ÉconomiePolitique

McKinsey : 65 Millions Saisis Pour Fraude Fiscale En France

65 millions d'euros viennent d'être saisis en Belgique dans le dossier McKinsey. Le parquet français parle de 96 % du préjudice. Le cabinet conteste. L'enquête, ouverte en 2022, n'est pas close.

Soixante-cinq millions d’euros. Le chiffre, annoncé vendredi par le parquet national financier français, a le poids d’une opération rare : une saisie conservatoire pratiquée en Belgique, sur presque toute la somme que le géant américain du conseil McKinsey aurait pu soustraire à l’impôt en France. L’affaire n’est pas un jugement. Elle n’est pas non plus un épisode isolé. Elle s’inscrit dans une enquête préliminaire ouverte en mars 2022 pour blanchiment de fraude fiscale aggravée, après une commission d’enquête sénatoriale sur le rôle des cabinets privés dans les politiques publiques depuis 2017. Le cabinet affirme coopérer, conteste toute faute et rappelle qu’une saisie n’est pas une décision de justice. Reste le montant, la date du 19 août, et cette évaluation officielle : 96 % du préjudice fiscal selon le parquet.

Une saisie belge au cœur d’une enquête française

Le communiqué commun du procureur national financier Pascal Prache et du procureur du Roi de Bruxelles Julien Moinil pose le cadre sans ambiguïté. La justice belge a procédé, à la demande des autorités françaises, à une saisie conservatoire d’environ 65 millions d’euros. Cette somme correspond, selon l’évaluation du parquet national financier, à 96 % du préjudice fiscal. Elle représente la quasi-totalité de ce que les entités françaises de McKinsey auraient pu soustraire aux impôts en France, dans le périmètre de l’enquête.

La mesure a été exécutée le 19 août. Elle s’appuie sur l’entraide internationale. Elle n’éteint pas l’enquête. Elle ne statue pas sur la culpabilité. Elle fige des fonds le temps de la procédure. McKinsey, interrogé, a insisté sur ce point : il s’agit d’une mesure procédurale liée à une enquête préliminaire menée par les autorités françaises, et non d’une décision de justice.

Ce que dit officiellement la saisie

Montant : environ 65 millions d’euros. Date : 19 août. Part du préjudice évalué : 96 %. Lieu de la mesure : Belgique. Cadre : entraide internationale. Nature : saisie conservatoire, pas un jugement.

Le cabinet conteste et promet de coopérer

La réaction de McKinsey & Company tient en quelques phrases nettes. Le groupe indique continuer de coopérer avec les autorités françaises. Il conteste toute faute de sa part. Il réaffirme son engagement à respecter ses obligations fiscales en France et dans chacun des pays où il exerce ses activités.

La mesure de saisie conservatoire est une mesure procédurale liée à une enquête préliminaire menée par les autorités françaises. Elle ne constitue pas une décision de justice.

Cette distinction n’est pas un détail de communication. Dans le droit français, une enquête préliminaire permet d’assembler des éléments, d’entendre des personnes, de demander des actes à l’étranger, de saisir à titre conservatoire. Elle ne dit pas encore si des poursuites aboutiront, ni sous quelle qualification définitive, ni avec quel sort judiciaire. Le cabinet place donc la saisie dans le registre de la procédure, non dans celui du verdict.

Le parquet, de son côté, ne présente pas non plus la saisie comme une condamnation. Il la présente comme une mesure liée à l’évaluation du préjudice fiscal. Les deux lectures peuvent coexister : l’une insiste sur le caractère provisoire, l’autre sur l’ampleur du montant gelé. Le lecteur a les deux versions. Elles figurent toutes deux dans les déclarations publiques de vendredi.

Mars 2022 : l’ouverture de l’enquête préliminaire

McKinsey est visé depuis mars 2022 par cette enquête préliminaire. Elle a été ouverte dans le prolongement d’une commission d’enquête du Sénat. Elle a été confiée à l’Office national antifraude, l’Onaf. Le fil n’est donc pas apparu soudainement avec la saisie d’août. Il court depuis plus de quatre ans, avec des auditions de témoins et de suspects en 2025 et 2026, puis une demande d’aide au parquet belge.

