arbitrage, portage, collecte de taux de financement. Ces mots rassurent. Ils évoquent des écarts de prix, des bases, des flux de financement, plutôt que des paris directionnels. Or une position structurée pour gagner si Bitcoin tient ou monte reste une position. Elle peut être levierée. Elle peut dépendre d’un collatéral concentré. Elle peut se briser dès que la volatilité sort du corridor imaginé par le modèle. Le krach de mars 2020 a été précisément ce type de sortie de route.

Cette ambivalence n’annule pas les droits que l’estate entend faire valoir. Un débiteur en faillite peut poursuivre des tiers même si sa propre gestion a été critiquée. Les créanciers, eux, n’ont pas à payer deux fois : une première fois pour les choix risqués du prêteur, une seconde fois si un exchange a, selon eux, conservé un collatéral indu. Le tribunal devra donc tenir deux fils à la fois. D’un côté, la conduite alléguée de BitMEX. De l’autre, le fait que Celsius avait déjà exposé des fonds de clients à des montages spéculatifs tout en communiquant sur une prudence relative.

Ce que les créanciers ont déjà récupéré, et ce qui reste à chasser

Après l’homologation du plan, Celsius a commencé en janvier 2024 à distribuer plus de 3 milliards de dollars en cryptomonnaies et autres actifs. Les créanciers ont aussi reçu environ 37 millions d’actions de classe A d’Ionic Digital, société minière née de la restructuration, qui a ensuite obtenu une autorisation pour viser une cotation Nasdaq. Une troisième vague de versements a démarré en août 2025, avec environ 220,6 millions de dollars alloués aux créanciers éligibles. Ces chiffres montrent une mécanique de récupération déjà avancée. Ils montrent aussi pourquoi chaque contentieux compte : un gain de plusieurs milliers de bitcoin changerait l’équation des distributions résiduelles.

Encore faut-il gagner. Une plainte n’est pas un recouvrement. Le montant de 495 millions de dollars dépend d’une valorisation retenue dans l’acte, autour de 77 800 dollars par bitcoin. Le cours réel au jour d’une éventuelle restitution, le type de réparation accordée, les délais d’appel et la solvabilité des entités condamnées pèseront davantage que le communiqué initial. L’estate le sait. Elle poursuit néanmoins le stock de pièces, ce qui, en cas de succès, capturerait la hausse intervenue depuis 2020.

Ce que l’estate demande

Restitution des 6 360,17 BTC, pas seulement leur contre-valeur de mars 2020, plus divers chefs de responsabilité civile.

Ce qui n’est pas tranché

Aucune responsabilité n’a été établie. Les faits allégués devront passer par le contradictoire devant le tribunal new-yorkais.

BitMEX ferme boutique le 23 septembre

Le calendrier donne au dossier une tension particulière. En juillet, BitMEX a annoncé la fin de ses activités de trading pour le 23 septembre. Les clients ont été invités à déboucler leurs positions et à retirer leurs fonds. Déposer une plainte de cette ampleur à quelques jours de cette date n’est pas qu’un effet d’annonce. C’est aussi une tentative de figer des droits avant que l’architecture opérationnelle ne se dissolve. Une plateforme qui cesse de matcher des ordres n’est pas une coquille juridique vide, mais elle change de visage : moins de flux, plus de questions sur la localisation des actifs et des documents.

Fondée en 2014, BitMEX s’était imposée comme le théâtre des dérivés crypto à fort levier, notamment grâce à son contrat perpétuel sur bitcoin. Son influence a reculé à mesure que la concurrence s’est densifiée et que des marchés plus régulés ont attiré les flux institutionnels. Le mythe du « 100x » a vieilli. Les exigences de conformité se sont durcies. Les clients américains sont devenus un sujet explosif. La fermeture arrive au terme d’une décennie où la plateforme a d’abord dicté une partie des usages du marché, puis s’est vue rattrapée par le droit.

