Quelque 1,7 million d’électeurs de Saxe-Anhalt sont appelés aux urnes dimanche, entre 06h00 GMT et 16h00 GMT, dans un climat de polarisation aiguë. L’Alternative pour l’Allemagne, parti antimigrants, russophile et favorable à Donald Trump, devance de près de vingt points les conservateurs du chancelier Friedrich Merz dans les sondages. Cette région de 2,1 millions d’habitants, située en ex-RDA, pourrait connaître une percée inédite dans le pays depuis 1945. Les premières estimations sont attendues peu après la fermeture des bureaux de vote. Tout dépendra aussi du nombre de partis qui entreront au parlement régional.
Une percée inédite se dessine en Saxe-Anhalt
Selon le dernier sondage de la chaîne publique, l’AfD, emmenée par Ulrich Siegmund, 35 ans, une vedette des réseaux sociaux, devrait récolter 41 % des suffrages. C’est quasiment le double de son score de 2021. Le parti n’est cependant pas assuré d’obtenir la majorité absolue qui lui permettrait de prendre les rênes de l’État régional. Le résultat final dépend notamment du nombre de formations qui franchiront le seuil d’entrée au parlement.
Les conservateurs emmenés par Sven Schulze, 47 ans, à la tête de la Saxe-Anhalt depuis le début de l’année après en avoir été ministre de l’Économie, sont crédités de 23 %. Parmi les autres partis, la gauche radicale Die Linke devrait obtenir 11,5 %, les sociaux-démocrates 8,5 %, les Verts 6 %. Le parti de gauche prorusse BSW et les libéraux devraient échouer à passer le seuil des 5 % des suffrages, nécessaires pour entrer au parlement régional.
Repères du scrutin
Région : Saxe-Anhalt, 2,1 millions d’habitants
Électeurs : environ 1,7 million
Horaires : 06h00 GMT – 16h00 GMT
Sondage AfD : 41 %
Sondage conservateurs : 23 %
Le poids d’Ulrich Siegmund et le programme annoncé
Ulrich Siegmund, 35 ans, figure des réseaux sociaux, porte la campagne de l’AfD dans cette région. Il compte notamment durcir la politique migratoire, supprimer l’obligation scolaire et modifier les programmes d’histoire dans les écoles, trop centrés à son goût sur la culpabilité de l’Allemagne du IIIe Reich. Il joue sur la nostalgie de la RDA de ses sympathisants, qui s’estiment moins bien traités que leurs cousins de l’ouest ou les migrants.
Ces orientations structurent le débat local. Le durcissement migratoire occupe une place centrale. La remise en cause de l’obligation scolaire constitue un autre axe fort. La révision des programmes d’histoire, présentée comme une correction d’un récit jugé trop centré sur la culpabilité nationale, complète ce discours. Le souvenir de la RDA sert de levier émotionnel auprès d’une partie de l’électorat de l’est.
Si l’AfD remporte les élections, les critiques contre Merz vont s’intensifier dans les rangs des conservateurs.
Wolfgang Schroeder, politiste à l’université de Cassel
Cette phrase résume l’enjeu national du scrutin régional. Une victoire ou une très forte poussée de l’AfD fragiliserait davantage le chancelier Friedrich Merz. Dans les rangs conservateurs, de plus en plus de voix appellent à une approche pragmatique vis-à-vis de l’AfD, en particulier dans les régions. Maintenir le parti à l’écart du pouvoir après le scrutin de Saxe-Anhalt pourrait provoquer des tensions, déjà vives, dans le parti de Friedrich Merz.
Magdebourg, manifestations et climat de tension
Samedi, à Magdebourg, la capitale régionale, environ 6.000 personnes, selon la police, ont manifesté dans le calme pour une « Saxe-Anhalt ouverte sur le monde ». Elles agitaient des drapeaux arc-en-ciel et des pancartes proclamant « une vie meilleure sans nazis ». Le rassemblement s’est déroulé sans incident majeur, mais il illustre l’inquiétude d’une partie de la population.
Laura Saalfeld a confié son inquiétude. Indépendamment des résultats, l’ambiance parmi les gens va changer, selon elle. Les sympathisants de l’extrême droite se montreront plus ouvertement dans la rue. Elle prédit davantage de conflits entre les citoyens. Ces propos traduisent une crainte qui dépasse le seul décompte des voix.
Je suis très inquiète. Indépendamment des résultats, l’ambiance parmi les gens va changer. Les sympathisants de l’extrême droite se montreront plus ouvertement dans la rue.
Laura Saalfeld, à Magdebourg
Des renforts de police ont été prévus dans cette ville pour tout le week-end. Les autorités craignent des débordements d’extrême droite et d’extrême gauche, particulièrement après le scrutin. Le dispositif vise à prévenir des tensions dans les rues de la capitale régionale, alors que l’opinion apparaît polarisée et que l’inquiétude croît au sein de la population étrangère.