La commission sénatoriale portait sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017. Ce travail parlementaire a précédé le volet pénal fiscal. L’enquête pénale, elle, s’est concentrée sur un possible montage fiscal des entités françaises de McKinsey. Selon cette piste, ces entités n’auraient versé aucun impôt sur les sociétés entre 2011 et 2020 en France.

La période citée est longue : de 2011 à 2020. Elle déborde largement le seul quinquennat ouvert en 2017. Elle concerne l’impôt sur les sociétés, pas un autre impôt. Elle vise les entités françaises du groupe, pas l’ensemble mondial de ses activités. Ces précisions figurent dans le récit officiel de l’affaire. Elles bornent ce que l’on peut dire sans ajouter d’hypothèse.

Ce que recouvre le soupçon fiscal

Le soupçon n’est pas formulé comme une certitude judiciaire. Il est formulé comme l’objet d’une enquête : un possible montage fiscal qui aurait permis de ne verser aucun impôt sur les sociétés pendant près d’une décennie en France. Le parquet évalue aujourd’hui un préjudice. Il indique que la somme saisie en représente 96 %. Il ne publie pas, dans l’annonce de vendredi, le détail technique du montage. L’article d’origine ne le décrit pas non plus. On s’en tient donc à ce qui est dit : aucun impôt sur les sociétés versé entre 2011 et 2020, selon la piste investiguée, et une saisie calée sur presque tout le préjudice estimé.

Le qualification retenue dans l’enquête est le blanchiment de fraude fiscale aggravée. Les mots comptent. La fraude fiscale désigne le fait de se soustraire à l’impôt. Le blanchiment vise le traitement des fonds issus de cette soustraction. L’aggravation renvoie à des circonstances prévues par la loi. L’annonce ne détaille pas lesquelles. Elle pose la qualification. Elle pose aussi que l’enquête préliminaire se poursuit.

Qualification
Blanchiment de fraude fiscale aggravée
Période visée
2011-2020, impôt sur les sociétés
Ouverture
Mars 2022, après le Sénat
Service
Office national antifraude

L’entraide avec Bruxelles après les auditions

À la suite des auditions de témoins et de suspects en 2025 et 2026, le parquet national financier a demandé l’aide du parquet belge, dans le cadre de l’entraide internationale. C’est cette demande qui a permis la saisie du 19 août. Le communiqué est signé des deux procureurs. La coopération n’est donc pas un accessoire. Elle est le canal de la mesure.

Pourquoi la Belgique ? L’annonce de vendredi ne développe pas la géographie des flux au-delà du fait que la saisie y a été pratiquée. Elle dit que la quasi-totalité de la somme concernée a pu y être atteinte. Elle dit que 65 millions d’euros correspondent à 96 % du préjudice évalué par le parquet français. Toute reconstruction plus fine des circuits dépasserait le matériau fourni. On s’arrête donc à l’acte : une autorité belge a saisi, à la demande française, presque tout le montant évalué.

L’entraide internationale, dans une enquête financière, sert précisément à cela : obtenir un acte là où se trouvent des fonds, des documents ou des personnes, sans attendre qu’une procédure nationale se heurte à une frontière. Ici, l’acte obtenu est une saisie conservatoire. Elle immobilise. Elle ne confisque pas encore à titre définitif. McKinsey le rappelle. Le parquet, en parlant de mesure liée à l’enquête, ne dit pas autre chose sur la nature juridique de l’acte.

Une affaire distincte des dossiers de campagne

Le communiqué des procureurs établit une séparation nette. Cette saisie n’a pas de lien avec les informations judiciaires ouvertes ensuite. Celles-ci portent notamment sur la tenue non conforme de comptes de campagne, et sur les conditions d’intervention de cabinets de conseil dans les campagnes présidentielles de 2017 et 2022 d’Emmanuel Macron. Ces informations ont été élargies depuis aux années 2015 et 2016. Elles comprennent aussi des faits de favoritisme.

Deux univers procéduraux coexistent donc. D’un côté, l’enquête préliminaire fiscale ouverte en mars 2022, toujours en cours, qui a produit la saisie belge. De l’autre, des informations judiciaires ultérieures sur le financement et l’organisation de campagnes, ainsi que sur le favoritisme. Les confondre reviendrait à ignorer ce que les autorités elles-mêmes ont pris soin de distinguer.

