Et si la revanche se jouait d’abord dans les têtes, avant même le premier coup de sifflet ? Samedi à Mendoza, à 23 heures heure française, l’Argentine et l’Australie se retrouvent pour un deuxième test qui n’a rien d’un match de routine. Les Pumas portent encore la trace d’une défaite 21-27 concédée la semaine dernière à San Salvador de Jujuy. Les Wallabies, eux, sentent le parfum d’une série. Quatre succès d’affilée, bientôt cinq si le soir andin leur sourit. Entre les deux, des compositions largement remaniées, un arrière qui n’était pas prévu à ce poste il y a quelques jours, et un capitaine australien que l’on retrouve enfin au numéro 8.
Un second test qui dit plus que le score
On pourrait résumer l’affaire à une simple affiche de septembre. Ce serait une erreur. Cette tournée intervient dans un calendrier particulier : pas de Rugby Championship cette année, des matches officiellement considérés comme amicaux, et des clubs européens qui retiennent une partie des cadres argentins. Le XV des Pumas n’est donc pas le quinze de gala que l’on verrait en novembre. Il reste pourtant une équipe nationale, avec un public, une fierté, et l’envie de laver l’affront de Jujuy.
L’Australie, de son côté, construit autre chose. Le mandat du nouveau sélectionneur Les Kiss débute sous un jour favorable. On sent une équipe qui cherche un visage, un rythme, une hiérarchie. Neuf changements dans le quinze de départ, ce n’est pas un ajustement cosmétique. C’est une déclaration. Harry Wilson reprend le brassard et le poste de numéro 8. Rob Valetini glisse en 6. Len Ikitau et Joseph-Aukuso Suaalii reviennent au centre. Toute la première ligne est renouvelée. Rien n’est laissé au hasard.
Mendoza n’est pas un décor neutre. L’air y est plus sec, le stade plus compact, la ferveur plus proche du terrain. Les Pumas savent jouer de cette intimité. Ils savent aussi que le rugby moderne ne pardonne plus les approximations défensives, même quand le public pousse. La semaine dernière, l’Argentine a existé. Elle n’a pas assez duré. C’est tout l’enjeu de ce second round : durer, tenir le choc physique, et transformer le recul tactique de Santiago Carreras en avantage plutôt qu’en bricolage.
Pourquoi Carreras recule à l’arrière
Santiago Carreras n’est pas un inconnu à l’arrière. Ce n’est pas non plus son poste le plus discuté ces dernières saisons, où on l’a souvent vu à l’ouverture. Le choix de le reculer, samedi, dit deux choses. D’abord, le staff argentin veut un joueur de relance capable de casser la première ligne de défense adverse dès le premier appel. Ensuite, il assume de confier le numéro 10 à Nicolas Roger, 26 ans, seulement quatre sélections, déjà entré en fin de match la semaine dernière.
Ce n’est pas un caprice. C’est un pari sur le profil. Carreras lit le jeu, frappe au pied avec discernement, et sait quand garder le ballon. À l’arrière, il devient le dernier filet et le premier déclencheur. Face à des Wallabies qui alignent Wright, Jorgensen, Suaalii, Ikitau et Daugunu derrière, l’Argentine a besoin d’un joueur capable de renvoyer le jeu, pas seulement de le ramasser.
À retenir : Carreras passe de l’ouverture à l’arrière, Petti de la deuxième à la troisième ligne. Deux glissements de poste qui changent le centre de gravité du XV argentin.
Guido Petti, lui, descend d’un cran. De la deuxième ligne vers la troisième. Le Toulousain Efrain Elias et Franco Molina forment désormais le duo de locks titulaires. On gagne en mobilité autour des rucks, on perd peut-être un peu de hauteur brute en touche selon les alignements. C’est le genre de détail qui se règle au coup d’envoi, pas dans une conférence de presse.
Pedro Delgado est préféré à Francisco Moreno au poste de pilier droit. La mêlée, souvent oubliée dans les récits de test matches estivaux, redevient un sujet. L’Argentine ne peut pas vivre uniquement de relances. Elle a besoin d’une plateforme. Si la première ligne tient, Carreras et Roger auront de l’air. S’il elle plie, le plan s’effondre en dix minutes.
Le XV des Pumas, ligne par ligne
Derrière, l’Argentine aligne Carreras à l’arrière, puis Isgro, Cinti, Sanchez Valarolo et Mendy. Ce n’est pas une ligne d’attaque figée. C’est un mélange de percuteurs et de finisseurs. Isgro apporte de la vitesse sur l’aile. Cinti occupe l’axe avec un sens du timing. Mendy, de l’autre côté, cherche les espaces que les Wallabies laisseront s’ils poussent trop fort au large.