Le cordon sanitaire et les scénarios de coalition
Jusqu’ici, tous les partis ont exclu de gouverner avec l’extrême droite, à l’exception du BSW, dont les membres sont partagés sur cette question. C’est grâce à ce cordon sanitaire contre l’AfD que le conservateur Sven Schulze pourrait rester au pouvoir, en constituant une coalition avec d’autres formations représentées au parlement régional.
Il pourrait suivre l’exemple de deux États régionaux voisins, ceux de Saxe et de Thuringe, aussi situés dans l’ex-RDA et conservateurs comme lui : former un gouvernement minoritaire, avec les sociaux-démocrates et les Verts dans son cas, dépendant du soutien de la gauche radicale Die Linke, avec qui les conservateurs ont aussi exclu depuis 2018 de gouverner.
41 % dans le dernier sondage
Objectif : direction de la région
23 %
Sven Schulze, chef depuis le début de l’année
11,5 %
8,5 % et 6 %
Le BSW et les libéraux devraient échouer sous les 5 %. Leur absence au parlement régional modifierait les équilibres. Moins de partis représentés peut faciliter ou, au contraire, compliquer l’obtention d’une majorité. L’AfD vise la direction de l’État régional, mais la majorité absolue n’est pas acquise. Le cordon sanitaire demeure le verrou politique le plus souvent cité.
Dans les rangs des conservateurs, le débat interne s’aiguise. Une partie appelle à plus de pragmatisme vis-à-vis de l’AfD, surtout à l’échelle régionale. Une autre tient à l’écart. Cette tension interne pèse déjà sur le parti de Friedrich Merz. Un score très élevé de l’AfD en Saxe-Anhalt renforcerait les critiques contre le chancelier.
Vote par correspondance et accusations de fraude
Quelques jours avant le scrutin, une vidéo sur les réseaux sociaux a alimenté les craintes de fraude au vote par correspondance, avec des accusations de manipulation dans une maison de retraite. Ces accusations ont été démenties par les autorités régionales. L’épisode a néanmoins circulé largement et a nourri la défiance d’une partie de l’opinion.
Dans un entretien, la présidente du Bundestag, Julia Klöckner, a rejeté les allégations de l’AfD d’une éventuelle manipulation des électeurs. Remettre en cause les élections sans preuves concrètes semble avoir un objectif, a-t-elle dit : semer la défiance envers les règles et n’accepter les résultats que si l’issue convient.
Remettre en cause les élections sans preuves concrètes semble avoir un objectif : semer la défiance envers nos règles et n’accepter les résultats que si l’issue convient.
Julia Klöckner, présidente du Bundestag
Le démenti des autorités régionales et le rejet des allégations par la présidente du Bundestag cadrent le débat sur la sincérité du scrutin. Les électeurs votent dimanche dans les bureaux, après une séquence marquée par cette vidéo et par ces mises en cause. Les premières estimations, attendues juste après 16h00 GMT, diront si le rapport de forces des sondages se confirme.
Ce que les chiffres disent, et ce qu’ils ne garantissent pas
Un écart de près de vingt points sépare l’AfD des conservateurs dans les enquêtes d’opinion. Quarante-et-un pour cent face à vingt-trois pour cent : l’ordre de grandeur est net. Il ne dit pas, à lui seul, qui dirigera la région. La majorité absolue dépend de la répartition des sièges, donc du nombre de partis au-dessus de 5 %.
Die Linke à 11,5 %, les sociaux-démocrates à 8,5 %, les Verts à 6 % : ces scores, s’ils se confirment, ouvrent la voie à des combinaisons hors AfD. Le cordon sanitaire reste la ligne officielle de presque tous les partis, BSW excepté, et encore de façon divisée en son sein. Sven Schulze peut tenter de rester au pouvoir par coalition ou par gouvernement minoritaire, sur le modèle évoqué de la Saxe et de la Thuringe.
Ce modèle n’est pas simple. Les conservateurs ont exclu depuis 2018 de gouverner avec Die Linke. Pourtant, un exécutif minoritaire avec sociaux-démocrates et Verts pourrait dépendre du soutien de cette gauche radicale. L’exemple des Länder voisins d’ex-RDA sert de référence, pas de mode d’emploi automatique.
Nostalgie de la RDA et fractures de l’est
Ulrich Siegmund joue sur la nostalgie de la RDA. Ses sympathisants s’estiment moins bien traités que leurs cousins de l’ouest ou que les migrants. Ce sentiment d’inégalité de traitement irrigue le discours de campagne. Il s’ajoute à la volonté de durcir la politique migratoire et de revoir l’école, de l’obligation scolaire aux programmes d’histoire.