Des perquisitions ont eu lieu au domicile de dirigeants et d’anciens dirigeants de McKinsey, au ministère de la Santé, au siège parisien de la société de conseil, ainsi qu’à ceux du parti Renaissance et de l’association de financement de ce mouvement. Ces actes existent. Ils appartiennent au paysage judiciaire décrit. L’annonce de la saisie précise toutefois que le gel des 65 millions d’euros se rattache à l’enquête préliminaire de 2022, pas aux informations judiciaires ouvertes ensuite.

Le Sénat, les cabinets et les politiques publiques

Avant le parquet, il y a eu le Sénat. La commission d’enquête s’est intéressée à l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis 2017. McKinsey n’y apparaît pas comme un nom abstrait : c’est un géant américain du conseil, présent en France, dont les missions auprès de l’État ont alimenté le débat public. Le volet pénal fiscal n’est pas le même objet que le débat d’influence. Mais l’un a suivi l’autre. L’enquête de mars 2022 a été ouverte dans le prolongement de ce travail parlementaire.

Le débat sur les cabinets n’est pas tranché par une saisie. Une saisie ne dit pas si une mission de conseil était utile, inutile, trop chère ou mal encadrée. Elle dit qu’une autorité financière estime un préjudice fiscal et gèle une somme correspondante. Mélanger les deux discussions brouille la lecture. Les séparer n’empêche pas de constater la chronologie : d’abord le Sénat sur l’influence, ensuite l’enquête sur un possible montage fiscal, puis des auditions, puis l’entraide belge, puis les 65 millions.

Le nom d’Emmanuel Macron apparaît dans le récit parce que la commission sénatoriale prenait 2017 comme point de départ politique, et parce que des informations judiciaires distinctes concernent les campagnes de 2017 et 2022, élargies à 2015 et 2016. L’enquête fiscale sur l’impôt sur les sociétés 2011-2020 n’est pas présentée comme une enquête sur la personne du président. Elle est présentée comme une enquête sur des entités françaises du cabinet et sur un possible schéma d’imposition.

Ce qu’est, et n’est pas, une saisie conservatoire

Le mot « saisie » frappe. Le mot « conservatoire » le tempère. Une saisie conservatoire vise à empêcher que des fonds ne disparaissent pendant que l’enquête avance. Elle n’équivaut pas à une confiscation définitive. Elle n’équivaut pas à une amende. Elle n’équivaut pas à un jugement. McKinsey le souligne. Les procureurs parlent d’une mesure procédurale. Les deux formulations se rejoignent sur ce terrain technique, même si le montant impressionne.

Le parquet donne un ratio : 96 % du préjudice fiscal évalué. Ce ratio sert à montrer que la quasi-totalité de la somme recherchée a été atteinte. Il ne dit pas que le préjudice est définitivement fixé par un juge. Il dit que, selon l’évaluation actuelle du parquet national financier, presque tout a été saisi. Si l’évaluation change, si la qualification évolue, si l’enquête se clôt sans poursuite, le sort de la somme suivra la procédure. Rien de cela n’est tranché dans l’annonce de vendredi.

  • La saisie immobilise environ 65 millions d’euros.
  • Elle a été pratiquée en Belgique le 19 août.
  • Elle correspond à 96 % du préjudice évalué par le PNF.
  • Elle relève de l’enquête préliminaire ouverte en mars 2022.
  • Elle n’est pas une décision de justice au fond.

Un géant du conseil sous procédure depuis 2022

McKinsey & Company n’est pas un cabinet local. C’est un géant américain du conseil, présent dans de nombreux pays, dont la France. L’enquête vise ses entités françaises sur la question de l’impôt sur les sociétés entre 2011 et 2020. Le groupe répond qu’il respecte ses obligations fiscales en France et ailleurs. Il dit coopérer. Il dit contester toute faute. Ces éléments constituent l’état public du dossier au moment de l’annonce.