À la charnière, Nicolas Roger et Benitez Cruz. Le premier doit poser le jeu, gérer le tempo, choisir entre le jeu au pied territorial et la circulation. Le second doit vivre au contact, accélérer le ballon, et ne pas se laisser avaler par McReight, Wilson et Valetini. La troisième ligne australienne est conçue pour étouffer exactement ce type de charnière encore en construction.
Devant, Matera porte le capitanat. Autour de lui, Petti et Moro. Derrière, Molina et Elias. Puis Delgado, Ruiz et Wenger. On sent une volonté de remettre de la densité au combat. Matera n’est pas seulement un symbole. C’est le joueur qui rappelle aux autres que le test se gagne d’abord dans les collisions, pas dans les interviews.
Les Pumas se privent volontairement d’une partie de leurs meilleurs éléments cet été, retenus par leurs clubs européens, parce que ces rencontres n’entrent pas dans le cadre d’une compétition continentale.
Ce contexte explique autant les absences que les opportunités. Des joueurs moins exposés en club européen se voient offrir des titularisations. Roger en est l’exemple le plus net. Elias aussi. Le staff argentin transforme une contrainte calendaire en laboratoire. C’est risqué. C’est aussi la seule manière de préparer l’avenir sans attendre que les clubs libèrent tout le monde.
Sur le banc, Oviedo, Vivas, Moreno, Lavanini, Scelzo, Cardozo, Bertranou et Soler. Lavanini reste une option de fer en deuxième ligne. Bertranou peut changer le rythme à la mêlée. Moreno attend son heure après avoir cédé sa place à Delgado. Un banc argentin n’est jamais décoratif. Il sert à basculer le combat après l’heure de jeu, quand les jambes s’alourdissent et que Mendoza commence à peser.
Wilson de retour, Kiss accélère
Harry Wilson n’est pas un capitaine de circonstance. Son retour au numéro 8 recentre l’Australie. Rob Valetini décale en 6, Fraser McReight reste en 7. Cette troisième ligne a une signature : impact, rucks, relance courte. Elle ne cherche pas la beauté. Elle cherche le ballon, encore et encore.
Les Kiss a effectué neuf changements. Ce n’est pas un aveu d’échec après la victoire de Jujuy. C’est une volonté d’installer un onze-type avant que la saison ne bascule vers d’autres échéances. Len Ikitau et Joseph-Aukuso Suaalii au centre, c’est le duo qui doit donner de la hauteur et de la violence dans l’axe. Suaalii attire toujours l’œil. Ikitau apporte la lecture. Ensemble, ils peuvent casser la ligne argentine si Roger hésite une fraction de seconde.
Toute la première ligne est renouvelée. Taniela Tupou, pilier droit du Racing, est titularisé. Pollard et Bell complètent le trio. On parle souvent des trois-quarts australiens. On sous-estime trop la capacité de cette première ligne à asphyxier un pack privé de certains cadres. Tupou n’est pas seulement un nom de club français. C’est une masse qui avance, un point d’appui, un problème pour Delgado et Ruiz.
À l’ouverture, Ben Donaldson est préféré à Carter Gordon. Le choix dit que Kiss veut de la maîtrise territoriale plus que de l’improvisation permanente. Derrière, Ryan Lonergan à la mêlée. Wright à l’arrière. Jorgensen et Daugunu sur les ailes. Le quinze australien a des solutions partout. Il doit encore prouver qu’il les utilise au bon moment, pas seulement qu’il les possède sur la feuille.
Australie titulaire
Wright – Jorgensen, Suaalii, Ikitau, Daugunu – Donaldson, Lonergan – McReight, Wilson (cap.), Valetini – Williams, Canham – Tupou, Pollard, Bell.
Argentine titulaire
S. Carreras – Isgro, Cinti, Sanchez Valarolo, Mendy – Roger, Benitez Cruz – Petti, Moro, Matera (cap.) – Molina, Elias – Delgado, Ruiz, Wenger.
Le banc australien n’est pas moins parlant : Nasser, Ross, De Lutiis, Salakaia-Loto, Cale, Thomas, Gordon, Henry. Gordon attend derrière Donaldson. Salakaia-Loto peut durcir le pack. Henry apporte une autre relance. Kiss a construit un match en deux temps. Le premier pour imposer le tempo. Le second pour l’achever.