Des sanctions passées qui n’épuisent pas le débat actuel

En janvier 2025, un juge fédéral a condamné HDR Global Trading à une amende pénale de 100 millions de dollars après admission de violations du Bank Secrecy Act, pour avoir opéré sans programme antiblanchiment adéquat. Cette affaire concernait les contrôles de conformité entre 2015 et 2020, pas le régime des liquidations décrit par Celsius. Des procédures civiles antérieures, menées notamment par le régulateur des marchés à terme et par le réseau de lutte contre les crimes financiers, avaient déjà abouti à des règlements pouvant atteindre 100 millions de dollars. Les cofondateurs Arthur Hayes, Benjamin Delo et Samuel Reed avaient plaidé coupable en 2022. En 2025, une grâce présidentielle a bénéficié aux trois fondateurs, à un ancien dirigeant et à des entités liées à l’exchange.

Ces précédents dessinent un historique de confrontation avec les autorités américaines. Ils ne préjugent pas du sort de la nouvelle plainte. Un manquement antiblanchiment n’est pas une preuve que le moteur de liquidation a été conçu pour spolier. Inversement, une grâce ou un règlement passé n’efface pas une action civile distincte portant sur le collatéral de mars 2020. Le droit juxtapose souvent des dossiers qui se ressemblent dans le calendrier et divergent dans l’objet. Ici, l’objet est le bitcoin saisi au moment du krach, pas le dispositif de connaissance client.

Pourquoi le collatéral est devenu le vrai sujet du marché

Depuis 2020, chaque crise a rappelé la même leçon. Le levier n’explose pas seulement les gains. Il transforme le collatéral en variable politique. Qui le détient ? Qui peut le vendre ? À quel prix de référence ? Dans quel délai ? Les liquidations en cascade du « jeudi noir » crypto ont montré que le prix n’est plus seulement un signal. Il devient un mécanisme d’éviction. Quand trop de positions sautent en même temps, le marché n’absorbe plus. Il recrache. Les plateformes qui survivent sont celles dont le moteur tient, ou celles dont le fonds d’assurance encaisse le choc. Les clients, eux, découvrent après coup les clauses qu’ils n’avaient jamais lues.

Le dossier Celsius remet ces questions dans une salle d’audience, avec des pièces nommées, des dates précises et un montant qui parle au grand public. 495 millions de dollars, ce n’est plus une anecdote de trader. C’est une masse capable d’intéresser des créanciers ordinaires, des fonds de recouvrement et, plus largement, tous ceux qui se demandent si les règles d’un exchange offshore peuvent encore être contestées une fois la plateforme sur le point de disparaître. La réponse dépendra moins des communiqués que des pièces internes : paramètres de marge, logs de liquidation, politique du fonds d’assurance, accès du desk interne.

Ce que le tribunal devra vraiment départager

Plusieurs questions concrètes se dessinent. Premièrement, les conditions générales permettaient-elles à la plateforme de retenir un surplus après clôture, ou seulement de vendre le nécessaire au dénouement ? Deuxièmement, le fonds d’assurance a-t-il reçu des actifs au-delà de ce que la couverture des pertes sociales exigeait ? Troisièmement, Celsius et JST étaient-ils encore propriétaires d’une créance en bitcoin, ou seulement d’une créance en numéraire calculée au moment de la liquidation ? Quatrièmement, le délai écoulé depuis 2020 affaiblit-il la preuve, ou les registres on-chain et les extraits de comptes suffisent-ils à reconstituer le flux ?

Il faudra aussi trancher la qualification juridique. Un transfert frauduleux suppose un dessaisissement dans un contexte particulier, souvent lié à l’insolvabilité ou à une intention de frustrer des créanciers. Une conversion suppose une appropriation indue d’un bien. Un manquement à la bonne foi suppose que l’exécution du contrat ait trahi l’esprit des obligations, même si la lettre paraissait respectée. Chaque chef a ses exigences. Les empiler dans une même assignation est classique. Les faire tous survivre à une motion de rejet l’est moins.

Enfin, le juge devra situer Celsius dans son propre passé. Utiliser des fonds de déposants pour tenir une position levierée pendant un krach n’interdit pas de réclamer un collatéral. Cela peut néanmoins colorer l’appréciation de la bonne foi, des dommages et de la narration. Les créanciers, eux, regarderont surtout le résultat net. Dans une faillite, la morale du débiteur compte moins que la caisse.