La durée de l’enquête préliminaire, de mars 2022 jusqu’à la saisie de 2026, montre un dossier qui n’a pas été expédié. Des témoins ont été entendus. Des suspects aussi, en 2025 et 2026. Puis l’entraide a été actionnée. Puis la saisie est intervenue. Le parquet précise que l’enquête se poursuit. La page n’est donc pas tournée. Elle vient d’être alourdie d’un montant.

Les perquisitions au siège parisien, aux domiciles de dirigeants et d’anciens dirigeants, au ministère de la Santé, chez Renaissance et à l’association de financement du mouvement dessinent un périmètre large d’actes d’enquête. Là encore, l’annonce de vendredi rattache la saisie belge à l’enquête fiscale de 2022, et non aux informations judiciaires ultérieures sur les campagnes et le favoritisme. La carte des perquisitions n’efface pas cette frontière procédurale.

Le ministère de la Santé et le siège parisien

Parmi les lieux perquisitionnés figure le ministère de la Santé. Figure aussi le siège parisien de McKinsey. Ces deux adresses disent que l’enquête n’est pas restée cantonnée à des pièces comptables isolées. Elles ne disent pas, à elles seules, ce qui y a été trouvé. L’article source ne le précise pas. On peut seulement consigner que ces perquisitions ont eu lieu, au même titre que celles aux domiciles de dirigeants et d’anciens dirigeants.

Le siège d’un cabinet de conseil est le lieu où se croisent contrats, facturation, organisation interne. Un ministère est le lieu où se croisent politiques publiques et prestataires. Relier automatiquement les deux à la saisie fiscale serait une extrapolation. Les autorités ont indiqué le lien de la saisie avec l’enquête préliminaire de 2022. Elles ont indiqué l’absence de lien avec les informations judiciaires ouvertes ensuite. C’est le cadre.

Renaissance et l’association de financement

Des perquisitions ont également visé le siège du parti Renaissance et l’association de financement de ce mouvement. Ces actes s’inscrivent dans le paysage judiciaire décrit, aux côtés des informations relatives aux comptes de campagne et au favoritisme. La saisie des 65 millions, elle, est présentée comme étrangère à ces informations ultérieures. La coexistence des deux séries d’actes explique une part de la confusion possible dans le débat public. Elle n’autorise pas à fusionner les dossiers.

Les campagnes de 2017 et 2022, puis l’élargissement à 2015 et 2016, concernent les conditions d’intervention de cabinets de conseil et la tenue des comptes. Le favoritisme est une qualification distincte. L’impôt sur les sociétés 2011-2020 en est une autre. Trois fils. Un seul, pour l’instant, est assorti d’une saisie de 65 millions d’euros annoncée conjointement par Paris et Bruxelles.

Ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas

On sait le montant. On sait la date de la saisie. On sait le ratio de 96 %. On sait les noms des deux procureurs. On sait que McKinsey conteste et coopère. On sait que l’enquête a commencé en mars 2022 après le Sénat. On sait qu’elle a été confiée à l’Onaf. On sait la période 2011-2020 et l’impôt sur les sociétés. On sait que des auditions ont eu lieu en 2025 et 2026. On sait que l’entraide belge a suivi. On sait que l’enquête continue. On sait que la saisie n’est pas liée aux informations sur les campagnes et le favoritisme.

On ne sait pas, d’après les éléments fournis, le détail du montage allégué. On ne sait pas le sort final des fonds. On ne sait pas si des poursuites seront engagées, ni contre quelles personnes morales ou physiques, ni selon quel calendrier. On ne sait pas le contenu des perquisitions. Inventer ces pièces reviendrait à quitter le terrain de l’information. Le dossier public s’arrête où s’arrête l’annonce.

Nous continuons de coopérer avec les autorités françaises et de contester toute faute de notre part. Nous réaffirmons notre engagement à respecter nos obligations fiscales en France et dans chacun des pays où nous exerçons nos activités.

Pourquoi le chiffre de 65 millions frappe

Dans une enquête fiscale, le public retient d’abord un montant. Soixante-cinq millions d’euros, ce n’est pas une saisie symbolique. Le parquet ajoute que cela couvre 96 % du préjudice évalué. Le message est double : la somme est élevée, et elle est presque complète au regard de l’estimation actuelle. Le cabinet répond que l’acte n’est pas un jugement. Les deux phrases peuvent être lues ensemble sans se détruire. L’une décrit l’ampleur. L’autre décrit le stade.