Ce que Jujuy a déjà révélé
Le 21-27 de San Salvador de Jujuy n’est pas un accident isolé. Il dessine une carte. L’Argentine a su exister dans les duels, produire du jeu, et rester dans le match assez longtemps pour croire. L’Australie a su scorer au bon moment, garder le fil, et ne pas s’affoler quand le score s’est resserré. Un test se gagne souvent ainsi : moins par l’éclat que par la gestion des dix minutes décisives.
Les Pumas ont manqué de continuité. Trop de séquences coupées. Trop de ballons rendus après un premier temps prometteur. Face à une troisième ligne wallaby qui chasse, chaque passe un peu haute devient une sentence. Mendoza devra corriger cela. Pas avec des discours. Avec des choix plus simples : porter davantage, occuper, puis seulement alors écarter.
Les Wallabies, eux, ont montré qu’ils pouvaient gagner loin de chez eux sans aligner d’emblée tous leurs cadres. C’est précieux pour Kiss. Cela lui donne de la marge pour faire tourner, tester, confirmer. Une cinquième victoire d’affilée n’aurait rien d’anecdotique. Elle installerait une dynamique, cette chose fragile dont vivent les sélections au début d’un mandat.
Il faut aussi parler du statut de ces matches. Amicaux sur le papier, ils n’en restent pas moins des tests. Le maillot pèse. Le public pèse. Les statistiques individuelles pèsent pour les joueurs qui veulent une place plus tard, quand les cadres européens reviendront. Roger, Elias, Delgado, Donaldson : chacun joue plus que quatre-vingts minutes. Ils jouent une audition.
Mendoza, l’altitude intérieure du rugby argentin
On réduit trop souvent l’Argentine au rugby de Buenos Aires ou aux tournée européennes. Mendoza raconte une autre géographie. Une ville de vignobles, de vents, de tribunes qui ne se vident pas à la mi-temps. Le rugby y a un goût plus rugueux, plus proche du combat de village que du spectacle aseptisé.
Pour les Pumas, jouer ici après Jujuy, c’est changer de décor sans changer d’exigence. Le public attend une réaction. Pas forcément un festival d’essais. Une attitude. Un pack qui avance. Une charnière qui décide. Un arrière, Carreras, qui n’hésite pas à contrer au pied si Wright s’aventure trop haut.
Pour l’Australie, Mendoza est un examen de maturité. Gagner une première fois loin de chez soi, c’est bien. Revenir huit jours plus tard, avec neuf changements, et gagner encore, c’est autre chose. Les tournées se perdent souvent sur le deuxième match, quand la satisfaction du premier succès relâche un cran. Kiss le sait. Wilson le sait. Valetini le sait mieux que quiconque.
Le coup d’envoi à 23 heures en France place le match dans cette frange nocturne où le rugby international vit encore comme un secret partagé. On s’installe. On attend le premier ruck. On juge la mêlée. On voit si Roger ose le drop ou le coup de pied rasant. On voit si Suaalii cherche le contact ou l’intervalle. Les détails feront le récit.
Les duels qui peuvent basculer la soirée
Wilson contre Matera. Deux capitaines, deux interprétations du combat. L’un veut accélérer le ruck et partir bas. L’autre veut figer l’adversaire et donner de l’air à sa charnière. Celui qui imposera son tempo imposera le match.
Carreras contre Wright. Deux arrières qui ne sont pas seulement des ramasseurs. Le premier arrive d’un autre poste. Le second connaît déjà les exigences du 15 australien. Le jeu au pied long, les duels aériens, les relances contre-pied : voilà le théâtre invisible que les caméras négligent parfois.
Tupou contre Delgado. La mêlée n’est pas un accessoire. Si Tupou gagne le bras de fer, Donaldson joue près des avants et l’Australie étouffe. Si Delgado tient, Roger peut enfin poser ses combinaisons. On parle souvent des centres. On devrait commencer par là.
Ikitau-Suaalii contre Cinti-Sanchez Valarolo. L’axe argentin devra tacle bas, sortir, et ne pas offrir de second ballon. Suaalii punit les plaquages hauts. Ikitau punit les lectures tardives. L’Argentine n’a pas le droit à l’approximation dans le couloir central.