La Saxe-Anhalt compte 2,1 millions d’habitants. C’est un Land de l’ancienne Allemagne de l’Est. Les deux États voisins cités, Saxe et Thuringe, partagent cette géographie politique. Les dynamiques électorales de l’est pèsent sur la lecture nationale du scrutin. Une percée inédite depuis 1945, si elle se confirmait par une accession aux rênes de la région, changerait l’échelle du débat.
Même sans majorité absolue, un score proche de 41 % constituerait un doublement par rapport à 2021. Le parti antimigrants, russophile et favorable à Donald Trump s’installerait plus profondément dans le paysage régional. Les critiques contre Friedrich Merz s’intensifieraient alors dans les rangs conservateurs, selon l’analyse du politiste Wolfgang Schroeder.
Polarisation, population étrangère et ordre public
Le contexte est celui d’une polarisation aiguë de l’opinion et d’une inquiétude croissante au sein de la population étrangère. La manifestation de Magdebourg, 6.000 personnes selon la police, a mis en avant une « Saxe-Anhalt ouverte sur le monde ». Drapeaux arc-en-ciel et pancartes « une vie meilleure sans nazis » ont donné le ton du cortège, décrit comme calme.
Laura Saalfeld anticipe un changement d’ambiance, quels que soient les résultats. Elle craint une visibilité accrue des sympathisants d’extrême droite dans la rue et davantage de conflits entre citoyens. Les autorités, de leur côté, ont prévu des renforts de police pour tout le week-end à Magdebourg, par crainte de débordements des deux extrêmes, surtout après le vote.
Le calendrier est serré. Vote de 06h00 GMT à 16h00 GMT. Estimations peu après la fermeture. Week-end sous surveillance dans la capitale régionale. Le scrutin n’est pas seulement un rapport de forces partisan. Il est aussi un test de climat social, dans une ville où la police anticipe des tensions une fois les bureaux fermés.
Friedrich Merz, Sven Schulze et la ligne conservatrice
Friedrich Merz est chancelier. Sven Schulze dirige la Saxe-Anhalt depuis le début de l’année, après avoir été ministre de l’Économie. L’un porte la responsabilité nationale du camp conservateur. L’autre affronte, dans son Land, un adversaire crédité de 41 %. L’écart de près de vingt points place le chef régional en position de rattrapage politique, non de favori.
Rester au pouvoir passerait par le cordon sanitaire. Coalition avec d’autres formations du parlement, ou gouvernement minoritaire à l’image de la Saxe et de la Thuringe. Dans ce second cas, sociaux-démocrates et Verts figureraient dans l’équation, avec un soutien possible de Die Linke, malgré l’exclusion de gouverner ensemble en vigueur depuis 2018.
Plus le score de l’AfD sera élevé, plus la pression interne grandira chez les conservateurs. Des voix régionales demandent déjà une approche pragmatique. D’autres tiennent l’isolement. Le scrutin de Saxe-Anhalt devient ainsi un révélateur des fractures du camp de Friedrich Merz, autant qu’un enjeu de direction locale.
Le soir du vote et les inconnues qui restent
Rien n’est joué sur la majorité absolue. Le nombre de partis au parlement régional peut tout faire basculer. Si BSW et libéraux restent sous 5 %, comme le suggèrent les enquêtes, l’assemblée sera plus resserrée. L’AfD peut arriver largement en tête sans gouverner. Sven Schulze peut arriver loin derrière et pourtant conserver les rênes, si le cordon tient.
Les accusations de manipulation du vote par correspondance, démenties par les autorités régionales, resteront dans le débat si le résultat est contesté. Julia Klöckner a fixé une ligne claire : pas de remise en cause sans preuves concrètes. L’objectif prêtée à ces attaques, selon elle, est de semer la défiance et de n’accepter le verdict que s’il convient.
Dimanche, 1,7 million d’électeurs tranchent. Magdebourg a déjà vu 6.000 personnes défiler pour une région « ouverte sur le monde ». La police est renforcée. Ulrich Siegmund porte un programme de durcissement migratoire, de suppression de l’obligation scolaire et de modification des programmes d’histoire. Les sondages le placent à 41 %. Les conservateurs sont à 23 %. Entre les deux, le cordon sanitaire et le nombre de partis au parlement décideront si cette percée inédite depuis 1945 se traduit, ou non, par la direction de la Saxe-Anhalt.
Les premières estimations, juste après 16h00 GMT, ouvriront la séquence. Ensuite viendront les tractations, les pressions internes chez les conservateurs, les craintes de débordements dans la capitale régionale, et la lecture nationale d’un Land de 2,1 millions d’habitants devenu, le temps d’un dimanche, le centre du débat allemand.