Le choix de parler de « quasi-totalité de la somme qu’aurait pu soustraire » aux impôts encadre le soupçon. Le conditionnel appartient au stade de l’enquête. Le parquet évalue. Il saisit. Il ne dit pas qu’un tribunal a tranché. Cette grammaire du conditionnel et de l’évaluation est celle d’une procédure encore ouverte. Elle mérite d’être conservée telle quelle, sans la transformer en constat définitif.

Le rôle du parquet national financier

Le parquet national financier est l’autorité qui a annoncé la saisie aux côtés du procureur bruxellois. C’est lui qui évalue le préjudice à partir duquel le ratio de 96 % est calculé. C’est lui qui a demandé l’entraide. C’est lui qui conduit l’enquête préliminaire ouverte en 2022, avec l’Onaf. Pascal Prache s’exprime en tant que procureur national financier. Julien Moinil s’exprime en tant que procureur du Roi de Bruxelles. L’annonce est donc binationalement signée.

Cette signature double n’est pas décorative. Elle montre que l’acte belge n’est pas une initiative isolée d’un juge local sans lien avec Paris. Elle montre aussi que Paris n’a pas seulement formulé un soupçon : il a obtenu un gel de fonds hors de France. Pour un dossier fiscal transfrontalier, c’est le point d’étape le plus concret depuis l’ouverture de 2022, parmi ceux rendus publics vendredi.

L’Office national antifraude dans la chaîne

L’enquête a été confiée à l’Office national antifraude. Ce service n’est pas un acteur de communication. Il est un acteur d’investigation. Son nom dans le dossier indique que le volet fiscal n’a pas été laissé à une simple instruction politique ou médiatique. Il a été versé dans un canal administratif et judiciaire spécialisé. Les auditions de 2025 et 2026 s’inscrivent dans ce canal. La demande belge aussi.

On ne dispose pas, dans les éléments fournis, du détail des actes de l’Onaf. On dispose du fait que l’office a reçu le dossier. On dispose du fait que l’enquête préliminaire continue après la saisie. Le service reste donc dans le circuit. La saisie n’est pas un point final administratif. C’est un point d’étape financier.

2011-2020 : une décennie d’impôt sur les sociétés

La période 2011-2020 est l’une des données les plus précises du dossier. Elle ne commence pas en 2017. Elle couvre dix années d’impôt sur les sociétés. L’enquête porte sur l’idée qu’aucun impôt sur les sociétés n’aurait été versé en France par les entités françaises concernées pendant cette période. C’est une assertion d’enquête, pas un jugement. Elle suffit toutefois à expliquer pourquoi le préjudice évalué atteint un niveau permettant une saisie de 65 millions d’euros à 96 %.

Dix années sans impôt sur les sociétés, si l’enquête devait le confirmer, constitueraient le cœur chiffré de l’affaire. Dix années avec impôt, si le cabinet devait l’établir, constitueraient le cœur de sa contestation. Aujourd’hui, le public a le soupçon, l’évaluation, la saisie et le déni de faute. Il n’a pas le jugement. Rester fidèle à cet état des lieux évite de transformer une enquête en sentence.

Campagnes, favoritisme : le périmètre à ne pas fusionner

Les informations judiciaires ouvertes ensuite concernent la tenue non conforme de comptes de campagne et les conditions d’intervention de cabinets de conseil dans les campagnes présidentielles de 2017 et 2022, élargies aux années 2015 et 2016, ainsi que le favoritisme. Cette phrase est longue parce que le périmètre l’est. Elle doit rester séparée de la saisie. Les autorités l’ont écrit. Le répéter n’est pas une précaution rhétorique. C’est une condition de exactitude.

Un même nom de cabinet peut apparaître dans plusieurs procédures. Cela n’en fait pas une seule affaire. Un même parti peut être perquisitionné dans un volet et rester hors du champ d’une saisie fiscale. Cela n’efface pas la perquisition. Cela empêche seulement d’attribuer les 65 millions au mauvais dossier. La lecture honnête consiste à tenir les deux phrases : il y a eu des perquisitions dans ces lieux ; la saisie belge est rattachée à l’enquête de 2022.