McReight contre le binôme Benitez Cruz-Roger. Le troisième-ligne aile australien vit de la récupération. Chaque ballon lent à la mêlée lui est offert. L’Argentine devra protéger son neuf comme on protège une pièce rare. Sinon, le match basculera sans même qu’un essai spectaculaire ne soit inscrit.
Ce que révèle l’absence du Rugby Championship
Sans Rugby Championship cette année, le calendrier austral de l’hémisphère Sud a un autre visage. Moins de matches au sommet à répétition, davantage de tests isolés, davantage de négociations avec les clubs. L’Argentine en paie le prix le plus visible. Ses joueurs basés en Europe ne sont pas tous disponibles. Le quinze national devient un chantier ouvert.
On peut le déplorer. On peut aussi le lire autrement. Ces tests forcent le staff à regarder derrière le premier rideau. Un joueur à quatre capes à l’ouverture, un Toulousain en deuxième ligne, un pilier préféré à un autre : le rugby argentin se raconte aussi par ces décisions-là. La fierté nationale ne disparaît pas parce que le match est amical. Elle change seulement de visage.
L’Australie profite d’une situation un peu différente. Kiss peut faire tourner sans que cela ressemble à un aveu de faiblesse. Les Wallabies ont assez de profondeur pour aligner un quinze compétitif, puis un autre. C’est un luxe. C’est aussi une responsabilité : il faudra que cette profondeur se traduise par de la cohérence, pas seulement par des noms sur une feuille.
À plus long terme, ces choix de septembre pèseront. Les joueurs qui réussissent ici se souviendront au staff. Ceux qui disparaîtront dans le brouillard d’un match mal négocié devront reconquérir la confiance. Le rugby international n’est pas seulement une affaire de Coupes du monde. Il se construit dans ces intersaisons bancales, mal aimées, essentielles.
Tactique : ce que chaque staff veut imposer
L’Argentine a intérêt à raccourcir le jeu dans le premier quart d’heure. Porter, occuper, faire travailler le pack australien renouvelé. Carreras, depuis l’arrière, peut alors frapper dans le dos d’une défense trop avancée. Roger doit résister à la tentation du trop-plein. Quatre capes, ce n’est pas rien, mais ce n’est pas encore l’assurance d’un tempo international maîtrisé sur quatre-vingts minutes.
L’Australie a intérêt à écarter tôt, pour voir si la ligne argentine glisse. Suaalii et Ikitau peuvent créer le doute. Jorgensen et Daugunu finissent. Wright gère. Donaldson oriente. Le plan est lisible. Il devient dangereux seulement s’il est exécuté avec patience. Trop d’empressement offrirait aux Pumas exactement ce qu’ils veulent : du désordre, des turnovers, de la transition.
La touche sera un chapitre à part. Elias et Molina doivent sécuriser leur propre lancer et déranger celui de Williams et Canham. Petti, désormais en troisième ligne, peut encore peser sur les alignments. Si l’Argentine perd trop de ballons en touche, le plan territorial s’évapore. Si elle les gagne, Mendoza devient un piège.
Le jeu au pied, enfin. On le néglige trop dans les récits. Carreras, Donaldson, Wright, Roger : quatre profils capables de déplacer le combat de quarante mètres. Le match pourrait se décider sur un dégagement mal suivi, un cocktail bounce mal jugé, un contre-pied lancé au bon moment. Le rugby de test est souvent cette science discrète.
Les hommes à suivre au-delà des têtes d’affiche
On parlera de Carreras et de Wilson. C’est normal. Il faudra aussi regarder Nicolas Roger. Son placement, sa première relance, sa façon de parler à Benitez Cruz. Un ouvreur se juge à la tranquillité qu’il donne aux autres. S’il la transmet, l’Argentine existe. S’il la cherche pour lui-même, le quinze se morcelle.
Efrain Elias mérite la même attention. Titulaire en deuxième ligne, il arrive avec le bagage toulousain : exigence de conquête, lecture des lancers, capacité à enchaîner les courses. Franco Molina à ses côtés doit apporter le volume. Ensemble, ils sont la garantie silencieuse du plan argentin.
Côté australien, Taniela Tupou n’est pas un simple nom de première ligne. Son influence se mesure à la façon dont le pack avance après cinq mêlées. Ben Donaldson, lui, doit prouver que le choix de Kiss n’était pas seulement prudent. Gérer le score, trouver les touches, varier. Carter Gordon assis sur le banc rend chaque approximation plus visible.