Leçons pour le trading à levier, six ans plus tard

Le marché de 2026 n’est plus celui de 2020. Les carnets sont plus profonds sur certains sous-jacents. Les acteurs régulés pèsent davantage. Les fonds d’assurance, les mécanismes d’auto-déleverage et les coupe-circuits ont été discutés, copiés, parfois améliorés. Pourtant, la tentation du levier extrême n’a pas disparu. Elle s’est déplacée, fragmentée, habillée de nouveaux interfaces. Chaque génération de traders redécouvre que la clause de liquidation n’est pas un accessoire. C’est le contrat réel.

Pour un particulier, la leçon est rude et simple. Comprendre le prix de faillite d’une position vaut mieux que de mémoriser un slogan de rendement. Pour une institution qui gère l’argent d’autrui, la leçon est plus sévère encore. Un discours de faible risque ne survit pas à un extrait de compte qui montre une exposition concentrée sur un contrat perpétuel pendant une panique sanitaire mondiale. Celsius l’a appris à ses dépens. Ses créanciers tentent aujourd’hui d’en extraire un reliquat.

Pour les plateformes, le signal est différent. Fermer un marché ne clôt pas les contentieux nés sur ce marché. Les liquidations de 2020 peuvent encore produire des assignations en 2026. Les fonds d’assurance, longtemps présentés comme des amortisseurs techniques, deviennent des objets de litige dès qu’ils paraissent trop bien garnis après une crise. La transparence des paramètres, longtemps considérée comme un secret concurrentiel, se transforme en pièce à conviction.

Ce que cette affaire dit de la mémoire du marché crypto

L’industrie aime raconter qu’elle va vite. Les dossiers judiciaires rappellent qu’elle n’oublie rien, ou plutôt que les estates de faillite n’oublient rien. Mt. Gox, Quadriga, les prêteurs tombés en 2022 : chaque cycle laisse des administrateurs dont le métier consiste à rouvrir d’anciennes transactions. BitMEX, figure d’un âge où le levier tenait lieu de marketing, se retrouve ainsi face à une lecture rétroactive de son moteur. Celsius, figure d’un âge où le rendement sur dépôt tenait lieu de promesse, se retrouve à plaider comme victime d’un système qu’elle avait pourtant choisi d’utiliser.

Cette ironie n’est pas un argument juridique. Elle aide toutefois à comprendre pourquoi le public suit ces affaires. Elles condensent une décennie : l’ivresse du perpétuel, la banalisation du x50 et du x100, la sidération de mars 2020, l’effondrement des prêteurs en 2022, les plans de remboursement, les grâces, les amendes, puis la fermeture d’une maison historique. Le fil rouge n’est pas un nom de société. C’est la propriété du collatéral au moment où plus personne ne contrôle vraiment le prix.

Une issue encore ouverte, et un suspense utile

Rien n’indique aujourd’hui que les 6 360 bitcoin reviendront tels quels dans la masse de Celsius. Rien n’indique non plus que la plainte s’évaporera avec la date du 23 septembre. Les procédures de faillite ont l’habitude de durer plus longtemps que les plateformes qu’elles visent. Les créanciers, eux, ont appris à attendre. Ils ont déjà touché des cryptos, des actions minières, une nouvelle vague de cash. Ils savent qu’un contentieux de cette taille peut tout aussi bien gonfler une dernière distribution que s’enliser dans des exceptions de procédure.

Le plus intéressant, peut-être, n’est pas le montant affiché. C’est la question que le dossier force à poser sans détour. Quand une plateforme liquide, vend-elle pour protéger le marché, ou prélève-t-elle pour se protéger elle-même au-delà du nécessaire ? Entre ces deux phrases, il n’y a parfois qu’un paramètre, un tick, une seconde. C’est dans cet intervalle que 495 millions de dollars viennent d’être relancés, à la veille d’une fermeture, sur le souvenir encore brûlant d’un mois de mars où Bitcoin n’avait plus de plancher.

Les prochaines semaines diront si BitMEX répond sur le fond, cherche un terrain procédural, ou laisse le silence de la clôture commerciale parler à sa place. Les créanciers de Celsius, eux, n’ont plus le luxe du silence. Leur estate a choisi d’attaquer. Le marché, une fois encore, regardera non pas le communiqué, mais le destin d’un collatéral que personne, en 2020, n’imaginait encore discuter six ans plus tard devant un juge de New York.

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