Ce que change, concrètement, le 19 août

Avant le 19 août, l’enquête existait, les auditions avaient eu lieu, l’entraide était demandée. Après le 19 août, une somme d’environ 65 millions d’euros est saisie. Le changement n’est pas narratif. Il est patrimonial et procédural. Des fonds sont gelés. Le parquet peut dire qu’il a atteint 96 % de son évaluation. Le cabinet peut dire que rien n’est jugé. Les deux énoncés sont désormais publics en même temps.

Vendredi, l’annonce a rendu ce gel visible. Sans l’annonce, la saisie du 19 août serait restée un acte d’entraide connu des seules parties. Avec l’annonce, le chiffre entre dans le débat. Il ne clôt pas le débat. Il lui donne une unité de compte. Soixante-cinq millions. Quatre-vingt-seize pour cent. Belgique. Enquête de 2022. Contestations du cabinet. Suite à suivre, puisque l’enquête se poursuit.

Une lecture utile pour ne pas surinterpréter

Les dossiers qui mêlent un grand cabinet, l’impôt, un ancien débat sénatorial et des perquisitions politiques attirent les lectures excessives. La plus utile est la plus sèche. Une enquête préliminaire vise un possible schéma fiscal. Une saisie conservatoire a été obtenue en Belgique. Le montant est élevé. Le cabinet nie toute faute et coopère. D’autres procédures existent, sans lien annoncé avec cette saisie. L’enquête fiscale n’est pas close.

Cette lecture ne diminue pas la gravité d’un soupçon de blanchiment de fraude fiscale aggravée. Elle ne l’aggrave pas non plus au-delà des mots des autorités. Elle refuse d’inventer un montage, un coupable jugé, un lien mécanique avec les campagnes, ou un dénouement. Elle tient le fait : 65 millions saisis le 19 août, 96 % du préjudice évalué, communiqué commun Paris-Bruxelles, réaction de McKinsey, continuité de l’enquête ouverte en mars 2022.

Le fil des années, sans roman

2011-2020 : période fiscale visée pour l’impôt sur les sociétés. 2017 : arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, point de départ de la commission sénatoriale sur les cabinets. 2022 : ouverture de l’enquête préliminaire, dans le prolongement du Sénat, confiée à l’Onaf. 2017 et 2022, puis 2015 et 2016 : années concernées par des informations judiciaires distinctes sur les campagnes. 2025 et 2026 : auditions de témoins et de suspects. 19 août : saisie belge. Vendredi : annonce publique des 65 millions.

Cette frise ne raconte pas une intention. Elle aligne des dates déjà publiques. Elle montre que le dossier fiscal a une profondeur de plus de dix ans sur l’assiette, et de plus de quatre ans sur la procédure. Elle montre aussi que d’autres calendriers politiques et électoraux circulent à proximité, sans être, selon les procureurs, le support de la saisie.

Repères à conserver

PNF + parquet de Bruxelles. 65 millions d’euros. 96 % du préjudice évalué. Saisie conservatoire du 19 août. Enquête préliminaire de mars 2022. Qualification : blanchiment de fraude fiscale aggravée. McKinsey conteste, coopère, rappelle qu’il ne s’agit pas d’une décision de justice. L’enquête continue.

Après l’annonce, le dossier reste ouvert

Une annonce de saisie donne l’illusion d’un chapitre qui se ferme. Ici, le texte officiel dit l’inverse. L’enquête préliminaire se poursuit. La mesure est conservatoire. Le cabinet maintient sa contestation. Les informations judiciaires sur les campagnes et le favoritisme vivent leur vie séparée. Les perquisitions déjà réalisées appartiennent au passé procédural. Les 65 millions appartiennent au présent de l’enquête fiscale. Le jugement, s’il vient, appartiendra à un autre moment.

En attendant, le fait le plus précis reste le plus simple. La justice belge, à la demande de la justice financière française, a saisi environ 65 millions d’euros le 19 août. Cette somme correspond, selon le parquet national financier, à 96 % du préjudice fiscal. McKinsey y voit une mesure d’enquête, pas une condamnation. Les deux phrases, lues l’une après l’autre, résument l’état du dossier au vendredi de l’annonce. Rien de plus. Rien de moins.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.