Joseph-Aukuso Suaalii reste un aimant à regards. Tant mieux. Cela peut libérer Ikitau. Cela peut aussi isoler Suaalii si l’Argentine défend à deux sur lui. Le centre australien n’est dangereux que s’il est servi au bon rythme. Lonergan et Donaldson ont cette responsabilité.
Une série australienne, une fierté argentine
Cinq victoires d’affilée, pour les Wallabies, ce serait plus qu’un chiffre. Ce serait une installation. Les débuts de mandat se nourrissent de ces séquences. Elles donnent au sélectionneur le droit d’exiger davantage. Elles donnent aux joueurs le droit de croire que le projet n’est pas seulement un discours.
Pour l’Argentine, la revanche n’a pas besoin d’être éclatante pour être réelle. Un succès étriqué, obtenu dans la souffrance, vaudrait presque plus qu’un festival. Il dirait que ce groupe amputé de cadres européens sait encore faire vivre le maillot. Il dirait aussi que Mendoza reste une terre de résistance.
On aurait tort d’opposer ces deux récits. Ils s’entrelacent. L’Australie construit. L’Argentine tient. Le test de samedi est le point de contact. Après le coup de sifflet final, l’une des deux équipes devra réécrire la semaine. L’autre pourra seulement confirmer.
Les remplaçants peseront. Lavanini peut basculer une touche. Bertranou peut accélérer une mêlée. Gordon peut changer le dessin australien. Henry peut punir une défense fatiguée. Les tests modernes se terminent rarement avec les quinze du coup d’envoi. Ils se terminent avec ceux qui arrivent quand l’oxygène manque.
Ce que le public français doit regarder
À 23 heures, le spectateur hexagonal verra des joueurs qu’il croise déjà en club. Tupou au Racing. Elias à Toulouse. Carreras connu des affiches européennes. Ce n’est pas un hasard. Le rugby mondial circule. Les tests de septembre en sont le miroir décalé : les uns jouent pour leur pays pendant que d’autres restent retenus par leurs employeurs.
Il faudra regarder la qualité du plaquage bas argentin. La vitesse de recyclage australienne. Le nombre de fois où Roger joue au pied plutôt qu’à la main. Le nombre de fois où Wilson choisit le porter plutôt que le large. Ces compteurs invisibles racontent mieux le match qu’un seul essai isolé.
Il faudra aussi accepter l’inconfort du statut amical. Le score comptera. L’intensité aussi. Mais l’enjeu réel se situe un cran au-dessus : qui avance dans la hiérarchie, qui recule, qui convainc un staff, qui inquiète l’adversaire pour les prochaines confrontations. Le rugby international est une mémoire. Mendoza s’y inscrira, d’une manière ou d’une autre.
- Horaire : samedi, 23h00 heure française, à Mendoza.
- Contexte : deuxième test après la défaite argentine 21-27 à Jujuy.
- Clé Pumas : Carreras à l’arrière, Roger à l’ouverture, six changements dans le XV.
- Clé Wallabies : Wilson capitaine et numéro 8, neuf changements, première ligne neuve.
Au-delà du score, une question de visage
Les sélections se reconnaissent à la manière dont elles réagissent à une première défaite ou à une première série. L’Argentine doit montrer qu’elle n’est pas seulement compétitive par éclairs. L’Australie doit montrer qu’elle n’est pas seulement efficace par à-coups. Mendoza offre le cadre. Les joueurs offriront la réponse.
Santiago Carreras à l’arrière n’est pas un gadget. Harry Wilson au brassard n’est pas une formalité. Nicolas Roger à l’ouverture n’est pas une note de bas de page. Taniela Tupou en première ligne n’est pas un détail de feuille de match. Chacun de ces choix oriente le soir. Ensemble, ils composent le portrait provisoire de deux équipes en chantier.
Quand le ballon s’élèvera sous les projecteurs andins, on oubliera un instant les absents européens, le calendrier amputé, les débats de statut. Il restera un ruck, une ligne, un choix de pied, un plaquage. Le rugby rend les discours simples. Il rend aussi les mensonges impossibles. On verra très vite qui a préparé la revanche, et qui a seulement annoncé une série.
Jusqu’au coup de sifflet final, rien n’est écrit. C’est précisément pour cela que ce deuxième test mérite qu’on s’y attarde. Pas comme une formalité de septembre. Comme un chapitre. Les Pumas veulent tourner la page de Jujuy. Les Wallabies veulent en écrire une cinquième d’affilée. Entre les deux, Mendoza tranchera, sans ménagement, comme le font toujours les vrais tests.









